Racolons un peu, parlons cul !

Article que j’aurais dû écrire cet été comme des milliards d’autres articles mais la vie fait que je ne l’écris que maintenant.

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Un matin d’été comme un autre, je chemine mollement vers mon boulot, passant devant le kiosque à journaux. Distraitement, je mate les titres : du cul, du cul et encore du cul. Je lève un peu les yeux au ciel : oh les mecs, vous vous êtes foulé sur ce coup là, que d’originalité ! Parler de cul en été, c’est si… si… si je vais pas acheter ça merci. Parce que j’aime pas trop trop quand le subtexte “on va réinventer l’eau chaude pour t’extorquer du fric” est à ce point visible.

Je ne connais même pas ce magazine :/
Je ne connais même pas ce magazine

Comprenez-moi : je trouve sain que nous parlions de sexe. On construit tellement de tabous autour de ça alors que ce n’est rien que de très naturel qu’il faut en parler pour a) permettre à chacun de vivre sa sexualité comme il l’entend b) entre adultes consentants et c) avec les bonnes protections. Oui, on peut baiser autant qu’on veut mais on n’oublie pas le petit capuchon, on ne le répétera jamais assez. Certains ont besoin de se rassurer, savoir que leurs tendances ne sont ni anormales ni perverses. Jusque là, oui, je trouve bien et même sain de parler sexe.

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Le problème, c’est que là, on ne parle pas de sexe mais de baise un peu trash en mode “on est anticonformistes, fuck la morale !” et c’est là que je commence à tiquer. C’est super de parler échangisme, sodomie, shibari ou gang bang mais, outre le fait que ça n’apporte pas grand chose aux gens vu qu’on reste souvent dans le domaine de l’anecdote (on suit généralement les aventures d’Aurélie et Sofiane en boîte échangiste au Cap d’Agde ou les doutes amoureux de Virginie qui se questionne sur une nouvelle pratique sexuelle, ou encore Steeve qui va venir se déclarer aromantique ou skoliosexuel ou autre terme un peu compliqué histoire de se coller une étiquette supplémentaire), ça finit par singulariser des pratiques qui ne le sont pas tant que ça et les rendre subversives. Donc potentiellement taboues.

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Prenons un exemple non sexuel pour le coup mais qui illustre un peu ce que je veux dire : le naturisme. A la base, le naturisme est une démarche plus écologique, une volonté de vivre nu dans un esprit de communion avec l’environnement et le respect d’autrui. Une démarche plutôt positive. Mais voilà, là où je vois une façon intéressante de vivre en communion, les médias, ils voient quoi ? CUL !!! CHATTE !!! NICHONS !!! BIIIIIIIIIITE ! Et Cap d’Agde, tiens. Ce qui peut donner une image sulfureuse du naturisme alors qu’à la base, c’est tout sauf sulfureux. “Tu vas en village naturiste, toi ? AH OUAIS OK, je vois !” Clin d’oeil et coup de coude bien lourd en prime. Non, tu ne vois pas, non…

naturisme

Et c’est là tout le problème : sous prétexte de brasser toutes les sexualités, on finit par “extrémiser” des pratiques qui n’en sont pas. Parce que chacun son curseur en fait. Si pour certain-e-s, la fellation, c’est le must, d’autres s’ennuient dans la monogamie, sont à la recherche d’expériences, cherchent leurs limites… Aucun n’a tort ou raison. Sauf dans les médias qui posent une norme (qu’est-ce qu’un bon coup, qu’est-ce que le bon sexe) et posent autour les “hors normes”, ceux qui ne sont pas juste hétéros, bi ou homos, ceux qui utilisent d’ailleurs cette sexualité “hors normes” pour s’inventer une cause, un combat, un besoin de reconnaissance, un droit d’exister que la majorité leur accorde déjà. Ah bah alors, du coup, explorer sa sexualité, sortir du schéma, c’est mal ? C’est tabou ?

