1984 : Big Brother is watching you

Quand j’ai décidé de parler de dystopie sur ces modestes pages, je me suis posé une question cruciale : était-il nécessaire de parler de classiques que tout le monde a déjà lus ? Il est probable que vous ayez lu 1984 au collège. Ce n’était pour ma part pas mon cas vu que j’avais le choix entre quatre dystopies (Ravage, Fahrenheit 451, le Meilleur des mondes et donc 1984) et j’avais choisi Bradbury parce que… j’en sais rien du tout. Je n’ai donc lu les trois autres qu’une fois adulte. Mais ne pas en parler dans une rubrique dystopie, ce serait un peu comme parler de space operas en ignorant Star Wars. Donc go.

Big Brother is watching you - 1984

L’histoire de 1984, vous la connaissez sans doute : en 1984 (soit 45 ans après la date de publication du roman), le monde est divisé en trois blocs (Oceania, Eurasia et Estasia), nés d’une guerre nucléaire datant des années 50. Ces trois blocs totalitaires se font perpétuellement la guerre, chacun suivant une idéologie somme toute similaire et se battent pour obtenir la domination de l’Antarctique. Dans ce chaos permanent, nous suivons le quotidien de Winston, employé au Ministère de la vérité à Londres où gère les archives et doit effacer de l’Histoire toute trace d’alliance avec l’Estasia. En le suivant, nous découvrons donc les mécanismes de cette société et notamment la surveillance de la population via les télécrans placés au centre du foyer qui servent à la fois de caméra de surveillance et de canal de diffusion de la propagande. Le hic, c’est que Winston n’est pas victime de l’amnésie générale vis à vis du passé et décide donc d’écrire ses souvenirs pour garder une trace de l’Histoire “non officielle”. Par peur d’être démasqué par la police de la pensée qui traquent tous les contestataires, il cache ses pensées à son entourage et se réfugie dans un recoin de son appartement qui n’est pas soumis au regard du télécran. L’Etat paternaliste est incarné par un visage d’homme d’âge moyen et moustachu “Big Brother” qui scrute les citoyens à travers les télécrans. A l’inverse, l’ennemi de l’Angsoc, l’idéologie dominante, est également incarné par un homme, Emmanuel Goldstein dont le visage est projeté quotidiennement pendant les “Deux Minutes de la haine”.

Les deux minutes de la haine - 1984

La surveillance n’est pas que politique puisque les moeurs sont également soumises à des règles strictes, la sensualité et l’amour étant vus d’un très mauvais oeil, il existe d’ailleurs une ligue anti-sexe à laquelle fait partie Julia, que Winston croise et qu’il déteste de prime abord car il la pense espionne de la pensée. Mais non, c’est une réfractaire comme lui et les deux vont se lancer dans une relation amoureuse clandestine. Leur amour les conduira à entrer en contact avec la résistance… qui n’est en fait qu’une émanation de l’Etat. Arrêtés, Winston et Julia se renieront l’un l’autre et Winston finira par épouser inconditionnellement l’idéologie Angsoc.

1984, le film

Déjà, rien que de résumer le livre est ardu et je ne vous ai pas encore parlé de la novlangue, ce dialecte épuré où le vocabulaire est réduit chaque jour un peu plus. Pourquoi ? En gros pour rendre les mots les plus courts possibles pour éviter qu’ils soient pensés avant d’être dit et d’éliminer tout les outils linguistiques permettant de dénoncer la politique du parti. Par ailleurs, la novlangue s’accompagne de quelques sentences paradoxales de type “la guerre, c’est la paix”, martelées à longueur de journée.

1984, pièce de théâtre

Bref la société de 1984 est l’annihilation de l’individu en tant qu’être penseur et sentimental. Le roman se lit hyper facilement et touche pas mal de thèmes qui font écho en moi, notamment la question de la “résistance” à une idéologie, un système politique, mais aussi le déclencheur, qu’est-ce qui te fait basculer dans la réelle résistance. Ici par exemple, si Winston est déjà sur le chemin de la réfraction de par son incapacité à assimiler l’amnésie collective, sa relation avec Julia sera l’accélérateur, ce qui le poussera de l’autre côté.

1984, Julia et Winston

Alors 1984, on en entend parler très régulièrement, je vous parlais d’ailleurs du slogan “Rappel : 1984 n’est pas censé être un manuel d’utilisation” (je vais m’en faire une pancarte, on a quelques petits rendez-vous en septembre) parce que… 68 ans après, on a la sensation de s’en rapprocher chaque jour un peu plus. Tellement que je ne sais même pas par quel bout prendre le truc. Commençons donc par le prisme de l’abrutissement des masses puisque c’était le thème annoncé sur cette série d’articles la semaine dernière. Ici, on n’est pas dans une idée aussi simpliste que dans Albator “les gens y font rien, ils regardent la télé, ils sont devenus cons”, c’est tout un système élaboré mis en place par l’Etat pour déposséder petit à petit les citoyens de tout outil de réflexion, leurs serinant à longueur de journée un discours prémâché. Et c’est là tout le terrifiant : on a d’un côté la bonne idéologie, la version officielle de l’Histoire, mais Big Brother cultive également son côté noir en mettant en scène un ennemi de la Nation et et animant de faux groupes de résistance pour cueillir les réfractaires qui souhaiteraient les rejoindre. Je pourrais écrire des dizaines de romans rien que sur cette idée. Et force est de constater que l’Ennemi est un ressort classique de nos politiques : on a eu les communistes, le FN, les terroristes (aujourd’hui islamistes, hier d’extrême-gauche, demain… je pense qu’on va pas tarder à revenir sur l’extrême-gauche), les dirigeants des pays X ou Y, la finance… ah non, ça, c’était juste un argument électoraliste. On a besoin de l’Ennemi pour fédérer.

