Expérimente ton look

Salut mon moi d’avant,

Il y a deux mois de cela, je suis allée à la gay pride. Rassure-toi, c’est normal que tu ne connaisses pas, on en parle pas encore dans la province pendant ton adolescence. Il s’agit d’une marche dite « des fiertés homosexuelles, lesbiennes et transgenres ». Non, je ne suis pas en train de t’annoncer de façon subtile que tu es devenue lesbienne avec l’âge, je veux juste te parler look.



A cette journée, vois-tu, c’est un peu le permis de se fringuer n’importe comment et j’aime les looks un peu extravagants. Le problème, c’est que là, j’ai 29 ans, un travail et une crédibilité professionnelle (ou à peu près) donc je ne peux pas venir fringuée au boulot en princesse gothique, en fluokids ou en clone de Madonna époque Cherche Susan, désespérément. Ni en culotte  à la Britney Spears (t’inquiète, dans quelques années, tu sauras de qui je parle et note que quand elle racontera partout qu’elle veut garder la virginité jusqu’au mariage, commente : « pfff, tu parles, Justin Timberlake l’a déflorée! »; Promis, un jour, tu comprendras ). Et là, je regrette un peu mon époque ado où j’aurais pu expérimenter plein de trucs (dans les limites parentales, c’est quand même notre mère qui sort la CB pour nous habiller et le shorty n’est carrément pas une tenue  pour sortir. Et montrer son nombril, c’est vulgaire.



Concrètement, je veux dire quoi ? D’abord, c’est bien d’avoir découvert à 14 ans que tu pouvais aussi mettre autre chose que des joggings et des fuseaux (quoi qu’à mon époque, les fuseaux s’appellent leggins et c’est le top de la mode) mais c’est pas une raison pour t’habiller tous les jours en jean et t-shirt XL. Même si c’est globalement la mode. Te cacher dans des T-shirts amples ne te fait pas perdre 10 kg (faire du sport, oui) donc si tu n’assumes pas ton corps (pas si difforme que ça, au passage, une fois passé le cap difficile de tes
14-15 ans), re modèle-le, tu as l’âge pour. Mais expérimente des looks, créés-toi un personnage sympa, pas pétasse vulgaire, je te prie, mais éclate-toi. Mets de la couleur aussi, elle n’est pas ton ennemie. Le beige, c’est sympa mais arrive un moment où ne porter que ça (ou du noir) te rend d’une fadeur, ma fille… La couleur, c’est le bien. Par exemple, en ce moment, on arrive en pleine mode automne-hiver, je te jure, j’en ai marre du prune et gris avec des pointes de marron, la couleur en hiver devrait être obligatoire (d’ailleurs, j’hésite à acheter une veste bleu électrique, si tu veux tout savoir. On appelle même ça le bleu Klein, note).



De toute façon, puisqu’au lycée, tu ne fais partie ni des stars ni des parias, profites en un peu pour t’éclater. Au pire, certains se moqueront de toi mais ceux-là n’étaient pas tes amis quoi qu’il arrive alors tu ne loupes rien. De toute façon, je vais te délivrer une leçon de vie : tu ne pourras jamais plaire à tout le monde donc l’avis des gens qui ne comptent pas pour toi, ne l’écoute pas, ça ne sert à rien. Vois le positif : s’ils parlent de ton look même en mal, ça veut au moins dire qu’ils te voient, c’est pas si mal. Mais affranchis-toi
du regard des autres, je te jure, c’est tellement plus reposant. De toute façon, dis-toi bien que tu ne pourras jamais être irréprochable donc si on veut médire sur ton compte, y aura toujours moyen de trouver un truc pour t’épingler, alors…


Et puis justement, arriver à ne pas suivre les chemins extrêmement policés de la mode lycéenne va te forger la personnalité. Etre tout comme les autres, c’est nul d’autant que nous savons toutes deux à quel point tu es fantasque quand tu veux… Et bien, fais en sorte que ça se voit, je te promets que tu n’y perdras rien.

Une femme et une femme

(Article sans lesbianisme, je vais parler de ma sœur alors les pervers, vous pouvez repartir. Les autres, vous pouvez rester !)

Samedi après-midi, deux femmes sont dans Paris, l’une châtain clair, l’autre, on sait pas trop parce qu’il faut que je refasse ma couleur et que je vire bizarrement au auburn avec des racines châtain clair. Elles se retrouvent dans une gare et se rendent dans un starbucks car la plus jeune d’entre elles a besoin de parler à l’aînée de ses questionnements professionnels. Je ne vous détaillerai pas parce que c’est sa vie. J’ai essayé de la conseiller comme j’ai pu même si mon domaine n’est pas le sien. C’est marrant la vie : y a moins d’un an, la situation était inverse. Puis on a shoppiné pour Noël. Le Printemps un samedi de Noël, c’est péché.

