Apprendre, c’est tellement cool !

Mon cher moi d’avant

Tu dois te demander pourquoi j’écris alors que j’ai même pas fini mes articles sur le Canada, que j’ai même pas encore lancé officiellement ma série sur les plans cul et que l’actualité est tellement brûlante que j’aurais dû écrire 38 articles dessus ? Alors de 1, je manque de temps (et ça me frustre) et de 2, tu sais rien de la vie, viens pas me donner de leçon. D’ailleurs, c’est aujourd’hui en tant que version de toi pleine de sagesse que je viens te parler de la magie de l’étude et du savoir. Et ne lève pas les yeux au ciel, je te vois! *

etudier

Tu es une chanceuse : ta mémoire d’éléphant et on esprit logique te permettent de récolter de bonnes notes sans bosser. Les devoirs ? On fera ça en 2/2 avant le cours parce que le soir, y a Beverly Hills et Melrose Place, c’est bien plus cool que des exos de maths ou revoir sa leçon d’allemand… Ouais, sans doute mais… Tu es en train de passer à côté du truc le plus cool du monde : apprendre.

apprendre

Je n’ai jamais trop aimé la contrainte. Faire mes devoirs me plongeait dans un ennui abyssal, je ne lisais que peu les livres qu’on nous demandait de lire en français (alors qu’évidemment, 20 ans plus tard, je lis du Stendhal en me disant qu’à 16 ans, j’étais vraiment une dinde) et puis après 8h de cours, mon cerveau criait grâce. Alors sur ce point, je vais avoir du mal à contre-argumenter : récemment, j’ai suivi une formation excel -et je me suis éclatée- mais au bout de 7h de cours, j’étais totalement épuisée. Ce qui donne un bon indice de mon implication intellectuelle dans le travail, tiens… Bref, je m’égare mais apprendre, c’est ultra cool.

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Tu en as déjà un peu l’intuition. Dès qu’un sujet te plaît, tu es capable de lire tout ce qui te tombe sous la main sur le sujet. Genre le théâtre romantique où tu as lu les plus connus au lieu de te contenter de Lorenzaccio que ta prof de français avait choisi, tu avais lu pas mal de profils aussi et de livres qui t’avaient permis de pas mal maîtriser le sujet. Sujet qui tomba d’ailleurs au bac… Mais pour les sections ES et S car les L, nous, nous avions droit à une dissert sur Malraux. Tiens, faudra que je re teste Malraux à l’occase, peut-être que ça passera mieux, qui sait ? Bref, quand un sujet te plaît, tu ne comptes plus les heures passées dessus à te documenter, à écrire. Mais pour le reste….

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Et c’est un tort. Reprenons l’allemand parce que figure-toi que tu vas développer un traumatisme par rapport à ça. Oui un traumatisme, je pèse mes mots. Au bac, ta note relativement basse (11, ce qui me paraît pas mal pour une langue que je n’ai au final jamais comprise et surtout pas maîtrisée) te convaincra de ne plus jamais y toucher. A la fac, ce sera anglais, anglais, anglais… Enfin, QCM en première année, questions sur texte et version avec dictionnaire autorisée en deuxième année puis plus rien. C’est quelque part un peu étonnant que j’ai réussi à garder un certain niveau en anglais juste en lisant quelques livres d’histoire (l’avantage de choisir des sujets de maîtrise sur des pays anglophones) et en matant distraitement des films et séries en VO, sans faire l’effort de comprendre ce qu’il se dit. Ceci étant, sans vouloir me défendre, j’aurais aussi parfois de sous-titres sur des séries/films français car dès que ça n’articule pas, je ne comprends plus rien du tout. Bref allemand remisé au placard et inconscient qui vient me titiller régulièrement avec ce cauchemar “tu passes le bac allemand et tu as tout oublié”.

Portrait of a young German football / soccer fan, with the German Flag on his face.

Portrait of a young German football / soccer fan, with the German Flag on his face.

Et puis en 2015, une pote, Zénobie, te parle d’un site pour réviser son anglais : Duolingo. Tu te lances d’abord sur l’anglais et l’espagnol (langue que tu n’as jamais apprise à part trois mots enseignés par un papa catalan français mais bilingue, pour le coup) puis voilà l’allemand qui apparaît. Alors tu te lances et tu te rends compte qu’en fait, l’allemand est une langue géniale car on dit TOUTES les lettres. Une fois que t’as compris que “ch” s’écrit “sch” et que tu reconnais les sons avec ou sans umlaut, cette langue est facile : il y a des règles, il suffit de les connaître pour les suivre. Excitée, tu te lanceras par la suite à la découverte du russe et du suédois (sur la version anglaise du site, noeud au cerveau)… mais on va en rester au suédois pour l’instant.

apprendre_suedois

Apprendre est si excitant. Ca ouvre tellement de possibilités. Il n’est pas dit qu’apprendre le suédois me fera partir vivre en Suède ou que ça m’ouvrira un poste quelconque mais c’est juste un savoir, une ouverture sur une culture. Et je parle des langues mais en ce moment, je me prends de réelle passion pour les statistiques et ce que ça peut ouvrir comme perspective. En ligne de mire : l’économétrie. Je coche les MOOCs qui me tentent, j’essaie de voir comment devenir cette économètre en me demandant comment j’ai pas compris plus tôt que j’étais faite pour ça. Déjà, dès que je peux jouer un peu avec les datas au boulot, je suis ravie, j’essaie de croiser les données dans tous les sens pour en tirer une histoire valable. Je sais maintenant comment trier intelligemment mes données grâce à des formules excel apprises à ma formation et la gestion de tableaux croisés dynamiques. Prochaine étape : maîtriser R, le logiciel de statistiques.