Affiche anti communiste

Et alors qu’on nous fait peur aujourd’hui (j’écris cet article vendredi, Dieu seul sait ce qu’il se sera passé quand vous le lirez) sur une grande guerre qui s’annonce à l’Est entre la Corée du Nord et les Etats-Unis, ce bouquin est terrifiant de réalisme. Surtout sur le point réécriture de l’histoire avec la grande tendance des faits alternatifs chers à l’Homme censé le plus puissant du monde mais aussi la surveillance de masse qui ne semble pas déranger plus que ça car c’est fait au nom de notre sécurité (“la liberté, c’est l’esclavage”) et même la novlangue, surtout en tant que start up nation où on frenglishe à mort sans que ça ait particulièrement du sens. Je sais de quoi je parle, je bosse dans le marketing, je jargonne tous les jours pour impressionner mon auditoire (et, tristement, ça marche). Par contre, sur la novlangue, je vous renvoie à un thread super intéressant croisé sur Twitter pour pas utiliser ce terme à tort et à travers.

jargon

Il manque ASAP

Jargon

1984 n’est pas un manuel d’instruction. Mais je crois qu’il est temps plus que jamais de le (re)lire, ça glace le sang. Moi, je vais essayer de me mater le film, tiens…

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L’empathie est morte

Alors que la Start Up Nation démarre sous les chapeaux de roue, grignotant pépouse des acquis sociaux chaque jour un peu plus, les plus aisés commencent gentiment à faire la morale aux plus pauvres : 5€ d’APL en moins ? Respire Bobby, 5 €, c’est rien de rien, un peu d’effort collectif, que diable. Sauf que 5 € pour ceux qui ont si peu, c’est énorme… et c’est là que je me pose la question : est-ce que l’ empathie est morte ?

Menue monnaie, empathie pour les démunis

J’aurais pu vous parler des migrants, sans doute aurait-ce été plus facile, vous demander quelle société empêche des gens qui fuient la guerre de boire à leur soif en pleine canicule ? Dans quelle société les ramasse-t-on tous les trois matins pour les déplacer de centre en centre, rognant chaque jour un peu plus leurs droits élémentaires. Et je ne parle pas ici que des autorités, ne nous lavons pas les mains de ça. Quand je lis les commentaires des articles concernant les Migrants, j’ai la nausée. Et la colère. Merde, qu’est-ce qui nous rend aussi insensibles, au point de rire sans gêne de la mort d’un être humain juste parce qu’il n’a pas la bonne nationalité ? Ni la bonne fortune ?

Emmanuel Macron fait une blague immonde sur les Kwassa Kwassa

En même temps, quand le premier d’entre nous se permet de rire de ça, comment éduquer les gens là-dessus ?

Pourtant, je fais erreur. Ce n’est pas que l’empathie est morte, c’est surtout qu’elle n’a jamais existé. Enfin, pas de ce que j’en sais, en tout cas. Evidemment, je n’ai que les romans et cours d’histoire pour me référer à un temps que les moins de 37 ans ne peuvent pas connaître mais la charité et la solidarité ont toujours été une question compliquée. On se serre les coudes entre semblables et on rejette ceux qui semblent directement nous menacer. Jusque là, pourquoi pas. Je pense qu’en terme de solidarité, il nous est à tous plus facile et plus naturel pour aider quelqu’un que l’on connaît ne serait-ce qu’un peu. Rien qu’à mon minuscule niveau, je donne plus facilement la pièce à la dame au chat gris du RER que je croisais tous les jours à une époque (elle a réapparu vendredi, je vous cache pas que je commençait à m’inquiéter) qu’une personne que je n’aurais pas identifié auparavant. Il y a parfois des élans de solidarité instantanés face à de terribles catastrophes comme le tsunami de 2004 ou le séisme à Haïti. J’aurais pu penser que c’était parce que les gens étaient touchés par la détresse des enfants mais le cas des Migrants a bien démontré que ça ne marchait plus. Alors quoi ? Sans doute le caractère exceptionnel. Et encore, je pense qu’il y a aussi une forte part de « s’acheter une bonne conscience », littéralement. 

Tsunami 2004

Alors quoi ? La peur de l’autre ? Ca marche pas mal, surtout pour les Migrants, mais pour les plus défavorisés ? On peut éventuellement avoir peur de se retrouver avec un faible revenu mais ensuite ? Oui, ok, l’histoire nous a démontré que le peuple pauvre pouvait renverser des Rois et des Tsars mais dans le cas qui nous intéresse, ce n’est pas tellement ça. En vrai, je crois que ce qui agace, c’est l’injustice. Plutôt fantasmée pour le coup mais ceux qui ont tout ont du mal à admettre qu’ils doivent donner un petit peu à ceux qui n’ont rien. Parce que eux, ils ont “mérité” leur argent. Peu importe que leur fortune vienne d’un héritage, d’un salaire indécent car la personne a pu fréquenter de grandes écoles grâce à la magie de la reproduction sociale, de l’exploitation de stagiaires jusqu’à revendre à prix d’or sa start up (même si très peu perdurent)… Certains méritent leur patrimoine, je ne dis pas, mais ceux qui ne parviennent pas à boucler les fins de mois ne sont pas nécessairement imméritants, pour le coup. “Ah mais ils achètent des cigarettes et des écrans plats”. C’est à dire qu’à un moment, la vie n’est pas faite que pour travailler et payer ses factures, hein… Bref, pour moi, 5 €, c’est pas beaucoup, même pas un paquet de clopes, une dizaine de cafés à la cafèt’ du bureau, un quart de cours de yoga… Mais quand chaque centime compte, ça fait une réelle différence et je ne suis pas sûre d’avoir envie de vivre dans une société où on hausse l’épaule quand on grignote toujours plus la part de solidarité vers ceux qui n’ont déjà rien tout en leur faisant la morale. Et si on faisait preuve d’empathie au lieu de donner des leçons de vie à ces gens dont on ne sait rien ?

