Mets ta crème, fillette

[Aujourd’hui, je lance une nouvelle rubrique « lettres à mon ancien moi », idée piquée à Vicky mais elle m’a dit que je pouvais]

Chère moi d’avant,

J’ai des tas de choses à te dire, je ne sais pas par où commencer. Tu sais, aujourd’hui, à 29 ans, je me rends compte que si j’avais fait quelques trucs un peu avant, ma vie serait peut-être un chouia mieux. Oh, ne panique pas, je ne suis pas une pauvre chose désespérée, loin s’en faut. Je te parlerai de plein de choses plus tard mais commençons par la base, veux-tu. Je vais te parler hygiène et soin du corps.


Donc  là, tu as 13 ou 14 ans et t’es un peu le vilain petit canard, cet âge particulièrement ingrat ou tout ne pousse pas en même temps sur ton visage et ton corps. Oui, rassure-toi, un ado, c’est moche, toi comme les autres mais on ne s’en rend compte qu’avec le recul. Non parce que là, tu kiffes…  Pardon, craques (le verbe kiffer n’existait pas en 93-94, selon mes souvenirs) sur des mecs à la voix muante et à la moustache de poils de cul poussant ridiculeusement sous leur nez.  Bientôt, tu vas adorer les voir arriver en classe avec un immense hansaplast leur barrant la joue se la jouer mâle viril « je me suis coupé en me rasant ». Je te jure, c’est excellent.



Bref, donc tu as 13 ou 14 ans et une connaissance limitée de ton corps puisqu’il te faudra attendre un cours de bio où le professeur nous expliquera qu’à la puberté, le corps change pour remarquer que, ah ben oui, tu as une taille et des hanches. Les seins, tu le savais déjà.  Mais justement parce que ton corps change, tu vas arrêter de le laisser en jachère comme tu le fais. Non, je ne parle pas épilation, à la limite, ça, on s’en fout pour le moment (il sera toujours temps de souffrir ma fille). Je te parle de soin du corps, vraiment.


Pose toi devant la glace et regarde. Tu les vois ces vilaines zébrures rouges qui apparaissent sur ton ventre, tes hanches et tes seins ? Alors c’est ce qu’on appelle communément des vergetures, c’est la peau qui se craquèle car trop tendue vu que tu passes du corps d’une enfant à celui d’une femme. No panic, c’est normal.  Et là, que se,passe-t-il ? Maman, toujours bien intentionnée (ta mère est toujours bien intentionnée, note ça dans ton crâne, merci), t’offre une crème anti vergetures. Et toi, évidemment, tu trouves ça trop chiant, trop contraignant et tu n’en mets pas. Sache que 15 ans plus tard, je t’en veux et beaucoup. D’abord, fillette, apprends que se tartiner de crèmes est l’une des joies quotidiennes de la femme. Si tu savais tout ce que tu allais te tartiner dans quelques années… Difficile de croire que toi et moi soyons la même personne.  Mais voilà, tu as raté ça et maintenant, moi, j’ai des cicatrices. Oh, elles ne se voient pas trop, ok, vu que je suis un peu blanche comme un cul. Oui apprends que vers 17 ans, tu vas perdre ta capacité à bronzer, c’est comme ça. Mais tu vas devenir plus bonnasse et tu auras des cheveux superbes, ça compense. D’ailleurs, tes cheveux, t’es mignonne mais tu les coiffes et tu les laves un peu plus régulièrement, merci.



