J’ai fait ma Pippa trijambiste

Un mois avant le mariage, j’angoissais : quelle robe vais-je mettre pour être très jolie ? Non que j’ambitionnais de rencontrer qui que ce soit à ce mariage : je connais les amis de ma soeur et sais qui est célibataire mais je ne suis pas intéressée. Sauf que qui dit mariage dit 3 milliards de photos (oh que oui) et donc si je pouvais être pas mal sur quelques unes, ça me ferait plaisir.

 

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Sauf que patatrac, cassage de genou et donc, mes plans tombent un peu à l’eau. J’avais acheté deux robes charmantes mais courtes (et que j’avais laissé sur Paris bien entendu). Les faire rapatrier ? Pourquoi faire, pour exhiber à tout le monde ma cicatrice de 13cm ? Oui, putain de 13 cm ! Je suis défigurée du genou gauche, c’est atroce. Bon, ça va passer, là, ça rosit bien mais bon, cet été, je vais pas aller draguer en short. Enfin, je vais pas aller draguer tout court vu comme je suis torride avec ma démarche de vieillarde. Bref, je me retrouvais donc sans tenue pour le mariage, ma maman a donc agi et m’a acheté une belle robe longue pour le samedi et une combi-pantalon pour le vendredi. Combi-pantalon qui a remporté un fort succès et qu’elle a acheté…chez Leclerc. J’avoue que ça m’amuse (moins quand je pense au prix de l’une de mes robes parisiennes). Mais il faut avouer que la dite tenue était réhaussée d’un sautoir magnifique et d’une étole qui a fait grand effet.

 

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Le vendredi, je vous l’ai dit, nous sommes arrivés avec 20 minutes de retard. Ma soeur surgit de la voiture, applaudie par la foule des invités en délire (j’ai tendance à beaucoup tomber dans l’emphase en ce moment). J’arrive derrière, claudiquante et là, j’ai droit à mes applaudissements. Heu… Je vais pas lever les bras pour vous saluer mais le coeur y est, hein. Et là, les compliments pleuvent “oh mais que t’es belle” ou mon préféré “la maquilleuse a trop bien fait son travail!” “Non, je me suis maquillée toute seule…” mais je suis très forte en self maquillage. Bon, voilà qui me booste un peu l’ego. Le lendemain, ce sera la même avec ma robe longue, ma voilette et mon maquillage réalisé cette fois-ci par la maquilleuse (et ma coiffure par une coiffeuse, je sais pas me faire un chignon).

 

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Etre handicapée, c’est aussi avoir droit à plein de gens qui vous sont dévoués. “Tu as soif ? Tu as faim, tu veux quelque chose ?”. Pas besoin de bouger le petit doigt, tout le monde me sert, je me suis même retrouvée avec deux assiettes de fruits de mer, une apportée par mon papa, l’autre par mon cousin. Et je n’ai jamais manqué de champagne. Je n’en ai point abusé non plus, ma maîtrise somme toute relative des béquilles ne me permettait pas de trop faire n’importe quoi non plus. Lors du discours de la mariée (qui adore le micro), j’ai eu droit à mes 3 secondes dédiées “on remercie aussi nos soeurs qui nous ont bien aidés… Même si la mienne est bien estropée!”. Lalalala.

 

shame

 

Mais le mieux fut au moment du bal. Décidée à ne pas trop rester de côté, je m’étais tranquillement installée sur une chaise juste sur le bord et là, des tas de gens sont venus me passer la main dans le dos en me disant “ma pauuuuuuuuuuvre” y compris une fille que je croyais ne pas connaître (mais que j’ai rencontré à l’enterrement de vie de jeune fille, en fait). Je fais pitié, moi ? Mais non, ce n’est qu’une vue de l’esprit. Le petit copain d’une des témoins (celle qui a attrapé le bouquet) m’a saisi la main et l’a remuée “comme ça, c’est un peu comme si tu dansais”, le mec de mon cousin m’a fait la même, la témoin du bouquet a demandé quelles chansons je voulais pour venir danser avec moi (toujours assise) et quand Poker Face a fini par passer, j’ai eu droit à mon ovation. Ah oui parce que pour la petite histoire, c’est sur Poker Face que je suis tombée du bar… Grumpf !

 