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Sharp objects de Gillian Flynn ou comment je lis en anglais

J’ai lu ce polar il y a quelques temps et ne trouvais pas forcément qu’il y avait matière à en dire beaucoup mais son contexte de lecture, lui, est plus intéressant. Donc aujourd’hui, en plus de vous parler de Sharp objects de Gillian Flynn(“Sur ma peau” en français), je vais vous reparler un peu de Grèce et du fait que je lis en anglais.

sharp objects de Gillian Flynn, je lis en anglais

Tout commence sur un énorme paquebot quelque part dans les Cyclades, Victor et moi nous posons sur deux transats sur le pont supérieur battu par le vent, luttant pour lire nos livres. Alors qu’au loin se dessine la sublime île de Santorin et son village perché telle une délicate neige sur les hauteurs, nous décidons de retourner à l’intérieur pour attendre notre chaloupe. En quittant nos places, Victor avise un livre sous mon siège ne m’appartenant pas : “Sharp Objects” de Gillian Flynn. Aimant les hasards de la vie, ce sera donc mon prochain roman.

Sharp objects avec Amy Adams

Ah bah tiens, ils vont en faire un film (ah non, une série télé, en fait)

Deux ans plus tard. Oui, je l’avais un peu relégué au fond de ma bibliothèque mais je l’ai enfin lu. Alors avant toute chose un petit mot sur Gillian Flynn qui est l’autrice de Gone girl que je n’ai pas lu mais vu au cinéma (la voix de Rosamund Pike, mmm) donc ça vous situe un petit peu le niveau “thriller avec des gens qui ne sont pas les plus stables et équilibrés sur le plan psychologique”. Et dans Sharp objects, c’est direct qu’on nous annonce la couleur, on suit la journaliste Camille Preak en route vers la petite ville de Wind Gap pour couvrir la disparition d’une petite fille… Or il s’agit pile de sa ville natale donc Camille se retrouve à vivre chez sa mère avec son beau-père et sa demi-soeur, qu’elle ne connaît pour ainsi dire pas, Alma. Cette enquête va réveiller de vieux fantômes : le souvenir de sa soeur, Marianne, morte, les cicatrices que Camille a sur la peau. Car oui, depuis la mort de sa soeur, Camille s’est scarifié des mots sur la peau, chaque centimètres carrés en dehors de son visage…

Sharp Objects, série HBO avec Amy Adams

Donc voilà, dès le départ, on sent des gens heureux de vivre. La progression de l’enquête de Camille est intéressante, j’aime bien le rapport qu’elle a à son corps : elle ressent les mots écrits, certains mots la grattent parfois, je trouve ça à la fois poétique… et assez morbide. La partie thriller est vraiment pas mal mais après… Faut être prêt à affronter toute la laideur de la société américaine avec des ados de 13 ans déjà un peu trop sexualisés et camés, pas mal de personnages sont franchement antipathiques, tout suinte l’angoisse sourde là-dedans. Donc un thriller à lire, oui, mais si on aime le genre très noir.

Amy Adams

Et la lecture en anglais alors… Ce n’était pas ma première expérience, j’avais lu un livre rigolo avant “Unfriending my ex (and other stuffs I’ll never do)” de Kim Stolz qui parlait notamment de l’addiction aux réseaux sociaux, une sorte de Facebook m’a tuer en beaucoup plus drôle et percutant que je devrais relire pour vous en faire une petite review, tiens (oui parce que je l’ai lu y a trois ans au moins et j’ai pas tout retenu). Là, je parle d’un vrai roman avec plein de mots et la peur de ne pas comprendre le dénouement final (spoiler : si, j’y suis arrivée). Alors mon principal problème dans ma lecture de Sharp object fut anatomique : Camille parle de mots situés à des endroits précis de son corps et force est de constater que dès qu’on quitte le général pour le détail (genre cou ou épaules, je maîtrise, clavicule ou omoplate, déjà moins… “collarbone” et “scapula” pour ceux que ça intéresse), je comprends pas trop où elle a écrit le mot dont on parle. Mais ce n’est pas gênant en soit pour la compréhension… Mais le plus dur, c’est d’arriver à déconnecter de la traduction automatique. Au départ, mon cerveau prenait chaque phrase pour la traduire, ce qui me gênait parfois car je ne connaissais pas le sens d’un mot et que je buggais sur la phrase entière alors qu’en lisant normalement (sans traduire, donc), miracle, l’histoire émergeait, cet agglomérat de mots faisait sens, en dépit de celui-ci ou celui-là que je ne connaissais pas…

Unfriending my ex on Facebook de Kim Stolz

Alors je me dis que, oui, va falloir que je me mette à lire plus souvent en anglais, un roman par mois peut-être, histoire de maîtriser au mieux. Car oui, mon but dans la vie, c’est d’être fluent in english. Ca servira toujours.

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La fatalité des héros lourds

Dans le cadre de l’opération : lisez pendant les ponts, j’ai quelques titres à vous conseiller comme par exemple Nuit de Bernard Minier ou Un fond de vérité de Zygmunt Miloszewski. Oui, pas un mais deux romans parce que je les trouve assez cools et que j’ai déjà parlé de ces auteurs. Car oui, ce sont des suites. Hé oui, je sais pas pourquoi mais quand on reprend un personnage, il semble victime de la fatalité des héros lourds

Nuit de Bernard Minier et Un fond de vérité de Zygmunt Miloszewski, vos polars de l'été

Mais les romans sont bien, je vous les conseille vraiment, surtout Miloszewski qui est mon petit chouchou même si j’ai du mal à retenir son nom. L’enquête est très prenante, vraiment bien foutue. Minier, on est un peu sur un autre registre, plus sur de la tension. Pas toujours de grandes surprises mais il se dévore tranquillou, comme une délicieuse omelette norvégienne (j’ai un souci avec les glaces). Alors que je viens donc de terminer Nuit et de m’acheter La rage de Milowszewski, je note quand même un fait troublant : ils sont gonflants, là, leurs héros ou c’est moi ? C’est amusant, je ne l’avais pas noté sur le premier roman mais Servaz (Minier) devient de plus en plus un vieux con réac à base d’Internet tue les gens, c’était mieux avant et tutti quanti et Szacki (Miloszewski) devient un espèce de gros connard aigri. Ce qui est un peu agaçant car les romans restent plaisants à lire mais je me suis surprise à lever parfois le regard au plafond en mode “mais resdescends mec, pleaaaaaaaaase”. Oui, comme ça, oui. Mais bon, relativisons, ils ne sont pas agaçants au point d’un Darwin Minor, Miles Lord ou Robert Langdon, quand même (même si à la réflexion, Bobby m’avait moins fatiguée dans Da Vinci Code avec son côté super héros qui sait tout et peut tout faire)

