De la love story 2.0

Parfois, il m’arrive de me connecter à twitter pour faire part au monde de mes fulgurances ou de la publication d’un nouvel article. Au monde, j’exagère, j’ai précisément 56 gens qui me suivent dont un bon paquet de fakes, je pense. Mais l’avantage de ne pas avoir grand monde sur son twitter, c’est qu’on ne rate aucune histoire, y compris une love story débutante à caractère participatif.

Connaissez-vous Marion ? Vous pouvez aller sur son blog mais en gros, c’est une jeune parisienne de 23 ans qui me paraît fort sympathique . Il y a une semaine, elle poste un message sur son twitter « cherche un mec, please RT » (RT= reprenez sur vos
twitters). De là, un mec se crée un profil « unmec » et un blog unmecpourmarion. De là s’ensuivent des échanges de post et un rendez-vous vendredi soir à République. C’est ultra résumé, je sais. Sur twitter, tout le monde a suivi l’histoire, a conseillé Marion sur sa tenue, les blogueurs ont rigolé de cette histoire, se demandant si Marion devait prendre des capotes et une brosse à dents pour le rendez-vous.



Puis vendredi soir, le rencard et… vers minuit, une personne annonce qu’elle va publier sur son blog les photos du rencard puisqu’elle y était en tant que « garde du corps » de Marion au cas où unmec ne soit pas quelqu’un de très recommandable. Comme j’ai le talent d’attirer naturellement tous les psychopathes de la blogosphère, je l’approuve totalement sur ce point. Et effectivement, voilà des photos floues, genre paparazzis sur le blog de la personne. Même si elles ont été prises avec l’accord des deux parties concernées,
j’avoue que là, je trouve que le jeu est allé un peu trop loin.




Prenons les deux hypothèses plausibles. En un, suite à ce rendez-vous, il ne se passe rien : unmec se prend un râteau devant un bon millier d’internautes, pas trop grave, encore (sauf pour son ego mais c’était le risque). En deux, ça fonctionne et là, un couple se crée. Et bien bon courage. Un couple à deux, déjà, c’est compliqué alors à 1000… Parce que voilà, on nous a donné le début de l’histoire, il va être très difficile maintenant de fermer la porte de la chambre en nous expliquant qu’à partir de là, ça ne nous regarde plus. Parce que déjà, quand on ne donne pas grand-chose, l’internaute essaie de voir à travers le trou de la serrure, il est parfois un peu trop intrusif. Alors là, on a assisté à toute la parade nuptiale, on veut aussi la première nuit (sextape ?), le premier réveil (bonne ou mauvaise haleine, le sexe avant ou après le brossage de dents ?), le premier week-end, la présentation aux parents, le choix du chien… Ok, ok, je m’emballe peut-être un peu. Mais bon, comment transformer une histoire publique en histoire privée ?




Par le passé, j’ai eu quelques histoires un peu trop mises en avant sur ce blog avec le monsieur qui participait à la vie communautaire et par la suite, j’ai dû taper sur quelques doigts virtuels pour qu’on me laisse un peu d’intimité car la ligne était un peu trop rapidement franchie. Je raconte ce que je veux, n’allez pas chercher ce que je tais. Il existe quelques couples bien identifiés sur la blogosphère, la Blonde et son Muche, les H2 et tant d’autres que je ne remets pas là de suite absolument. Mais voilà, ils ont dès le départ ouvert des fenêtres et fermé des portes. Là, j’ai parfois l’impression que l’histoire de Marion et d’unmec ne leur appartient pas vraiment, je suis limite étonnée qu’il n’y ait pas eu de vote SMS pour décider s’ils devaient oui ou non coucher ensemble.

Bref, si j’ai bien appris quelque chose en 4 ans de blog, c’est que pour vivre heureux, mieux valait vivre caché sur certains points. J’espère que, pour la suite, Marion et unmec ne se sentiront pas trop obligés de nous faire vivre leur histoire dans TOUS ses détails.

Les bloggeurs sont des journalistes comme les autres

Je sens que y en a qui vont s’arrêter au titre et s’énerver sur ça mais en fait, après un titre racoleur, provoc et lourdingue vient la subtilité de l’argumentaire… Ou pas, remarque. On verra.

