Le CM est un loup pour le CM

Petit point lexical avant de poursuivre : CM = community manager ou plus concrètement la personne en charge de parler au nom d’une marque sur les réseaux sociaux (oui je suis extrêmement réductrice, là).

Nous avons tous dans notre escarcelle quatre ou cinq marques à manager et tous les jours, nous espérons inconciemment que rien ne va nous tomber sur la tête. Parce que le bad buzz rôde sur nos espaces, tu ne sais jamais sur qui ça va tomber. Sur une marque de parfum dont le dirigeant tient des propos racistes en toute décontraction ? Sur cette marque de VPC qui s’est retrouvé avec un homme nu sur une image d’enfants ? Sur cette marque de soda aux faux fans ? Sur cette chaîne de restaurant avec des souris en cuisine. Les hyperactifs connectés reconnaîtront les marques dont je parle. Pour les autres, ne vous inquiétez pas, je suis pas là pour faire une anthologie du bad buzz. Surtout que je ne suis pas sûre de sa définition exacte en terme de bad buzz, à partir de quelle propension on peut l’utiliser ? Non parce que certains tirent la sonnette d’alarme un peu pour rien. Bref, passons, c’est pas le sujet.

Quand le bad buzz éclate, bon courage, tu vas en chier. Assied-toi devant ton Pc et lis les commentaires, ne modérant que ceux se montrant insultants. Les autres, tu dois les supporter. Or tout CM qui a subi un jour un bad buzz, de près ou de loin le sait : les pires raclures, ceux qui postent les contenus qui rajoutent à chaque fois de l’huile sur le feu, ce sont les autres CM. Est-ce parce que Facebook est notre sorte d’open Space virtuel et on mange du pop corn en en jetant de temps en temps sur le pauvre community manager qui essaie de calmer les esprits sur sa page ? Ou est-ce une sorte de soulagement ? Ouf, ça m’est pas tombé dessus alors du coup, je vais un peu pourrir la vie du malchanceux du jour ! À moins que ce ne soit un peu l’occasion de se lâcher, de faire de la vanne pourrie que nos marques ne valideront jamais. Ou alors dernière explication pour les premiers messages : tester la modération. Mais ça ne marche vraiment que pour les premiers.

Et c’est toujours pareil. Sur Facebook et sur Twitter, le CM se déchaîne, multipliant vannes et parfois même création d’images douteuses (je dois vraiment mal me démerder moi, j’ai pas le temps de faire du montage photo pour le plaisir du lol quand je bosse). Dans l’espoir de se faire repérer ? Ah ben c’est vrai que saloper le boulot de tes camarades, ça donne envie de t’embaucher, mec, y a pas à dire. Car vois-tu, nous, on a une liste noire entre nous la liste des « petits cons », ceux qu’on rêve de croiser un jour en entretien et de lui dire : »votre nom m’est familier… Ah oui, vous vous êtes bien amusés lors du bad buzz sur la page Topitampon… Notre client. Au revoir ». Oh ouais, ce serait tellement bon !

Merci de prendre votre cerveau avant de surfer

Est-ce moi ou sont-ce les internautes ? Je ne sais pas mais ces derniers temps, je prends de moins en moins de plaisir à lire les commentaires des journaux online. Ce qui me faisait rire avant me fait franchement frémir maintenant. Surfer sur le net rend-il profondément con ?

Prenons le cas bien polémique de l’agression d’un jeune homme dansun noctilien surdiffusée sur le net. Je ne mettrai pas la vidéo ici vu qu’elle est supprimée très rapidement dès que quelqu’un l’a met en ligne et surtout, je n’ai pas envie de polémiquer sur la vidéo mais sur les réactions. Pour ceux qui n’ont pas vu, j’explique. Un homme assez jeune, la trentaine, prend un noctilien, une écharpe Burberry autour du cou quand quelques jeunes qui cherchaient visiblement à foutre le bordel lui piquent son portefeuille. Quand le jeune homme essaie de récupérer son bien, les gamins lui sautent dessus, baston qui dure environ 2 mn (contrairement à la vidéo qui en fait 6 grâce au montage), elle est très violente.  Une plainte est ensuite déposée, deux agresseurs sont arrêtés.