RStudio1

Alors tu vois, mon moi d’avant, tu chies un peu dans la colle. Ta paresse n’a jamais été un réel handicap mais quand j’y repense, notamment à cette mémoire incroyable, en bossant un minimum, ta moyenne de langue aurait dû être 14-15 facile au lieu du paresseux 11… Ce qui n’aurait peut-être pas changé grand chose à part un élément : cette mythologie que tu t’es construite en te disant que tu n’étais pas douée pour les langues. Si, tu l’es… c’est juste que le poil dans la main que tu as longtemps eu t’as empêché de le remarquer. Et je peux te le dire : à 36 ans (enfin quasi), je m’éclate enfin à apprendre l’espagnol, l’allemand et le suédois. Jag är Nina et… oh ben faut un début à tout !

* Je vire complètement schizo

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Le monde ne t’attend pas

Mon cher moi d’avant,

Oui, je sais, tant de temps sans t’écrire, je suis un futur toi bien peu soucieux de t’apprendre la vie. Mais je me rattrape. Mon moi d’avant, tu as 25 ans au moment où je t’écris, tu viens d’arriver sur Paris. Ce billet pourrait presque être la conclusion de ce blog, un “qu’ai-je à en dire 8 ans plus tard” mais non, point de point final. Oui, ma chérie, dans 8 ans, tu blogueras encore. Différemment mais encore. Mais nous en reparlerons peut-être.

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L’autre jour, je discutais avec Bobby et nous parlions de nos premiers articles en ces lieux, ce qui m’a inspiré la prose suivante. Je me souviens quand j’ai débarqué à Paris, le 28 mars 2005 à 21h je sais plus combien. J’ai pris le métro puis le train, destination l’appartement de ma soeur qui m’hébergeait le temps que je récupère mon appartement. Le premier matin de mon stage parisien, je prenais le train puis le métro, me donnant un air d’importance car j’étais désormais un élément de la classe laborieuse parisienne. Même si je prenais le métro que pour une station de peur de me perdre. Même si j’étais que stagiaire payée en tickets resto et 50% de ma carte orange. Devenir parisienne était un signe de succès, j’allais pouvoir crâner devant mes anciens camarades restés dans ma province de bouseux… Enfin, par rapport à ma ville natale parce que bon, Toulouse, ça reste une grande ville. Je serai journaliste parisienne, tel était mon destin. Pensais-tu. Mais tu n’as juste pas compris quelque chose : personne ne t’attendait.

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Tu allais te confronter à la plus dure partie de ta vie : la recherche d’emploi. Non, ma chérie, un bac+5 n’est pas une clé magique qui ouvre toutes les portes, très loin de là. Comme dit précédemment, tu fais partie de la classe laborieuse. Un élément parmi des dizaines d’autres. Oh oui, tu t’enorgueillis de ton talent pour l’écriture et tu joues plutôt bien en entretien, les gens t’apprécient toujours immédiatement. Comme te dira un de tes supérieurs plus tard “tu as un relationnel incroyable : une personne vient nous voir, 5 minutes après, c’est ta nouvelle meilleure amie !”. Quoi sur le relationnel, tu tiens jamais bien la distance hormis ton noyau dur mais passons. Oui, tu as une jolie plume mais des gens talentueux au chômage, je t’en fais une liste de 32 étages. Non, tous les rédacteurs en chef du monde ne rêvent pas de bosser avec toi vu que… ils n’ont aucune idée de qui tu es. Les journaux tournent à grande vitesse avec toute une armée de pigistes ayant déjà faits leur preuve. Toi, tu as quoi ? Ah oui, un blog… Y en a qui ont réussi à en tirer quelque chose remarque mais toi, non. Même quand deux éditeurs t’ont proposé quelque chose mais c’était pas le bon moment, tu étais empêtrée entre tes “je suis la meilleure” et ta légère dépression de stagiaire de 26 ans qui n’arrive pas à décrocher le moindre minuscule CDD.

deprime

Si tu avais su, si tu avais su… Faut dire que t’as été un peu conne aussi d’avaler les belles paroles de ton directeur de master de journalisme, chantant la main sur le coeur que nous finirions peut-être dans les rues d’Atlanta, caméra au poing pour filmer un reportage pour CNN. Bon, ça, tu doutais dès le départ au vu de ton niveau d’anglais (pas si mauvais en fin de compte) mais que tu as été sotte de te croire au dessus du lot. Croire un mec qui serait un hybride parfait entre Tintin et Christophe Hondelatte, ce n’est pas sérieux ! Quoi qu’à ton époque, Christophe Hondelatte n’avait pas encore trop pété les plombs.

christophe-hondelatte

A trop penser que tu brilles, tu as juste raté ton entrée en scène. Le talent, ça s’entretient pas dans le secret d’une chambre et vaguement sur un blog. Ca s’expose, ça se démontre. Oh, rassure-toi, tu vas finir par t’en sortir. Mais avec le recul, il t’a manqué une donnée essentielle pour réussir ta vie encore mieux : l’humilité. Peut-être serais-tu aujourd’hui une grande journaliste… Mais 8 ans après, je me demande… Est-ce que je ne préfère pas ma vie de petite marketeuse ?

