J’te lèche ta chatte

Dans la vie, on a tous nos petites malédictions. Si des fées se sont penchées sur mon berceau, la vilaine carabosse m’a fait un bien étrange cadeau, outre ma grande distraction : la langue maudite.



La langue maudite est un phénomène étrange qui me pousse à dire assez forts des termes sexuels au moment où je vais me payer une affiche. J’avais raconté dans le temps l’affaire anulingus (ça va faire plaisir à mon petit troll chéri) : au resto avec Emma et Gauthier, on parlait de l’épisode de Sex and the city sur le sujet et au moment où je dis « anulingus » de façon forte et distincte, un silence se fait et tout le monde m’a entendue. Un malheur n’arrivant jamais seul, deux ans plus tard, je raconte l’histoire à Gabriel et pile au moment où je dis « anulingus », je vois apparaître sous mes yeux ébahis la main de la serveuse me tendant mon dessert. Mais pourquoi ce mot jaillit-il toujours de ma bouche au mauvais moment ? Non parce qu’autant ça a fait marrer Gabriel, autant la dame qui nous servait, je suis moins sûre.


Alors en mon âme et conscience, j’avais décidé de ne plus dire anulingus en public. Sauf qu’en fait, la langue maudite marche sur d’autres mots. Mise en situation : mercredi soir, je vais prendre un verre au Brebant avec Perséphone. C’est marrant comme je me retrouve souvent au Brebant, malgré moi vu que ce n’est pas une volonté de ma part (mais j’ai rien contre non plus). A noter que je rencontrais la demoiselle pour la première fois. On s’attable, on commande, on boit et on papote. Je lui raconte ma folle histoire passionnante de plombiers pour ma machine à laver et là, elle me dit « non mais tu vas pas être toute seule chez toi quand il viendra ? ». Heu… Pourquoi, tu crois que c’est potentiellement dangereux ? Non parce que j’ai beau avoir vécu des histoires qui sont pas toujours sympa sympa du genre la bagarre dans le métro, donc, le mec qui me touche les fesses dans le train, le psychopathe qui m’a menacée de mort ici même et le fameux voyeur de la fenêtre. Donc je  rappelle les faits : avant, j’habitais au rez de chaussée côté rue et un soir, je me baladais à poil chez moi avec les volets à peine entrouverts pour laisser passer un filet d’air, fenêtre ouverte. Je me couche et là, j’entends des espèces de sifflements dans la rue donc je commence à pas me sentir super à l’aise, je remonte les draps jusqu’au menton, j’éteins la lumière et là, j’entends « j’te lèche ta chatte ».



Donc, EVIDEMMENT, pile au moment où je prononce « je te lèche ta chatte », avec force de gestes car je parle avec les mains (je suis une fille du sud), le serveur passait à côté de notre table. Oh la tête ! Le mec s’est figé et m’a regardée ne sachant trop comment réagir avant de me voir piquer un fard. Mais pourquoi, POURQUOI ça m’arrive systématiquement ? Alors qu’en plus, on ne parlait pas de sexe, finalement, je ne faisais pas de propositions salaces à la jeune demoiselle. Surtout que les propositions salaces, je les fais
à voix basse.  Mais bon, voilà : langue maudite.





Du coup, je vais définitivement arrêter de parler sexe ou n’importe quoi approchant au bar. Et boire aussi parce qu’une goutte d’alcool et je m’anime comme un sapin de noël surchargé de guirlandes lumineuses.


Un jour, j’apprendrai la discrétion.

Gomorra, de Matteo Garrone

Par Bobby

Gomorra, c’est un film italien comme on aimerait en voir plus souvent. A travers six personnages, six destins, on entre dans les réseaux de l’enfer de la Camorra, la mafia qui sévit à Naples et s’étend dans toute l’Italie du Sud. Une mafia toute puissante, sur laquelle l’Etat n’a pas d’emprise. C’est elle qui dirige et tire les ficelles : trafic de drogue, textile, recyclage des déchets, banques, guerilla… Tout y passe.

Le film traite ce sujet avec un réalisme choc. Les personnages sont empêtrés dans un système inextricable, où le danger menace à chaque instant, où la mort s’abat sans prévenir sur les individus, où le sang coule parfois à flot sous les yeux des voisins ou des proches.

Un jeune garçon rejoint les rangs d’une armée souterraine, manipulé par tous, deux adolescents font bande à part, armés jusqu’aux dents et immatures à souhait, un jeune homme découvre l’horreur du recyclage et les ravages sur l’envirronement, un homme cherche à s’en sortir dans l’industrie textile en venant en aide à des chinois en secret, et un vieil homme distribue de l’argent aux membres d’une des deux « tribus » adverses, risquant sa peau un peu plus chaque jour.

Je ne vous le cacherai pas, ça finit mal pour chacun d’eux, à des degrés très différents. Chacun se retrouve face à un dilemme impossible à surmonter, que seule la violence peut résoudre, brutale et tragique.

