Coup de gueule

Par Marine

Ceci est un coup de gueule.
Pas contre les grèves.
Pas en faveur des grèves non plus.

Cela fait maintenant pas mal de jours que je suis bloquée chez moi. Quand on habite le nord de Paris, les 3 lignes desservant le reste de la ville sont bloquées. Ceux qui ont dit que la 12 fonctionnait à un rythme de 1 rame toutes les 40 minutes vous ont menti. Le service n’est pas assuré. Ceux qui ont dit que la 4 fonctionnait presque normalement ont menti. Elle fonctionne à peu près 1 jour sur 2. Hier, c’était 1 rame toutes les 25 minutes. Ca fait cher payé pour boire un verre vers Montorgueil, je me suis abstenue. Je pourrais me servir de mes pieds mais la perspective d’une pneumonie m’enchante trop peu. Je reste travailler chez moi. Ne pensez pas que ce soit de gaité de coeur. Mais il est vrai que je peux me le permettre, ce qui n’est pas le cas de tous ceux qui sont bloqués par ce mouvement, j’en conviens totalement.

Mais quand je regarde Facebook, à titre d’exemple, avec tout le respect je dois à certains de mes ‘Friends’, avec tout le respect que je vous dois, même à certains Vingtenaires, ça me fait gerber. « Pour que les connards de la RATP et de la SNCF soient remplacés par des machines », « Pour que les enfoirés de grévistes soient fusillés au Père Lachaise »… Ce ne sont que les titres. Vous les trouvez amusants? Ou en phase avec votre haine? Moi ils me font bondir. Ils me dépriment. Avant de vous trouver super drôles et follement spirituels parce que merde, vous avez mis 2h à rentrer chez vous, réfléchissez aux présupposés de ces phrases et à leur caractère scandaleux. Ce sont des propos haineux, ni plus ni moins, et certainement pas légers. « La grève me fait chier », ou « Je m’en fous des grèves, je rentre chez moi en hélicoptère », c’est une chose (le coup de l’hélico est même plutôt rigolo). « Je veux tuer tous les grévistes », même dit au second degré, ce n’est pas acceptable. C’est très grave et malsain. Je n’aime pas les positions du type « en tant qu’historienne », ou « en tant que… », comme si on s’octroyait une quelconque voix au chapitre par ce procédé. Mais j’ai effectivement fait des études d’histoire qui me permettent de juger la position de certains qui auraient mieux fait d’en faire autant.

« Pour qu’on réponde au droit de grève par un droit de licencier ». Lu sur je ne sais quel groupe. Cher ami, ce n’est plus un droit de grève dans ce cas. Et ce n’est plus du sarkozysme. C’est du Mac-Mahonisme.

« Pour qu’on fasse fusiller ces cons comme les Communards qui ont pris en otage la France ». Là, je bondis. La rhétorique versaillaise est gerbante. Même Thiers en a rougi après coup. Ceux qui se réclament de cette rhétorique savent-ils seulement ce qu’étaient les revendications des Communards, ou ne font-ils qu’un amalgame facile avec ces trotskards qu’ils méprisent tant? Ce ne sont que
des questions innocentes. Evidemment, je ne vous ferai pas l’insulte de resservir le cliché selon lequel ce sont ces « connards » qui nous ont garanti certains droits aujourd’hui, parce que je ne veux pas me placer dans la filiation de ceux qui rêvent d’un « Décembre 2007 » ou d’un « Mai 2008 » (position à peu près aussi naze). Traduction : Marine n’est ni à la LCR, ni à LO, ni rien de tout ça, merci.