Bien à toi mon moi d’avant

Ton toi de dans 8 ans (ouais, ouais, dans 8 ans, tu seras toujours à Paris)

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Deviens l’héroïne du roman de ta vie

Ma chère moi d’avant,

Cela faisait longtemps que je ne t’avais pas écrit parce que ma vie, tu sais, elle est un peu folle. Justement. Là, tu as 13 ou 14 ans, tu es en 4e et la prof de français vous a demandé de rédiger un roman. Carrément oui. Quand elle vous a proposé l’exercice, elle a suggéré la possibilité d’ecrire une autobiographie. Tu as attendu un peu : si tu embrassais un garçon, tu l’écrirais cette autobiographie. Finalement, tu as rendu un roman policier façon club des 5 (sauf qu’ils étaient 8). Je me souviens, y avait même des dessins représentant les 8 personnages toujours les uns derrière les autres. Ce qui est terrifiant, c’est que 16 ou 17 ans après, je dessine exactement pareil (je vous scannerai ça lors de mes prochaines vacances).

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Et bien rassure-toi ma chérie, 16 ou 17 ans plus tard (je vais arrêter d’ecrire cette phrase), tadam, ta vie vaut bien un roman. Non que tu aies un destin à la Natacha Rostov (tu comprendras plus tard de qui je parle) mais quand même, il va t’en arriver des choses. Même que des milliers de gens viendront lire tes péripéties sur ton blog. Niveau boulot, déjà, ça va pas mal tanguer mais t’inquiète pas : dans Titanic, l’héroïne survit (oh le méchant spoil que je viens de faire, le film n’existe pas à ton époque !). Bref, tu te raccroches aux branches et à chaque fois, tu t’en sortiras comme une reine.

titanic

Niveau sentimental, c’est pareil, c’est romanesque. Depuis tes 13 ans, tu en as embrassé des hommes et quelques femmes aussi (ne dis pas beurk, tu ne sais pas de quoi tu parles). Et tu as vu un certain nombre d’entre eux tout nus histoire de… Rappelle-moi, à 13 ans, tu sais ce que c’est le sexe ? Ah oui ! Ben voilà, ma fille, tu ne seras pas Belle au Bois Dormant qui ne connait qu’un seul prince mais plus. Tu seras plus…euh… Tiens, Amanda Woodward. Enfin en moins garce, carriériste, maigre et pour l’heure, tu n’as pas de draps imprimes
léopard. J’ai espoir que tu n’en aies jamais mais petite leçon de vie : ne jamais dire jamais. Par exemple, j’avais dit jamais d’iPhone et finalement… C’est pas que tu es devenue une croqueuse d’hommes à la Amanda. Déjà, la preuve, à 30 ans, tu ne t’es pas mariée une seule fois encore, Amanda devait déjà en être à 3 (dont un qu’elle a essayé de tuer). Non, c’est juste que tu te laisses porter par la vague, ce qui est très bien aussi. Déjà, vu que tu fais un peu l’effort de ne plus te planquer derrière de grand t-shirts informes, c’est de suite plus facile de choper du mâle. Je dis ça, je dis rien mais note. On n’attrape pas les mouches avec du vinaigre, comme on dit, même si je ne vois pas bien l’intérêt d’attraper des mouches.

amanda-woodward

Sauf que par une logique mathématique, qui dit multiplicité d’hommes dit profils psychologiques différents (les uns par rapports aux autres, je veux dire, pas différents par rapport à une norme, je ne sors pas forcément qu’avec des inadaptés même si on peut débattre de l’état psychologique de certains, effectivement. Mais petite leçon de vie : certains cachent très bien leurs déséquilibres). Et forcément, tout ne rentre pas en adéquation avec toi, ton vécu ne te sert parfois à rien vu que Stéphane ne réagit pas comme Pierre et que les hommes ne sont pas livrés avec le mode d’emploi. Ce qui, entre nous soit dit, est un vrai calvaire. Parce que certains, tu saurais de suite sur quel bouton appuyer pour les garder (ou pour te rendre compte que ça va pas être possible), ce serait plus simple. Moins drôle mais plus simple. 

homme femme

Et puis ce qui est fascinant avec la vie, c’est qu’elle te taquine toujours un peu genre « mais où sont tes limites, petit scarabée. Ah, là, tu viens de les repousser un peu, t’as vu? ». Tu testes, tu découvres, les « jamais » de ta prime jeunesse sont limite ton quotidien de jeunesse tout court. Parce que finalement, tu te rends compte que les contes de fées n’existent pas (entre nous, tant mieux, tu mérites mieux que de transformer en mère pondeuse), qu’une histoire est avant tout une affaire de compromis, qu’il faut savoir dire oui mais
aussi non. Que parfois, tu te précipites dans des situations impossibles en te demandant à quelle drogue peuvent bien carburer les scénaristes de ta vie. Pour te dire, ces derniers temps, je suis persuadée que ceux qui écrivent ma vie ont taffé avant pour Des jours et des vies. De fait, j’attends la découverte d’un frère caché dans les prochains jours. Oui, un frère, comme tu le voulais, tu te souviens ? Non parce que ta meilleure amie du lycée, Cécile (oui, en 4e, tu l’apprécies sans plus mais tu verras), elle a 2 grands frères et tu trouves ça génial car qui dit grand frère dit potes du grand frère dit mecs potentiels. Je me demande si ça marche encore à 30 ans. Et si oui combien d’amis de mon nouveau frère j’aurais le droit d’essayer avant qu’il ne se dispute avec eux car ils pensent qu’ils vont tous pouvoir me sauter (alors que non, c’est moi qui choisis) ? Mais bon, les scénaristes drogués de ma vie vont m’arranger, ça, hein !

