Réflexions en tous genres

Par Tatiana

Bon alors j’ai envie de faire un article mais j’ai pas de trucs précis à raconter. Je vais vous faire ma journée d’hier. Hier j’ai été mangé avec des gens de mon ancien stage, et comme d’hab j’ai appris plein de ragots. Cette boîte est pleine de gens qui s’aiment pas. C’est hallucinant comment ils taillent les uns sur les autres. Le seul hic c’est que moi je m’entends avec deux groupes différents alors ça me gêne un peu quand ils se crachent dessus. Des fois j’ai l’impression d’être l’enfant dont les parents se dispute la garde. C’est assez étrange. Bon de toute façon je suis obligée de m’y faire. Parmi les gens avec qui j’ai mangé hier midi, il y a barbe rouge. Non il a pas de barbe rouge en vrai mais je trouve que ça lui va bien comme surnom. Barbe rouge je l’apprécie, il est sympa. Le seul hic c’est que plus ca va et plus j’ai l’impression que lui il m’aime plus que bien. Je vous vois venir vous allez me dire « mais pourquoi tu dis ça t’as pas de preuve… », ben si j’ai des trucs qui me mettent la puce a l’oreille et aussi mon intuition qui ne me trompe jamais. En tout cas sur ce plan, elle ne m’a jamais fait défaut. Alors ça m’embête carrément, parce que déjà barbe rouge il a une copine que j’aime beaucoup et aussi parce que moi j’ai pas envie de ça. Je crois que dans ma chance il tentera rien même si a une soirée y a pas très longtemps j’ai vraiment flippé qu’il dérape. Du coup j’aime pas trop qu’il paie mes repas quand je le vois, ça me mets mal à l’aise.


Et puis mon ex c’était un ami de lui, même s’il sait rien de tout ça. Je me demande ce qu’il en penserait s’il savait. Je me demande aussi si c’est pour ça que mon ex il avait autant peur qu’il le sache. Parce que a chaque fois que je lui demandais pourquoi, il voulait rien me dire. J’adore me retrouver dans des triangles foireux. Enfin bref, après j’ai fait des trucs l’aprem rien de transcendant, à part peut être une queue immense à la poste (l’enfer!). Dans ma chance, il y avait un guichet spécial retrait de lettre.


Le soir je suis allée boire un verre avec Cynthia et un mec qui est l’ex de sa sœur. J’ai trouvé ça plutôt marrant qu’elle ait gardé contact avec un ex à sa sœur. Elle m’a expliqué qu’ils étaient restés super longtemps ensemble et que sa sœur l’avait dégagé du jour au lendemain. On a passé une bonne soirée mais je crois qu’on l’a surpris par moment sur ce qu’on disait. On a parlé quasiment toute la soirée cul et histoire d’amour et on l’a un peu scotché quand on lui a expliqué comment des fois la drague dans les entreprise ça peut vite devenir relou. Tout le monde sait que dans les entreprises le jeu de séduction est de rigueur, c’est comme une règle tacite. On fait tous ça, mais y a des degrés différents. Le petit jeu de séduction pour avoir tes infos plus vite ou autre ça c’est normal, mais après t’en a qui croient que c’est la fête et que tout est permis. Là, t’es obligée de les remettre à leur place et en même temps tu peux pas y aller franco car c’est tellement fait par sous-entendus que l’autre serait capable de te dire que tu te fais des idées. Sans compter que des fois c’est un de tes supérieurs. La pauvre Cynthia c’est des chauds du cul dans sa boîte et franchement elle se fait tout le temps draguer par les mecs. C’est un peu abusé car ils la draguent vraiment de manière pas du tout respectueuse, et souvent bien sûr ils sont mariés ou en couple. Ca donne une très belle image de la gent masculine.


