Ouverture d’esprit

Par Tatiana

Ah cher lecteur, je vais encore partager avec toi une tranche de ma vie suivi des interrogations qu’il en découle.

J’étais au téléphone avec une amie qui, la pauvre, enchaîne les galères. Elle s’est faite larguée par son mec il y a peu de temps et elle a des merdes au boulot et elle s’est faite cambriolée, et j’en passe. Autant vous dire que je me demande même si quelqu’un ne lui a pas jeté un sort. Mais bon ce n’est pas le sujet de l’article. Je vous exposerai peut être ma théorie sur l’envoûtement un autre jour. Elle n’allait pas très fort ces derniers temps donc je l’appelle souvent. J’ai l’ai donc eu au téléphone il n’y a pas longtemps et là elle me
balance une nouvelle choc comme elle a l’habitude. Il faut savoir que c’est son truc à elle : dire les choses sans détour au moment où on s’y attend le moins. Pour la rupture avec son mec elle m’a balancé ça de but en blanc. Ben quoi ? allez-vous me dire. Mais je ne sais pas trop comment vous dire, elle dit ça avec un ton comme si elle disait quelque chose de banal style « je me suis acheté un pull ». Je me rappelle d’ailleurs lors de sa rupture j’étais restée limite en état de choc tellement je ne m’attendais pas à ce qu’elle me sorte ça.

Donc l’autre jour je l’avais au téléphone et là elle me fait « et sinon je me suis trouvé une nouvelle amoureuse ». Temps de pause. Qu’est-ce que ça peut vouloir dire. Elle me sort ça comme ça mais je savais même pas qu’elle sortait avec des filles ! Forcément j’ai eu une réaction bizarre. J’ai cru qu’elle disait ça en blaguant pour parler d’une nouvelle amie qu’elle se serait faite. Et en fait au fur et à mesure de la discussion je me suis rendue compte que non c’est vraiment sa nouvelle amoureuse. En raccrochant j’étais sur les fesses.
J’arrivais pas à croire qu’elle sorte avec une fille. Et j’avais aussi du mal à réaliser qu’elle me sorte ça comme ça. Et d’un coup je me sentie conne et mal. Je pensais être quelqu’un qui était plutôt ouvert d’esprit mais ma réaction m’a déçue. Le fait que sur le coup je n’arrive même pas à concevoir qu’elle puisse sortir avec une fille m’a fait m’interroger sur le fait que oui ou non je sois tolérante. En soi cela ne me dérange pas qu’elle sorte avec une fille, alors pourquoi j’étais un peu choquée en raccrochant. Est-ce la soudaineté de la nouvelle ou la nouvelle elle-même ? Moi qui ai souvent cherché à sortir des conventions, j’aurais du mal à concevoir qu’une de mes amies puisse avoir une girlfriend après un boyfriend. J’ai même pensé à son ex en me demandant ce qu’il pensait de cette nouvelle. Ca m’a fichu un coup à vrai dire. Parce que pour moi l’intolérance c’est un des pires défauts qu’on puisse avoir.

Après je m’en suis donc voulu d’avoir bloqué comme ça au téléphone et j’espère qu’elle ne croit pas que je vais changer d’opinion à propos d’elle parce qu’elle est avec une fille. Parce qu’en fait ce n’est pas le cas du tout. Je me suis demandé s’il fallait que je lui envoie un texto en m’excusant si j’avais eu une réaction bizarre. Mais en même temps si je faisais ça, cela donnerait plus d’importance encore à ma réaction bizarre et c’était peut être pas la peine. Alors du coup je n’ai rien fait. De toute façon, c’est vrai qu’en raccrochant j’étais
un peu sous le choc mais le lendemain j’en avais déjà plus rien à faire qu’elle soit avec une fille ou non. L’essentiel c’est qu’elle se sente bien avec elle. Finalement, après réflexion je ne pense pas que j’étais choquée par le fait qu’elle sorte avec une fille, mais plutôt par le fait que je ne m’attendait pas à ce qu’elle me dise ça vu que je ne savais pas qu’elle aimait les filles. Maintenant j’ai juste hâte de la connaître cette fameuse nouvelle amoureuse.

Enzo travaille à Corpocrec

Par Enzo

En ce moment j’ai un peu l’impression de travailler dans l’entreprise imaginée par Martin Vidberg, Corpocrec. Une entreprise où l’on peut rester en faisant semblant de travailler. Il y a quelques semaines, quand j’avais fini ma première journée (d’une heure) à Corpocrec, Nina
m’avait dit que ça méritait un article. Je n’en avais rien fait sur le moment (harassé par cette journée de travail sûrement). Mais il n’est jamais trop tard pour bien faire !


