Enzo travaille à Corpocrec

Par Enzo

En ce moment j’ai un peu l’impression de travailler dans l’entreprise imaginée par Martin Vidberg, Corpocrec. Une entreprise où l’on peut rester en faisant semblant de travailler. Il y a quelques semaines, quand j’avais fini ma première journée (d’une heure) à Corpocrec, Nina
m’avait dit que ça méritait un article. Je n’en avais rien fait sur le moment (harassé par cette journée de travail sûrement). Mais il n’est jamais trop tard pour bien faire !


Lors de ma scolarité, j’ai pris plaisir à écrire pour un journal étudiant (traduire par « quelques feuilles A4 photocopiées et agraffées ») un article sur les manières de gérer la confrontation professeur/étudiant pour ne pas se faire interroger en classe. Je vais réitérer dans le même style avec quelques conseils pour donner l’impression de bosser.

– Malgré l’avènement du numérique, il ne faut pas prêtez allégeance à l’objectif utopique du « zéro-papier » ! Un bureau de travailleur n’est pas un bureau minimaliste : parsemez votre bureau de photocopies et de vos notes. Ces feuilles doivent avoir un rapport avec votre travail, même si vous n’avez fait que recopier ou imprimer sur papier des informations futiles de l’intranet de votre entreprise. Pour les feuilles de notes, je vous conseille le crayon à papier au stylo bille, qui est moins lisible et donc passera une éventuelle inspection superficielle. Et un remplissage à 60% de la feuille. Moins, cela donne l’impression que vous venez de commencer à travailler ou que vous n’avez pas beaucoup d’idées. Plus, le risque est que si vous ajoutez quelques élements pour donner l’impression d’être actif, vous remplirez la page et devrez recommencer à zéro avec une nouvelle.

– Toujours dans cette optique « papier = travail », ayez un bloc-notes avec au minimum la première page à moitié remplie. L’avantage par rapport aux feuilles volantes est que vous pouvez remplir plusieurs pages et donner ensuite l’impression de chercher une information cruciale parmi celles-ci en feuilletant attentivement votre bloc. Des posts-it colorés peuvent agrémenter votre bloc pour donner l’impression d’un travailleur fourmilliant d’idées.

Avant de passer à la suite, je me permet de formaliser notre objectif : le but est de donner l’impression d’être concentré sur une tâche pour éviter qu’on vienne vous déranger. Dérangement qui peut résulter en la découverte de votre inactivité et une charge de travail nouvelle. Dans cette optique, l’impression de chaos créatif donné par des feuilles éparses sur un bureau sert la cause. Contrairement à un bureau vide à l’exception d’un ordinateur. Ou un bureau bien rangé avec une pile « choses à faire » et « choses faites » sur lesquelles il est plus difficile de simuler.



– N’hésitez par à intéragir avec vos feuilles : pour rajouter des mots ou des phrases en cas de menace proche (collègue qui passe à coté, …) ou colorier une petite flèche en cas de menace plus éloignée.

– Les experts en communication s’accordent à dire que près des trois-quarts du langage est non-verbal, il est logique que celui-ci prenne une place importance également dans notre mission. Il convient de ne pas sourire. Un visage neutre avec les sourcils légèrement fronçés communique plus l’idée de concentration qu’un large sourire. D’autre part, les gens ayant tendance à aller plus vers les personnes souriantes, cela diminue les chances qu’on vienne vous solliciter pour rien. N’hésitez pas à fronçer les sourcils un peu plus de temps en temps, cela montre que vous rencontrez des problèmes sur votre travail important. Vous pouvez également jouer d’autres mimiques légères (sourires, frottage de menton, …) pour montrer que vous surmontez ces problèmes.

– Sur votre ordinateur, ouvrez vos logiciels professionnels de façon à donner l’impression d’être au milieu d’une tâche (ouvrir un traitement de texte seulement est donc moins effectif que d’ouvrir un traitement de texte sur un document particulier par exemple). Pour votre navigateur web, privilégiez ceux qui ont un système d’onglet et multipliez les pages ouvertes relatifs à votre travail (80% est un bon ratio). De cette manière vous pourrez passer d’onglet en onglet, noyant dans la masse les onglets « loisirs » parmi les onglets « travail ».

Pour conclure, je dirais que le meilleur moyen est d’avoir une mission réelle. En effet, votre jeu d’acteur est plus crédible s’il est supporté par une base réelle (les meilleurs menteurs mélangent le réel et le mensonge pour donner à ce dernier une vraie consistance). Tout en gardant à l’esprit que plus vite vous aurez fini cette mission, plus vite on vous en donnera une autre.
Vous pourrez agrémenter votre éventuelle culpabilité par cette phrase « qui va lentement va surement » ou celle-ci pour les plus anarchistes « pour détourner un avion, il faut commencer par monter dedans ».

