Et si on gardait la tête froide, pour voir

Il y a un truc que je déteste, c’est la surmédiatisation et quand on me parle trop d’un sujet, je finis par être énervée. Exemple type du moment : Obama. Oh mon Dieu, le Messie est noir, alleluïa, paix sur la Terre, il va tout régler en un claquement de doigts. Chantons en cœur avec Beyonce et Aretha Franklin avec la même allégresse que les Noirs dans les champs de coton. Copyright Jean-Claude Narcy pour la fin de ma phrase précédente, il rivalise de crétinisme avec Pernault…



A la base, je suis pro O, dans la mesure du raisonnable. Non parce qu’il est Noir, je ne suis pas aussi superficielle, mais parce qu’après 8 ans de Bushisme, on ne peut qu’espérer un mieux et c’était pas avec le ticket McCain-Palin qu’on allait s’en sortir. Quoi que ce serait drôle que Sarah Palin s’exprime un peu plus, on l’entend plus depuis les élections, on s’ennuie un peu. Heureusement que notre humoriste préférée, Ségolène, est là pour faire de la bonne vanne. Donc, Obama a toute ma sympathie et une part de ma confiance pour le moment même si je reste désespérément aussi cynique et blasée en ce qui concerne la politique. De toute façon, je suis comme Martine Aubry, je ne crois pas en l’homme providentiel. Même s’il est Noir.


Quand je regarde le best of de l’investiture, outre la connerie profonde de Narcy et la sensibilité de la Miss France au nom de saucisse, je commence à être lassée et limite effrayée par cet espèce de fanatisme politique autour d’Obama. Déjà, le côté « on n’interroge que les Afro Américains pour nos reportages télé », ça commence à faire. Obama est le Président de tous les Américains, ça englobe les Noirs mais aussi les Asiatiques, les Blancs, Arabes et tout ce que vous voulez. Si ça avait été Hillary à sa place, on n’aurait interrogé que des femmes ? On aurait parlé que de son sexe ? Non alors par pitié, passons au dessus pour commencer. Mais surtout, ce qui est inquiétant, c’est le pouvoir que donne cette ferveur. Et là, remercions le Ciel ou qui vous voulez qu’Obama ait l’air tout à fait sain, équilibré et doté d’un sang froid à toute épreuve. Parce qu’un tel délire populaire, ça ouvre les portes à beaucoup de choses et dans de mauvaises mains, ça peut amener à des choses dramatiques. Non, je ne ferai pas de point Godwin. Mais imaginons trente secondes ce qu’il se serait passé si c’était Obama qui avait déclenché la guerre en Irak y a quelques années, par exemple. Avec le crédit populaire qu’il a, aurait-on vraiment manifesté aussi fortement contre cette guerre (qui a quand même eu lieu) ? Et comme il est Noir, faut pas le critiquer sinon, c’est du racisme. D’ailleurs, je sens bien que je vais finir par me le prendre en pleine tête, c’est suspect que je ne partage pas l’idolâtrie mondiale.


Enfin, ce qui me fait le plus rire, c’est le paradoxe français. Depuis maintenant presque deux ans, on n’arrête pas de vomir sur le côté bling bling de Sarko avec son concert mégalo à la Concorde suite à son élection, et sa nuit au Fouquets, et ses séjours en yacht et sa grosse montre, ses raybans et sa femme. Je suis la première à être gonflée par tout ça, d’ailleurs. Mais par contre, quand Obama fait un super concert pour son investiture avec pléthore d’artistes (et même pas que des Noirs, Obama va apparemment au delà de la couleur de la peau, lui), va à des dizaines de soirées réunissant le gratin people avec un costard somptueux, sans parler de la robe de son épouse. Mais comme c’est Obamaaaaaaaaa, c’est génial, c’est grandiose, comme tout ce qu’il fait. Mais j’avoue que je suis très déçue de pas l’avoir vu marcher sur l’eau, il craint un peu votre Messie.


Le problème, ce n’est pas Obama en temps que personne, c’est le piédestal de 40 mètres de long qu’on lui a bâti qui m’inquiète. Parce que selon le mec qu’on placera dessus, le monde tournera plus ou moins bien. Ou mal. Mais non, toujours pas de point Godwin. Et je vais vous dire, au fond, je plains très profondément ce mec car des espoirs si irréalistes sur ses seules épaules, c’est beaucoup trop. 4 ans pour faire la paix dans le monde, régler définitivement le réchauffement de la planète, se débarrasser de la crise, faire disparaître tout le racisme du monde car les Etats-Unis sont un pays merveilleux et tellement modèle. Tiens, c’est marrant, y a encore 6 mois, il fallait les détester plus que tout. Juste pour info, les crimes raciaux ont augmenté depuis l’élection d’Obama. On est loin du pays merveilleux du melting pot… Bref, il faudrait un peu revenir sur Terre, arrêter de comparer cette élection à n’importe quoi (y a quand même une nana qui a comparé ça à la chute du mur de Berlin, mais au secours !) et prendre Obama pour ce qu’il est : un homme, un politicien entouré d’une équipe, qui a une pile de dossiers bien merdiques à régler. Et surtout, Obama, je vous souhaite bon courage pour faire enfin comprendre aux gens que derrière votre peau noire, il y a sans doute autre chose.

Et hop, un petit lien vers un article qui résume de façon lapidaire le fond de ma pensée.