Lors de ma scolarité, j’ai pris plaisir à écrire pour un journal étudiant (traduire par « quelques feuilles A4 photocopiées et agraffées ») un article sur les manières de gérer la confrontation professeur/étudiant pour ne pas se faire interroger en classe. Je vais réitérer dans le même style avec quelques conseils pour donner l’impression de bosser.

– Malgré l’avènement du numérique, il ne faut pas prêtez allégeance à l’objectif utopique du « zéro-papier » ! Un bureau de travailleur n’est pas un bureau minimaliste : parsemez votre bureau de photocopies et de vos notes. Ces feuilles doivent avoir un rapport avec votre travail, même si vous n’avez fait que recopier ou imprimer sur papier des informations futiles de l’intranet de votre entreprise. Pour les feuilles de notes, je vous conseille le crayon à papier au stylo bille, qui est moins lisible et donc passera une éventuelle inspection superficielle. Et un remplissage à 60% de la feuille. Moins, cela donne l’impression que vous venez de commencer à travailler ou que vous n’avez pas beaucoup d’idées. Plus, le risque est que si vous ajoutez quelques élements pour donner l’impression d’être actif, vous remplirez la page et devrez recommencer à zéro avec une nouvelle.

– Toujours dans cette optique « papier = travail », ayez un bloc-notes avec au minimum la première page à moitié remplie. L’avantage par rapport aux feuilles volantes est que vous pouvez remplir plusieurs pages et donner ensuite l’impression de chercher une information cruciale parmi celles-ci en feuilletant attentivement votre bloc. Des posts-it colorés peuvent agrémenter votre bloc pour donner l’impression d’un travailleur fourmilliant d’idées.

Avant de passer à la suite, je me permet de formaliser notre objectif : le but est de donner l’impression d’être concentré sur une tâche pour éviter qu’on vienne vous déranger. Dérangement qui peut résulter en la découverte de votre inactivité et une charge de travail nouvelle. Dans cette optique, l’impression de chaos créatif donné par des feuilles éparses sur un bureau sert la cause. Contrairement à un bureau vide à l’exception d’un ordinateur. Ou un bureau bien rangé avec une pile « choses à faire » et « choses faites » sur lesquelles il est plus difficile de simuler.



– N’hésitez par à intéragir avec vos feuilles : pour rajouter des mots ou des phrases en cas de menace proche (collègue qui passe à coté, …) ou colorier une petite flèche en cas de menace plus éloignée.

– Les experts en communication s’accordent à dire que près des trois-quarts du langage est non-verbal, il est logique que celui-ci prenne une place importance également dans notre mission. Il convient de ne pas sourire. Un visage neutre avec les sourcils légèrement fronçés communique plus l’idée de concentration qu’un large sourire. D’autre part, les gens ayant tendance à aller plus vers les personnes souriantes, cela diminue les chances qu’on vienne vous solliciter pour rien. N’hésitez pas à fronçer les sourcils un peu plus de temps en temps, cela montre que vous rencontrez des problèmes sur votre travail important. Vous pouvez également jouer d’autres mimiques légères (sourires, frottage de menton, …) pour montrer que vous surmontez ces problèmes.

– Sur votre ordinateur, ouvrez vos logiciels professionnels de façon à donner l’impression d’être au milieu d’une tâche (ouvrir un traitement de texte seulement est donc moins effectif que d’ouvrir un traitement de texte sur un document particulier par exemple). Pour votre navigateur web, privilégiez ceux qui ont un système d’onglet et multipliez les pages ouvertes relatifs à votre travail (80% est un bon ratio). De cette manière vous pourrez passer d’onglet en onglet, noyant dans la masse les onglets « loisirs » parmi les onglets « travail ».

Pour conclure, je dirais que le meilleur moyen est d’avoir une mission réelle. En effet, votre jeu d’acteur est plus crédible s’il est supporté par une base réelle (les meilleurs menteurs mélangent le réel et le mensonge pour donner à ce dernier une vraie consistance). Tout en gardant à l’esprit que plus vite vous aurez fini cette mission, plus vite on vous en donnera une autre.
Vous pourrez agrémenter votre éventuelle culpabilité par cette phrase « qui va lentement va surement » ou celle-ci pour les plus anarchistes « pour détourner un avion, il faut commencer par monter dedans ».

