Je t’écrirai les mots bleus

Ceux qu’on aimerait dire avec les yeux mais on le fera avec le clavier car pas le choix.

Sur les sites de rencontre, les chats sont souvent blasants tant la conversation est creuse. Parce qu’on veut aller vite et conclure l’affaire, parce qu’on parle à plusieurs personnes en même temps, parce que personne n’a jamais trouvé que le chat était un medium adapté pour disséquer la dialectique d’Hegel. Donc vous vous sentez à peu près aussi à l’aise dans la séduction sur un chat de site de rencontre que dans les toilettes d’un parking option néon qui clignote. Bref, c’est pas la gagne. Pas de panique, vous allez pouvoir user de votre plus belle plume grâce à l’option mail et déclarer ainsi votre flamme à votre proie.
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Envoyer un mail, ok, mais comment débuter ? On s’adresse à une personne qu’on ne connaît absolument pas, on a à peine les quelques éléments renseignés sur sa fiche. Et non, ça lance difficilement une conversation un « hé salut, alors comme ça, tu mesures 1m71 et tu bosses dans la pub ? Moi, je culmine à 1m86 et je suis prof. » Oui et la marmotte… Un mail, ça se travaille. En un, on bannit les mails de 3 mots. On n’est pas sur le chat, souvenons nous. Un « salut ça va » en mail, c’est l’ennui. Et tant qu’on y est, salut ne s’écrit pas slt et bonjour ne s’écrit pas bjr. Pardon mais si tu fais même pas l’effort d’écrire un mot de 5 à 7 lettres en entier, j’ai de légères craintes quant à la suite possible de notre relation.
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Alors on dit quoi ? En général, choper deux ou trois éléments de la fiche est une bonne idée, ça prouve que vous avez au moins fait l’effort de la lire. Selon le réseau, vous aurez quelques infos sur les goûts littéraires, musicaux ou cinématographiques de votre proie, ses loisirs. Essayez de taper là dessus. « Oh, tu fais de la plongée ? Moi aussi ! » « Ah enfin quelqu’un qui connaît ce groupe fort peu connu et pourtant tellement génial », voyez l’idée. Ca n’enclenchera pas forcément une réponse car, ne l’oublions pas, pour 95% des échanges, c’est la photo et non le contenu du mail qui encouragera votre proie à cliquer sur le bouton « répondre » mais au moins, vous pourrez sortir du lot.
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Devant cette incertitude, la tentation de jouer la carte du copier/coller est grande. Reprenons ma comparaison favorite : « la recherche de l’amour, c’est comme la recherche du travail » : en recherche d’emploi, on a souvent la tentation de balancer à tout le monde la même lettre de motivation, à peine personnalisée, surtout une fois qu’on a réussi à en pondre une correcte. Quand je dis on, je dois plaider moi même coupable… Et après tout, pourquoi pas ? On sait bien combien ces mails restent souvent sans réponse, autant se la jouer stakhanoviste du mail. Envoi, envoi, envoi… Un message un peu enlevé, humoristique mais qui n’oublie pas l’autre personne, ça peut marcher.
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Car oui, il ne faut pas oublier que vous vous adressez à quelqu’un. Ouvrons une parenthèse personnelle : sur le site de rencontre que je fréquente parfois, un homme m’envoie régulièrement des mails, confondant manifestement ma BAL et son blog. Il me raconte sa vie « ah, enfin, le week-end, je l’attendais avec impatience, ma semaine fut dure. Du coup, demain, ciné avec mon fils ». Mais que me voulez-vous monsieur ? Le pire, c’est qu’il a dû m’envoyer une demi douzaine de messages et je me demande à chaque fois s’il se souvient qu’il a déjà essayé de me contacter. Et le encore plus pire, c’es que comme j’ai donné l’adresse de ce site à quelques unes de mes copines, je sais qu’il leur envoie régulièrement le même message. Ecoute, mec, je te répondrai le jour où ton narcissisme sera moins flagrant.
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Et voilà qu’enfin, on vous signale un nouveau message ! Un poisson a mordu à l’un de vos hameçons. Et maintenant, comment on gère la suite ?