La soirée s’est passée et chacun est rentré chez soi. Ce matin Cynthia m’envoie un mail en me disant que l’ex de sa sœur je lui ai bien plu. (là je viens de réaliser que ça fait très narcissique comme article mais normalement je suis pas comme ca). Bon mais moi je le trouve sympa mais c’est tout. Mais par contre à chaque fois que je rencontre un mec qui me plait pas ça me fait culpabiliser. Je me dis est ce que je devrais pas plus apprendre à le connaître ? est-ce que vraiment il n’y a rien qui m’attire chez lui ? Pourtant c’est pas de ma faute, je devrais pas culpabiliser, et pourtant je le fait. Faut dire que ça serait plus simple s’il m’avait plu. En fait je crois que ça me donne l’impression de jouer la nana genre hyper difficile qui crache sur tout. Oui alors c’est vrai que je suis un peu difficile. Et d’ailleurs je me suis engueulé avec des amies la dernière fois a cause de ça. Elles veulent absolument me caser avec un mec qui ne me plait pas. Le problème c’est qu’elles elles le trouvent bien alors elles comprennent pas pourquoi moi non. Limite elles me disaient genre « vas-y fait un effort ». Mais je comprends pas qu’on puisse avoir cette conception de l’amour. Normalement tu dois pas avoir besoin de faire des efforts, surtout au début. Je m’étais super énervée à essayer de leur faire comprendre que moi je marche pas comme ça. Si y a rien dès le début ça viendra pas ensuite.


Alors à quand le mec à qui je plairais et qui me plaira ?

Youpi, soyons amoureux !

Il y a grosso modo, trois catégories de gens : les en couple, les célibataires et les célibataires amoureux. Evidemment, il y a des sous-catégories mais cet article ne se veut pas une analyse sociologique de l’amour. Vous constaterez qu’on envie toujours un peu les membres des deux autres catégories : les célibataires pour leur liberté, les en couple pour leur sécurité. Mais ceux que l’on préfère, ce sont les célibataires amoureux.
 amour
Imaginons une scène : vous êtes en train de discuter avec un(e) amie de la catégorie 1 ou 3 (donc en couple ou célibataire) et vous avouez entre le fromage et le dessert que vous avez rencontré quelqu’un, « un garçon très mignon qui me plaît beaucoup, il est beau, intelligent, marrant… ». Oui, il n’y a rien de moins objectif qu’une personne amoureuse. Bon, bref, vous vous extasiez sur votre cible que nous appellerons ici Brad (au hasard). Et là, immanquablement, votre interlocuteur ou cutrice s’exclamera : « Ouah, mais c’est génial, comme je t’envie ! ». Bon parfois, c’est hypocrite, surtout si la personne fait partie de la catégorie célibataire sous-catégorie totalement aigrie. Elle dira ça mais pensera : « fais chier, cette connasse va se trouver un mec avant moi alors que je suis carrément plus belle qu’elle. Non mais qu’est-ce qu’on peut lui trouver à c’te grosse vache aux cheveux filasses ? ». Mais dès qu’on est amoureux, tout le monde nous envie. Pourquoi donc ?
 
Me voilà donc amoureuse de Brad. Quand je me réveille le matin, je rêvasse à lui, à nous, à notre premier baiser. Je sens presque ses lèvres effleurer les miennes, sa langue caresser légèrement la mienne, ses mains qui glissent délicatement de mon visage à mes hanches… aaaaaah ! Voilà effectivement de quoi se lever de bonne humeur. Tard (oui, fantasmer, ça prend du temps) mais de bonne humeur. Comme je veux Brad à tout prix, il faut que je sois belle : sport, soins de peau, nourriture saine, juvamine… L’artillerie lourde, quoi. J’ai forcément envie de m’acheter de nouvelles fringues et de nouveaux dessous (au cas où) pour parader devant mon beau et le faire craquer. Bref, à notre prochain rendez-vous, je serai tellement la plus belle que Brad ne voudra pas sortir avec moi, non, il voudra carrément m’épouser.
 
Etre amoureuse, c’est avoir des papillons autour de la tête en permanence. On a l’impression que les fleurs fleurissent sur notre passage, le soleil brille même à travers la pluie. Un signe anodin de sa part et notre cœur s’emballe, on s’envole, on touche plus pied par terre. Il a signé son texto par « bisous »… IL A SIGNE SON TEXTO PAR « BISOUS », vous imaginez ? Oui parce qu’être amoureuse, c’est aussi un peu retomber en adolescence. C’est se réjouir de lui avoir souri en se disant qu’il a compris le message, c’est mettre plein d’étoiles dans ses yeux et du gloss sur ses lèvres pour donner envie à Brad de nous embrasser. C’est imaginer les scénarios les plus débiles, les excuses les plus foireuses pour le revoir : « Je dois te rendre ton CD.
– Mais je ne t’en ai pas prêté.
– Ah et tu veux pas m’en prêter un ? »
 