Robert Langdon ou la fatalité des héros lourds

En étendant ma réflexion, je me rends compte que j’ai souvent le même souci avec les sagas genre Fitz dans l’Assassin Royal de Robin Hobb ou Richard et Kahlan dans L’Epée de vérité de Terry Goodkin. Dans les sagas, d’ailleurs, y a toujours un moment où je suis fatiguée de voir que l’intrigue n’avance que parce que les personnages sont fondamentalement cons et réagissent un peu n’importe comment. Non mais je veux bien avoir un personnage principal orgueilleux ou susceptible mais là, faut pas exagérer non plus. Des fois, t’as l’impression que le ou la protagoniste principal.e est un enfant très jeune ou, pire, un chat : dans tout le roman, on leur dit “ne fais pas ça, ne fais pas ça” et devinez quoi ? ILS LE FONT. Canalisez-vous, merde à la fin !

Drink me, pendentif inspiré d'Alice au pays des merveilles

Si cette adorable petite chose vous plaît, clic sur l’image

Mais cette sorte d’antipathie glissante m’interroge : pourquoi les héros deviennent un peu lourds ? C’est moi ou c’est l’auteur ? Est-ce que c’est comme dans la vie où tu croises certaines personnes que tu aimes bien au départ mais plus tu les fréquentes, moins tu les apprécies parce que tu ne vois que leurs défauts et plus leurs qualités… Oui, mais ça, ce n’est pas systématique quand même… Ou alors, cette lassitude, elle ne serait pas entre l’auteur et ses personnages ? Ce qui m’inquiète un peu puisque parmi mes trente projets d’écriture, j’ai quand même une idée de deux sagas (une trilogie et une quadralogie à priori…). Est-ce que l’auteur continue à exploiter la poule aux oeufs d’or tant qu’elle est en vie, alors même qu’il développe une allergie au métal jaune ? D’ailleurs Minier avait écrit un roman entre N’éteins pas la lumière et Nuit qui ne mettait pas en scène Servaz (et que je n’ai pas lu). Finalement, un des seuls héros récurrents qui ne m’a jamais fatiguée, c’est… Hercule Poirot d’Agatha Christie… Et je crois que c’est parce qu”il n’est pas tant un héros qu’un personnage fonction, on sait assez peu de choses de sa vie privée, ce qui évite qu’on s’appesantisse de trop sur sa vision réac, surannée, progressiste ou carrément révolutionnaire de la société… Je ne dis que ça n’a aucun intérêt mais si ça ne fait pas avancer l’intrigue, ton avis sur tel ou tel phénomène de société, je m’en fous un peu, M ou Mme l’auteur.e .

L'auteur observe la société

Mais bon, malgré tout, je vous encourage à prendre Un fond de vérité puis Nuit (dans cet ordre là, oui) pour vos quelques jours de farniente à la plage ou sur la pelouse d’un parc près de chez vous (même si bon courage pour trouver une place) ou même sur votre canap’. Mais mon vrai coup de coeur de ce printemps, je vous en parle la semaine prochaine. Spoiler : c’est dystopique, c’est russe. Et je me suis totalement laissée prendre.

 

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Game of thrones : une saga bavarde

Quand j’écris, je me pose parfois la question : est-ce que je suis pas en train de trop parler ? Est-ce que cette scène où mes personnages font la révolution en sirotant un café ou débattent des limites de leur activisme, est-ce que vraiment c’est nécessaire ? Oui, ok, c’est le coeur du sujet mais n’est-ce pas too much, là ? Ne serait-je pas victime du syndrome Game of thrones, cette saga bavarde ?

Meera, bran et Benjen Stark dans la saison 6 de Game of thrones

Alors j’ai lu toute la saga, les 5 intégrales et j’attends la 6e de pied ferme, prête à la lire en anglais. Même si ok, j’ai vu la saison 6 donc j’ai été pas mal spoilée mais j’avais déjà deviné pour les deux gros rebondissements de la saison (enfin, ceux sur Jon Snow, pas celui à King’s Landing de l’épisode 9). Mais je dois avouer que la lecture était souvent looooooooongue, presque pénible. Bon, déjà, la version française est agaçante, j’avoue, très ampoulée. Mais surtout, Game of thrones, c’est quoi ? Des gens qui boivent du vin et caressent des putes en parlant de la guerre juste là dehors, de leurs complots et de l’amour. Oui, oui, vous allez me dire que j’exagère, qu’il y a quelques scènes d’action quand même, il se passe des trucs. Oui… entre deux bavardages. Non mais la preuve : qui est le héros de la saga ? Bon ok, y en a plusieurs, je vous parle de Tyrion. Le mec, il fait quoi ? Il parle. C’est tout. Oui, des fois, il baise mais sinon, il parle. On a aussi Arya qui passe son temps à réciter une infinie liste et Daenerys qui a 35 noms qu’elle balance à chaque rencontre. Pia pia pia.

Daenerys et Tyrion, héros d'une saga bavarde

Seulement, faire parler les personnages, ça permet deux choses : balancer tranquillou mémère quelques petites idées et vues sur la société, nos petites opinions l’air de rien (surtout quand tu écris un roman qui a pour base l’activisme) mais aussi donner quelques infos supplémentaires sur ce qu’il se passe, raconter de façon plus dynamique un point de récit, une connaissance qu’un personnage apporte à un autre. Les dialogues ne sont pas nécessairement inutiles mais ils donnent parfois le sentiment de remplissage. Surtout dans Game of thrones où les mecs sont tranquilles à picoler sous une tente pendant leur armée se fait étriller trois mètres plus loin (à peu près).

Activité n°1 de Tyrion : parler en buvant du vin

Et surtout les dialogues cassent parfois le rythme, terriblement. Alors qu’on veut savoir ce qu’il va se passer, que l’action monte et va atteindre son paroxysme… retrouvons Tyrion qui parle de baiser des prostituées en buvant du vin, une scène qui ne servira à rien, jamais. Et c’est peut-être là la clé : pour jauger l’intérêt d’un dialogue, je crois qu’il faut voir si le récit pourrait progresser tout aussi bien sans lui. Est-ce que cette petite brique que tu viens de poser, elle va un jour être utile ou c’est juste parce que tu veux que ta maison soit plus colossale ?