Tant qu’on est à parler d’hygiène, tu as des boutons, ma fille. Normal, tu es ado et en plus, tu n’en a pas tant que ça. C’est vrai mais ce n’est pas une raison pour ne rien faire. Alors tu vas me prendre ce flacon d’eau précieuse et t’en servir. Oui, je sais, en 93-94, l’eau précieuse puait, tu la détestais. Je me souviens de cette odeur, ça sentait la vieille fille vierge (ma mère m’expliquait que les vieilles vierges, genre les nonnes, avaient une odeur particulière. On en apprend tous les jours). Bonne nouvelle, dans 15 ans, ça ne sentira plus rien et tu en mettras tous les jours avec bonheur. Oui, je t’ai dit que tu allais passer beaucoup de temps dans ta salle de bain plus tard même si là, ça te semble un peu improbable vu que tu te contentes du minimum vital (et tu te prives de bien de sources de plaisir, ma petiote, si tu savais. Rien de sexuel, là dedans, t’as 13 ans et tu ne conçois pas qu’un garçon puisse mettre son zizi dans toi et c’est très bien comme ça). Mais bon, je sais, ça pue mais on s’en fout. Déjà, tu as la chance de ne plus avoir d’appareil dentaire contrairement à tes camarades, une belle peau te fera le plus grand bien.



La prochaine fois, je t’apprendrai l’importance de faire du sport. Si ! Parce que figure toi que dans 15 ans, tu te découvriras sportive. Incroyable, non ?

Mélanine, t’es pas ma copine

Oyé, oyé ! En ce lundi 14 juillet ferié, je suppose que peu d’entre vous squattent leur écran et je dirais qu’ils ont bien raison. Moi-même, je suis sans doute ailleurs à l’heure qu’il est. Magie du net, quand on y pense, être là sans être là… Enfin, cet article léger de jour férié n’abordera pas cet aspect ésotérique de la blogosphère donc passons à l’essentiel : mon problème récurent avec le soleil.

C’est en juillet 79, sur le canapé de l’appart en bord de mer de la famille Bartoldi que je fus conçue. Je sais, c’est bizarre de savoir où on a été, à priori, conçu, surtout quand on vient de passer une semaine à poser ses fesses sur ledit canapé. Bref, au moment où la fusion entre le spermatozoïde et l’ovule s’est faite (selon une intervention divine bien sûr), le partage des gênes a eu lieu. Ca aurait pu donner à peu près ça :

« Bon alors, couleur des yeux, on a quoi ?

– Beaucoup de bleu, un peu de vert chez la mamie maternelle.

– Bon, on reste au bleu. Cheveux ?

– Châtain clair limite blond ou châtain clair plus foncé.

– Bon, on fait du châtain clair tout court, mettez une mèche blonde, tiens. Couleur de peau ?

– On a du blanc, peau très blanche du père ou peau moins blanche de la mère.

– Bof, on a déjà mis plein de couleur, on va en rester là, moi, j’en ai marre. »

Et voilà ! Depuis 28 ans, j’ai la mélanine flemmarde. Pourtant, j’ai un père catalan, une mère à moitié bretonne, j’ai une relation passionnelle avec l’eau mais non, ma peau déteste le soleil. Petite pourtant, je bronzais… Après être passée par l’étape coup de soleil qui fait mal bien sûr, mais quand même. En grandissant, ça vire au n’importe quoi. D’ailleurs, je n’avais pas réellement bronzée depuis 2004 à peu près. L’an dernier, en vacances de travailleuse (celles où j’ai légitimement le droit de ne rien faire), j’ai essayé de bronzer, je
m’étalais au soleil pour lire mais au bout de 3 jours, non seulement j’avais aucune trace du maillot (alors que je bronzais avec) mais en plus, j’avais une allergie au soleil avec de jolis plaques grattantes dans le dos.

Cette année, j’ai un bronzage qui ne ressemble à rien : blanc de blanc par endroits, rouge écarlate à d’autres avec option « je peux pas dormir dans certaines positions parce que ça fait très mal ». C’est pas comme si je me protégeais pas, en plus, mains indice 30, c’est pas encore suffisant, apparemment.  Je suis un peu déçue, quand même, moi qui me voyais déjà revenir sur Paris la mine splendide, avec cette douce couleur de caramel blond qui était la mienne quand j’étais enfant. Raté.

J’espère désormais qu’il pleuvra tout l’été comme ça, je serai pas la seule à être blanche. Je sais, c’est égoïste mais vous n’avez qu’à expliquer ça à mes foutus gênes.