Quand on se sent perdus face à l’actualité

Article écrit juste parce que j’ai besoin d’évacuer un peu tout ça (donc sans queue ni tête ni volonté de dire autre chose que ce que je ressens)

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Ce midi, un jour comme un autre dans ma petite vie, j’ouvre mon Twitter et je vois l’impensable « attaque de Charlie Hebdo, il y aurait des morts ». Sur le coup, je ne veux pas le croire. Encore un hoax ou une incompréhension, ça se peut pas. Et puis ça se précise, ça se confirme. Des noms connus, des noms qui ont toujours fait partie de la scène médiatique… Des mecs que tu pensais là un peu pour toujours, que tu imaginais terminer leur vie chez eux, au calme, après une vie bien remplie. Des trublions qui ne faisaient pas de mal. Provocateurs, oui, un humour qui ne parlait pas à tout le monde, bien sûr. Et après ?

Je n’étais pas lectrice de Charlie Hebdo. Je n’avais pas trop d’avis. Il y a eu l’histoire des caricatures, oui, mais à l’époque, je ne comprenais pas tout le drame que ça faisait, je trouvais le débat exagéré. Après tout, ce ne sont que des dessins, achète qui veut, laisse en kiosque qui ne veut pas, ça va aller. Les caricatures s’enchaînent, certaines me font sourire, d’autres me laissent froide. Les menaces me paraissaient peu sérieuses, plus le fait de petits énervés qui iraient, au max, péter une vitre en jetant une pierre. Et puis…

Je n’étais pas lectrice de Charlie Hebdo mais je suis choquée. J’ai passé l’après-midi à errer, un peu perdue, me sentant un peu nulle d’avoir râlé sur une broutille en matinée. Je me sens stupide et inutile, je ne sais pas quoi faire. Je ne comprends toujours pas, je flirte avec le déni. Ca se peut pas. Des gens n’ont pas pu être abattus sur leur lieu de travail pour avoir fait leur taf. Des journalistes, des policiers. Peut-on réellement mourir pour avoir été irrévérencieux ? Je ne peux le croire. Je ne VEUX le croire.

Je suis triste. Triste et effrayée par ce qu’il va se passer ensuite. Entre délires racistes, minimisation innommable des faits (« non mas ils l’ont cherché, aussi »…), récupérations politiques qui vont me fatiguer d’un côté et ce que ça dit aujourd’hui sur la liberté d’expression de l’autre, je suis perdue. Je parle même pas de la situation en France spécifiquement, ça aurait sans doute pu se passer ailleurs. Personne ne nous protègera jamais du fanatisme, où que l’on soit. On pourra mettre en place tous les plans Vigipirate du monde, il y aura toujours une faille. Les coupables, ce sont eux, juste eux.

Il y a 8 ans, j’ai passé quelques heures là bas pour rencontrer François Cavanna pour une interview. Nous avions déjeuné avec lui, Cabu était passé nous faire un petit coucou. Ouah, Cabu, le Mr qui dessinait Dorothée dans mon enfance. C’était un moment sympa, un déjeuner chaleureux. Je me souviens vaguement des locaux, le bordel type d’une rédaction avec des journaux dans tous les sens. Un souvenir un peu vague qui m’est revenu en mémoire aujourd’hui. Et qui rend le tout encore plus surréaliste. Ils étaient tellement rigolards, quelle menace ces messieurs pouvaient-ils représenter, sérieusement.

Je suis désemparée. Je sais pas quoi dire, je sais pas quoi faire pour dire non à tout ça. Je vois la solidarité, je l’entends. J’essaie de suivre, de me mêler au mouvement de solidarité même si, en un sens, ça me paraît dérisoire. Même si c’est quand même rassurant de voir les gens se lever pour dire non, dire qu’on ne peut pas accepter ça. Je dois réfléchir à tout ça, voir comment ne pas oublier, ne pas m’en laver les mains quand on sera passés à autre chose. Il faut garder l’horreur en tête, se souvenir que prendre la plume ou le crayon est un acte militant. Même quand on n’en a pas toujours conscience, même quand c’est pour de rire. On se croyait à l’abri, on ne l’est pas.

Et faudra vivre avec.

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