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Bref, tu auras noté que je ne rentre pas dans les détails et je te jure que ce que tu imagines du haut de 13 ans est sérieusement en deça de ma réalité. Ce qui n’est pas difficile vu qu’à 13 ans, on est franchement neuneu. Je ne t’en dirai pas trop pour ne pas déflorer le suspense mais je pense que si, là, je me décidais à écrire mes mémoires, y aurait de quoi dire. D’un autre côté, écrire ce que l’on a déjà vécu, je ne trouve pas ça très intéressant. C’est pas mon passé qui m’intéresse, c’est mon avenir. Bof, j’écrirai ça à 80 balais, quand je
serai célèbre et que ça intéressera éventuellement quelqu’un. Tiens, à propos de célèbre, faudra qu’on en reparle.

FAMOUS

Allez bisous, entraîne toi à rouler des pelles en attendant. Même si rassure-toi, à 30 ans, tu assures grave sur ce point, paraît-il. 

Ton toi de dans 16 ou 17 ans (rah!)

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Les fantômes, ça n’existe pas

Ma chère moi d’avant,

Je profite de ces quelques jours où je retrouve ma chambre d’ado pour t’écrire ces quelques lignes. Enfin ma chambre d’ado, tu ne la reconnaitrais pas, y a plus de poster, plus de machine à écrire calée dans un coin, plus de lit mezzanine, plus rien. Oui, nous avons grandi ma chérie, nous avons une chambre d’adulte, maintenant.


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Je t’écris aujourd’hui car je t’ai encore un peu tué l’autre jour et ça m’a fait grande peine. En fait, tout a commencé un samedi soir où j’avais fini par quitter l’ordinateur, agacée par un connard (faudra qu’on reparle des hommes aussi) pour m’échouer sur le canapé, enroulée dans ma couverture magique qui attire le chat et je regardais Medium, une série américaine sur une voyante qui reçoit des messages des morts. Après, il y avait une autre série qui parlait exactement de la même chose et c’est là que je me suis assoupie.


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Et là, j’ai eu comme une étrange révélation : les fantômes n’existent pas, ils ne peuvent pas exister. Prenons un fantôme au hasard, mettons Patrick Swayze de Ghost. Comme tu peux le constater, il n’a plus aucun besoin vital : il ne mange plus, ne boit plus, ne dort plus et ne va même plus poser sa pêche. Normal me diras-tu, il est mort, il n’a plus de corps. Mais s’il est débarrassé de cette enveloppe charnelle, comment arrive-t-il à penser ? N’importe quelle étude neurologique est capable de démontrer l’activité cérébrale lors de la réflexion, il est même possible qu’un patient se mélange les mots si on lui tripote un peu le cortex. Et là, le fantôme, par la vertu de l’esprit seul, il serait capable de penser et de se déplacer en toute logique et en toute dextérité sans ses synapses ? Sans sa matière grise ? Sans sa caboche, tout simplement ? Non, ça ne colle pas. Voilà, les fantômes n’existent pas, c’est un FAIT.

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Cette révélation en soi n’a rien de bouleversante pour moi, ça fait un bail que je ne m’intéresse plus aux fantômes et autres ovnis. Mais en tuant par A+B ma croyance personnelle certes plus très profonde qu’il existe une surnature, ben, c’est toi que j’ai un peu tuée. Je me souviens comme tout ça t’a passionnée, que tu ne ratais pas un épisode de Mystères ou de X-files (enfin sauf la dernière saison qui puait et celle d’avant pas mal aussi). Tu achetais tous les livres sur le sujet, des livres « témoignages » et des romans, Stephen King et Dean Koons en tête. Et ces heures que tu passais l’été à scruter le ciel en espérant voir passer un ovni. Evidemment je n’en ai jamais vu (bien que scientifiquement, il est plus dur de réfuter l’absence d’une vie extraterrestre et le fait que la dite vie vienne nous faire un coucou incognito)… C’était le bon vieux temps, celui de tous les possibles.


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Oh, tu me répondras que bullshit (enfin, non, tu ne me répondras pas ça, tu es bien élevée) ces histoires de fantômes sans cerveaux, les fantômes sont de l’énergie pure et basta. D’ailleurs, il n’est même pas prouvé que les fantômes aient une quelconque intelligence… Moui, moui, moui, je suis pas très convaincue. Mais au fond, ce qui importe, ce n’est pas que les fantômes existent ou non mais que plus je grandis (non, pas vieillis, petite impertinente!), plus je me rends compte que toutes mes croyances surnaturelles s’effacent les unes après les autres. Je perds une bonne part de ma fantaisie et tu veux que je te dise de quoi j’ai peur, fillette ? De devenir chiante comme la pluie.


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Bon, on va dire que je continue à croire en la réincarnation parce que cette idée, je la trouve ultra top quand même. L’éternité, c’est 3 milliards de fois trop longs pour la passer au Paradis (oui, au Paradis, je suis quand même vertueuse dans le fond).

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Expérimente ton look

Salut mon moi d’avant,

Il y a deux mois de cela, je suis allée à la gay pride. Rassure-toi, c’est normal que tu ne connaisses pas, on en parle pas encore dans la province pendant ton adolescence. Il s’agit d’une marche dite « des fiertés homosexuelles, lesbiennes et transgenres ». Non, je ne suis pas en train de t’annoncer de façon subtile que tu es devenue lesbienne avec l’âge, je veux juste te parler look.



