Le linguiste était presque parfait de David Carkeet

Après l’Everest Ulysse, j’avais besoin d’un peu de légèreté. En novembre, lorsque je descends pour le baptême de mon neveu adoré, je trouve un livre posé en évidence dans ma chambre chez mes parents « le linguiste était presque parfait » de David Carkeet . Tiens, si ma maman m’a laissé ça là, c’est qu’elle doit penser que je vais aimer.

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Ma mère, elle a le don de vous donner envie de lire « ahlala, je l’ai pas aimé ce livre, je l’ai même pas fini mais je suis sûre qu’il va te plaire vu que tu lis des trucs bizarres ». Ah ok. Donc le pitch : Jeremy Cook est linguiste dans un centre qui étudie de très jeunes enfants laissés là en crèche. Un journaliste vient faire un tour pour voir comment ça se passe, Jeremy lui fait gentiment faire le tour mais cette journée somme toute normale dérape : le lendemain matin, on retrouve le corps d’un membre de l’Institut dans le bureau de Jeremy. Le journaliste a, quant à lui, disparu. Démarre alors une double enquête pour Jeremy : savoir qui a tué son collègue (et l’a gentiment déposé dans son bureau) et surtout pourquoi la petite nouvelle, évidemment bonnasse, a dit à la machine à café qu’il était un vrai trou du cul alors qu’il la connait même pas (mais qu’il lui montrerait bien son phallus).

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Les 250 premières pages sont assez jouissives, entre polar et théories linguistiques et sociales. Jeremy mène son enquête tout en papotant avec le roublard inspecteur qui se la joue très Columbo (j’ose avancer que ce personnage est d’ailleurs directement inspiré de notre inspecteur à imper), il pose des questions un peu anodines à Jeremy, lui soumet des hypothèses un peu tordues pour tenter de le faire sortir du bois. Notre sympathique linguiste récupère grâce à la femme de son collègue mort le travail de ce dernier qui bossait sur l’inimitié totale, l’anti ami par excellence. Jeremy découvre alors un tableau des amitiés et inimitiés de son entreprise : tout le monde aime notre héros…sauf son « meilleur ami du boulot », justement, qui semble être plutôt neutre par rapport à lui, tout le monde déteste un mec qui aime tout le monde et tout le monde déteste le patron.

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Et puis soudain, tu sais pas pourquoi, accident industriel. Davis Carkeet avait-il un train à prendre ? Je sai spas mais niveau fin bâclée, il fait fort. En 30 pages, on découvre qui est l’assassin (le salopard de l’histoire, sans aucune surprise), Jeremy se tape la petite nouvelle bonnasse. Même si Jeremy démasque le tueur grâce aux idiomes d’un enfant de deux ans s’exprimant en onomatopées (technique intéressante ceci étant dit), ça tombe franchement comme une cheveu sur la soupe « allez, voilà, c’est lui le tueur, circulez, y a plus rien à voir ». Je. Pour vous situer le niveau de la fin, revenons à l’histoire de la bonnasse qui traite Jeremy de trou du cul, voici le dénouement [spoiler mais sans aucune importante] « ah mais je parlais pas de toi mais du cuistot (the cook) d’un resto, ohlala ohoh, quel quiproquo ». Voilà, voilà…

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Bref, 250 pages sur 300 de très chouette, c’est déjà pas mal. Mais autant une fin géniale peut sauver un livre moyen, autant l’inverse ne se vérifie pas… hélas. Au moins, ça m’a permis de me laver la tête d’Ulysse, c’est déjà ça de gagné !

La visiophonie, c’’est le diable !

Cette semaine, comme tu sais, lecteur, je suis allée à France Telecom. Alors que j’attendais que le vieux devant moi ait fini son caca mou à cause d’un minitel qu’il fallait commander. Je me lance dans un exercice de respiration ventrale. Non, ne va pas crier sur le vieux en lui disant que France Telecom lui prête gracieusement un minitel donc il peut patienter quelques jours… Et puis le minitel, ils doivent être trois en France à l’utiliser encore.
Coucou!
 
Pendant que monsieur fait un scandale parce que le vendeur veut pas lui montrer le seul modèle en réserve (« je veux voir la dimension ! » « Mais c’est la même que celui que je viens de vous montrer » « Mais je veux le voir quand même ! Ah depuis qu’il y a la concurrence… »), je jette un œil à droite, à gauche, et je tombe sur un objet bizarre : un mini ordinateur portable aux coins arrondis et tout blanc. Ah, j’ai compris, c’est le téléphone nouvelle génération : la visiophonie. Je fais la moue : je suis totalement contre la visiophonie et pourquoi ?
 