Art work de King's Landing par Charles Lee

Alors vous allez me demander pourquoi je continue à lire si je trouve ça chiant ? Parce que Georges R.R. Martin a été scénariste par le passé et ça se sent dans la construction de son récit et nous entraîne dans une relation quasi perverse : je te donne ce que tu veux, je te le reprends, je te donne, je te reprends… Mais en semant suffisamment d’éléments intéressants pour que tu aies envie d’aller plus loin. On pourrait presque comparer ça à un soap opera où tu as un cliffhanger à chaque fin d’épisode et tu es obligé de revenir le lendemain pour connaître la suite. Si je compare à la saga de l’Epée de Vérité, par exemple, la fin est la fin, on a une histoire majeure par roman et assez peu de “revenez pour la suite, c’est pas fini” (sauf entre le 4 et le 5, pour le coup). G.R.R Martin, c’est le mec qui t’assomme pendant les ¾ du roman pour réveiller ton intérêt à la fin et tu ne veux plus qu’une chose… Lire la suite. En anglais parce que la traduction française arrivera trop tard. Enfin, si l’intégrale 6 vient un jour…

Georges R. R. Martin et la sortie du prochain Game of thrones

Oui bah quitte à être à la bourre, autant en faire un meme

Mais j’en ai pas fini avec Game Of thrones car je trouve cette oeuvre extrêmement intéressante à étudier en tant que “écrivaine”. Même si ma saga à moi en est toujours à la page 2.

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Ce que j’imagine, ce que j’écris

Ecrire : je noircis des pages blanches de mon écriture hiéroglyphiques, je gratte, je gratte. Oh ma gare ! je chemine, j’imagine la suite. Il dira ça et elle fera ça et ils iront là… Souvent, je me joue la scène comme un film, ça coule, c’est naturel… Oui, c’est génial, j’achète. Mais voilà : entre ce que j’imagine et ce que j’écris, il peut parfois arriver que ça n’ait pas grand chose à voir à l’arrivée.

Tableau de Mailo : colorer le monde - j'imagine

Magnifique travail de Mailo, au passage

Comme je disais semaine dernière, quand j’écris, j’ai le début, la fin et tout l’exercice consiste à les relier. J’ai parfois quelques scènes et l’un des défis consiste à les intégrer naturellement au récit. C’est compliqué. Par exemple, dans mon roman de Maja, il y avait une scène précise que j’avais en tête mais la narratrice étant Maja, je ne pouvais pas vraiment l’intégrer vu qu’elle n’est pas concernée par ce qu’il s’y passe. J’ai donc envisagé que cette scène soit racontée par l’un des personnages concernés… ou finalement de donner la parole à quelqu’un d’autre, à celui qui aurait dû raconter cette scène. Ok donc on va scinder le roman en deux parties : la partie Maja et la partie Zetterling (le nom de l’autre personnage). Ah oui mais attends, y a un personnage qui va arriver vers le milieu du roman, l’antagoniste de Maja, il serait peut-être intéressant de lui donner un background un peu épais surtout que finalement, j’ai envie qu’elle fasse ci ou ça. Ok, on va en apprendre plus sur elle via Luka, le frère de Maja. Oui, tiens, faisons comme ça… Oh, une partie supplémentaire, une ! Petit à petit, mon fil de fer se garnit, parfait.

Inspiration déco fil tendu

J’écris. Ah, là, il faut que j’amène ça avec tel truc qu’il va se passer, voyons… Oui, je vais amener ça comme ça et nous voici à l’écriture de cette scène que je veux puissante, centrale, un moment clé du roman. Dans ma tête, tout est très clair, j’ai des images très précises… sauf que quand je l’écris, ça ne donne pas du tout la même chose. Un peu comme ce sublime soufflé bombé qui sort du four et qui s’effondre lamentablement (ou mes meringues au jus de pois-chiche). C’est mou, nul, chiant.

Meringues au jus de pois-chiche ratées

J’ai un souvenir très précis d’un roman tout pourri comme ça, mon histoire de roman assez inspiré d’Angel Sanctuary où il y avait une petite scène de massacre à l’épée en toute décontraction, façon très manga et c’est précisément ainsi que je le concevais. Mais que j’ai galéré à concevoir cette scène par écrit, à lui insuffler à la fois fluidité et drame vu que cette scène était la clé pour déclencher le reste de l’histoire. Je ne me souviens pas vraiment si j’ai réussi à écrire un truc potable sur le sujet (je ne sais pas s’il existe une copie quelque part de ce roman, en fait) mais je me souviens de l’intense sentiment d’insatisfaction quand j’ai buté sur cette scène alors que c’était précisément celle où je ne pouvais pas me vautrer.

Angel Sanctuary de Kaori Yuki _ Alexiel

Parce que oui, dans ma tête, je peux imaginer des scènes fortes mais aussi très esthétisantes (dans la limite de mes compétences, n’ayant pas une culture BD/manga ou ciné très poussée, ne nous emballons pas non plus) mais comment rendre cette esthétique en mot ? Parfois, c’est simple mais d’autres fois, quand il s’agit de quelque chose de fugace, d’une belle image qui se passerait finalement de mots… Je suis un peu coincée.

The cell - film

Alors j’ai jamais vu ce film, The Cell, alors que j’en avais envie mais je n’en ai entendu que du mal… mais rien que les photos, tu sens qu’il a très mal vieilli dis donc…

Ou alors je prends des cours de dessin pour bien mettre en image mon délire… Mais vu mes quelques tentatives, on va dire qu’on va écrire et réécrire ces scènes clés pour parvenir à un résultat satisfaisant.

Tatouage de plume géométrique

Mais parmi les scènes à imaginer qui sont un cauchemar à écrire, ce sont les scènes de sexe…

Je vous raconte ça la semaine prochaine.