A cette journée, vois-tu, c’est un peu le permis de se fringuer n’importe comment et j’aime les looks un peu extravagants. Le problème, c’est que là, j’ai 29 ans, un travail et une crédibilité professionnelle (ou à peu près) donc je ne peux pas venir fringuée au boulot en princesse gothique, en fluokids ou en clone de Madonna époque Cherche Susan, désespérément. Ni en culotte  à la Britney Spears (t’inquiète, dans quelques années, tu sauras de qui je parle et note que quand elle racontera partout qu’elle veut garder la virginité jusqu’au mariage, commente : « pfff, tu parles, Justin Timberlake l’a déflorée! »; Promis, un jour, tu comprendras ). Et là, je regrette un peu mon époque ado où j’aurais pu expérimenter plein de trucs (dans les limites parentales, c’est quand même notre mère qui sort la CB pour nous habiller et le shorty n’est carrément pas une tenue  pour sortir. Et montrer son nombril, c’est vulgaire.



Concrètement, je veux dire quoi ? D’abord, c’est bien d’avoir découvert à 14 ans que tu pouvais aussi mettre autre chose que des joggings et des fuseaux (quoi qu’à mon époque, les fuseaux s’appellent leggins et c’est le top de la mode) mais c’est pas une raison pour t’habiller tous les jours en jean et t-shirt XL. Même si c’est globalement la mode. Te cacher dans des T-shirts amples ne te fait pas perdre 10 kg (faire du sport, oui) donc si tu n’assumes pas ton corps (pas si difforme que ça, au passage, une fois passé le cap difficile de tes
14-15 ans), re modèle-le, tu as l’âge pour. Mais expérimente des looks, créés-toi un personnage sympa, pas pétasse vulgaire, je te prie, mais éclate-toi. Mets de la couleur aussi, elle n’est pas ton ennemie. Le beige, c’est sympa mais arrive un moment où ne porter que ça (ou du noir) te rend d’une fadeur, ma fille… La couleur, c’est le bien. Par exemple, en ce moment, on arrive en pleine mode automne-hiver, je te jure, j’en ai marre du prune et gris avec des pointes de marron, la couleur en hiver devrait être obligatoire (d’ailleurs, j’hésite à acheter une veste bleu électrique, si tu veux tout savoir. On appelle même ça le bleu Klein, note).



De toute façon, puisqu’au lycée, tu ne fais partie ni des stars ni des parias, profites en un peu pour t’éclater. Au pire, certains se moqueront de toi mais ceux-là n’étaient pas tes amis quoi qu’il arrive alors tu ne loupes rien. De toute façon, je vais te délivrer une leçon de vie : tu ne pourras jamais plaire à tout le monde donc l’avis des gens qui ne comptent pas pour toi, ne l’écoute pas, ça ne sert à rien. Vois le positif : s’ils parlent de ton look même en mal, ça veut au moins dire qu’ils te voient, c’est pas si mal. Mais affranchis-toi
du regard des autres, je te jure, c’est tellement plus reposant. De toute façon, dis-toi bien que tu ne pourras jamais être irréprochable donc si on veut médire sur ton compte, y aura toujours moyen de trouver un truc pour t’épingler, alors…


Et puis justement, arriver à ne pas suivre les chemins extrêmement policés de la mode lycéenne va te forger la personnalité. Etre tout comme les autres, c’est nul d’autant que nous savons toutes deux à quel point tu es fantasque quand tu veux… Et bien, fais en sorte que ça se voit, je te promets que tu n’y perdras rien.

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L’amour, l’amour, l’amour

Mon cher moi d’avant,

Voilà, tu es une jeune fille romantique toute en fleur (mets ton biactol, je t’ai dit), tu passes des heures à rêver de tel ou tel garçon, de préférence celui qui est « loin là bas », à qui tu ne parleras probablement jamais. Et un jour de déprime, tu réfléchis « un couple,
c’est un mec qui veut sortir avec moi et moi qui veux sortir avec lui. Impossible ». Mais si, ma chérie !


En fait, depuis que tu as l’âge de t’intéresser aux garçons, ça colle pas bien et de façon générale, ça continue. Enfin, non, tu vas vivre de belles histoires et même une qui durera 4 ans et demi (héhé) mais faut dire que t’es un peu chiante aussi. Revenons au lycée, puisque tu devais avoir 16 ans quand tu as fait ce terrible constat. Toi, tu veux toujours le mec « là bas » qui n’a pas le moindre copain en commun avec toi. Tu vois, là, tu es en seconde et tu es raide dingue de Pierre, le grand brun de 2nde 3 mais désolée de te décevoir, les seuls mots que tu lui adresseras seront : « oh pardon ! » quand tu lui rentreras dedans sans même faire exprès (ce qui est étonnant, nous connaissant, on peut être assez tarées pour parler à un mec, tu vas bientôt le découvrir, le prochain aura droit à un coup de fil anthologique). Donc pendant que tu te pâmes d’amour pour le beau Pierre (et ensuite des Fabien, Julien, re un Pierre et y en a eu d’autres mais je me souviens plus), tu dis non à tous les mecs qui s’intéressent à toi car tu veux rester disponible pour ces bellâtres à qui tu ne parles pas.



