Le syndrome Prom Queen

Les réseaux sociaux ont ce pouvoir merveilleux de conférer aux gens un sentiment d’importance. Chaque contenu posté déclenche l’attente frénétique du moindre like, commentaire ou retweet, selon où vous vous exprimez. Le but est de devenir le ou la plus populaire de votre petite bande virtuelle, celui ou celle qui décrète et les autres suivent. Ce fameux influenceur qui fait bander les marketeux. Je reviendrai sur la notion d’influenceurs plus tard, ça mérite un bon paquet d’articles je pense.

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Première étape : construire sa communauté, donc, se créer des liens, étendre ses tentacules toujours plus loin, se construire une audience de plus en plus importante pour l’inonder de vos pensées, jugements, derniers achats, photos de vacances… Et une très bonne façon de se faire des copains, c’est l’ennemi commun. L’ennemie commune en l’occurence pour cet article : la fille trop jolie avec un mec canon qui s’en sort bien dans la vie et qui évolue à des dizaines de miles au dessus de vous. Au début, personne n’ose la critiquer tellement la moindre pique envers elle semble puer l’aigreur. Mais à 10, le rapport de force est inverse et là, tout est permis.

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C’est ce que j’appelle le syndrome Prom Queen. Prenez n’importe quel teen movie (ou série) américain, ce phénomène est pregnant : c’est la reine de la fête, la plus jolie, la plus populaire, celle que l’on adore donc détester car elle est trop tout. Les anti Prom Queen se rejoignent peu à peu, galvanisés par leur haine commune de cette pauvre fille qui a surtout le tort de ne pas être comme eux. Oh oui, certaines sont de vraies connasses, je dis pas. Mais de toute façon, sympa ou connasse, la règle reste la même : on déteste la Prom Queen.

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Alors dès qu’elle ouvre la bouche, poste une photo ou respire un peu bruyamment, le torrent de haine démarre. Il débute par une petite remarque, grossie par les commentaires, retweets et autres LOL. On se sent cool de démolir la jolie fille de service qui n’est même pas si jolie que ça, tavu ? Elle doit bien se photoshopper la garce parce qu’en vrai, elle n’a pas la peau aussi lisse ou les cuisses aussi fines. Oui, le syndrome Prom Queen transforme ses victimes en hyènes, ces féministes qui hurlent dès qu’on tacle une femme sur son physique mais n’hésitent pas à se moquer du bourrelet (légèrement imaginaire) de la Prom Queen ou du creux entre ses seins et supplient qu’on lui file un hamburger tellement elle est maigre. Dans cette petite réunion haineuse, les principes sautent.

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Alors, pour conserver sa petite communauté rigolarde, on guette. Tout ce que dit ou fait la Prom Queen sera analysé, critiqué, jeté en patûre à sa petite bande excitée à la vue du sang. Non mais tu as vu son pull ? Non mais elle a fait une faute, ahah ! Ohlala, elle a lu tel livre qui est trop nul, quelle idiote ! Effet pervers : la Prom Queen honnie devient finalement le ciment de la petite bande. Et si demain celle-ci disparaissait ? Ca peut arriver, rappelons que nous parlons de vie virtuelle, de blogueuses, de twitteuses, de forumeuses, de nanas qui ont une vie en dehors de la bulle virtuelle et peuvent en disparaître sur un coup de tête, de ras le bol. La petite bande d’excitée va-t-elle disparaître ? Non, bien sûr : une Prom Queen meurt, vive la Prom Queen. Car peu importe la victime, du moment que l’on peut la descendre pour se sentir mieux qu’elle. Et si un jour vous renoncez à cette mesquinerie, rassurez-vous : vous serez rejeté par la communauté. Vous n’avez plus vos places parmi les rageuses.

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Typiquement féminin ? Rassurez-vous, les hommes ont aussi leur petites guéguerres. Eux, ils sont plus sur la taille de leur bite communauté par contre… On en reparle une prochaine fois.

Et toi, c’est quoi ton Klout ?