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La feuille de route de l’écrivaine

Sur un tableau ardoise aimanté, une forêt de post it avec parfois un seul mot écrit dessus. Quelques photos accrochées par des magnets et des gribouillages à la craie avec des flèches un peu partout. L’écrivaine admire ce cadre qui n’a de sens pour personne d’autre qu’elle. Sous ses yeux s’étale la feuille de route de son roman, son ossature.

tableau en ardoise avec applique dans un bureau, Maisons du Monde

Je rêve de ce tableau, pour de vrai

Et cette écrivaine, ce n’est pas moi. Quand je débute l’écriture, la seule feuille de route qui m’accompagne, c’est une feuille volante avec le nom des personnages.  Oui parce que pardon mais quand votre héroïne principale s’appelle Maja Lagerkvist, vous appréciez d’avoir son nom sous les yeux.

Exemple de bullet journal

En fait, quand je commence l’écriture,j’ai le début et la fin… et c’est tout. Quelques lignes qui m’amènent du point A (début) au point B (fin), mais guère plus, les quelques personnages principaux que je griffonne donc sur mon papier. J’admire quelque part les gens qui sont capables d’avoir une vision très claire de ce qu’ils vont écrire… Parce que cette relative improvisation, elle me complique des fois un peu la vie.

feuille de route

D’abord parce que je sais pas du tout où j’en suis. Prenons mon désormais célèbre pour les gens qui me lisent roman de Maja (en fait, c’est que je me dis qu’à force d’en parler, y a au moins trois personnes qui vont vraiment avoir envie de le lire et si le résultat est nul, la déception va être violente)(oui parce que là, je suis en phase de doute total, je la trouve chiante Maja, en fait). Je sais déjà qu’il y aura quatre grandes parties centrées sur les péripéties d’un personnage (Maja sur deux d’entre eux, son frère sur un autre et son love interest sur un quatrième)… Mais je n’anticipe pas du tout la taille des dites parties. A l’heure actuelle, j’en suis à 35 pages recopiées sur la seule première partie… Je vais écrire un annuaire, mon Dieu (en tout, je dois en être à 70 mais j’arrive presque sur la fin de cette partie là). Donc j’écris, j’écris, j’écris. Parfois, j’ai l’impression d’en voir le bout, d’autres de n’en être qu’aux prémisses. Et il y a un truc que je n’aime pas trop trop dans la vie, c’est de ne pas savoir où j’en suis. Je suis sûre que ça vous l’a déjà fait : quand vous faites un trajet un peu pentu la première fois, par exemple, vous avez l’impression que c’est long, dur… mais une fois que vous connaissez le trajet, que vous savez que tiens, à cet arbre, on a fait plus de la moitié, ah tiens, cette maison, c’est quasi le bout, ce même trajet pénible devient soudain beaucoup plus facile. Moi ça me fait ça en tout cas, sans doute le côté “mince, je ne sais pas si je me suis ménagée assez de forces, je vais peut-être pas y arriver”. L’écriture, c’est un peu pareil et je pense que c’est pour ça que je m’arrête souvent aux débuts prometteurs : parce que je donne trop à ce moment là et que je tiens plus la distance.

Femme fatiguée

En fait, quand je dis que je n’ai que le début et la fin, ce n’est pas tout à fait vrai : j’ai des scènes. Par exemple, pour le roman de Maja, il y a des scènes qui sont déjà parfaitement construites dans ma tête alors que certaines n’arriveront pas avant la quatrième partie. Mais la plupart du temps, je construis vraiment au fur et à mesure et sincèrement, le fait d’écrire dans les transports m’aide énormément, qui l’eut cru. Parce que j’écris et soudain “gare de Trivelin”, aaaaaaaah, je finis vite ma phrase ! Puis en cheminant vers chez moi (10 minutes environ), je continue de dérouler ma petite histoire dans ma tête et là, l’idée ! Mais oui, il va lui dire ça, elle va faire ça et ça va déclencher ça… Double effet kiss kool : non seulement j’avance dans mon plan mais en plus, je laisse définitivement le boulot derrière moi en pensant à autre chose. Et c’est ainsi que j’arrive à relier les quelques scènes du milieu que j’avais de ci de là à mon récit global.

Une main glisse une pièce de puzzle dans le ciel

Le problème, c’est que ces scènes, je les imagine précisément, presque comme un film… et à retranscrire, c’est chaud.

Je vous raconte ça semaine prochaine.

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Stockholm, Paris, Milan, Rome, Montréal

Hé non, ceci n’est pas la liste de mes prochaines vacances mais quelques lieux de mes romans en cours (enfin, y en a qu’un réellement en cours mais voyez l’idée). Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler de cette petite dose d’exotisme que je m’autorise au quotidien en racontant une histoire qui n’a pas lieu là où je vis et des galères que ça peut impliquer.

Stockholm

Je vous ai déjà parlé plusieurs fois du roman de Maja qui se passe donc à Stockholm avec des activistes écologistes anti nucléaires. Pourquoi Stockholm alors que j’y ai jamais mis les pieds ? Parce que je ne sais pas, en toute honnêteté. Au départ, j’avais pensé à des Allemands parce que l’écologie, là-bas, c’est quelque chose mais la Suède faisant partie de mon top 5 des pays préférés, voilà. J’ai également une histoire qui fait actuellement environ 13 lignes qui raconte l’histoire de Daniela de Milan, j’ai Audrey qui-n-avance-pas de Paris, Ofelia à Rome (mais un Rome un peu dystopique, un Néo Rome, un peu… j’avais aussi une histoire très similaire dans un Rome du futur mais qui est peu ou prou le même qu’aujourd’hui et Ofelia s’appelait alors Cecilia, comme l’héroïne de l’Ennui de Moravia, quel hasard…) et Marine (je me souvenais pas du tout avoir choisi ce prénom) qui vit un peu  à Montréal. Bref, des histoires au quatre coins du monde. Et pourquoi ?