Pour quelques astuces en plus, lisez l’excellente série de BD « Corpocrec : Planqués » !

Quand la motivation revient

La semaine dernière, j’ai un peu fait l’article sinistre sur les bas du chômage. Mais il y a également des hauts et il est important d’en parler, ne serait ce que pour éviter la dépression de mes lecteurs chômeurs. Alors parlons de ce regain de motivation régulier qui nous attise.

Quand j’étais au chômage, ce qui m’a aidée, c’est l’orgueil d’un côté, mon entourage de l’autre. Des refus, j’en ai essuyé, des semaines sans qu’il ne se passe rien aussi. L’avantage quand on touche le fond, c’est qu’on peut donner un coup de pied pour remonter. A chaque non, je me laissais une demi-journée voire journée pour chouiner et faire chier mon monde. Puis ça repartait. Tu crois vraiment que je vais me laisser faire, la vie ? T’as pas compris que plus tu me rabaisses, plus j’ai envie de t’envoyer dans les dents que je suis plus forte que toi ?

Des idées, quand j’étais au chômage, j’en ai eu des milliers. D’abord, j’ai voulu faire un press book sous forme de magazine avec édito me présentant, un « Nina mag », en quelques sortes. Premier souci : je ne suis pas maquettiste et très peu à l’aise sur le logiciel quark Xpress que j’ai vaguement utilisé lors de mon DESS de journalisme. Disons que je sais la base mais je ne sais pas faire les feuilles de style, ce genre de truc. Bon, j’achète un bouquin. J’ai réussi à apprendre le html sur le tas et à me bricoler un site web à l’époque, je peux tout apprendre pour peu que je m’y mette sérieusement. J’en parle à Alex qui n’est pas très chaud, il a peur que ça fasse un peu trop égocentrique. Oui, je dois convaincre que je suis la meilleure, c’est pas le souci mais point trop n’en faut. Alors je trouve une autre idée, un espèce de communiqué de presse, je vous le montrerai la semaine prochaine.

Quand t’es au chômage, la moindre lueur fait du bien. Il est vrai que je n’ai pas été inactive pendant tout ce temps. Entre octobre 2005 et avril 2006, j’ai eu un CDD de 3 semaines enchaîné direct sur un stage de 4 mois mais ça laisse quand même pas mal de mois d’inactivité. Le but est de faire le max de choses pour ne pas laisser une
impression de creux dans le CV. Déjà, j’ai ma pige, certes non rémunérée, pour un site étudiant. L’ayant commencé en janvier 2005, quand je trouve un boulot, ça fait plus de deux ans que je suis chef de rubrique étranger, c’est quand même pas mal. Et puis y a d’autres occasions, des piges un peu à droite à gauche, mon travail pour Modo qui m’a quand même accompagnée un couple de mois. Il ne faut pas que ça prenne tout mon temps mais le matin, quand je me lève, j’ai de réelles choses à faire, des articles à écrire ou des dossiers de presse. Et puis ça fait grossir le press book et ça permet de garder la main. Tout ça n’est certes pas un travail rémunéré avec contrat mais on ne sait jamais quelles portes ça peut ouvrir. Avec modo, je travaille mon volet communication et ça fait plus sérieux quand on postule pour un poste d’attachée de presse. J’ai
même décroché un entretien dans une agence de comm. Bref, tout ceci n’est pas vain, bien au contraire.

Et puis il y a les petits projets perso. Mes romans mais aussi mon blog qui m’a beaucoup aidée, mine de rien, malgré deux ou trois crétins qui ont trouvé drôle d’essayer de m’enfoncer. J’ai aussi crée un autre blog de recherche d’emploi qui me permettait d’écrire autre chose, des articles un peu politiques, des critiques de films, de livres, une chronique CD. J’avais prévu d’y mettre mon press book en ligne, j’avais des idées de rubriques que je n’ai jamais développées vu que j’ai trouvé du boulot à peu près deux mois après l’avoir créé. Mais j’y écrivais tous les jours. Ce n’est pas forcément que j’espérais qu’un recruteur tombe sur mon CV et m’embauche mais en multipliant les entrées sur le web, on ne sait jamais. Mieux vaut ne négliger aucune piste.

Bref, le chômage n’est pas qu’une succession d’envois de CV et d’entretiens, il y a aussi les moments où on a de nouvelles choses à faire, de nouvelles idées… Et ça vous relance pour un bon moment.