Les femmes sont que des connasses à préférer les connards

En août 2005, j’avais écrit un article « les femmes préfèrent les connards » qui reste une référence puisque je reçois de temps en temps des commentaires de mecs aigris qui me traitent un peu de tous les noms à ce sujet. La palme revint à un commentateur qui disait, en somme « je sors pas, rien ne m’intéresse, j’ai un taf de merde et vous n’êtes que des connasses de ne pas vous intéresser à moi ». Bah, tiens, j’ai que ça à faire de ma vie d’aller sonner à toutes les portes pour aller draguer des no lifes…

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Le problème des hommes est, grosso merdo, le même que celui des femmes, à savoir « mais pourquoi il/elle chope tout ce qui bouge alors qu’objectivement, je suis mieux ? Faut-il vraiment être un connard/une connasse pour séduire ? Ca me désespère ! ». Alors rassure-toi, c’est pas ça du tout. Mais en matière de séduction comme en tout, faut savoir se vendre et c’est tout. Dans le travail, par exemple, s’il y a une promotion à filer, à qui la donnera-t-on ? A celui qui fait son boulot dans son coin ou à celui qui fait son boulot et sait faire remarquer qu’il le fait ? Dans un supermarché, tu achèteras plus facilement le produit en tête de gondole ou celui planqué tout en haut des étagères ? Bah moi, du haut de mon mètre 57, le dernier niveau des étagères, je le vois même pas. Oui, ma métaphore est pourrie mais tu vois l’idée.

Souvent, ceux qui ne séduisent pas se définissent comme des personnes « gentilles ». C’est fou comme un adjectif à la base laudatif est limite devenu une insulte aujourd’hui. « Machin ? Ouais, il est gentil ! ». Sous entendu j’apprécie sa compagnie mais sans plus. Voire même machin, il est un peu limité du QI… Oui, être gentil, aujourd’hui, c’est pas une qualité et c’est tout. Mais est-ce réellement ma faute ou celle de n’importe quelle fille ? Hé non, mon gars (ou ma fille, ça marche dans les deux sens). Crois-moi, quand on cumule les échecs, c’est bien que quelque part, on est en cause.

Les femmes ne préfèrent pas forcément les connards, en fait. Ce qu’aiment les femmes, ce sont les hommes affirmés. Tu vois, moi, j’ai une vie à mener, la mienne. Il est donc hors de question que je doive en plus porter mon mec à bout de bras car il se laisse tranquillement porter par le mouvement et si on lui fout pas des pieds au cul, il ne bouge pas. En général, le mec « gentil » est à peu près aussi actif et volubile qu’une plante verte. Passer la soirée avec un mec « gentil » consiste en un long monologue de ma part ponctué de quelques « ouais, je suis d’accord » de sa part. Mais ça fait rêver qui, ça ? J’aime bien avoir raison mais j’ai envie que la personne face à moi me donne aussi quelque chose. Je ne parle pas de Culture avec un grand C mais j’aime partager ma soirée avec quelqu’un qui a des passions même et surtout si ce ne sont pas les mêmes que les miennes. Honnêtement, tout est potentiellement
passionnant si la personne est motivée par ce qu’elle raconte. Par exemple, Gabriel a réussi à m’intéresser à la soudure quand il m’en a parlé alors qu’à priori, c’est un sujet qui me passe à des kilomètres au dessus de la tête. Il m’a un peu expliqué les différents types de soudure et j’ai écouté avec attention. Il n’est pas difficile d’avoir du charme, de la présence, à condition d’y mettre un peu du sien. Ca ne sert à rien d’appliquer des techniques de drague à la mord moi le nœud genre « la drague systématique et infaillible » parce que franchement, un mec qui me sort un plan drague éculé, c’est aussi rébarbatif qu’un mec sans personnalité. Etre naturel, ben ouais, c’est le secret même si c’est méga naze comme conseil vu qu’on le dit tout le temps.

Mais c’est tellement vrai, au fond. Les mecs qui m’intéressent, c’est finalement pas forcément les plus beaux ou les plus grandes gueules mais ceux avec qui je peux passer quelques heures à discuter sans voir le temps passer et qui me fait quand même comprendre que y a une ouverture. Donc la carte de « je suis ton pote », c’est vraiment pas à faire. Bref, les« mais aucune fille ne s’intéresse à moi parce que je suis gentil », je veux bien mais faudrait voir à pas me le reprocher non plus, il n’en tient qu’à nous de se sortir un peu les doigts du cul. Et ça marche aussi pour les filles. Si on ne fait rien du tout, faut pas s’étonner que l’objet de notre affection ne fasse aucun pas vers nous. Sans sauter dessus, indiquer son intérêt et se montrer sous son meilleur jour, ma foi, c’est quand même pas si compliqué.