En fait, être amoureux, c’est, parfois, ne pas arriver à coordonner deux neurones pour paraître intelligente. L’autre soir, je parlais à Anne qui vient d’entrer en catégorie 2 et elle me fait, désespérée : « je sais pas quoi lui dire, notre conversation est limitée… » Oh oui, quelle galère ! Je me souviens d’une conversation avec Bertrand au téléphone après ma rupture avec Guillaume, ma première réaction en raccrochant : « non mais quelle conne ! ». J’avais voulu jouer les séductrices, j’étais passée en mode neuneu, à roucouler comme un pigeon. Etre amoureuse, c’est être cyclothymique. Il signe « bisous » son texto, je plane à 100 000. Il ne répond pas à mon texto au bout de cinq minutes, c’est un connard qui ne cherche qu’à briser mon petit cœur et je déprime.
 
Etre amoureuse, paradoxalement, c’est douter de soi. Brad, il est beau, il est intelligent et drôle. Et moi, est-ce que je lui arrive à la cheville ? Comment un mec pareil pourrait voir une fille comme moi ? S’il avait vraiment envie de moi, il serait devant ma porte avec un immense bouquet de fleurs, non ? Là, je constate que derrière ma porte, y a que le paillasson (et Kenya qui en a profité pour courir jusqu’au troisième et dernier étage de mon immeuble). A-t-il compris que je voulais qu’il soit le père de mes trois enfants ? Soit oui et il n’est pas intéressé, soit non et qu’est-ce que je fais ? Lui envoyer dix textos par jour, c’est trop, mais si je ne donne pas signe de vie, il va m’oublier et une vilaine greluche même pas aussi belle que moi va me le piquer ! Mais est-ce à moi de le relancer ou à lui ? Qui a lancé l’invitation en dernier ? Vaut-il mieux que je l’appelle, que je le textote, que je le maile ou que je me taise ? Mais quelle prise de tête, les enfants ! Mais tant qu’il ne m’a pas embrassé, je doute. De moi, de son intérêt pour moi. M’a-t-il dit que j’étais jolie par politesse (enfin, moi, je lui avais rien demandé), par jeu ou parce qu’il veut que je sois son Angelina ?
 
Etre amoureuse, c’est analyser le moindre soupir de Brad, essayer de voir si on se fait des idées sur ses intentions ou pas. Simple ami ou prétendant ? A-t-il vu les constellations entières que j’ai mises dans mes yeux ? Peut-être que j’en ai trop mis et je lui ai fait peur. Etre amoureuse, c’est faire chier notre entourage en devenant monomaniaque. Exemple de conversation d’un amoureuse :
« Ça va ?
– Non, Brad il m’a pas rappelée !
– Et à part ça ?
– Et pourtant, il m’a dit que j’étais jolie, pourquoi il m’a dit ça si il ne veut pas m’épouser, hein ?
– Moi moyen.
– Tu crois que je dois lui envoyer un texto ?
– Mon chat est mort.
– Non parce que tu comprends, c’est moi qui lui ai proposé de se voir la dernière fois alors c’est un peu à lui de venir, non ?
– Je me suis foulé le petit orteil.
– Mais peut-être qu’il n’ose pas, peut-être que je l’intimide. S’il le faut, Brad, il est fou de moi mais il est comme moi, il sait pas quoi faire.
– Je suis allée faire pipi
– Ah non, vraiment, Brad, il est compliqué comme mec ! »
J’exagère à peine. Des fois, être amoureuse, c’est être chiante, à un point pas possible. A tel point d’ailleurs que vous finissez par vous prendre un mérité : « mais demande-lui, au moins, tu sauras ! ». Oui mais comment lui demander ? En face à face (délicat en cas de râteau), par MSN (minable si le sentiment est réciproque, ça casse un peu la magie de la révélation), par texto (alors, là, quelle que soit la réponse, c’est nul), par téléphone ? Etre amoureuse, c’est virer névrosée.
 
Et pourtant, quand une amie nous annonce qu’elle est passée en catégorie 2, on s’exclame sincèrement : « ouah, c’est génial ! » et on l’envie, en plus. On envie l’attente de ce premier baiser, on envie le jeu de séduction entre Brad et notre amie… Des fois, je me dis qu’on devrait se souvenir comme ça peut être pénible d’être amoureuse sans que ce soit concrétisé, ça calmerait notre joie. Maintenant, je ne me réjouirai pour mes copines que quand elles seront passées en catégorie 1 (ou 3 si elles sortaient avec un connard fini que je n’aimais pas).