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Y a aussi un mec qui avait l’air de bien aimer venir me parler sauf qu’il n’enregistrait pas trop ce que je lui disais. En fait, il est venu me voir lors du vin d’honneur “Salut, c’est toi la soeur d’Alice qui s’est cassée la jambe ?”. Heu ben vu que je suis la seule en béquilles…Je confirme et il m’explique être l’ancien petit ami de la fameuse témoin au bouquet (décidément !) et qu’on s’était croisés il y a 10 ans. Ah ouiiiiiiiiii… Le soir, il revient me parler “tu te souviens de moi?” Oui, oui… “Tu en as pour combien de temps” donc je lui raconte, je lui parle des circonstances de l’accident en vacances plongée “ah mais c’est marrant parce que je me souvenais de toi comme d’une fille calme”. Oui, je suis calme quand je suis chez mes parents et qu’il n’y a pas un bar sur lequel danser sur du Lady Gaga. Bref, il repart et revient me voir 30mn après “et tu en as pour combien de temps” “ben jusqu’à la fin de l’été au moins, j’espère pouvoir reprendre
la plongée dès septembre.” “Ah bon, tu fais de la plongée ?”. Bon ben on va ravoir la même conversation alors. De toute façon, c’est pas comme si j’avais que ça à faire de discuter, hein… Et puis tiens, on va imaginer que je lui plais un peu bien au jeune homme, ce sera mon frisson romantique de l’été. Oui, rappelons que j’ai une cicatrice de 13 cm sur le genou, que je suis totalement sédentaire et que ma seule activité, c’est le kiné chez qui j’ai repéré personne. Quand bien même, vu que je suis totalement dépendante de mes parents, paie ton intimité, quoi…

 

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Le lendemain, lors de mon retour à la salle, on m’a apporté à manger et une petite fille de 2 ans et demi a décidé que j’étais sa nouvelle meilleure amie, les gens de mon âge jouant à la pétanque plus loin. L’effet Pippa, c’est comme Cendrillon : une fois le bal passé, c’est terminé ! Quoi qu’avec les photos, j’ai encore eu droit à des tas de “waouh, t’es canon quand même” et même des “ma
collègue, elle m’a dit que tu étais très belle”. Même ma grand-mère qui est méchante l’a dit. C’est con, mon ego est surboosté et je suis coincée dans mon lit par ma patte cassée. La vie est mal faite. Par contre, quand je vais revenir en septembre, ça va chier (oui parce que je rentre encore dans mon short acheté moins d’un mois avant mon cassage de figure et je peux faire du vélo chez le kiné donc j’ai pas grossi) ! Mâles, attention, j’arrive.

Once upon a time in the West…

Par Marine

La saga de l'été des vingtenairs


En me relisant, je pense avoir été sévère avec moi-même lors de mon article précédent. 
Célibataire, oui. Désespérée, non. En fait, tellement habituée au célibat qu’il ne fait plus problème. C’est la vie, et c’est de sa faute dirait l’autre.
Bref. Je ne vais pas gloser indéfiniment sur les affres de la vie de célibataire, sur ses bonheurs et ses malheurs, etc. En fait, je crois que j’ai insisté sur cet état de fait pour pouvoir prendre 
la mesure du changement qui s’est opéré sur ces quelques derniers mois.

Il était une fois il y a un certain temps sur un certain continent… La jeune célibataire somme toute assez sereine que j’étais se réjouissait d’aller dîner avec son ami Nico et des amis à lui.
– Ah Marine, mais mes potes t’ont trop aimée. T’as fait forte impression!! J’en suis sûr!
– … (sourire flatté)
– Toi, t’en as pensé quoi? Benoît, par exemple?
– Benoît? Oh il est mignon, hein (très mignon).

Ca c’est la version niaise. Mais chez moi, ça ne marche pas comme ça. Point d’yeux qui se rencontrent, d’élégance feutrée dans un restaurant japonais, en toute délicatesse.

Ca ne marche pas comme ça.
Chez moi, ça doit prendre un tour burlesque.
A vrai dire, tout a commencé à cause de mes vêtements. Ce sont mes vêtements qui expliquent mon attitude face aux hommes, aussi loin que je me souvienne. Jusqu’à 15 ans, ma mère m’a habillée. Or j’ai un problème avec l’autorité : je la suis. Alors ma mère me disait toujours « Montre pas ton nombril, c’est vulgaire ». Ben oui, mais c’était la mode, les t-shirt courts. C’était dommage. Et brimer des instincts de pouffe c’est péché. Alors du coup, je montrais pas mon nombril.
Puis est venu le temps des études. Une vraie allumeuse, mes amis. Subséquemment habillée. Produisant les effets subséquents, également.  Mais il y a un certain temps, sur un certain continent, alors que je me promenais dans la rue, je me disais « tiens je me mettrais bien pouffe ». Mais montrer son nombril c’est vulgaire. Ma mère me
l’a toujours dit, quand j’étais ado. Alors j’ai mis une robe. Courte. Comme ça on voyait mes jambes. Pas toutes, le bas était couvert par des bottes. J’étais contente.

Et j’ai donc retrouvé Benoît, mon copain. Oh il l’était pas à cette heure là. C’était H-2 avant qu’il le soit. Quand il m’a embrassée, dans un bar à bières (j’ai toujours fait les choses avec classe, je vous dis), il m’a littéralement soulevé la robe. Sans doute qu’il voulait voir mon nombril.

N’empêche, j’aurais pas dû écouter maman. Montrer son nombril, c’est vulgaire. Mais montrer sa culotte, c’est pire. Et brimer des instincts de pouffe, c’est péché.

Alors j’ai eu honte. Les gens dans le bar ont applaudi. Et moi je voulais me cacher le visage. J’aurais dû commencer par me cacher le nombril et la culotte.

Ainsi commençait mon initiation au non-célibat… et croyez-moi, y avait du boulot.
To be continued…