On verra ça la semaine prochaine (je devrais arriver à l’écrire d’ici là)

La méthode drague infaillible

Lecteur, lectrice, bonjour. Sache que si tu crois vraiment qu’on peut te filer une méthode de drague clé en main, c’est que tu rêves ta vie. C’est d’ailleurs ce que je vais tente de te prouver dans cet article mais en fait, je pense que tu en es déjà convaincu.

Il y a quelques années, je regarde la télé, un reportage de la 6 ou TF1 sur une école de drague, je me bidonne. Depuis, ça pullule et régulièrement, des mecs frustrés d’avoir payé je ne sais combien d’euros viennent m’insulter sur l’article de la drague dans la rue parce que merde, je joue pas le jeu, je ne veux pas me laisser draguer. Ben ouais, mon gars, la drague, ce n’est pas une question mathématique. Sors tes phrases toutes faites et tu vas voir le résultat : si tu es agressif, la fille ne te regardera même pas, si tu es drôle, elle va pouffer et reprendre son chemin. Y a que si tu es beau gosse et drôle et sympa que tu as une chance d’attirer son attention et encore, si tant est qu’elle soit disponible.

Messieurs, imaginez que j’écrive un article « comment draguer un mec » en donnant à mes lectrices une méthode clé en main avec petites phrases choc, sujets à aborder. Qu’allez-vous dire ? Quelque chose comme : « n’importe quoi, c’est un ramassis de clichés, tous les mecs n’aiment pas le foot, ne sont pas réactifs à ça… Moi en tout cas, je ne réagirais pas à ce genre d’approche ». Voilà, ben devinez quoi : nous les filles, c’est pareil. Les femmes ne sont pas toutes les mêmes, cette phrase n’est à sortir qu’en cas de grosse colère post rupture mais sinon, non. Un mec qui me paie tout pour me montrer qu’il est riche n’a que peu de chances de me séduire parce que non seulement je ne recherche pas la sécurité financière chez un homme mais le mec qui joue sur ça va me donner la sensation de m’acheter et ça, c’est non. Bref, si vous, les mecs, vous n’êtes pas sensibles aux mêmes choses, pourquoi nous, nous serions toutes sur le même mode ? Il n’y a pas de méthode de drague infaillible. Alors si payer des cours de drague peut donner confiance en vous, à la limite, pourquoi pas. Mais croire que trois phrases feront tomber les minettes, là, non. Même si vous êtes beau comme un camion. En général, peu de filles aiment les phrases toutes faites, faut qu’elle soit limitée la nana pour glousser sur un « Ton père est un voleur, il a pris toutes les étoiles dans le ciel pour te les mettre dans les yeux ».

Enfin, messieurs (et mesdemoiselles, le conseil s’applique à tout le monde), il faut comprendre une chose essentielle : votre proie n’attend pas forcément d’être draguée pour vivre. Dans la rue, le métro… il y a aussi des femmes en couple, heureuses, amoureuses et fidèles et qui n’ont aucune envie de se faire aborder. Le « tu ne sais pas ce que tu rates, pauvre conne », elles s’en foutent, elles savent ce qu’elles ont et leur mec ne les traiteraient jamais de pauvre conne, par exemple. Evidemment qu’un compliment, ça fait
plaisir et que même, s’il est dit gentiment, je remercierai celui qui me l’a adressé. Ce n’est pas pour autant que je viens d’accepter de sortir avec lui. Parfois, quand je lis les réactions sur l’article sus nommé, j’ai limite l’impression que si une fille ne répond pas à votre tentative d’approche par un refilage de numéro à minima, c’est une garce. Mais les mecs, on ne vous a pas attendu pour vivre. Et même si la fille draguée est célibataire, elle a le droit de ne pas tomber sous votre charme dévastateur et vos phrases pré fabriquées. Ca, c’est assez typique de meetic, aussi : le mec envoie un mail qui pue le copier/coller à 3 km et revient deux jours plus tard : « tu pourrais répondre au moins connasse ! ». Non, je ne réponds pas car d’abord, tu ne me plais pas (désolée mais je ne vais pas me forcer pour te faire plaisir) et ensuite, sur ce genre de site, il est impossible de papoter sans ambiguité. Je me souviens d’une fois où j’avais répondu à un mail rigolo, je commence à papoter avec le mec qui, au bout d’un quart d’heure me demande si notre différence d’âge n’est pas un obstacle. Outre le fait que 7 ans de différences, ce n’est pas significatif pour moi, on ne s’était encore jamais vus ! Le mariage était donc très loin. Mais il était un peu nerveux le monsieur, il m’a viré de MSN après que j’ai annulé notre rendez-vous car j’étais malade… pour de vrai.