Ce qu’il y a derrière est très simple. L’argument de la « prise en otage » tient compte de ce que les revendications des grévistes nuisent à ceux qui ne peuvent plus aller travailler. Mais pensez-vous que les grévistes n’aient que pour objectif de faire du mal aux bons travailleurs? J’avoue très sincèrement que je ne suis convaincue ni de l’utilité de cette grève (Sarkozy ne cèdera pas, et faire chuter le gouvernement est sans intérêt puisque, actuellement, ce n’est pas le gouvernement qui gouverne, mais le président), ni de l’inutilité d’une réforme des régimes spéciaux (même si j’aimerais assez peu que mon chauffeur de TGV ait 65 ans et une presbytie aggravée, pour tout vous dire). Mais ce qui est derrière ça, c’est la dichotomie entre une France qui travaille, et une qui serait rétrograde et anti-travail. Je ne fais que retranscrire ce que j’ai lu, je précise (j’espère que ce disclaimer sera perçu). Seulement, le travail n’est pas la seule valeur morale dans ce bas monde, et c’est pourtant l’impression que j’ai en lisant ces forums de discussion. Si les grévistes nous bloquent c’est bien pour mettre en évidence la notion de service public. Pour signifier que s’ils sont à notre service, ils ne sont pas nos domestiques et que eux aussi peuvent en chier. Un service public, c’est fondamental à la bonne marche de l’Etat civil.
Quand il n’y a plus ce service public assuré, tout le monde en chie, c’est la logique même d’une grève que de chercher à mettre en évidence ceci. Je sais que je ne convainc personne, mais je m’en fous. Cette grève m’emmerde et je ne suis pas convaincue par les revendications des grévistes, mais je les respecte. Au final, pourquoi cet article somme toute aussi stérile que ce que j’ai lu?
Parce que ce qui ressort de tout ça, c’est surtout la dichotomie entre une « bonne » France, celle qui travaille, et une « mauvaise » France, celle qui prend en otage la première et qui par ailleurs ne fout rien. Mais depuis quand les grévistes ne veulent qu’emmerder le monde gratuitement? Je comprends l’agacement à être bloqué chez soi, mais la notion de respect me paraît plus importante que cela. Et la rhétorique de haine et de division en deux de la France me déprime encore plus que l’isolement chez moi.

Et oui, je suis dans la fonction publique. A l’attention de tous ceux qui considèrent les fonctionnaires comme des connards de privilégiés : on a un boulot fixe et garanti jusqu’à la retraite. Mais échangeriez-vous ce travail qui vous fait gagner en 6 mois ce que je mets 18 mois à gagner, ce que certains mettent plus à gagner? Je ne pense pas. Echangeriez-vous notre condition de « privilégiés » contre vos 2 semaines dans un hôtel au soleil au moment des vacances? Je ne pense pas. J’aurais bien participé à la grève contre la loi LRU. Parce que, et je sais de quoi je parle, cette réforme va nuire aux universités, et, une fois n’est pas coutume, les étudiants qui manifestent ne disent pas que des conneries. Je ne le ferai pas car je n’en ai tout simplement pas les moyens. Vous me reprocherez de vous servir des clichés honteux. Vous aurez raison. Comme la dernière fois que je l’ai fait. A ceci près que la dernière fois je plaisantais. Aujourd’hui, j’assume pleinement la partialité de mes propos, écrits sur un coup de sang. Qu’ils soient clichés est délibéré. Ce n’est qu’une réponse aux horreurs et aux insanités que je lis et entends partout.

Ensemble, tout est devenu possible. Même une France divisée qui hait ou méprise l’autre. Je vous méprise dans votre rhétorique minable, autant que je respecte les grévistes. Bien à vous,

Trop de grève tue la grève

Aujourd’hui, c’est grève, j’imagine que certains d’entre vous résidant en banlieue lointaine n’iront pas bosser. Moi, comme une fille sérieuse que je suis, je vais me démerder comme je peux, je vais essayer de prendre un métro quelque part. Mais bon, je sens que je vais rire. Pour ceux qui ne vivent pas à Paris, je résume : quasi aucun RER, quasi aucun métro sauf ligne 14 car pas de conducteur (mais je m’en fous, la 14 me sert à rien pour aller bosser), pas de train non plus… Le Velib ? S’il en reste un, j’aurai de la chance. Bref, c’est la
merdasse.
 Je ne souhaite pas débattre des raisons de la grève car chacun va avoir son petit avis selon sa position donc je pressens le truc stérile. Non, moi, je vais parler de grève en tant que telle. Ca faisait longtemps qu’on n’en avait pas eu une, depuis l’hiver dernier, de mémoire. Mais là, elle est gigantesque, celle là. Je sais pas en province mais à Paris, c’est le cataclysme annoncé, plein de gens vont rester bloqués chez eux, tout ça, tout ça. Du coup, quelle que soit la cause défendue, les gens ne sont pas vraiment ravis de la situation. Demain, tendez l’oreille,