La semaine dernière, on a un peu rigolé sur Twitter suite à une annonce de Quechua pour un stage (faut que je vous parle des stagiaires, je l’ai déjà dit) qui listait pas mal de caractéristiques nécessaires pour intégrer ce stage dont… Un klout de 35. Ahahah !

Alors pour les chanceux qui ne connaissent pas le klout, je vous définis ça en 30 secondes : c’est votre score d’influence sur les réseaux sociaux. En gros. C’est basé sur la taille de votre communauté, votre activité, les réactions que vous suscitez (like, comment, mention, RT, share). En gros : plus ton klout est élevé, plus t’es influent.

Sauf que. En tant que salariée du digital, je peux vous le garantir : la notion d’influence est la plus merdique du monde. Du moins sur la blogosphère et ses satellites (les réseaux sociaux). Je veux dire comment mesurer l’influence d’un écrit quel qu’il soit sans finalement interroger le lecteur ? Ben on va utiliser le quantitatif, hein. Nombre de lecteurs (souvent du déclaratif et autant vous dire que le nombre de lecteurs annoncé, c’est comme la taille de la bite, c’est toujours en dessous). En fait, quand tu travailles dans le milieu et que tu traques certains billets sponsorisés, tu te rends compte à quel point « l’influence » est un flanc et que certains blogueurs incontournables le sont par le réseau et certainement pas leur nombre de lecteurs… En gros, on s’invite aux soirées de marque des uns et des autres. Grosse blague donc.

Et puis les chiffres, moi, ça m’interpelle et pas forcément dans le bon sens. Pour être blogueuse et travailleuse, j’ai note que mon nombre de lecteurs quotidiens est inversement proportionnel au temps que j’y accorde. En gros : plus je bosse, plus je tue mon imposant lectorat. Oui bon ça et aussi le fait que je vous détaille plus ma vie sexuelle, je suppose. Forcément : si je parviens encore à tenir un rythme qui force l’admiration (je me la raconte pas du tout), je ne réponds quasi plus aux comms et surtout je ne commente plus les blogs voisins. Perte de visibilité donc. Et que dire de mon klout sur Twitter ? Oui, c’est vrai que je ne suis pas une top influenceuse, il n’est que de 51 (oh ? Il était de 38 l’autre jour il me semble… Peu importe). Faut dire que je ne suis pas précisément payée à twitter. Si on considère que j’ai posté environ 17 000 tweets en 5 ans (oui, je fus pionnière), ça me fait une moyenne de 0,93 tweets par jour… Mmmm… Plus concrètement, je dois en poster 5 ou 10 par jour (hors discussions) dont le relais de mes articles ici et sur week-end sac à dos. Du coup, un mec qui a un klout de malade, il passerait pas un peu sa vie sur les réseaux sociaux ? Pas vraiment l’employé rêvé !

De plus, je considère que mon compte twitter n’est pas une vitrine professionnelle, je suis pas obligée de le donner à mon employeur. Bon, mon blog étant sur mon CV, c’est pas compliqué de le retrouver mais bon… Ce serait limite comme me demander mon relevé de téléphone… Y a rien de secret mais j’ai pas envie…

Enfin, est-on un mauvais CM si on n’est pas influent ? Plusieurs de mes collègues ont des comptes twitter qui servent plus d’outil de veille que d’outil de prise de parole. Ils n’ont que peu de followers mais savent utiliser l’outil. De la même façon, je n’utilise pas mon compte Pinterest. J’en ai un, hein, mais je ne m’en sers pas. Serais-je infoutue d’en user pour une de mes marques ? Non, je ne pense pas. Après tout, j’ai un four, je m’en sers une fois tous les trois mois, c’est pas pour autant que je suis infoutue de l’allumer pour faire un gâteau ou ce que vous voulez. Et puis, il me suffit de lire les blogs marketing pour connaître les best practises du genre.

Bref, si Quechua a voulu montrer que ahah, viens pas nous raconter des cracks pour choper un stage chez nous (…), on n’est pas des lapinots, nous ! Tellement qu’ils ont mis 24h à répondre, laissant le bad buzz (relatif) faire marrer les twitterers. Moralité : c’est pas d’un stagiaire qu’il faut vous faut mais un vrai CM.