Pour quelques astuces en plus, lisez l’excellente série de BD « Corpocrec : Planqués » !

Ecrit-on mieux en temps de guerre ?

Cette semaine, j’ai entamé la lecture du roman « les deux amis » de Moravia. En fait, il ne s’agit pas tout à fait d’un roman mais de notes que l’écrivain a pris pour un projet de roman qui n’a jamais vu le jour. Là, ces bouts de roman (qui ont fini par dériver pour donner naissance au sublime Le mépris) ont été réunis dans un livre avec une très bonne préface qui parle un peu des tourments de Moravia l’écrivain en temps de guerre qui réfléchit sur la société italienne dans laquelle il évolue. Et là, forcément, ça m’interpelle. Un écrivain se nourrit toujours de son entourage, de ce qu’il voit, observe, pense… Aujourd’hui, quand j’écris, je me nourris donc plus ou moins consciemment de la société du XXIe siècle. Je vis en France donc la guerre, je ne la vois qu’à la télé, je ne la vis pas. Je ne vais certainement pas m’en plaindre, bien entendu. Mais quand je lis les auteurs écrivant an temps de guerre ou juste après, on saisit toute l’incompréhension de l’homme face à cette violence inouïe. Par exemple, Moravia et les deux amis, il y a en fait trois manuscrits, un situant l’action pendant la guerre avec les alertes aériennes, les refuges anti aériens puis ensuite après la guerre, quand le communisme est la nouvelle voie politique. D’ailleurs, Moravia, de gauche, a toujours été assez sceptique face au communisme et n’a jamais osé publier ce roman. Dommage car la deuxième version, la plus aboutie, est un vrai bijou, une histoire des plus machiavélique.

Quand je regarde la littérature actuelle, je me rends compte que le sujet de la guerre fait toujours autant recette. Pas plus tard que l’an dernier, le Goncourt a été attribué à Jonathan Littell et ses Bienveillantes, le récit d’un officier allemand pendant la seconde guerre mondiale. On sent que l’auteur s’est énormément documenté pour rendre ses propos le plus réaliste possible et franchement, on ne peut qu’apprécier ce travail là. Mais force est de constater que, souvent, la haute littérature, si j’ose dire, concerne les guerres (tout comme les films mais je vais pas développer ce point dans cet article sinon, je vais faire une vraie dissert). Pourquoi mais pourquoi ? Outre le côté incompréhension de la violence, la guerre permet de montrer des héros commettre des actes dont ils ne se sentaient pas capables pour leur survie, de mettre en scène des gens ordinaires devenir des héros. Oui parce qu’à vue de nez, je dirais que, globalement, les romans sur les guerres mondiales et particulièrement la Seconde mettent en scène des résistants face à la barbarie plutôt que des collabos. Pourtant, quand je lis le Conformiste de Moravia ou
Les bienveillantes de Littell, je trouve que l’autre côté est tout aussi passionnant. Posture plus dangereuse ? Certains vont dire que parler au nom des « méchants », c’est légitimer un peu leurs actions mais cette posture angélique me gonfle. Si tout le monde avait été résistant, ça se serait su. On retrouve souvent dans la littérature de guerre une espèce d’exaltation de l’héroïsme. Sans doute que la vie quotidienne, celle où il ne se passe rien de notable, n’intéresse plus guère. Pourtant, quand on lit des Zola, Flaubert ou Maupassant, qu’on aime ou pas, ça reste des sources fantastiques en histoire sociale, il y a de quoi dire.

Pour en revenir au sujet de départ, je pense que pour tout scribouillard qui se respecte, vivre en temps de guerre est forcément source de milliers et de milliers d’idées. Témoin de son temps, l’écrivain vit des choses extraordinaires en temps de guerre donc forcément, rien qu’en écrivant le récit de sa vie à ce moment là, il a des milliers d’interrogation, sujets de réflexion ou autre. Pourtant, il me semble que notre époque n’est pas non lus dénuée d’intérêt même si on ne vit pas sous la menace d’attaques aériennes ou autres. Pourquoi les écrivains d’aujourd’hui (mais pas qu’eux, le cinéma aussi et parfois la musique) vont toujours puiser dans notre background historique pour réaliser leurs histoires ? Bien sûr qu’en temps de guerre, le quotidien est transfiguré. Mais quand je lis L’élégance du hérisson ou les yeux jaunes du crocodile, je me dis que notre vie d’aujourd’hui, y compris dans sa routine, est sujet de roman, pour peu qu’on sache la reporter avec talent.