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Je déteste quand les médias parlent de cul parce qu’au lieu d’ouvrir nos écoutilles, ils classent les gens à l’extrême, rétrécissant la définition d’une sexualité « normale » pour faire de tout le reste quelque chose d’extrême, de subversif… Et donc de honteux ? Quand je vois la réaction de certaines personnes de mon entourage (lointain) sur le shibari (mot que je dois leur expliquer) et le regard qu’ils m’adressent pour quelque chose qui relève tellement du jeu érotique et en aucun cas d’une perversité (au sens négatif du terme), je me dis que plus on parle de cul, moins on se libère du regard des autres.

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(c) Ademius 1

Et ça, bordel, ça m’énerve.

(Et je ne vous parlerai même pas de cette tendance de nous sortir des « modes » en matière de sexe parce que je trouve ça encore plus ridicule)

Courrier des cœurs : réponse à Martin

Cette semaine, Martin nous a posé la question suivante : « Eh bien voici mon problème : j’ai découvert dans l’ordinateur de ma copine des PDF d’histoires à l’eau de rose. Du coup, intrigué, j’ai fouillé un peu plus (je sais, c’est mal), et j’ai même trouvé des DivX de films d’amour dans un dossier caché de son ordinateur portable… Dans l’historique de son navigateur, j’ai même vu qu’elle dévorait (oui, je crois que c’est le terme, au vu de la quantité de pages consultées) des forums Internet sur le couple et l’amour, en particulier les témoignages d’amour d’autres gens, particulièrement intimes et détaillées. Elle consulte même parfois des blogs sur le mariage avec des photos de gens qui s’embrassent lors des cérémonies civiles et religieuses. Bref, je me sens tout retourné, pour ainsi dire trahi.

Je pensais ma copine fidèle et heureuse dans notre couple, et je me rends compte que notre amour ne lui suffit plus. Pourquoi a-t-elle besoin de lire toutes ces histoires d’amour des autres ? Qu’ai-je fait de mal pour qu’elle aille chercher son bonheur ailleurs ?  »

La cellule Love and sex des vingtenaires s’est réunie pour répondre à cette dramatique question.

Jane : Votre histoire ne lui suffit plus? Moi je dirais au contraire qu’elle aimerait beaucoup passer à la vitesse supérieure, et vivre son grand roman d’amour perso en direct live. Tu as déjà pensé lui déclarer ta flamme lors d’un coucher de soleil, à genou dans le sable avec des dauphins qui barbotent joyeusement à quelques mètres du rivage? Si la réponse est non, tu peux également apprendre l’équitation et investir dans une tenue de prince charmant qui viendra l’enlever sur son cheval blanc. Bon, j’arrête là, tu dois avoir compris le principe, elle veut du romantisme, de l’amour avec des pétales de rose et des paillettes, une robe blanche et des angelots… Ok, reste à savoir si c’est bien avec toi. Surtout si tu trouves que les meilleures soirées passées ensemble sont celles où elle regarde le foot à tes côtés. Mais la trahison, en fait, je ne vois pas bien où elle se situe. Et si ça se trouve c’est juste une grande romantique qui craint que tu te foutes de ses goûts (de chiotte, certes, mais quand même) à la découverte de ses films fétiches et de ses lectures émotionnantes. Ou alors c’est elle qui a posé la question sur le porno la semaine dernière et elle contre-attaque à sa manière. Je découvre d’ailleurs que je suis une vraie fille à l’intérieur de moi-même, autant j’ai séché sur la question de la semaine dernière, autant le romantisme, les clairs de lune et les grandes envolées lyriques des amants en verve, je maîtrise. J’ai peur.
Bon courage à toi.

Tatiana : offre lui un arlequin pour son anniv. Dis c’est toi le mec de la miss qui a écrit la dernière fois et qui ne comprennait pas pourquoi il avait des films X sur son ordinateur ?

Lucas : Bon alors bien sûr je suis écroulé de rire ! Merci à toi honorable inconnu !! En plus tu as chiadé ton mail pour que ce soit identique : t’as repris la même structure que la question de la semaine dernière ! La classe ! Merci beaucoup pour cet humour ! En tout cas, perso, j’étais écroulé  ! Que celà ne donne pas des idées aux autres lecteurs épris d’un humour délicat ! On est des gens sérieux à la Cellule Love and Sex !