Dinde ! Déjà, pose-toi 5 mn et réfléchis un peu. Tu es typiquement le genre de fille à tomber amoureuse de l’amour plutôt que d’une personne. Tu ne tombes pas amoureuse d’un garçon parce qu’il te plaît mais parce que tu ne supportes pas l’idée de ne pas être amoureuse. Sauf que tu as l’espèce de réflexe idiot  de ne pas tomber amoureuse qui pourrait éventuellement l’être de toi, histoire que tout le monde soit content, noooooooon, le mec là-bas, beau gosse ou pas, d’ailleurs, c’est tellement plus drôle. Et après, tu ne comprends pas pourquoi tu as une vie amoureuse toute pourrie. Mais c’est si simple ma fille : c’est parce que tes problèmes sentimentaux, tu te les créés toute seule comme une grande.


Alors si tu lis cette lettre un jour des fois qu’on inventerait un moyen de faire voyager les écrits, ouvre tes écoutilles et écoute bien, prends même des notes. De 1, non, tu n’es pas moche, t’es juste habillée comme un sac mais je te parlerai fringue un autre jour. De 2, malgré tes plans tordus pour éventuellement parler au beau mec là-bas dont tu as décidé de tomber amoureuse, tu n’arriveras jamais à rien parce que dans ta tête, tu es toujours très motivée pour aller leur parler mais une fois en face… Rassure-toi, avec le temps, tu prendras confiance en toi. De 3, sortir avec un mec ne signifie pas se marier avec lui. Si ça ne le fait pas, tu as le droit de rompre, ce n’est pas grave mais va savoir ce que tu manques si tu ne tentes pas le coup.  Les princes charmants ne sont pas tous lointains… Quoique vu ta passion pour Guillaume le crétin, lui, il aurait été loin, ça aurait un peu pardonné ton coup de cœur…



Bref, souffle un coup et dédramatise. Les mecs, c’est pas si compliqué, faut juste vouloir. Soigne-toi, sois moins bloquée sur le beau mec là-bas qui ne doit avoir aucune conscience de ton existence et tu verras, de suite, ça ira mieux.

La prochaine fois, je te parlerai fringues, tiens.

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L’amour rend aveugle (et sourde)

Mon cher moi d’avant,

Parlons des mecs un peu, veux-tu ? C’est amusant. Là, tu as 13-14 voire 15 ans, tu es en 4e et 3e et voilà, tu es tombée amoureuse du beau gosse de service, Guillaume. Ah, tu te pâmes d’amour pour lui, tu passes tes cours à le regarder discrètement, ou pas. D’ailleurs, je me souviens de ce jour où j’ai remarqué que ses oreilles n’étaient pas jolies, un peu un effet mâché. Pourtant, à l’époque, je ne connaissais pas le pouvoir orgasmique des oreilles. Ah ouais, tiens, note : les oreilles mordillées, léchées… C’est purement génial. Fais pas la grimace genre « c’est dégueu ! », tu ne connais rien à la vie, petite jouvencelle.


Donc Guillaume, tu l’aimes d’amour, tu rêves de lui faire des bisous avec la langue et tout ça. Sauf que Guillaume est un crétin. Oh, commence pas à te braquer parce que j’oooooose dire du mal de ton adoré, tu es amoureuse donc aveugle donc crétine. Et NON, tu n’as pas le droit de me répondre qui se ressemble s’assemble. Moi, je sais très bien que tu ne l’auras jamais le Guillaume même si les commères de service t’ont dit qu’il en pinçait pour toi (mais elles ont aussi dit que tu étais sortie avec Cyril ce que nous étions, hélas, parfaitement placées pour savoir que c’était faux parce qu’on aurait bien aimé). Donc puisque Guillaume ne sera jamais tien, commençons le travail de sape.


En un, en 3e, Guillaume arrivera régulièrement avec un pansement sur la joue « parce qu’il s’est coupé en se rasant ». Tu trouves peut-être ça viril, fillette mais non, c’est ridicule. Parce que y a juste rien à raser et qu’il fait genre que c’est un homme car ses potes se rasent mais non. D’ailleurs, sache que Guillaume aura toujours des soucis de virilité et devra donc s’appliquer à prouver à tous qu’il est un mâle, un vrai. Par exemple, au lycée, au carnaval, il arrivera habillé d’un simple moule bite (en février, je rappelle), costume qui sera totalement occulté par celui d’Olivier (le cousin de Jérôme que tu trouves con à l’heure actuelle et dont tu vas évidemment tomber amoureuse), travesti en putasse et par celui de Cyril le grand, vêtu en kilt (l’histoire confirmera qu’il n’était pas nu dessous). Bref, dès que Guillaume pouvait montrer son corps à l’assistance ébahie (ou pas), il le faisait. Ok, faut avouer qu’il était goalé mais bon, bref. Et en fait, j’ai su plus tard pourquoi il agissait ainsi. Figure toi qu’il est resté puceau jusqu’à la fac. Hé oui. Alors que tous ses potes ont perdu leur virginité en seconde lors d’un voyage en Allemagne où tu n’iras pas parce que ta meilleure amie n’y allait pas non plus. Ben, tu vois, t’y serais allée, t’aurais peut-être perdu ta virginité avec un Allemand, quelle classe. Arrête de plisser le nez genre c’est dégoûtant, tu verras que tu changeras d’avis, fillette.*