J’ai trouvé, personnellement, qu’un film de ce genre, qui reste une fiction même s’il a une portée quasi documentaire, a bien plus d’impact que les fades docu-fictions dont on nous bassine à la télé. Ce sont tous des personnages, certes, mais des personnages vivants, palpables. Ils nous immergent dans un monde sous tension, et dénoncent une horreur de notre monde, terriblement meurtrière au quotidien, et pas si loin de chez nous.

Peur sur la ville

Sortir le soir sur Paris n’est pas dénué de « danger ». Jeudi, Anne est arrivée sur Paris après un voyage en train épique (une heure et demie de retard, tout va bien). Anne est une grande fille, elle arrive seule jusqu’à chez moi sans même se perdre. Après une pause bienvenue à la maison et de délicieuses nouilles carbonara, nous décidons de repartir au centre de Paris.
 
Après un coup de fil à mon chéri pour qu’il nous rejoigne, direction Bastille, on se pose rue de Lappe. On discute, le courant passe bien entre les deux, je suis ravie. A minuit et quelques, il est temps de décoller, un dernier bisou pour la route et nous voilà reparties dans le métro. On attend tranquillement sur le quai en discutant puis la rame arrive, on s’assoit sur un siège, côte à côte. Il faut avouer que le métro est plutôt soporifique donc la conversation perd en intensité puis on finit par se taire, d’autant qu’une demoiselle s’était installée face à nous. Si tu suis, lecteur, tu auras donc noté qu’il ne restait qu’une place dans notre coin, à côté de la fenêtre précisément.
 
Et évidemment, le taré de service a décidé de s’y installer. Au départ, je n’y ai pas trop fait attention mais il a commencé à parler et, là, on s’est regardé bizarrement avec Anne. Personnellement, je m’appliquais à observer le défilement des tunnels souterrains par la fenêtre pour éviter de le regarder, malgré les grands gestes qu’il nous adressait. La seule parole que j’ai réussi à capter fut : « elle, elle écoute son walkman avec ses écouteurs », en parlant de la jeune fille assise face à nous. A un moment, Anne se penche vers moi et me fait : « on sort à la prochaine station ».
 
Plutôt que de sortir, on s’est avancé plus loin dans la rame mais nous étions dans un métro où tous les wagons communiquent donc on s’avance assez loin et on se pose à nouveau. Il faut préciser que la dernière fois que j’avais fui un homme étrange et sous l’emprise de substances étranges, j’étais avec Clara et Gauthier. Un homme totalement saoul s’était posé au milieu de notre trio, me filant un coup de sac au passage et menaçant de vomir soit sur mes chaussures, soit sur le pantalon de Gauthier donc, courageux, nous décidons de fuir. Nous descendons de la rame mais plutôt que de remonter ailleurs, on a attendu le métro suivant. Oui, nous sommes machiavéliquement intelligents, surtout que, tard, le soir, les métros ne passent pas toutes les deux minutes…
 
Donc nous voici, Anne et moi, assez loin de notre individu bizarre et, là, la jeune fille assise à côté de nous commence à écouter son walkman et un autre gars totalement ivre, assis près de nous, commence à s’agiter. Mince, nous avons comme une impression de déjà vu ! Heureusement, celui-là descend à l’arrêt avant nous. Le métro redémarre, prochain arrêt : le terminus, là où nous descendons. Et qui s’achemine droit sur nous : notre individu bizarre ! On baisse la tête en frémissant : que fait-on s’il revient nous coller ? Anne m’explique qu’il lui fait peur : « tu comprends, il n’arrêtait pas de me dire : « toi, regarde-moi dans les yeux ! » en agitant les mains sous mon nez, je le sens agressif ». Je suis d’accord, il n’a pas l’air débordant de gentillesse. Défoncé comme il est, je me dis qu’on le sèmerait vite en cas de poursuite mais je n’ai pas très envie de courir pour fuir un type louche. Heureusement, il poursuit sa route et va tout au bout du convoi donc on se décide à rallonger un peu le trajet et passer de l’autre côté.
 
Après avoir constaté qu’il n’y avait plus de train et qu’on devait terminer le trajet a pieds, on se rend au pied des escalators pour rejoindre le haut de la station, on entend des bruits bizarres au dessus : notre ami étrange qui, il me semble, se battait avec une porte automatique. Très courageuses, nous avons donc décidé de prendre un autre chemin, on se précipite dans un couloir quasiment vide que je n’avais jamais emprunté. Un regard par-dessus l’épaule, un autre… Non, c’est bon, il ne nous a pas vues et donc pas suivies. Anne est un peu tendue, moi un peu perplexe : où est donc la sortie ? On finit par ressortir et là, je me rends compte de l’incroyable découverte que je viens de faire : un fameux raccourci ! Toute guillerette, je traîne Anne derrière moi qui reste un peu stressée mais nous sommes dans mon quartier, le type louche doit toujours se battre avec sa porte, tout va pour le mieux.
 
Moralité : c’est la première fois en cinq mois que je suis obligée de dévier ma route pour éviter un type potentiellement agressif… Dois-je en déduire que c’est Anne qui attire les fous ? Ceci étant, elle objecte que grâce à elle, j’ai découvert deux raccourcis en deux jours !