Bref, la séduction est un jeu qui s’adapte à la personnalité qui est face à nous, la drague son avatar lourdingue. Ce n’est pas parce qu’on fait l’effort de faire le premier pas que l’autre doit obligatoirement nous répondre… Et le fait de se prendre un vent ne légitime aucune insulte.

Paris vs province

Aujourd’hui, je ne parlerai pas de sexe, désolée pour les obsédés. Non, en ce jour, je vais parler boulot et surtout études.
 

L’autre jour, je parlais avec ma sœur sur MSN, nous causions boulot, pour changer. Oui, Alice et moi adorons nous faire du mal en pleurant sur nos diplômes provinciaux qui n’ouvrent aucune porte. Regardons un instant mon CV : un bac littéraire (avec mention, siou plaît !), une maîtrise d’histoire (toujours avec mention), une maîtrise de science po (idem) et un master de journalisme (toujours pareil). Bon, on ne peut pas dire que je sois une bille en études. Bon, évidemment, un diplôme en soit ne veut rien dire. Par exemple, en science po, il suffisait d’étudier pour réussir, rien d’insurmontable. De même en journalisme : on a tous cartonnés en modules techniques et les cours, il suffisait à peu près de recracher, sauf quelques rares exceptions. Mais tout ça pour dire que les formations que j’ai suivies, je les ai réussies avec brio. Et pourtant, chômage. A côté, prenons un étudiant d’une école de journalisme de Paris non reconnue par la profession parce que, faut dire ce qui est, certaines sont profondément merdiques. Par exemple, en tant que chef de rubrique sur un webzine, je dois gérer plusieurs pigistes. L’un d’eux, en deuxième année d’ISCOM me rendait chaque mois des petites brèves insolites, soit. Un soir, alors que je montais sur dreamweaver ce qu’il m’avait rendu, quelque chose me turlupine. J’ai déjà lu ces articles. Un petit tour sur le net et mon sang se glace : ça fait trois mois que ce con me rend des copier/coller de dépêches AFP ! J’en informe de suite le directeur de publication qui refuse donc de publier la prose copiée du jeune homme. Oui, sans être une pro du droit d’auteur, je sais qu’on n’a pas le droit de copier un texte qui n’est pas de nous et le signer de notre nom !

 

Agacée, j’envoie donc un mail au jeune homme, insistant sur les retombées dramatiques qu’il y aurait pu y avoir si quelqu’un s’en était rendu compte. Et là, le mec me répond : « ah mais je savais pas, tu ne me l’avais pas dit ! ». Non mais je rêve ! Ce mec suit des études d’info/comm dans une école à 4500 euros l’année minimum et il ne sait même pas ça ? C’est moi, pauvre étudiante en journalisme qui doit lui apprendre les règles de base ? Et pourtant, quand un employeur verra nos deux CV, il aura plus de chance d’être pris que moi car lui, il a fait une école parisienne.

 

Le problème ne touche pas que le journalisme. Ma sœur a fait commerce : 3 ans dans une école de gestion et de commerce dans notre ville natale où elle a fini major de sa promo, deux ans d’ESC à Toulouse. Bon, vous le savez peut-être pas mais un ESC, ce n’est pas de la merde. Il faut savoir que ma sœur a été reçue à TOUS les oraux des ESC qu’elle a présentée et a été admise à TOUS les oraux qu’elle a présenté sauf un (oui, pour elle, le négationnisme, c’était le fait de nier tout, elle n’avait pas fait de lien du tout avec l’Histoire donc bon). Et ma sœur qui n’est pas la moitié d’une abrutie n’aura pas un poste si elle se retrouve face à un mec qui sort d’une école équivalente mais parisienne.