Donc notre ami Guillaume va passer le lycée à se trouver une copine qui veut bien écarter les cuisses, en vain. Ce qui est drôle quand on voit comme il se la pète beau gosse barbu. D’ailleurs, j’ai jamais vu l’ombre d’un poil sur son visage, à l’époque. Mais ce n’est pas tout. Guillaume est un fayot. Mais un fayot balourd. Bientôt, tu vas partir en Allemagne en voyage de classe (décidément) et il y aura ta prof de français de 4e. Et bien grâce à elle, tu vas découvrir que tout le monde n’aime pas Guillaume. Elle, par exemple, elle le déteste. Elle lâche un « très spirituel » cassant quand il lâchera dans le micro du Bundestag « ach, nous allons envahir la France-euh ! », elle lèvera les yeux au ciel quand il racontera tout fier qu’il a roulé une pelle à un mec lors d’une soirée beuverie… D’ailleurs, là, tu te diras que finalement, il est un peu nase ce mec. Mais tu sais, à 15 ans, c’est de son âge de mettre sa langue dans toutes les bouches et de s’en vanter. Ceci étant, tu comprendras à ce moment là que ce mec est quand même sacrément lourd, suffisamment en tout cas pour qu’une prof (qu’on n’avait plus en cours certes) ne cache pas tout le mépris qu’elle a pour lui. Et c’était pas la seule, la prof de dessin l’avait traité d’hypocrite en 6e ou 5e, je sais plus bien.


Mais rassure-toi ma chérie, ce n’est pas grave de tomber amoureuse de crétins, tu vas faire ça une bonne partie de ta vie. D’ailleurs, la prochaine fois, je vais un peu te parler d’amour.

Love dans ta face.

* Le « c’est dégoûtant » avait bien sûr trait au sexe en général et non pas aux Allemands.

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I like to move it, move it !

Salut mon moi d’avant,

Je reviens te parler de sport, comme promis. Tu vois, il est important dans la vie de tenir ses
promesses mais à ce niveau là, de mémoire, ado, j’étais déjà une personne d’honneur. Mais je crois surtout que je promettais pas beaucoup. Bref, parlons peu, parlons sport.





A l’heure actuelle de quand tu reçois cette lettre, mettons vers 14-15 ans, tu es un vilain petit saindoux qui navigue entre le 42 « élastique » et le 44. Evidemment, y a pire mais nous le découvrirons plus tard, ça aurait pu être mieux. Le seul sport que tu pratiques est l’EPS au collège/lycée (enfin, quand je dis pratique, c’est quand tu te planques pas pendant le cours d’endurance et quand tu ne refais pas le monde avec tes copines sur le gros matelas de gym ou de saut en hauteur) et le tir à l’arc ou, soit dit en passant, tu ne seras jamais vraiment bonne malgré la bonne vue que tu avais à l’époque. Ah, oui, tiens, je te préviens : dans une dizaine d’année, tu seras myope. Voilà, c’est dit.

Le reste du temps, tu croupis sur le canapé familial à mater Beverly Hills et autres Melrose Place en mangeant ton bol de chocapic ou n’importe quoi d’autre. Tu envoies du rêve, là, t’imagines même pas.  Bon, alors pose ce bol de chocapic et écoute-moi. Tu vas faire du sport. Non, ne grimace pas ! Je sais que dans le sport, ce qui ne te plaît pas, c’est la compétition puisqu’à priori, tu te considères mauvaise. Tu n’as pas forcément tort en soi, tout dépend de quel côté on regarde mais par exemple, souviens-toi, fin 4e, tu avais fait une partie de basket un peu informelle avec deux autres filles et un garçon, Jérôme. Comme vous aviez joué quelques balles avant et il t’a choisie d’office pour faire partie de son duo de basket. Jérôme, l’un des mecs les plus populaires du collège ! Pourtant, au vu de ta petite taille, on aurait pas cru  mais voilà. Le problème, c’est que tu n’as pas d’endurance mais
ça, ça se travaille.

Et puis y a la natation. Tu as toujours été douée en natation. Souviens toi au primaire, alors que tu avais encore un ventre tout rond de bébé, le prof te demandait toujours de montrer aux autres comment faire. Ahah, la petite grosse qui apprend le sport aux autres, c’était bon ! Même qu’il y avait cette fille, la sportive de service, qui t’avait dit que si tu maigrissais un peu, ce serait mieux tant elle était dégoûtée que tu fasses mieux qu’elle. La natation, mon enfant, c’est ton avenir. D’ailleurs, tu vas le découvrir malgré toi l’été 95. Comme ce petit con de Guillaume (encore un, tu vas voir, ce prénom te suivra toute ta vie) dont tu étais folle amoureuse au collège et cette bitchasse de Nathalie ne t’ont pas invitée à leur boom, tu t’es défoulée en… nageant. Tu te faisais 1km par jour de brasse. Résultat, à la rentrée, tu ressemblais enfin à quelque chose mais pendant longtemps, tu as juste attribué ça à la puberté alors que non, c’était ton km de natation.


Et la danse ? Tu adores danser. Pas en pro, entendons nous bien mais combien de fois tu as allumé la chaîne avec ton dance machine pour remuer ton cul dans ta  chambre ? Ben, ça, par exemple, au lieu de bouffer ton chocapic devant Melrose Place (à la fin, Amanda finit avec Jake), tu le fais. C’est pas compliqué, tu montes dans ta chambre, tu dis que tu vas faire tes devoirs et tu remues tes fesses pendant une heure. Ah par contre, rassure-toi, je te ferai pas la morale sur le fait que tu ne fais pas tes devoirs, ça n’a pas eu grand impact à l’arrivée (mais fais-les un peu quand même, ça t’évitera des frayeurs).