Mercredi soir, intérieur nuit. Nina est tranquillement en train de trafiquer sur le net quand elle voit un de ses contacts facebook afficher le statut suivant « Ingrid libérée ? ». Ingrid ? LA Ingrid ? Notre cause nationale depuis 6 ans ? Je regarde sur le site du Monde : rien. Je traîne mes guêtres sur Scoopéo et là, ça m’explose en pleine figure : des dizaines d’articles de blogs sur le sujet. Dans mon netvibes, c’est pas mieux : tout le monde se dépêche d’écrire trois lignes pour poster en premier la nouvelle. Je ne conclurai pas que les bloggeurs sont des geeks no lifes qui vivent connectés en permanence à leur plate forme blog. Après tout, j’étais moi aussi devant le pc. Par contre, on en arrive au cœur du sujet : les bloggeurs veulent être premier sur le scoop, quitte à publier des infos non vérifiées.

Personnellement, je n’ai pas bousculé mon planning pour parler d’Ingrid Bétancourt : le jeudi, c’est chômagie. Et puis, franchement, quel intérêt de poster un article « Ingrid a été libérée, je suis bien contente pour elle et sa famille ». D’abord, je ne ressens pas de joie particulière. Oui, c’est bien qu’elle soit libérée et qu’elle retrouve les siens, oui, c’est bien de constater que les FARCS perdent de leur puissance et sont en train de tout lâcher petit à petit. Oui, c’est bien de voir que le camp anti corruption en Colombie, camp qui n’est incarné par Ingrid Bétancourt qu’en France car là-bas, c’est un peu l’équivalent d’une Dominique Voynet, quand même, remettons les choses dans leur contexte. Oui, tout ça, c’est bien sympa mais concrètement, je ne suis pas ivre de joie et je n’ai pas ressenti le besoin de dire mon soulagement somme toute relatif à cette nouvelle.

Aujourd’hui, au boulot, ce fut la folie Bétancourt : quand on gère un forum où les nanas aiment parler actu, je vous laisse imaginer, j’ai passé ma journée entre mail et téléphone. J’ai été assez étonnée par l’engouement des internautes sur le sujet, les « ohlala, comme je suis trop heureuse qu’elle ait été libérée ». Si je ne doute pas de la sincérité de l’émotion puisque ça fait quand même 6 ans qu’elle était retenue en otage et qu’on en  énormément parlé, je n’ai pas compris cette espèce de précipitation des bloggeurs de poster un « Ingrid Bétancourt a été libérée ». Si au moins, c’était accompagné d’une analyse, de quelque chose. Mais non, faut poster le plus vite possible pour ramasser un max de lecteurs. Est-ce que le jeu en a réellement valu la chandelle ? Je sais pas. Mais aujourd’hui, on voit à quel point on court après le lecteur, qu’on est prêt à parler de la sextape de Laure Manaudou même si on n’a aucune capture d’écran, voire même titrer sur un sujet qui est dans les mots clés les plus cherchés de google et parler d’autre chose…

Finalement, bloggeurs et journalistes ne sont pas si loin, surtout en ce qui concerne le racolage. Alors j’entends déjà certains « ouais mais atteeeeeeeends, toi aussi, t’en parles alors arrête de juger les gens, vilaine fille ». Alors juste pour info parce que le référencement, j’apprends depuis quelques temps : le titre de mon article ne faisait absolument pas référence à Mme Bétancourt et en plus, comme over-blog n’utilise pas le système des tags sur chaque article (ou mot clé) et n’envoie pas de ping à Technorati, j’aurais pu parler d’Ingrid Bétancourt en long, large et travers hier, le temps que je suis référencée sur google ou autre, elle aura eu le temps de reprendre au moins 5 kilos et on aura déjà changé de sujet. Oui parce que le journaliste comme le bloggeur est versatile, il change de marotte tous les deux jours. D’ailleurs, c’est Domenech qui doit être content : entre ça et la vidéo de Sarko au JT de France 3, il a été confirmé à son poste d’entraîneur et plus personne ne dit rien.

Il n’empêche que moi, je m’inquiète un peu : maintenant qu’Ingrid est rentrée, on va parler de quoi dans les creux d’actualité  ?