Il faut savoir que, dès le départ, j’aime pas le téléphone. Pourquoi ? Parce que contrairement à des conversations sur MSN, je peux rien faire d’autre et, ça, ça m’agace. Evidemment, on me répondra : et le téléphone sans fil ? C’est le pire des mouchards ! Par exemple, vous téléphonez et il est l’heure de faire la vaisselle, mettons. Vous faites couler l’eau et, là, immanquablement : « mais tu fais quoi ? C’est quoi ce bruit ? ». D’autant que sans fil ne veut pas dire sans mains : calez-le contre votre épaule et ça donnera : « alors, frtttt, frtttt, ça va ? frrrrt Oui, moi ça va, frrrrrrt et…. Bam ! ». Et je ne parle pas de ceux qu ont une irrépressible envie d’aller aux toilettes pendant que vous racontez votre vie (de là à dire que vous êtes chiants…). Non mais imaginez vous êtes en train de pleurer sur le fait que Jean-Robert a annulé votre repas pour la 150ème fois vu que vous avez déjà forniqué la veille, il ne va pas s’emmerder à dîner avec vous ce soir. Donc, en pleine : « bouhouhou, Jean-Robert est un salaud, bouhouhou… » le téléphone produit un « plouf ! » étrange. Bon, vous laissez à votre correspondant le bénéfice du doute quand un nouvel étrange son ponctue votre litanie sur Jean-Robert : ça s’appelle une chasse.
 
Comme si le téléphone n’était pas assez pénible, voici un nouvel engin de torture : le téléphone mobile. Hé oui, maintenant, vous êtes joignables partout !Déjà, j’ai une
théorie linguistique : je ne sais pas si vous avez remarqué mais quand vous décrochez votre portable, votre correspondant ne dit plus bonjour mais : « t’es où ? ». Donc je dis que dans quelques années, on dira : « t’es où ? » à la place de « allo ? ». Bref, le portable, c’est pénible : si vous répondez pas, vous avez droit à un message : « et bé, tu réponds pas à ton portable ? » Si, je réponds mais c’est plus marrant d’imiter le répondeur… Puis si on ne répond pas, les gens finissent par s’inquiéter : « Ça fait 10 fois que je t’appelle en trois minutes, pourquoi tu réponds pas ? ». Oui, des fois, il m’arrive d’oublier le portable chez moi…
 
Donc, voilà, déjà avec le téléphone, on n’est plus très libre. Mais imaginez avec la visiophonie. Déjà, elle est disponible depuis quelques temps sur les mobiles, Gauthier l’avait
mais il était à peu près le seul donc très utile… Je me souviens d’un jour où son super ex pote Damien l’avait appelé, on était au McDo et c’était encore plus pénible qu’une personne qui téléphone car, là, il était obligé de regarder son écran avec l’autre qui ne disait rien, en plus, super conversation… Mais la visiophonie, c’est génial, la visiophonie, c’est super, beurk ! Maintenant, au lieu d’entendre ce que l’on fait, notre correspondant va le voir. Et moi, je suis contre, je veux garder mon intimité.
 
Certains me répondront : « mais tu n’es pas obligé de l’allumer ». Ah oui, certes, mais si vous l’allumez pas, il y aura toujours quelqu’un pour vous demander pourquoi. Or personnellement, il m’arrive de répondre au téléphone :
– alors que je viens de me lever et que j’affirme le contraire
– en pyjama, pas peignée, pas maquillée
– en sortant de sous la douche, donc nue.
Donc, si vous n’allumez pas votre visiophone, votre correspondant vous sortira une de ces trois hypothèses :
« Ah, toi, tu viens de te lever.
– Non…
– Bah allume la visio alors. »
Sans parler des maris jaloux qui croiront que leur épouse n’allume pas le petit écran car elle est en galante compagnie. Je dis : la visiophonie, c’est la mort du couple.
De plus, la visio est un retour en arrière : finie la liberté de se promener en téléphonant, vous êtes obligés de rester devant et vous ne pouvez strictement rien faire, si ce n’est regarder bêtement votre correspondant. A ce niveau-là, autant se voir directement. Et puis on a déjà les webcams (moi, évidemment, je n’en ai pas), je pense que les personnes susceptibles de s’intéresser à cette technologie ont déjà le net. Et puis les webcams, ça ne me passionne pas non plus, voir la personne qui me fait un coucou et qui m’oblige à laisser sa fenêtre MSN en premier plan, bof…
 
Car le problème dans tout ça, finalement, c’est que les gens vont s’introduire chez nous sans forcément y avoir été invités car, comme pour le portable, ça va vite devenir malpoli de ne pas allumer notre écran, de ne pas nous montrer au réveil dans notre appart en bordel, de ne pas rester bêtement assis devant un écran pendant une demi heure pendant que votre interlocuteur vous fait coucou, vous montre son petit dernier, le chat, le magazine qu’il est en train de lire, les chaussettes qu’il vient d’acheter… La visiophonie, c’est l’enfer, la visiophonie, c’est la vieille copine collante qui débarque chez vous par surprise, qui décolle jamais alors que, vous, vous vouliez regarder une connerie devant la télé en mangeant une cochonnerie en pull XXL et jogging.
 
La visiophonie, c’est le mal.