 

Et là, je hurle mon indignation. Bon, la France est un pays globalement mal décentralisé, je ne le découvre pas aujourd’hui. Mais si les diplômes de province ne valent rien, autant fermer tous les établissements là-bas. Au nom de quoi une école parisienne vaudrait-elle mieux qu’une école provinciale ? Surtout qu’à Paris, des écoles de merde, il y en a, notamment en journalisme puisque c’est la filière que je connais la mieux. Serai-je toujours à la masse car mes parents n’ont pas eu le bon goût de me faire naître à Paris ? Ne trouverai-je que des postes minables parce que je n’ai pas eu mon bac à Henri IV et que je n’ai pas fait science po Paris ?

 

Au-delà du problème du diplôme, y a le problème du réseau. En février, je suis allée dîner avec Clara et un de nos camarades de promo qui continue joyeusement ses études plutôt que de chercher du boulot (si moi je suis surdiplômée, lui, je me demande ce qu’il est…). Et nous voilà à chouiner : « ben tu vois, un élève de telle école-de-merde (je suis généreuse, je cite pas), il trouvera plus facilement du boulot que nous parce que lui, au moins, il a un réseau. » Le mot est lâché : réseau ! Si je regarde dans mon carnet d’adresse, c’est pas brillant, il ne fourmille pas de journalistes parisiens, loin de là. Sur mon CV, une seule expérience significative s’est déroulée sur Paris et pas dans un grand journal. C’est ça qui me tue tout. Parce que, mine de rien, les journaux omettent souvent de passer des annonces pour recruter ou le font quand le poste est quasiment déjà pourvu, pour être en accord avec la loi. Or, moi, je ne connais personne qui m’appellera pour me proposer un poste vacant. Les candidatures spontanées ? Ah, ça, le « on garde votre CV en archives », je l’ai entendu mais si un petit journaliste chômeur connaît quelqu’un dans la rédaction, il passera toujours devant moi, même s’il sort d’école-de-merde et qu’il n’a fait qu’un stage à « Salut » ou « OK podium ».

 

Nous sommes bientôt au mois d’avril et là, je dois prendre une décision. Je suis incapable de savoir ce qui est le mieux pour moi donc tous les conseils que vous pourrez me donner sur le sujet seront les bienvenus. Et le thème est : « dois-je reprendre mes études ? ». En fait, l’IPJ (Institut Pratique de Journalisme) reconnu par l’Etat propose deux diplômes qui peuvent m’intéresser : le diplôme de l’école (on est pris sur dossier) et le master pro de journalisme (concours). Si je choisis le premier, j’ai encore le temps de décider mais pour le second, faut que je m’active : on révise pas un concours trois jours avant. Guillaume II m’a posé une bonne question : « mais tu vas apprendre quoi de plus ? ». Rien ou presque. Alors pourquoi ? Juste pour intégrer le réseau. Des cours de journalisme à Paris, ce sont des enseignants journalistes, ce sont à nouveau des stages obligatoires et des facilités pour intégrer une rédaction durant quelques temps.

 

Mais question essentielle : est-ce que j’ai vraiment envie de reprendre des études ? J’adore ça, les études, c’est pas le souci mais avoir deux master pro de journalisme sur mon CV, est-ce que ça va vraiment appâter le recruteur ? Car si je vire celui de Toulouse, je vais me retrouver avec un trou de deux ans dans mon cursus. Est-ce que j’ai envie de « reperdre » un an de ma vie pour apprendre ce que je sais déjà ? Je peux compter sur le soutien de mes parents, j’ai vaguement abordé la question avec ma mère qui m’a criée, la voix tremblante (oui, au téléphone, je ne vois pas les yeux plein de larmes) : « mais ma fille, si c’est ce que tu dois faire pour réussir, n’hésite pas ! ». Mais est-ce que je dois faire ça pour réussir ? Mon talent, si j’ose dire, se résume-t-il à un diplôme ? Non, certainement pas. Par ailleurs, si ce diplôme peut éventuellement m’ouvrir des portes, n’est-ce pas également un aveu de faiblesse ? Je ne suis pas capable d’ouvrir les portes avec mon CV actuel donc j’essaie de trouver une solution qui ne sera peut-être pas la bonne.

 

Donc, voilà, j’en suis là et ça me fatigue un peu. Dois-je céder au parisianisme ambiant pour arriver, enfin, à décrocher un poste ou continuer à me vendre malgré mes origines provinciales ? Plus j’y pense, moins je sais.