Maman, j’ai eu du sexe cette nuit et toi ?

Il y a des trucs qui m’hallucinent parfois. Il y a quelques mois, je regardais une émission sur Teva, je crois, un reportage sur les clubs de vacances où les femmes célibataires
vont pour se payer un gigolo. Enfin, officiellement, c’est juste pour choper mais vu qu’elles payent le mec… Dans le lot, une mère et sa fille qui draguent de concert. Fin du reportage et retour sur le plateau avec la sexologue Catherine Solano qui est atterrée « non mais draguer en famille, comme ça, ce n’est pas sain ».

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Comme vous savez, rien ne me traumatise plus que l’idée que mes parents aient du sexe, je suis le fruit du St Esprit et ma sœur aussi. Mes parents, de leur côté, préfèrent penser
que je ne fais rien de sale et tout ça. En gros, on respecte la frontière des générations. La question du sexe entre parents et enfants est toujours le sujet d’angoisse des uns et des autres. Ado, mes parents m’ont parlé de sexe dans son volet contraceptif mais basta et c’est pas plus mal. Ils n’ont jamais cherché à savoir si j’avais toujours ma petite fleur et je les ai pas appelés quand je l’ai perdue. J’imagine le truc :

« Hé maman, je suis plus vierge !

– Super ma fille. Et alors, ça s’est passé comment ? »

Non mais c’est totalement inconcevable ! Bon, moi, j’ai eu la chance de ne pas avoir mal la première fois donc pas besoin d’appeler maman en urgence pour lui demander comment
faire passer la douleur. Je dis ça parce que c’est arrivé à une copine, elle a eu tellement mal qu’elle a fini par le dire à  sa mère. Ca me glace le sang d’y penser.

Quand j’étais toute jeune, j’enviais un peu les filles qui racontaient tout à leur mère, avec qui elles ont mélangé leur langue à la boum… Nous, pas. Mes parents n’ont jamais été
autoritaires ou coincés sur la question, c’est juste une question de jardin secret. Aujourd’hui encore, je ne raconte rien. Le dernier mec dont mes parents ont entendu parler, c’était Arnaud y a deux ans et demi et encore, parce que j’avais plein de suçons dans le cou donc j’étais totalement flag. Evidemment, ma mère n’est pas dupe, elle sait bien que j’ai des histoires, que je « navigue », comme elle dit. Mais je préfère ne pas lui en parler. Bon, elle a été accidentellement au courant pour Guillaume 2 aussi grâce à une gaffe de ma sœur qui me gardait Kenya quand j’étais partie en Bretagne chez le jeune homme :

« Raaaaaaah, y a Kenya qui se fait les griffes sur mon canapé !

– Mais qu’est-ce qu’elle fait chez toi, Kenya ?

– … »

Mais j’adore quand même ma sœur. Pourquoi je lui en parle pas ? Parce que je préfère attendre que ça compte pour moi, tout simplement.

Pourtant, des fois, on parle un peu de sexe du genre ma mère qui me dit : « non mais y a des trucs maintenant… les machins là… les sextoys… T’en as même qui rentrent en
même temps devant et derrière… Faut vraiment être déviant pour utiliser ce genre de trucs ». Lalalala… Evidemment hors de question de rentrer dans le débat et de faire la liste des miens, ça ne la regarde pas. Je trouve assez curieux de tout confier à sa mère sur le sujet. Pour ma part, j’aurais une fille, je suis pas sûre que j’aurais envie de savoir les détails de sa vie, de la voir partir au bras d’un gigolo tandis que je ramène le mien dans ma chambre. Surtout que son gigolo, c’est quand même moi qui le paye… Et tant qu’on y est, on les échange après ? Non, je crois sincèrement que pour avoir une sexualité normale et épanouie, il faut savoir exclure certaines personnes du cercle des confidences. Raconter à ses copines, c’est normal, voire à sa sœur si on est proche (moi, je le ferai pas) mais bon sang pourquoi en parler à ses parents ? Est-ce que quelqu’un peut m’expliquer sincèrement ? Je ne comprends pas bien l’intérêt de mêler nos parents à ça. Déjà que mes copines ont du mal à suivre ma vie sentimentale et sexuelle alors si je devais raconter tout ça à ma mère, je crois qu’elle serait effrayée par mes… navigations. Le jour où je trouverai un port d’attache sympa (et durable), je lui en parlerai. En attendant, je reste officiellement célibataire sans activités sexuelles.