 

Bref, on a passé, de mon point de vue, une bonne après-midi. Et j’avoue que ça me fait super plaisir. Il faut savoir qu’enfant et ado, Alice et moi, on s’entendait pas très bien. On jouait très peu ensemble, j’étais playmobil, elle était Barbie. Ado, on ne fréquentait pas du tout les mêmes personnes. 2 ans et demi de différence, c’est un bon écart, sauf quand on est ado finalement. On était au même collège-lycée, on avait même les mêmes profs chaque année, ce qui fait que j’étais habituée à répondre à son prénom. Seule ma prof d’hist et géo grugeait en nous appelant toutes les deux « Mademoiselle Bartoldi ». Comme dans la phrase « Mademoiselle Bartoldi, vous vous dégradez ». Bon, ok, c’était dit sur le ton de la blague après que j’ai pris un fou rire toute seule à l’idée de la Californie qui se détache et qui coule. Je sais, ado, j’étais très grave. Bref, ado, elle était girlie, j’étais camouflée dans mes T-shirt XL. Elle était Beverly Hills, moi X-files… Enfin, pas grand-chose à voir. C’est marrant comme on a toujours été différentes, comme quoi, le moule et les gênes, ça fait pas tout non
plus.

Puis je suis partie de la maison pour la grand’ ville, pour mes études. Elle m’a suivi quelques années plus tard. Je ne sais pas trop quand le rapprochement s’est fait, en fait. Il y a eu Guillaume et Anthony, elle fut la première de la famille à savoir, j’ai été la première à le rencontrer. Puis des crises. Puis la rupture avec Anthony qui nous a pas mal rapprochées vu que je lui avais dit qu’elle pouvait m’appeler quand elle voulait, jusqu’à minuit. Du coup, elle l’a fait plusieurs fois. Quand j’ai rompu avec Guillaume et que je suis rentrée pleurer chez mes

parents, elle a voulu passer la soirée à la maison pour parler avec moi alors qu’elle avait un exam le lendemain. Evidemment, j’ai refusé, son exam avant tout, surtout que j’étais pas trop en état de parler. Bref, en grandissant, en devenant des femmes, on s’est rapprochées. Certes, on ne s’appelle pas tous les jours et on n’aborde pas toujours certains sujets intimes (parce que ma
sœur est vierge pour moi et elle le sera toujours, même quand elle aura des enfants. Comme mes parents, quoi). Mais au moindre problème, on s’appelle. Par exemple, quand nos parents nous ont appelé pour nous dire que notre grand-mère était à moitié morte, on a passé l’après-midi sur MSN à se parler puis la soirée ensemble. Parce que je ne voulais pas rester seule mais je ne voulais voir personne à part elle parce qu’on se comprenait.

 

Aujourd’hui, je suis plutôt contente de cette relation. Comme vous avez pu le remarquer, je suis assez famille et le temps où je m’entendais pas bien avec ma sœur m’empoisonnait la vie. Parce qu’autant du côté de ma mère, les 4 sœurs se voient souvent, autant du côté paternel, on peut pas dire que mon oncle et mon père se voient régulièrement. En fait, jamais en dehors des moments où ma grand-mère ne va pas bien. Ce qui s’est reproduit plusieurs fois cette année, certes, mais quand même. Et je préfère le modèle familial « on se voit pas tous les jours mais dès qu’on a besoin, on s’appelle » plutôt que le modèle « je t’appelle car y a un gros soucis ». Ma sœur a été un soutien important pour moi quand j’étais au chômage. Et ça, je ne l’oublierai jamais. J’essaie de lui rendre la pareille dès que je peux. Parce qu’une sœur heureuse fait aussi mon bonheur, c’est ma famille.

 

Il y a des jours où je suis nostalgique de l’enfance. Et d’autres où je me dis qu’être adulte, c’est pas si mal. Même si, ma sœur et moi, on jouait à la Nouvelle Star avant l’heure : on faisait chanter nos jouets sur la scène (le lit) sous les spotlight (une lampe de poche). Même si le matin de Noël, elle me rejoignait dans mon lit et on attendait impatiemment que ce soit l’heure de se lever parce qu’à deux, ça va plus vite. Quelques bons souvenirs entre autres.