La curiosité est un masochisme

J’adore sortir ce genre de truisme, ces phrases qui sortent comme autant de révélations, de sentence de sages. On dirait du Sartre, tiens. Oui, j’ai été largement traumatisée par l’existentialisme est un humanisme. Bref.

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L’autre soir, j’ai donc sorti ce magnifique aphorisme à mlle Sarah qui a pu pénétrer la boite perso de son partenaire mais n’a rien trouvé de suspect, bonne nouvelle pour elle. Car il y a des choses qu’il vaut mieux ne pas savoir. Et je sais de quoi je parle.

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Il y a 4 ans, j’ai eu une liaison avec un blogueur du genre passionnée. Dire que j’étais à fond serait un doux euphémisme. Mais la vie étant mal faite, ça s’est fini et là, j’ai pu expérimenter la curiosité masochiste, guettant la moindre de ses notes, lui faisant une scène dès qu’il parlait d’une autre, quand j’avais la sensation qu’il avait dit à une autre les mêmes mots qu’à moi. Une vraie scarification mentale mais la porte était ouverte, je ne pouvais m’empêcher de regarder alors même que je savais que ça allait me faire souffrir. Stupide et stérile. Ce qui m’a sauvée ? Le jeune homme est parti en vacances. 15 jours sans notes sur son blog, j’ai repris ma respiration.

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Aujourd’hui je suis guérie de cette histoire et de mes envies de scarifications mentales, même s’il reste parfois tentant de regarder ce qu’il se cache derrière les portes, qu’elles soient ouvertes ou non. Mais si la connaissance peut être une arme, elle peut se retourner contre vous. Je n’ai jamais cherché à forcer une boîte mail, jamais même jeté un œil alors que je connaissais les codes de Guillaume 1er, vu que je l’avais créée. D’abord parce que je fais confiance, la méfiance est le cancer du couple. Ensuite, imaginons que je regarde et que je trouve des choses suspectes, je fais quoi ? Une scène monstrueuse avouant par la même mon forfait ? Je me tais, sachant que je suis une piètre menteuse ? Savoir n’est pas une délivrance, c’est parfois de la pure torture. Je me souviens d’une histoire avec ce même Guillaume. Le week-end, il restait parfois chez moi et utilisait mon pc pour aller sur le web. Suite à un week-end, je rentre, on bosse chacun de son côté, moi sur le pc. Il faut savoir que j’ai la sale manie de surfer en tapant les premières lettres de l’url. Et là, en tapant un s, je vois apparaitre un truc genre  sex.com ou je ne sais plus quoi. Sur le coup, je rigole et je vais dessus et là, argh, c’est très sado maso hardcore. Je commence à questionner Guillaume qui était en train de faire son sac pour partir, il bafouille et fuit. Qui se ressemble s’assemble, aussi bon menteur que moi. Je fouille donc le pc en tapant toutes les lettres dans ma barre de navigation pour voir ce qui ressort (il avait effacé l’historique). J’ai donc trouve du bondage sm option pince crocodile sur les seins. Le tout en photos amateur ne mettant pas du tout les protagonistes en valeur. Sachant qu’à l’époque, j’étais assez cruche, considérant par exemple que le fait que mon mec se masturbe (sans moi) était un crime de lèse majesté, je suis tombée de haut. Finalement, il s’est pris une belle scène (méritée) à base de « tu m’as menti ! ». Oui parce qu’à l’arrivée c’était quand même le plus grave. Il m’a expliqué qu’en fait, c’était pour un ami à lui et que pour sa part, il trouvait ces photos glauques. Moralité : je veux bien ne pas faire ma curieuse mais ne mets pas
les preuves de ton forfait sous les yeux !

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Certains m’objecteront que ne pas vouloir savoir est en soi une forme de lâcheté, une fuite en avant. Pas faux mais une fois de plus, forcer le coffre pour voir ce qui se cache à l’intérieur me parait avant tout une preuve de manque de confiance. Or pour ma part, je considère la confiance comme un élément essentiel du couple. Si je suis tentée de fouiller dans les mail de mon mec, non
seulement je trahis sa confiance mais surtout, je montre que je ne suis pas capable de prendre le taureau par les cornes et de déclencher une discussion avec mon mec à base de « je sens un truc bizarre, que se passe-t-il ? ». Bon évidemment, si je prends la liste de mes exs, l’immense majorité était nulle en mensonge donc c’est un peu facile mais quand même… Je crois qu’on a tous à
gagner à péter un coup et ne pas traquer le moindre indice de… de quoi d’ailleurs ? Au pire, il nous prendra pour une idiote, on finira par s’en rendre compte et on ira chasser un nouveau poisson. Après la période réglementaire de « tous des connards, je vais devenir lesbienne », bien sûr.