Etre une femme libérée, quel cliché !

Samedi soir, malgré ma fièvre qui commence à baisser quand même, je vais boire un petit verre avec Gauthier, seule personne en chair et en os que j’ai vu de la semaine (avec les caissières du supermarché mais vu qu’elles m’adressent pas la parole, ça compte pas). En chemin, j’empoche mon nouveau bouquin « le journal d’Elsa Linux », présenté comme une parodie super trop hilarante de Bridget Jones. Comme c’est bientôt l’été, c’est parfait comme littérature.

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Au bout de quarante pages, j’ai envie de le brûler. Ce truc n’a pas pu être écrit par une femme, c’est pas possible, ça pue le sale film érotique pour mâles libidineux. Elsa arrive à trente ans et elle balise parce que personne ne veut se marier avec elle. Jusque là, tout va bien. Sauf qu’au bout de dix pages, le terme sodomie a tellement été utilisé que je me souviens même pas si j’ai croisé d’autres mots. Elsa se sodomise « avec deux doigts » tandis que son amant de la nuit se douche, Elsa se fait sodomiser pendant deux minutes par son boss avant qu’il aille chercher sa petite famille à l’aéroport, Elsa s’auto sodomise avec un plug. Mais rassurez-vous, Elsa a aussi un vagin qu’elle muscle car elle veut qu’il soit aussi puissant qu’un casse-noisette (???). Déjà, première phrase et ça m’énerve. Mais bordel, depuis quand faut-il être sodomite pour être une femme libérée des années 2000. Je veux pas dire mais la sodomie est une pratique comme
une autre, on aime ou pas, ça n’a rien à voir avec le fait d’être libérée. Le jour où se faire sucer les pieds sera le signe d’une femme libérée, je serai la première à prendre ma carte au club des femmes coincées du cul.

Donc Elsa est libérée, elle baise tout ce qui bouge. Non, nuance : elle se fait sauter par tout ce qui bouge. Parce qu’Elsa, elle demande jamais rien. Son patron arrive, il la sodomise et se casse, elle ne dit rien. Une bonne femme la chope dans les toilettes et lui fait un petit cunni, elle est choquée mais ne dit rien. La même femme la saute sur son canapé plus tard dans la soirée, elle se laisse faire. La même femme et une autre la lèchent dans les toilettes d’une boîte lesbienne après l’avoir droguée, elle jouit. Son prof de gym l’enferme dans le cagibi, la fiste, lui doigte l’anus et la prend comme un sauvage, elle ne dit rien. Son beau-frère banquier lui demande une photo de son sexe pour lui accorder un prêt, elle s’exécute. Pour se faire pardonner d’avoir décommandé un rendez-vous avec un mec, elle se fait photocopier les fesses et le sexe pour son bon plaisir. Et j’en suis qu’à cinquante pages ! Par ailleurs, Elsa n’est pas capable

d’envisager ses rapports avec les autres sans passer par le sexe. Un homme lui parle. Faut qu’elle se le tape. En général, le monsieur se sert sans rien lui demander mais pas toujours et là, elle se sent laide. Elsa envisage de baiser pour avoir un contrat de pub, pour avoir une promo. Elsa se fait baiser car elle ne sait pas dire non. Si vous voulez baiser Elsa, faites la queue, y en aura pour tout le monde.

Evidemment, Elsa a des copines, pas clichés du tout, non plus. Sa meilleure amie tout aussi libérée qu’elle qui vient de se fiancer avec un mec pété de tunes mais elle continue à coucher car elles en sont à 80 amants chacune, elle refuse de perdre face à son amie. C’est pas grave, Elsa envisage de baiser le fiancée de la demoiselle, c’est beau l’amitié. Après, on a la lesbienne gauchiste qui est une vraie amie parce qu’elle n’a pas abusé d’Elsa dans les toilettes de la boîte. Y a pas à dire, c’est beau l’amitié. Enfin, la pucelle de 36 ans qui ne rêve que de se reproduire, de droite et qui travaille à l’assemblée nationale. Mais non, c’est pas cliché du tout !