Summer : Alors comme la semaine dernière j’essaierai de répondre avec le même sérieux!
Pour d’obscures raisons les fifilles aiment à regarder des mélos sans nom, et nourrisent leur imaginaire sous couvert de romantisme par ce biais. Il n’y a pas lieu de s’inquiéter sauf si:
-Le film d’amour inclut mariage princier: de toute évidence tu n’as rien d’un prince alors autant épargner quelques désagréments futurs et déconvenues qu’elle te reprochera un jour ou l’autre.
-le film inclut un meilleur ami secrètement amoureux de l’héroïne ou de l’ héros: si héroïne elle risque fort de te lâcher pour un homme qui la comprend et nourrit les mêmes passions qu’elle à savoir de jolies chaussures et de belles robes empires et qui en plus la connait par cœur puisque son meilleur ami. Si le meilleur ami tombe amoureux du héros  ( beaucoup plus fréquent), je ne dirais pas que tu dois t’inquiéter mais sache qu’à un moment donné une question sacrément épineuse se posera.
-le film se termine par un drame ( meurtre, maladie…): dans ce cas, court loin le plus loin possible il est évident que de telles atrocités ne peuvent être regardées que par des sérials killeuses en puissance.

Diane : Mmmm….mon sixième sens de l’humour me dit qu’il y aurait peut-être comme une légère ironie dans cette question….voire même qu’un petit malin se serait amusé à pasticher la question de la semaine dernière…. Enfin, moi j’dis ça hein…

Enzo : Comme Lucas, je ne peux que voir la symétrie avec la question de la semaine dernière, mais c’est très bien vu (j’en serais presque jaloux de pas y avoir pensé) !
Malheureusement, il n’y avait pas eu beaucoup de réponses la dernière fois, difficile de voir si les gens font deux poids deux mesures ! Peut-être que Jane aurait conseillée la semaine dernière « je dirais […] qu'[il] aimerait beaucoup passer à la vitesse supérieure, et vivre son [gang bang] perso en direct live. » ^_^ Je ne sais que trop répondre à ta question cher lecteur, si ce n’est qu’en cas de problèmes psychologiques pré-existants, un visionnage intensif de ce genre de films peut provoquer une distorsion de la perception de la réalité ! (mais en même temps, avec des problèmes psychologiques, même le visionnage de Dora l’exploratrice peut avoir des conséquences funestes). Avec la réponse de Summer, je m’inquiète, ma chérie aime un film où il est question de meilleur ami lors d’un mariage (intitulé originalement « Le mariage de mon meilleur ami ») !

Jane : Moi la semaine dernière tout ce que j’avais à dire c’est « bouh c’est sale! » alors j’ai rien dit (psychorigide coincée du derrière, et j’assume^) Là tu me parles de prince charmant et de cheval blanc, je maîtrise!

Nina : Depuis notre plus tendre enfance, nous, les femmes, sommes nourries aux contes de fées et autres histoires d’amour et ça ne s’améliore pas en grandissant. Même quand on est en couple, on a du mal à s’en passer, ça nous démange. On a besoin de notre dose de baisers sous la pluie, d’amour devant une cheminée, d’histoire impossible qui va au delà des obstacles… Une fois qu’on est tombé dedans, c’est mort. La seule solution, c’est soit de partager son addiction, soit écrire un roman d’amouuuuuuur. Ou tu la plaques et tu sors avec une aigrie.

Voilà, comme tu peux le voir, t’es pas forcément obligé de poser une question sérieuse à notre cellule, tu fais comme tu veux. La semaine prochaine, pas de courrier des cœurs puisque je suis en vacances donc déconnectée mais tu peux déjà poser ta question en comm, mail (nina.bartoldi’at’gmail.com) ou même en message sur mon facebook, je suis trop gentille.