Les mystères de la séduction

Il y a des jours où certaines choses m’échappent. Prenons par exemple jeudi y a 2 semaines. Je rentrais gaiement chez moi après quelques jours de vacances mérités. Prenant le train, j’avais adopté ma tenue de combat : bas de jogging, t-shirt ample, pas de maquillage, cheveux noués n’importe comment vu que je sortais juste de la douche. Et si on regardait bien, par l’entrebâillement du t-shirt, on pouvait apercevoir l’ombre d’un duvet naissant sur mes aisselles.  Plus sexy, tu meurs.

Et pourtant, arrivée sur Paris, un premier mec me regarde avec insistance, je l’ignore. Dans le métro, un deuxième me fixe. Je vérifie mentalement que mon pantalon n’est pas trop descendu, laissant apparaître mon string rouge 10 ans d’âge mais non. Bon, arrivée à la gare, un galant jeune homme me propose avec milles sourires de me porter ma valise jusqu’en haut des escaliers. Oui, d’ailleurs, y a quand même un truc qui me fascine à Paris : de plus en plus de stations de métro sont équipées d’escalators, la plupart que j’emprunte en tout cas et par un étrange fait du destin, seules les gares en sont sous équipées. Ceux de St Lazare ne fonctionnent plus depuis un an, y en a pas à Austerlitz, à Montparnasse,
pas partout… Pourtant qui dit gare dit voyageurs dit valises. Mais bon passons, le jeune galant me monte ma valise option 3 tonnes (j’ai acheté plein de livres en vacances) mais ne me demande rien donc je pars du principe qu’il était juste serviable, comme je le fus quelques heures plus tôt avec une dame âgée, lui rangeant sa valise dans le range-bagage du train. Pas celui du haut, celui du bout de rame, mon amabilité ne me faisant pas prendre de centimètres. Dernier assaut juste avant d’arriver chez moi, un mec qui passe en voiture se dévisse la tête pour me mater en m’adressant un sourire benêt. Non mais c’est quoi le délire ?


Alors, la première explication qui me vint fut l’ordinateur portable et sa sacoche, celle qui se glisse entre les seins pour faire un effet push up. Deuxième explication, je reviens de vacances, je suis détendue donc sexy. Ahah, non, je ne peux pas être sexy en jogging, même si ça se voit pas trop trop que ça en est un (et il est super). Alors peut-être est-ce l’explication de Mady : les mecs préfèrent draguer les filles moches car elles sont à priori moins farouches. Oui sauf qu’en l’occurrence, je me suis fait mater mais pas aborder. Et non, je ne suis pas en pleine ovulation.


Du coup, je me demande si tous mes présupposés sur la séduction, tout mon univers de croyance n’est pas en train de s’effondrer. Est-il seulement possible que finalement, je sois plus jolie sans maquillage (j’en mets pas des tonnes ,  je précise), transpirante, en jogging avec un peu de poils sous les bras et le vernis des orteils écaillé ? Est-ce seulement possible ? Envisageable ?


Nooooooooooon ! Je ne vois donc qu’une seule et dernière explication, la seule valable : c’était la pleine lune.

L’’amour passe et lasse

Il est parfois hallucinant de se retourner un peu en arrière et voir à quel point les gens qui nous attiraient comme des aimants il y a quelques mois nous rendent désormais totalement indifférents.
 

 
Ce soir, je m’en vais faire des courses, quelques fruits, du lait, des bas, du dentifrice, du maquillage, des capotes… Enfin, que des trucs essentiels, en somme. Je fais la queue à la caisse, mon esprit parti loin, très loin, hors de ce vilain supermarché bondé. Je paye, je trace la route, pressée de rentrer chez moi. En octobre, la nuit tombe de plus en plus tôt, quelle déprime. Au coin d’une rue, je manque de percuter un jeune homme et là, j’atterris : Julien. Pas le Julien de meetic mais un autre (oui, dans ma vie, j’ai tendance à retomber toujours sur les mêmes prénoms). Je lui dis bonjour, on papote cinq minutes. Je suis pas maquillée, habillée moyennement bien, bref, profondément attirante. Et en plus, j’ai mes capotes dans mon sac… Ils sont sympas chez Mannix de faire des boîtes argentées super discrètes… Enfin, à la limite, peu importe.
 