Montréal vu du Mont Royal

Et pourquoi pas ? Je n’ai pas de réelle raison et il est certain qu’il serait bien plus facile pour moi de tout placer à Paris ou Toulouse car… Ben, on va pas se mentir, je me rajoute bien de la complexité. Reprenons mon roman de Maja, si vous le voulez bien. J’écris un peu bille en tête sur mon cahier puis je fact checke au moment du recopiage. C’est ainsi qu’au départ, Maja laissait son ami sur le quai du métro quand… poueeeeeeeeet ! Quoi ? Ah oui, pas de métro à Stockholm, okayyyy… Idem pour une scène censée se passer devant un commissariat, tout est très clair dans ma tête sauf que… ben ce que j’imagine n’a rien à voir avec la réalité et me voilà sur google maps à trouver un commissariat qui pourrait répondre à mes critères.

Suède, commissariat de Malmö

Oui, ceci est un commissariat (celui de Malmö). Ce pays est magique

Il est vrai que je me plante sur pas mal de détails comme ça et vous allez, peut-être, me dire que c’est pas grave : il y a quand même peu de chance qu’un Stockholmois tombe un jour sur ce récit, on peut tout à fait admettre qu’il s’agisse d’un Stockholm fantasmé puisque la plupart des gens qui liront cette histoire (si tant est qu’il la lise un jour), auront leur propre image de la ville selon les très rares éléments que je donne, de ci de là.

Brunnsviken à Stockholm, mer

Cependant, ça reste un exercice un peu sympa de fouiller les Google Maps, Earth et Street view pour se créer un décor le plus réaliste possible. Je sais que j’irai un jour à Stockholm, sans doute pas cette année mais bientôt, un jour, peut-être en 2018. D’ici là, j’espère avoir fini l’écriture de ce roman de Maja mais j’irai là-bas avec une certaine émotion, j’essaierai de visiter quelques lieux, me rendre à quelques coins de rue, qui m’ont servi à narrer mon histoire.

Restaurant végétarien Hermans à Stockholm et sa terrasse

Et puis, je crois qu’au fond, je n’aime pas l’ethnocentrisme. Paris est un décor fabuleux pour des milliers d’histoires, bien entendu, mais j’ai envie de voyager aussi mentalement, m’imaginer des ailleurs dans lesquels mes personnages, tout aussi imaginaires, vivent leurs histoires. Peut-être parce que Paris est trop mon décor quotidien que je n’imagine pas forcément de folles aventures ici… Peut-être dans des quartiers que je fréquente peu même si je vois mal des écoterroristes préparer leur prochaine action en sirotant un chocolat au Café de Flore, par exemple.

Terrasse du Café de Flore, Paris

Bref, quand je commence une histoire, je dois répondre à deux questions : qui et où ? Et j’aime sortir ma mappemonde pour choisir. Ah mais tiens, je vous ai pas parlé du Qui, non plus. Ce sera l’occasion d’un prochain article.

Cartes d'identité françaises

Bonne semaine !

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La carte du temps de Felix J Palma

C’est l’histoire traditionnelle : une petite virée en librairie, une envie de nouveauté et ce livre qui me tombe dans les mains : la carte du temps de Felix J Palma. Il est question de voyage temporels, de futur apocalyptique, de Jack l’Eventreur et de H.G. Wells. Ouais, ok, j’achète.

Couverture du roman "la carte du temps" de Félix J Palma

L’histoire… comment la résumer ? Londres 1896, un jeune homme de bonne famille, Andrew, décide d’en finir avec la vie. Il se rend à WhiteChapel pour se suicider à l’endroit même où a surgi son pire malheur : l’assassinat de celle qu’il aimait… la prostituée Marie Kelly, sauvagement massacrée par Jack L’Eventreur. Il est sauvé de justice par son cousin qui lui propose l’impensable : un voyage dans le temps pour sauver Marie Kelly. En effet, une entreprise propose un voyage dans le temps, en l’an 2000, pour assister à la dernière guerre des hommes contre les robots.

Affiche du film la guerre des robots, affiche futuriste rétro

Donc ça, c’est le pitch de départ. Et c’est là qu’on va rentrer dans un incroyable imbroglio d’histoires : il y a celle d’Andrew, donc, celle de l’entrepreneur qui crée la société permettant de voyager dans le temps (dont j’ai oublié le nom), celle de Claire, jeune femme fantasque, celle de Derek, l’homme qui triomphe des machine et enfin H.G. Wells et son scepticisme face à ce voyage alors qu’il a lui-même écrit “La Machine à voyager dans le temps”. On rajoute une pincée de Jack L’Eventreur, Elephant Man et Bram Stoker passent faire un petit caméo et…

Baies et épices pour cuisiner

Herbs and spices in wooden spoons – beautiful kitchen image.

Et on touche là le souci du roman, selon moi : c’est un peu trop too much. On commence sur une histoire et hop, tout à coup, c’est fini, salut Andrew, à la revoyure, hein ! On enchaîne sur les différents personnages mais au bout d’un moment, on finit par s’en foutre un peu, on attend juste le twist qu’on a vu venir à des kilomètres. Oui parce que c’est un roman à twist, ce qui ne me dérange pas, bien au contraire, mais là, je les ai vus venir jusqu’au dernier, un traditionnel

spoiler
“mais en fait, il avait rêvé tout ça, ohohoh”
. Non. Ce retournement de situation a été interdit en 1996 parce que c’est le summum de la paresse narrative. Même si je le retrouve encore très souvent, partout… Limite, j’ai eu parfois que l’auteur partait loin, très loin, et qu’il se rendait soudain compte qu’il ne lui restait que quelques pages (ou il en avait marre) et se débarrassait du tout
spoiler
“heu… et là il se réveille et tout ça n’était qu’un rêve, voilà, bisous !”