Tu vas voir, être bonnasse a du bon et surtout, t’en auras rien à faire de cette bitchasse de Nathalie ou de ce couillon de Guillaume, tu seras aussi populaire qu’eux. Tiens, d’ailleurs, la prochaine fois, je t’en parlerai de ce couillon de Guillaume ou comment être raide amoureuse d’un crétin.

PS : Ah, j’oubliais, faut bien mettre le clip :


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Mets ta crème, fillette

[Aujourd’hui, je lance une nouvelle rubrique « lettres à mon ancien moi », idée piquée à Vicky mais elle m’a dit que je pouvais]

Chère moi d’avant,

J’ai des tas de choses à te dire, je ne sais pas par où commencer. Tu sais, aujourd’hui, à 29 ans, je me rends compte que si j’avais fait quelques trucs un peu avant, ma vie serait peut-être un chouia mieux. Oh, ne panique pas, je ne suis pas une pauvre chose désespérée, loin s’en faut. Je te parlerai de plein de choses plus tard mais commençons par la base, veux-tu. Je vais te parler hygiène et soin du corps.


Donc  là, tu as 13 ou 14 ans et t’es un peu le vilain petit canard, cet âge particulièrement ingrat ou tout ne pousse pas en même temps sur ton visage et ton corps. Oui, rassure-toi, un ado, c’est moche, toi comme les autres mais on ne s’en rend compte qu’avec le recul. Non parce que là, tu kiffes…  Pardon, craques (le verbe kiffer n’existait pas en 93-94, selon mes souvenirs) sur des mecs à la voix muante et à la moustache de poils de cul poussant ridiculeusement sous leur nez.  Bientôt, tu vas adorer les voir arriver en classe avec un immense hansaplast leur barrant la joue se la jouer mâle viril « je me suis coupé en me rasant ». Je te jure, c’est excellent.



Bref, donc tu as 13 ou 14 ans et une connaissance limitée de ton corps puisqu’il te faudra attendre un cours de bio où le professeur nous expliquera qu’à la puberté, le corps change pour remarquer que, ah ben oui, tu as une taille et des hanches. Les seins, tu le savais déjà.  Mais justement parce que ton corps change, tu vas arrêter de le laisser en jachère comme tu le fais. Non, je ne parle pas épilation, à la limite, ça, on s’en fout pour le moment (il sera toujours temps de souffrir ma fille). Je te parle de soin du corps, vraiment.


Pose toi devant la glace et regarde. Tu les vois ces vilaines zébrures rouges qui apparaissent sur ton ventre, tes hanches et tes seins ? Alors c’est ce qu’on appelle communément des vergetures, c’est la peau qui se craquèle car trop tendue vu que tu passes du corps d’une enfant à celui d’une femme. No panic, c’est normal.  Et là, que se,passe-t-il ? Maman, toujours bien intentionnée (ta mère est toujours bien intentionnée, note ça dans ton crâne, merci), t’offre une crème anti vergetures. Et toi, évidemment, tu trouves ça trop chiant, trop contraignant et tu n’en mets pas. Sache que 15 ans plus tard, je t’en veux et beaucoup. D’abord, fillette, apprends que se tartiner de crèmes est l’une des joies quotidiennes de la femme. Si tu savais tout ce que tu allais te tartiner dans quelques années… Difficile de croire que toi et moi soyons la même personne.  Mais voilà, tu as raté ça et maintenant, moi, j’ai des cicatrices. Oh, elles ne se voient pas trop, ok, vu que je suis un peu blanche comme un cul. Oui apprends que vers 17 ans, tu vas perdre ta capacité à bronzer, c’est comme ça. Mais tu vas devenir plus bonnasse et tu auras des cheveux superbes, ça compense. D’ailleurs, tes cheveux, t’es mignonne mais tu les coiffes et tu les laves un peu plus régulièrement, merci.



Tant qu’on est à parler d’hygiène, tu as des boutons, ma fille. Normal, tu es ado et en plus, tu n’en a pas tant que ça. C’est vrai mais ce n’est pas une raison pour ne rien faire. Alors tu vas me prendre ce flacon d’eau précieuse et t’en servir. Oui, je sais, en 93-94, l’eau précieuse puait, tu la détestais. Je me souviens de cette odeur, ça sentait la vieille fille vierge (ma mère m’expliquait que les vieilles vierges, genre les nonnes, avaient une odeur particulière. On en apprend tous les jours). Bonne nouvelle, dans 15 ans, ça ne sentira plus rien et tu en mettras tous les jours avec bonheur. Oui, je t’ai dit que tu allais passer beaucoup de temps dans ta salle de bain plus tard même si là, ça te semble un peu improbable vu que tu te contentes du minimum vital (et tu te prives de bien de sources de plaisir, ma petiote, si tu savais. Rien de sexuel, là dedans, t’as 13 ans et tu ne conçois pas qu’un garçon puisse mettre son zizi dans toi et c’est très bien comme ça). Mais bon, je sais, ça pue mais on s’en fout. Déjà, tu as la chance de ne plus avoir d’appareil dentaire contrairement à tes camarades, une belle peau te fera le plus grand bien.



La prochaine fois, je t’apprendrai l’importance de faire du sport. Si ! Parce que figure toi que dans 15 ans, tu te découvriras sportive. Incroyable, non ?

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