L’histoire aurait pu s’arrêter là mais un policier poste la vidéo sur Internet pour la montrer à ses amis. Déjà, faudrait un jour comprendre que sur le net, on fait très attention où on partage les choses, merci bien. Evidemment, la vidéo a fuité, s’est démultipliée sur youtube passant de « agression dans un noctilien » à « agression d’un jeune blanc par des racailles ». Parce qu’il semblerait qu’un des gamins dise « sale Français » dans la baston, je ne l’ai pas entendu donc je ne peuxpas dire si c’est exact ou non. Peu Importe au fond. Mais voilà, les agresseurs que l’on arrive à identifier semblent bien bronzés et c’est parti : « la France est menacée par les sauvageons ici de l’immigration », blablablaaaaaaaa. Pardon, je reviens, je vais vomir. Et tout le monde en prend pour son grade, le chauffeur qui s’est contenté d’appeler la sécurité (c’est sûr qu’abandonner son poste pour aller cogner de l’ado aurait été une sublime idée), les passagers qui ne sont pas intervenus (car ils avaient tous une ceinture noire de karaté bien sûr), la victime qui s’est exprimée sur le sujet expliquant que non, ce n’était pas une agression raciste (« et bé vas y, excuse-les tant que t’y es ! »), le policier qui a diffusé la vidéo (là, par contre, j’adhère, ça nous fait un bien joli vice de procédure). Et voilà que ça donne un joli déferlement de haine débile.



Autre cas, lu sur le Post, le pire ramassis de merde du web. Un mélange de billets des blogueurs influents qui n’écrivent que pour eux et se penchent sur des sujets qui ne maîtrisent pas du tout et de faits divers que même le Parisien fait mieux. Quoi que… Et je ne vous parle même pas des fautes et phrases ésotériques qui ne doivent avoir de sens que pour leur auteur. Et sur le Post, il y a franchement les commentateurs les plus cons du monde. Enfin de France en tout cas. Exemple : un article paraît sur l’histoire d’une gamine tabassée par trois autres derrière un foyer culturel en Lozère. Et là dans les commentaires, c’est reparti : la victime est une Française, les agresseuses pas. Evidemment, jene sais pas d’où ils sortent ça vu qu’aucun prénom n’est cité dans l’article mais on part dans de grands délires racistes. Epuisée, je suis. Je peux juste dire qu’il y a de fortes chance que les vilaines filles, même si elles s’appellent Naïma ou Carlotta peuvent être tout à fait françaises ? Que m’est avis que les petits cons du noctilien ont la même carte d’identité que moi ? Hé oui, ça peut paraître dingue mais il existe des Français qui ne sont pas blancs, dis donc !

Je pourrais citer des milliers d’autres cas, tout est dans le même ton. Même le très bon Rue 89 commence à être touché par la crétinerie dans les commentaires (par exemple là). Je ne vous parle que de cas où le racisme peut s’exprimer mais j’avais lu pas mal de commentaires surréalistes sur le Pape et la capote, par exemple. Y compris un excellent : « ben ouais, coucher augmente le risque de choper le sida comme s’approcher du feu accroît le risque de se brûler, c’était bien la peine de faire une étude scientifique pour
ça ». Oui, dans toute cette décérébration permettant aux gens de se défouler en crachant leur haine de l’autre bien planqué derrière son écran, il y a quand même des îlots d’intelligence hyper appréciables.

Mais surtout, ce qui me fascine dans tout ça, c’est la capacité des internautes à juger, condamner, « lyncher » les gens sans la moindre réflexion, se défouler sur n’importe quel sujet, tenir des propos surréalistes sur la faute des uns et des autres dans des choses qui n’ont rien à voir. D’ailleurs, avec Vicky, on a inventé le point Sarkozy, je détaillerai ça dans un prochain article.