Mais non, Jeff, t’es pas tout seul

Pendant mon chômage, j’ai eu parfois de mauvaises idées comme par exemple lire le forum de categorynet où on découvre que c’est limite normal de devoir batailler sévère pour être payé la moindre pige (des fois, j’ai un peu envie de balancer le nom de ceux qui ne m’ont jamais payée), que certains sont toujours à collecter des piges 10 ans après leur diplôme sans que ce ne soit un choix de vie… Bref, là, à chaque fois, j’avais envie de pleurer.

Pourtant, lire et même participer à ces forums n’est pas une perte de temps, bien au contraire. Pour ma part, l’ANPE ne m’a servi qu’à perdre du temps alors que mon diplôme ne concernait pas forcément un obscur métier. Mais bon, si vous voulez de vrais conseils pour vos recherches d’emploi, autant s’adresser à ceux qui savent car ils sont passés par là. Evidemment, il ne faut pas espérer qu’en participant à ce forum, quelqu’un va arriver et vous proposer un job. Ca peut éventuellement arriver mais à notre âge, il serait temps d’arrêter de croire au Père Noël. Non, le but est bien de glaner des conseils en lisant ce qui a déjà été dit car sur les forums, on n’aime pas trop le gars qui crée un sujet abordé 100 fois car utiliser le moteur de recherche interne est au dessus de ses forces. Si rien ne correspond à votre cas, n’hésitez pas à demander mais essayez de ne pas être toujours en demande, répondez aussi aux questions des
autres. Ca permettra d’avoir une bonne popularité sur ledit forum.


De la même façon, n’hésitez pas à lire les blogs des gens de votre profession. S’ils n’aborderont pas forcément le thème de la recherche d’emploi, ils parleront des problématiques de votre métier, sujet sur lequel il est important d’avoir un avis argumenté. Pas pour briller en société mais bien dans le cadre de la recherche d’emploi. Les recruteurs sont parfois retors et aiment avoir notre opinion sur le métier. Si vous répondez par un blanc, un haussement d’épaule ou une réponse superficielle ou stéréotypée, c’est mort. Il est important et je dirais même essentiel d’être connecté le plus possible à son corps de métier. Même si ça fout la trouille de voir que certains sont au chômage depuis des lustres. Même si ça déprime de voir que mon secteur est bouché. C’est pas en faisant l’autiste qu’un poste va se libérer. Par ailleurs, voir que l’on est pas seul à galérer, ça console un peu, on trouve des gens qui sont tout à fait à
même de nous comprendre vu qu’ils vivent la même chose. Et puis tout ça contribue à accroître son réseau et je ne le dirai jamais assez : le réseau, c’est la vie.


Le planning du chômeur

Révélation : être chômeur, c’est chiant. Si, je vous jure. Les journées s’étirent indéfiniment, on s’occupe en candidatant mais que le temps est long entre deux réactualisation de la boîte mail, vérification qu’on n’a pas raté un coup de fil, des fois qu’on aurait mis le téléphone sur silencieux… Mais surtout le chômage, c’est se déphaser de la société.

 

Je suis d’un naturel couche-tard, lève-tard. Quoi que je fasse, quel que soit mon état de fatigue, je n’arrive pas à me coucher tôt. C’est très rare que j’éteigne les feux avant
minuit malgré les bonnes résolutions. Alors imaginez le cauchemar quand on n’a pas d’horaires à respecter. Dans mon chômage idéal, je souhaitais me lever à 9h. Les recruteurs n’arrivent jamais au boulot avant et, tant qu’à faire, autant envoyer un CV quand ils sont au bureau, histoire qu’il ne soit pas noyé dans la masse. Et être sur le pont dès le matin, ça veut aussi dire sauter sur les annonces dès qu’elles paraissent et répondre. Oui, il faut être réactif. J’ai passé un entretien où le recruteur m’a avoué n’avoir regardé que les 40 premiers CV reçus. J’aurais répondu plus tard, ça aurait peut-être été mort pour moi. Je pensais que le chômage, ce serait levée tôt, recherche de boulot avec mon mug de café et tout ça. Sauf que la motivation, elle finit par disparaître.

Au tout début, le chômage, on se dit que ça va pas durer donc les 15 premiers jours, voire le premier mois, ça ressemble plus à des vacances qu’autre chose. Puis on finit par s’y
mettre, faire des plans d’attaque, des plannings. Sauf qu’on se rend compte que le chômage, on en sort pas forcément comme ça. Plus nos candidatures sont sans réponses (ou pire, réponses négatives), moins on est motivés. On ne se lève plus à 9 mais à 10h. On n’est pas à une heure près. Puis finalement, ce sera 11h. Puis midi, on a toute l’après-midi pour envoyer des CV, ça laisse le temps. Plus on se lève tard, plus on se couche tard, forcément. On se dit bien que quand on retrouvera un boulot, le rythme sera un peu dur à reprendre mais ce que je ne fais pas de jour, faut bien que je le fasse à un moment.

En même temps que cette désynchronisation, il y a un réel enfermement. Sortir ? Oui mais pour quoi faire ? Nos amis travaillent en journée et n’ont pas forcément envie de
sortir tous les soirs, ils sont un peu fatigués. On les comprend puis toutes ces sorties, ce n’est pas donné non plus. Alors les jours où on ne sort pas, on ne fait pas l’effort de s’habiller vraiment, on enfile une tenue d’intérieur, histoire de dire qu’on n’est pas resté en pyjama toute la journée, on se peigne histoire d’éviter les nœuds. Le maquillage ? Mais quelle idée ! Je vois pas bien à quoi ça sert de se maquiller si on sort pas. Ou si on sort juste faire ses courses.

Evidemment, à force de se désociabiliser, le chômeur déprime. Cercle vicieux. Passer sa journée à candidater, à essayer de se sortir de là, trouver des idées, des pistes, ça
fatigue, surtout quand ça n’aboutit pas. On se sent un peu nul et quand on se regarde dans la glace, ce n’est pas mieux. Négligée, c’est le mot. Du coup, dès qu’on a l’occasion de sortir, de voir du monde, ça nous fait un vrai bol d’air même si on a, du coup, tendance à culpabiliser : le temps que je prends à prendre un verre avec une amie dans la journée, je le prends pas à chercher du boulot. Sauf que ce qu’il faut comprendre, c’est que si on relâche pas la pression, on explose. On ne supporte plus de vivre entre ces 4 murs qui nous servent d’appart, à voir plus souvent Ashley et Victor des Feux de l’Amour que des vrais humains. Réaliser en se couchant que la seule fois de la journée où on a utilisé notre voix, c’est quand on a dit au chat d’arrêter ses conneries. Que quand on vous appelle, on vous demande systématiquement si on vous réveille, vu votre voix enrouée. Se rendre compte qu’on n’a même pas pensé à regarder ce qu’il y avait dans la
boîte aux lettres. Se dire que demain, ça va être tout pareil. C’est métro-boulot-dodo, sans métro et sans boulot. S’ensuit un ennui qui annihile tout. Plus envie d’écrire, de faire des projets autres que professionnels. Moins on en fait, moins on a envie d’en faire.

Parfois, on a des entretiens et là, on se pomponne à mort, on se bichonne, on est même heureux d’être convoqué aux aurores : ciel, enfin une raison de se lever, une horaire à
respecter. Une occasion de s’habiller, de se maquiller. Peut-être que grâce à cet entretien, bientôt, je pourrai enfin pester tous les jours après mon réveil, m’habiller et me maquiller tous les matins… Voir des gens en vrai, leur parler.