Ce garçon, il me rendait dingue, dans le temps. J’ai trouvé un appart pas loin de chez lui, j’espérais le croiser… Je me souviens des soirées qu’on passait à discuter au téléphone, ses grandes phrases troublantes : « je suis dans mon lit, là… ». Mais il avait une greluche (il l’a toujours, je crois, d’ailleurs). C’est pas grave : dans mon optimisme forcené, je me disais qu’il finirait bien par la plaquer (accessoirement, pour moi). Donc, en attendant, je me mets sur meetic, je fornique avec Louis puis Benoît. Un jour, je croise le Julien dans la rue et là, je me rends compte qu’il a des jambes courtes, un torse long et qu’il marche un peu comme une poule… (la tête en avant,  le cul en arrière) J’en parle à Gauthier qui me dit : « c’est normal, tes hormones sont calmées, tu ne vois plus les choses pareilles ! ». Ce n’est pas faux.
 
Petit à petit, je l’ai rangé dans un coin de ma mémoire, j’ai à faire avec lui tous les mois pour un webzine mais c’est tout. Et ce soir, alors que je pensais à un autre garçon, le voilà qui revient de façon presque violente dans ma vie et… rien. Alors que je lui parle, mon cœur reste calme, aucune chaleur ne vient s’immiscer entre mes deux reins. Rien, rien, rien.
 
On discute donc quelques minutes du webzine, de boulot, je rentre chez moi, interpellée. Comment un mec qui m’a rendue dingue pendant facilement quatre mois peut me laisser à ce point indifférente aujourd’hui ? Ce n’est pas la première fois que ça arrive. La dernière fois que j’ai vu Bertrand, pourtant toujours aussi sexy, je l’ai regardé avec indifférence et j’ai été même déçue. Ce mec qui m’avait fait fantasmer tout l’été, je ne ressentais plus rien. Je passais mes nuits à imaginer ses lèvres parcourir mon corps, ses mains découvrir délicatement les recoins de mon intimité… Et là, plus rien.
 
Notre cœur est donc à ce point joueur ? Comment se fait-ce que celui qui nous enflammait hier nous laisse indifférente aujourd’hui ? Quand je pense à tous ces rêves hautement érotiques, toutes ces nuits à rêvasser à l’objet de mon désir… Tout ça pour ça. Où sont passées mes turpitudes ? Pourquoi je n’ai plus de frissons quand ce monsieur, en me faisant la bise, m’effleure le bras ? Quelque part, la disparition de toutes ces sensations est frustrant. On se prend la tête pour trouver le moyen de séduire un jeune homme qui nous chamboule le cœur puis, un jour, il nous laisse indifférente.
 
D’un autre côté, c’est rassurant. Oui, ça montre qu’on se remet toujours de tout ça. Bon, tant avec Julien qu’avec Bertrand, je ne me suis pas pris de râteau puisque je ne me suis pas déclarée. Mes désirs se sont éteint d’eux-mêmes, sans doute par manque « d’entretien », si j’ose dire.  Quand je suis à fond sur un mec et que j’ai la sensation que je ne pourrai pas vivre sans eux, ça me permet de relativiser les choses : à chaque fois que j’en pince pour un mec, je sais que si ça ne se passe pas, je m’en remettrai.
 
Après tout, mon désir pour ces garçons n’est pas né d’un manque affectif ? Du coup, à partir du moment où ce manque est comblé, ils disparaissent de mon paysage « amoureux » ? Car je suis quelqu’un qui ne supporte pas de ne pas avoir un « objet de désir » sous la main. J’aime rêver et fantasmer, j’accroche donc rapidement une cible qui peut être remplacée par une autre au gré de mes rencontres. Mais il reste que pour certains, la flamme ne s’éteindra jamais tout à fait.
 
Le désir inassouvi est vraiment un sentiment étrange, il nous prend aux tripes, envahit notre esprit et s’éteint sans qu’on s’en rende vraiment compte… Jusqu’au jour où on rencontre l’objet de nos fantasmes les plus fous dans la rue et qu’on se rend compte qu’on n’a plus du tout envie de lui.