La virginité : faut-il la garder ou pas ?

L’autre jour, je lisais Courrier International et ça m’a inspiré un premier article  et en voici un second, découlant du même dossier. Et bien, oui, y a 50 choses à dire dessus, c’est pas ma faute. Donc après le versant porno, explorons le versant chaste.
 
Le dossier nous propose un encart sur de jeunes demoiselles suisses qui ont décidé de rester vierge, pour pas être considérées comme des « salopes ». Et voilà, toujours le même problème : tu couches, tu es une salope, tu te préserves, t’es une sainte. Pourtant, je connais des vierges qui récupèrent des points démoniaques ailleurs. Honnêtement, le jour où j’ai perdu ma petite fleur, je ne suis pas devenue une sale perverse immorale. D’ailleurs, l’article ne cautionnait ce genre de manichéisme.
 
La virginité, thème ô combien délicat… Perso, je me souviens, est arrivé un moment où j’ai tout fait pour m’en débarrasser parce qu’à 19 ans, je me sentais totalement handicapée d’avoir encore mon hymen. C’est pas que j’ai jamais eu l’occasion avant, j’avais eu une proposition du genre à 15 ans mais à l’époque, j’étais totalement coincée et j’assumais pas mon corps alors laisser un mec visiter mon intimité, ÇA VA PAS NON !! Arrivée au lycée, nouveau traumatisme : Love in fun. J’explique. Un soir, j’écoutais donc cette merveilleuse émission qui a fait mon éducation sexuelle ou presque quand un gars appelle pour raconter que sa copine est nulle au lit : « elle fait la planche, elle connaît aucune position ! ». Panique à bord : mais moi non plus ! Je suis censée faire quoi (à part écarter les jambes) ? Déjà que la fellation, rien que le principe (ben oui, j’avais jamais pratiqué) je trouve ça dé-goû-tant… La levrette, c’est dégradant, la sodomie… heu, ça, je devais même pas savoir que ça existait, niaise comme j’étais.
 
Donc, j’ai eu une peur d’être un « mauvais coup » et donc, réflexion : « ben je ne coucherai qu’avec un homme dans ma vie, un puceau, comme ça, il pourra pas dire que je suis un mauvais coup, il pourra pas comparer ! ». Réflexion très conne, je sais ! D’ailleurs, dans l’article de Courrier International, y a un mec qui dit pareil : « nous, on veut coucher avec une vierge comme ça, elle pourra pas comparer ». Et oui, ado, je pensais comme un mec.
 
Puis y a cette peur viscérale de la douleur : la première fois, ça se passe pas forcément bien. Johanne, mon ex amie nymphomane n’avait pas eu mal sur le coup mais après, elle s’est traînée une sale douleur pendant quelques temps. Vu l’hygiène de son partenaire, ça m’étonnerait pas qu’elle se soit chopée une saleté, effectivement… Mais surtout, le traumatisme, c’est quand je suis partie chez une amie de Rachel qui avait perdu la sienne quelques temps auparavant et, je sais pas pourquoi, elle entreprend de nous le raconter : du sang partout et une douleur persistante : 24 heures après, elle avait encore mal. Bon, ben je vais rester vierge.
 