Au revoir écrit en lettres de feu

Autre point qui, je pense, me rend vraiment moins indulgente avec le roman : l’auteur est présent partout et beaucoup trop mais de façon irrégulière. C’est à dire qu’au départ, il lui arrive de suspendre le récit pour interpeller directement le lecteur et ça, pour le coup, j’ai trouvé ça assez amusant et, après tout, pourquoi pas. Même si parfois, il y a une auto satisfaction un peu agaçante mais allez, je suis. Sauf que ce petit truc d’écriture disparaît au fur et à mesure, ce qui semble confirmer ma sensation sur une écriture sur un temps long et une perte de vue de ce que devait être le roman au départ mais surtout, on sent un glissement… Je vous avais déjà parlé de ces auteurs qui s’identifient à leur héros, ce qui peut paraître de bonne guerre. Après tout, pourquoi ne pas écrire ses fantasmes de surpuissance ? Mais ça peut rendre le personnage hyper agaçant genre Robert Langdon de Dan Brown ou Darwin Minor de Dan Simmons, vous savez, ces mecs qui ont la science infuse et qui, en plus, sont physiquement capables de tout et ramassent toujours l’héroïne à la fin (avant de manifestement l’oublier pour l’aventure suivante, classe les mecs…) ? Mais là, on atteint un niveau encore au dessus, on est plus dans le niveau de Claude Mossé qui s’imagine plus ou moins forniquer avec Lucrèce Borgia… Je vous disais que l’auteur intervenait très régulièrement dans le récit pour faire des clins d’oeil *wink wink* au lecteur… mais vers la fin, ça disparaît car le narrateur devient… H.G. Wells. On rentre carrément dans ses pensées, on devient lui. En résumé Felix J. Palma se prend carrément pour H.G. Wells… Ouch.

Statue de H.G. Wells

Et c’est dommage car le début du livre est vraiment sympa, la reprise des grands mythes de SF du XIXe siècle pour imaginer un Londres de l’an 2000 apocalyptique aussi et cette tentative de semer un petit caillou dans la machine pour nous faire comprendre que tout n’est pas si clair dans le roman aussi mais… Mais j’ai surtout la sensation que la fin bâclée n’était pas celle prévue (car en fait, le petit caillou que je viens d’évoquer n’a finalement aucun sens et est bien trop noyé sous des tas d’histoires pour qu’à la fin, on le garde vraiment en mémoire)… et le problème, c’est que la fin, ça reste le plus important dans l’appréciation d’un livre… et celle-ci est clairement ratée.

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De l’art de choisir un titre

Là, par exemple, c’est nul. Quand j’étais étudiante en journalisme, il y avait déjà quelque chose que je ne maîtrisais que peu : le titre. Oh, on s’amusait bien à faire du “Libé style” dans certains devoirs et aujourd’hui, encore, sur ce blog, je pars souvent dans du grand n’importe quoi mais voilà, choisir un titre, c’est pas mon truc.

perles avec des lettres en vrac sur le sol

Je dois avouer que je ne suis pas très branchée cinéma français (ni cinéma tout court, d’ailleurs) mais y a un truc que j’aime bien dans ce cinéma, ce sont les titres de films :

Et soudain, tout le monde me manque

Belle comme la femme d’un autre

La prochaine fois, je viserai le coeur

Réparer les vivants

Ceux qui m’aiment prendront le train

(je n’en ai vu aucun)

Pareil en librairie, tous ces livres au noms alléchants

Blanche Neige doit mourir (pas si ouf, finalement)

Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire (je n’ai pas  aimé)

Le mec de la tombe d’à côté (au secours, j’ai détesté l’héroïne)

Pars vite et reviens tard (pas mal celui-là)

Bref des titres qui donnent envie… Et je suis bien incapable d’en produire d’aussi bons.

choisir un titre : sélection de romans

Pourtant, à la réflexion, est-ce que le bon titre fait le bon livre ? La liste précédente a l”air déjà de démontrer que pas vraiment et si je rajoute au dossier les titres de Moravia, mon auteur préféré, y a pas de quoi s’extasier “L’ennui”, “le mépris”, “les indifférents”, “Desideria” (ce roman, il vous faut vraiment le lire), “1934”, “Lui et moi” (un roman très étrange où un homme est dirigé par son énorme pénis). De la même façon, Nabokov n’est pas allé chercher midi à 14h pour Lolita. Par contre, son « Ada ou l’ardeur » était bien trouvé… mais je l’ai vraiment moins aimé (j’ai souffert à la lecture)

couverture du livre Ada ou l'ardeur de Vladimir Nabokov

Je suis complexée du titre, ce qui engendre deux conséquences :

  • je ne donne pas de titres à mes romans tant que je ne les ai pas terminés, à moins d’un éclair de génie, pour ne pas m’arrêter dès la première ligne, découragée de ne pas avoir trouvé un nom à mon œuvre
  • Je trouve un truc qui ferait un bon titre donc je cherche l’histoire qui pourrait aller avec.

Mais ça reste compliquée. Je me souviens d’un roman que j’ai écrit en 2003 ou 2004 et qui ne doit plus exister nulle part, maintenant. En vrai, ça aurait pu être une sorte de fanfic d’Angel sanctuary, un manga de Yuki Kaori que j’aimais vraiment bien, à quelques nuances près. Ouais, voilà, c’était le Fifty shades on grey d’Angel sanctuary et là, vous pouvez admirer à quel point je valorise mon travail.  Bref, j’écris l’histoire, environ 180 pages Word, de mémoire et après avoir écrit le mot « fin », je me creuse la tête : mais comment appeler ce roman ? Pas un truc avec des anges et des démons, c’est pas original puis c’est pas tant ça l’histoire, plus une question de destin qui destine plus. Je crois que le dernier titre fut “un caillou dans la machine”. C’est nul ? Oui.

rouages de montre

Tiens, faudrait que je réécrive ce truc en en faisant quelque chose d’un peu steampunk… Non. En fait non

Je me souviens à ce moment là de l’histoire avoir lu un article sur le film de Asia Argento, “Scarlet Diva”, la réalisatrice avait expliqué qu’elle avait choisi ça parce qu’elle aimait le prénom Scarlet et le côté Diva… Ca m’a pas aidé du coup. Mais j’étais jalouse, un peu, qu’elle ait réussi à trouver un nom qui claque.

Affiche du film Scarlet Diva d'Asia Argento

En attendant, moi, je laisse tomber. Mes romans ont des noms de code, souvent le prénom du héros ou de l’héroïne. Le titre, ce sera la touche finale, la cerise sur le gâteau, le topping du cupcake et… il va falloir que je renouvelle mon stock d’analogies, moi.

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