Le soir où j’ai compris

Par Gauthier

Je viens de balancer mon téléphone à travers la pièce. J’ai avalé une barrette de lexo. J’ai allumé une clope. J’ai changé mon pseudo msn. J’ai raconté ma soirée à Nina. Et j’ouvre une page word (tout en allumant une deuxième cigarette) pour vous parler…

 

Ça fait trois mois que je me voile la face. J’attends que connard d’ex me donne de ses nouvelles, qu’il me dise qu’il m’aime, qu’il veut revenir pour de bon avec moi, qu’il a repéré un super petit T3 rive gauche et qu’il m’attend pour signer les papiers… Mais j’ai beau insulter mon téléphone dans toutes les langues pour qu’il affiche « Connard d’ex appelle », rien ne vient…

 

Alors ce soir je décide de prendre ce maudit moyen de communication entre mes frêles mains, et j’appelle. Répondeur ! Ben voyons… Il filtre forcément, je l’insulte 30 sec, et je raccroche. Il rappelle dans la minute. Là c’est clair ce bâtard filtre ! Merde j’ai promis de pas appeler pendant 2 mois, je tiens 3 mois, et encore il trouve le moyen de pas prendre mon coup de fil…

 

Je lui demande de me dire ce qu’il doit me dire parce que j’estime que je mérite de l’entendre, je mérite qu’il prenne 2 min de sa vie pour me dire qu’il ne m’aime pas et qu’il ne veut pas se remettre avec moi. Comme c’est un garçon poli il le fait, dans des termes d’une froideur et d’un détachement que je ne pensais pas possible chez l’homme que j’aime.

 

Tout s’effondre. Absolument tout. On parle une heure. Je pleure à moitié, je ris un peu, comme d’hab on parle de tout mais surtout pas de ce qui fâche. Je finis par lui demander de ne pas me rappeler avant le nouvel an. Que j’ai besoin de plus entendre parler de lui. Lui, le seul homme qui m’a brisé le cœur trois fois.

 

Je m’en veux pour ma naïveté, je lui en veux pour sa façon de me traiter, je nous en veux de n’être capable que de nous faire du mal, alors qu’on ne veut que le bonheur de l’autre.

 

Il ne changera jamais, je ne changerai plus, je l’ai suffisamment fait. Je vais pas me faire greffer un vagin pour qu’il puisse me présenter à sa mère. Il ne va pas devenir gentil pour me faire plaisir…

 

L’amour et la haine se mélangent, et il en ressort un sentiment étrange, un sentiment que je n’avais pas éprouvé depuis très longtemps, un sentiment que je déteste par-dessus tout : l’envie d’en finir.

 

Je me suis juré de ne jamais mettre fin à mes jours, pourtant si je pouvais mourir ce soir j’en serais heureux. Dieu si tu m’entends, la rupture d’anévrisme c’est quand tu veux…

 

Alors voilà, c’est fini, 5 ans de ma vie qui prennent fin en un coup de fil de 52 min, sans larmes réelles, sans cris, sans joie, sans rien d’autre que d’avoir l’impression que le monde est trop difficile à supporter, que plus rien n’est beau ici bas, que la nuit est partout ou je regarde, que mon regard n’accroche que du vide, que je ne suis que du vide, que je ne suis rien. Je ne suis rien à tes yeux, je ne suis rien aux yeux du monde, je dois faire correspondre cet état de fait avec la réalité.

 

Je vais plonger dans la nuit, me perdre en elle, et ne plus jamais accrocher la lumière qui m’est, dorénavant, insupportable.

 

La fin est là, je la touche, je la frôle, je la sens, elle m’appelle, je vais lui répondre. Les sentiments humains ne sont rien quand ils sont happés par un trou noir, tout est mâché, aspiré, détruit, et tout devient vide. Je suis vide. Sans mon amour pour toi je suis vide.

 

Sors de ma vie, sors de ma tête, sors de mon cœur, va-t-en et ne reviens jamais. Laisse-moi ici, vide, déjà mort, laisse-moi crever dans ton souvenir, me vautrer dedans jusqu’à ce que l’écoeurement de mon insignifiance me permette de me libérer.

 

Oh non bien sûr tu n’as rien à te reprocher, je n’ai malheureusement rien à ne me reprocher non plus. Et le vide prend toute sa place.

 

Plus rien n’est beau, plus rien n’a de goût, plus rien ne me donne envie d’ouvrir les yeux, je vais donc les laisser fermer.

Je vais vider mon corps de tout ce qui l’attache sous la lumière pour laisser la nuit entrer dans mon vide.

 
C’est la fin.