La balade de la provinciale bouseuse

Paris. 2 ans que j’y vis. Ca fait un bail, certes mais il n’en reste pas moins que quoi qu’il arrive, je serai toujours née en province, dans cet ailleurs où aussi incroyable
que cela puisse pareille, on a l’électricité et l’eau chaude. On a même l’ADSL. Dingue non ?

province

Globalement, j’aime Paris, aucun souci. Je me balade dans la rue telle une princesse moderne (au moins). Sauf que quoi que je fasse, quoi je dise, je serais toujours née en
province et pour certains, c’est carrément un défaut. Bon, avant de continuer, je précise que, non, tous les Parisiens ne sont pas comme ça donc attendez un peu avant de me lapider. Il y a quelques temps, on prenait un verre du côté de Beaubourg avec Jane et elle m’expliquait que parfois, elle avait le sentiment d’être une parvenue. Mmmm, pas mieux. Dans ma province natale, je suis la fille du docteur, celui qu’on dit qu’il est chez les francs maçons (ça me fait toujours autant rire ça). A Paris, je suis une merde qui vit en banlieue et n’a même pas des fringues de marque. Non, H&M ou Promod, ça compte pas comme des marques. J’ai même pas un sac Vuitton ! Non mais cette lose, quoi !

Bon, je caricature, of course, mais j’essaie d’illustrer cette élite parisienne à laquelle on ne peut pas appartenir si on est provinciaux parce que la province, rien que le mot pue la bouse de vache. Y en a même qui disent province en faisant unes espèce de grimace de dégoût. Pourtant, des Parisiens de Paris (sans parler de Paris intra muros), c’est quand même pas si courant que ça.

Parfois, je suis franchement agacée par ce rejet. Petite, quand je partais en vacances, les autres enfants se moquaient des fois de mon accent. Maintenant, ça me rend sympa
(même si je le perds, enfer et damnation) sauf auprès de certaines personnes. Ben, oui, moi, à 14 ans, je sortais pas dans les boîtes hyper VIP parisiennes. Déjà, je ne vivais pas sur Paris à ce moment là et de toute façon, je pense pas que ma mère m’aurait laissé sortir si jeune en boîte. Ouais, en province, on est pas toujours très cools ! Même qu’on est alcooliques, arriérés, démodés, incultes et qu’on roule tous en voiture tuning avec des chemises à carreaux, des bretelles et des bérets.

Faut dire que les médias n’aident pas à faire circuler une image cool de la province. Par exemple, prenons notre ami Jean-Pierre Pernault. Ben, forcément, si on se limite à
son journal, faut pas s’étonner de passer pour des bouseux. Y a 3 ans, j’ai vu un reportage sur un marché à côté de ma ville natale, bonjour les clichés : balances à poids parce que
l’électronique, ça pue, bérets et accents du terroir à gogo, bâtisses en vieilles pierres… Ah, merde, ils ont raté leur coup, si on regarde bien, on voit un poteau électrique. Pourtant, il y a des grandes villes autre que Paris genre Lyon, Lille, Marseille, Strasbourg… Ou Toulouse. Oui, la ville où j’ai vécu 7 ans, que même y a un métro ! Je me souviens, en 99, j’étais venue sur Paris avec Rachel, d’origine parisienne, j’avais trop l’impression d’être la débile de service « fais attention à ton sac, on va te le voler ! Non mais le métro aux heures de pointe, tu sais pas ce que c’est, tu te rends pas compte ! Aaaaaaaaaah non, c’est pas vrai, j’ai pas pris l’accent du sud, c’est trop horrible ! ». Bon, forcément, tu me connais lecteur,
moi et mon caractère patient : « Mais arrête de me prendre pour une teu-bê, je suis déjà venue sur Paris et les heures de pointe, je connais ! ». Non parce qu’à Toulouse, à la
fac, quand on sort à 18h, faut prendre le métro en sens inverse et remonter deux stations plus haut pour espérer pouvoir rentrer dans la rame avant 19h, qu’on est pliés en deux, que si on pouvait entasser les gens vers le haut, on le ferait. Non mais vous pensez vraiment avoir le monopole de la foule ? Et puis je me suis jamais fait piquer mon sac parce que même si je m’habille pas chez Prada, Gucci ou D&G, ben, c’est pas écrit sur ma gueule que je suis provinciale. Et d’ailleurs, je dirais même qu’être provinciale, c’est un atout. On est pas sclérosé culturellement, on sait qu’il existe une vie au delà des lignes de métro et que la vie culturelle en province est tout aussi intéressante, voire même plus. Moi, je viens du pays de Nougaro et de Zebda et j’emmerde les parisiano-centrés. Oui, j’ai pas fait des écoles parisiennes, je n’ai pas forcément mes entrées dans le beau monde (et encore, pour une provinciale, je me démerde pas si mal) et alors ? Moi, je ne m’arrête pas à une petite vision étriquée des choses. Moi, je ne me fie pas aux sacs et chaussures des gens (bon, ok, je les regarde même pas). Mes parents n’ont pas eu la bonne idée de me faire naître à Paris (voire à l’hôpital américain de Neuilly), est-ce que ça fait de moi une mauvaise personne ? Une personne méprisable ?

Bref, le prochain qui me dit « han, tu viens de province ? » en plissant le nez, je lui fais livrer une bouse de vache par la Poste. La province, y a que ça de vrai !