Finalement, la curiosité l’a emportée. C’est marrant, à l’époque, être vierge à 19 ans, c’était limite une tare. Aujourd’hui, coucher avant le mariage, c’est limite une tare. Alors quoi ? Je crois surtout que le problème est que, quoi qu’on dise quoi qu’on fasse, la sexualité féminine est toujours sujette à débats et à jugements à l’emporte pièce. A mon époque, une fille qui affirmait vouloir rester vierge jusqu’au mariage était vue comme une bête curieuse. Genre la catho intégriste qui ne copulera que pour procréer. Genre nos grands-mères… Quoi que la mienne avait un amant, le curé d’un village, j’ai appris ça il y a quelques temps (et oui, on est bizarre dans ma famille).
 
Quand j’étais ado, il y a à peine dix ans (ça me fait mal, cette phrase), on clamait à qui voulait l’entendre que, oui, on couchait ! A l’époque, j’étais assez prude mais je ne reprochais pas aux autres filles leur sexualité. Une fille qui franchit le pas avec son copain, c’est normal. Une fille qui couche avec le premier venu dans les toilettes du Macumba club avec les pieds qui patauge dans l’étrange magma composé d’eaux usées et de papier toilette, c’est pathétique. Mais ça, je le pense toujours. Donc j’étais pas particulièrement prude et même qu’on parlait (un tout petit peu) de sexe avec Rachel. Parler de sexe avec Rachel se limitait à : « moi, c’est gênant, j’ai une poutre au-dessus de
mon lit, le mec il risque de se cogner la tête, hihihi ! » Ça, c’est elle qui disait ça, genre le mec, quand il la saute, il fait des pompes. Ok, pour la levrette, c’était pas possible mais un bon petit missionnaire, ça passait sans problème. Mais bon, c’est vrai qu’à l’époque on n’a pas pensé à une solution bête : on n’est pas obligés de faire l’amour sur un lit. De l’autre, y avait Johanne qui a toujours eu le feu au cul qui déclare à la même Rachel (prude au possible) : « putain, j’ai la sève qui monte ! La nuit, quand je me réveille, je suis toute mouillée ! ». Pourquoi j’étais pas là, moi, lors de cette poignante déclaration, hein ? Ça devait être marrant à voir, quand même…
 
Je me souviens, en quatrième, j’avais une copine qui racontait qu’à 14 ans, elle avait perdu sa petite fleur (j’adore cette expression). Bon elle était un peu folle, genre à faire une fugue un lundi matin : au lieu d’aller au collège, elle a pris le train pour aller voir une copine à Lyon donc on a jamais su si c’était vrai ou pas. Mais à l’époque, une fille qui n’avait plus d’hymen n’était pas considérée comme une salope.
 
D’un autre côté, j’observe les changements dans la société, la fameuse pornoïsation et je comprends que les gamines soient paumées : être chaude ou ne pas l’être ? Coucher, c’est être salope ? Personnellement, je comprends aujourd’hui que la virginité est quelque chose de « précieux » qu’il ne faut pas offrir au premier venu. On n’aura qu’une seule première fois et si j’ai eu la chance de pas avoir mal du tout, ce fut quand même pas mal traumatisant. Certes, j’avais « omis » de dire à mon
partenaire (Pierre le pervers) que j’étais vierge mais visiter TOUTES les parties de mon anatomie lors du premier coït, il était pas obligé non plus…
 
Je crois qu’il est important aujourd’hui de parler à ces ados ou à ces jeunes femmes et de leur expliquer qu’avoir une sexualité, ce n’est pas sale. Si elles ne sont pas prêtes, personne ne les force à sauter le pas (enfin, si, des fois, leur copain mais elles ont tout à fait le droit de dire non sans lever le drapeau de la chasteté). Mais le sexe, c’est une belle chose, un partage et on peut pratiquer sans que cela nous corrompe.
 
Je crois que le jour où les femmes pourront choisir leur sexualité sans subir aucune pression sociale, le féminisme aura vraiment triomphé.