je vous parie que plus d’une personne sur deux pestera « font chier à la SNCF, ils en foutent pas une et nous, on a le droit d’aller bosser ». Au milieu, il y aura sans doute une petite brunette également excédée qui va pester en attendant son métro… Parce que moi, je veux bien écouter leur cause mais je veux bien aller bosser puisque les régimes spéciaux, tout ça, ça ne me concerne absolument pas. Ce qui me concerne, moi, c’est mon loyer… Solidarité ? Mais ce n’est pas mon corps de métier. Je veux bien être solidaire mais pas n’importe comment.

Ca me rappelle la fac. J’étais au Mirail, fac rouge cramoisie. J’ai subi deux piquets de grève, un dès la première année, un en 2e année de maîtrise, j’avais plus cours donc c’était moins dramatique. Mais la première, je l’ai mal vécue, je me suis sentie prise en otage. On ne pouvait plus accéder aux salles de cours à cause des piquets, donc, on se faisait traiter de fasciste si on ne partageait pas leurs revendications. Autant vous dire que ce genre de comportement n’aide pas à compatir à la situation, loin de là. Surtout que ça virait au n’importe quoi « on est contre le rapport Attali, le 3-5-8 et puis on veut une maison des étudiants dans tous les quartiers et les transports gratuits ! » Et pourquoi pas une
visite gratuite dans un salon de massage ? Un syndicaliste m’avait expliqué un jour que c’était le principe de demander un bras pour obtenir une main… Mouais. Sauf qu’à l’arrivée, leurs premières victimes furent les étudiants qui, démotivés par 3 semaines de grève dures ont laissé tomber.

Du coup, je me pose la question de l’utilisation de la grève. Bien entendu, remettre en cause le droit de grève serait un grave problème. Surtout quand on a fait histoire. Maintenant, la question est : quand faut-il faire grève et comment ? C’est vrai que quand la SNCF ou la Poste font grève, forcément, ça se voit. Quand il s’agit d’une petite PME, beaucoup moins. Mais il est vrai qu’être victime de ces grèves, ça agace. L’hiver dernier, il n’y avait quasi plus de train pendant 3 semaines par chez moi car ils refusaient les nouvelles horaires… Sauf que ce sont les mêmes qu’avant ! Là, y a sans doute aussi un problème de communication sur les causes de la grève, ça nous paraît ridicule, du coup, infondé et juste agaçant.

Bien sûr, le service minimum est une solution. Ma mère est infirmière, si elle fait grève, elle doit quand même travailler, tout comme les pompiers, par exemple… Bon, ok, entre un train et un hôpital, c’est pas la même utilité mais tout de même. J’avoue que je n’aime pas cette sensation d’être prise en otage, c’est obligée de « compatir » à une cause. A la fac, on était « face en grève » pour une poignée qui empêche les autres de bosser.

Mais surtout, la question essentielle que je me pose est : trop de grève tue-t-il la grève ? On n’écoute plus les revendications, on en a marre. Y a qu’à voir les
commentaires sur mon article sur les problèmes de transport, c’est sorti plusieurs fois. Par ailleurs, je me demande si toutes ces grèves ne risquent pas d’amoindrir les revendications futures ? Il est vrai que des grèves ont permis de mettre fin à certains trucs comme le CPE. Mais je sais pas si se battre contre toutes les évolutions est forcément une bonne chose. Ok, le CPE n’était pas une bonne proposition mais il y a des systèmes qui ne fonctionnent plus… N’est-il pas possible de se concerter avant de protester ? Des fois, j’aimerais que les syndicats soient aussi force de proposition plutôt que de contestation, on avancerait plus. Parce que bon, dire non, c’est bien mais on peut plus rester dans l’état où nous sommes…

Enfin, bref, en attendant, bon courage à ceux qui doivent prendre les transports en commun aujourd’hui, je sens qu’on va pas s’ennuyer…