Alors, c’est ça une femme libérée des années 2000 ? Au tout début du roman, je me suis dit : « merde, ça pourrait être moi, cette fille qui utilise le sexe pour combler un manque affectif ». Sauf que moi, je dis non. Un mec qui se casse au bout de 2 minutes de brouette, je lui montre la porte en lui expliquant qu’il peut s’en servir pour sortir mais qu’il ne pourra
plus jamais la passer dans l’autre sens. Effectivement, le dernier connard qui m’a cruellement manqué de respect ne m’a jamais plus touchée. Une nana qui tenterait de me lécher dans des toilettes sans autorisation a intérêt à trouver une très bonne raison pour sortir de là avec le visage tout griffé. Quant aux mecs (et aux exs, d’ailleurs) de mes copines, c’est tabou, on n’y touche pas. Ca va, y a suffisamment de mecs sur terre pour pas recycler ceux des amies. Puis, berk, un mec qui a couché avec une copine, je ne peux pas envisager quoi que ce soit avec lui. De la même façon, une copine qui touche à mon mec ou mon ex, elle a intérêt à courir vite… Quant à mon beau-frère, s’il me demandait un jour un MMS de ma chatte, je lui ferais bouffer son portable. Non mais ça va, oui ?

Pour moi, une femme libérée est une femme qui assume sa sexualité et non pas qui la subit. Elsa n’est finalement qu’une pauvre conne, une poupée gonflable de chair. Elle se veut hype mais elle est pitoyable. La pauvre fille qui pense avec son vagin au lieu de sa tête qui est très fière d’avoir été élue « miss chute de rein » dans son entreprise, titre acquis après s’être tapé tous les membres du jury. La vie d’Elsa est vide. Elle est tout ce que je déteste chez une femme. Ce livre n’a pu être écrit que par un homme ou que par une vieille frustrée qui n’a pas de vie sexuelle.

Ce livre me fait furieusement penser à « Politique » de chais plus qui, un roman où les héros baisent, tout le temps, ils testent tout. Ca se veut subversif et provocateur. C’est ennuyeux et raté. Pendant deux cents pages, ça parle sexe et ça ne m’excite à aucun moment. Les personnages ne sont pas attachants, on voit l’héroïne se faire attacher/sodomiser par son mec, on baille en attendant la scène suivante. L’héroïne se fait fister par une autre sous l’œil morne de son mec. Moi aussi, mon œil est morne, je m’ennuie. Ben, là, c’est pareil. Elsa passe ses journées à se faire sauter et ça ne m’émoustille pas. D’abord parce qu’on n’y croit pas. Elsa a eu 7 orgasmes pendant qu’elle se faisait faire un cunni dans les chiottes. Elsa enchaîne les orgasmes dans la boîte. Elsa a tellement d’orgasmes dans la journée qu’on se demande ce qu’elle peut bien faire d’autres. Perso, sans être frigide, j’ai jamais eu 7 orgasmes avec un cunni et en même temps, tant mieux, je m’en relèverais pas. Un orgasme, c’est quand même violent, je mets du temps à redescendre et à me souvenir comment je m’appelle alors 7 ! Mais jamais je retourne bosser, l’air de rien. Quant au fist, grand fantasme du mâle, ça se fait pas chez toutes les filles et ça rentre pas d’un claquement de doigt. Mais surtout, cette espèce de soumission permanente, cette pauvre Elsa dont on abuse à longueur de roman, si c’est pas un délire masculin, ça !

Si Bridget Jones est devenue l’icône d’une génération, j’espère vraiment qu’Elsa ne le sera pas. Parce que si on commence à expliquer aux filles que, pour être libérée, faut se faire sauter sans discuter, on ne s’en sortira jamais. J’ai déjà dit non et je n’en suis pas morte. Je côtoie des tas d’hommes sans avoir envie d’écarter les cuisses. Bon, certes, moi, je suis difficile, j’ai des goûts super particuliers, mais quand même ! Dans l’asso où je bosse, y a que des mecs, aucun ne me plaît, je ne coucherai avec aucun d’entre eux, point. Ni avec les filles, d’ailleurs. Et personne n’a le droit de me lécher dans les toilettes sans mon expresse autorisation, non mais ! Et puis on peut tout à fait être libérée sans être sodomite, bisexuelle et vachement maso, mine de rien.