Paye ta bonne action

Je m’étais déjà énervée une fois ici sur les hoax et surtout sur la propension des gens à diffuser n’importe quelle action sans la vérifier. Pourtant, ça ne prend que trente secondes.Il suffit de copier/coller le texte ou partie dans google, cliquer sur « chercher ». Par exemple, cette semaine, le hoax à la mode fut de trouver du sang pour un bébé B+. En premier résultat google, hoaxbuster. Merci, au revoir.





Alors déjà, un minimum de jugeotte ne fait pas de mal. Passer un appel désespéré pour trouver du sang B+ peut déjà alerter. Si on considère que 10% de la population sont B, c’est déjà plus que les AB (4%) mais surtout, un groupe sanguin B+ peut recevoir du sang B et O, de n’importe quel rhésus. Donc une telle recherche désespérée interpelle déjà un peu. Dans cette affaire, cette annonce a été passée y a quelques années par un hôpital italien et un petit rigolo s’est contenté de la traduire en français. Fin de l’histoire.



Mais ce qui m’amuse dans cette histoire, c’est le côté « en diffusant ce message, je fais une bonne action ». Alors pardon mais je vais rigoler un bon coup. Sur la masse de tous ces bons samaritains, combien peuvent donner leur sang ? Quelques uns quand même. Et qui aura l’idée de faire plus que de simplement faire suivre un message ? Qui ira effectivement donner son sang de toutes ces bonnes âmes qui cliquent plus vite que leur ombre ? Et je parle ici de don de sang qui est un cas assez particulier vu le risque de restriction (moi-même, je ne peux pas le donner en ce moment, toujours plus de deux partenaires durant ces 6 derniers mois) mais on peut élargir pas mal de choses. Combien sommes-nous à diffuser une vidéo sur le réchauffement climatique en disant « ohlala, ça fait peur » sans pour autant changer nos habitudes de vie (on peut tous faire l’effort sur au moins un truc) ? Combien sommes-nous à applaudir devant les initiatives altruistes sans pour autant mettre nous-mêmes la main à la pâte ? Il paraît même que des gens téléchargent les Enfoirés, c’est mal ! Surtout que comme disait un pote : « Non mais les Enfoirés, ils arrivent à chanter du Mylène Farmer encore plus faux que l’originale ». Heu, ouais…

 



Evidemment, on peut se demander où débute une bonne action. Par exemple, cette semaine, j’ai reçu une proposition pour écrire un article sur une crème pour les mains Body shop dont une partie du prix revient directement à une association luttant contre l’exploitation sexuelle des mineures. Sur le fond, pourquoi pas, on peut avoir les mains douces et aider des mineures victimes d’abus sexuels. Kiehl’s fait pareil mais pour racheter une part de son empreinte carbone. Sauf que quand on me demande d’écrire ce billet en insistant sur le côté « le produit de beauté qu’est trop bien et qui permet de faire une bonne action », je tique un chouia. Si le geste n’était que purement altruiste, pourquoi ne pas mettre un moyen de paiement genre paypal sur le site Internet pour permettre des donations directes. Ah oui, évidemment, donner purement sans rien avoir en retour, c’est 10 fois moins vendeur et rentable, il est fort probable que les sommes récoltées pour l’association seront plus élevées via l’achat d’un produit qu’en don direct. Mais tout de même, je sais pas, le marketing altruiste comme ça, ça ne me paraît jamais tout à fait gratuit. Mais c’est peut-être ça, le truc, peut-être qu’aucun acte n’est jamais gratuit comme disait Joey dans Friends.


En attendant, vous en pensez quoi, je l’écris ou pas l’article pour la crème main Body shop qui donne des sous à une association (non, je ne serai bien sûr pas rémunérée pour ça) ?

Discrimination, en lettres de sang

Il y a des fois, en lisant les news, je me demande où je vis. Sommes-nous bien en France, en 2009 ? En guise de cadeau de nouvelle année, la sémillante Roselyne Bachelot nous a gâté : non, les gays n’ont toujours pas le droit de donner leur sang. Heu… Au secours ?


Parfois, j’ai la sensation que nous sommes en pleine régression sociale. Pour donner son sang, il faut remplir des conditions drastiques au delà du raisonnable, parfois. Evidemment qu’il faut être prudents mais à partir du moment que les gens ont un comportement responsable, leur sang est aussi bon que n’importe qui. En tant qu’hétéro, je ne peux déjà pas donner mon sang car j’ai eu plus de deux partenaires sexuels ces 6 derniers mois. Même si j’ai mis des petits capuchons, ben non. Mais j’ai encore la possibilité de donner plus tard, quand je n’aurai plus qu’un partenaire sexuel stable. Parce que je suis hétérosexuelle donc je suis exempte de tout reproche.


A côté de ça, nous avons un homo. Peu importe qu’il ait un partenaire régulier et un comportement responsable. De toute façon, il est gay, il couche forcément avec la planète entière et sans capotes. Bravo l’ouverture d’esprit Mme Bachelot (tout comme vos conseillers). Figurez-vous que les comportements sexuels dangereux ne sont pas l’apanage des gays et d’ailleurs, si vous regardez les chiffres du SIDA, c’est surtout chez les hétéros qu’il s’étend. Faut dire que quand l’élite de notre société, les gens qui nous gouvernent et ont fait des milliards d’études continuent à véhiculer des clichés du genre homo = risque très élevé de séropositivité, faut pas s’étonner que les hétéros ne se sentent pas concernés. Alors que si, tout pareil. Hypothèse : demain, je couche avec un mec sans capote. Mettons qu’un an plus tard, je décide de faire un don de sang et que j’ai un seul partenaire sexuel depuis les 6 mois réglementaires : je pourrai donner mon sang, même si j’ai pas fait de test HIV pour vérifier que M. Sans capote ne m’a rien refilé.

J’avoue que j’ai un peu honte sur le coup, honte de vivre dans un pays où même le fait de donner son sang est régi par des discriminations d’un autre temps. Surtout que c’est pas comme si on avait du sang à ne plus savoir qu’en faire… Je ne suis pas sûre qu’un excès de prudence tel que celui ci soit tolérable, vraiment pas. D’autant que c’est assez inquiétant pour la suite : si les homos n’ont même pas le droit de donner leur sang, je n’imagine même pas la question du mariage ou de l’adoption. Parce que cette décision montre bien que l’étiquette de dépravation collée aux gays reste tenace. S’ils ne sont pas assez responsables pour se protéger afin de donner leur sang, imaginez un peu, élever un enfant, mais quelle idée !


Ça me débecte. On est quand même en 2009… Les homos ne sont pas des inconséquents, pas plus que les hétéros. Pensez-vous réellement, Mme Bachelot (et votre clique toujours) que si un gay a un comportement à risque, il va se pointer l’air de rien à un don de sang ? Pensez-vous réellement qu’aimer une personne du même sexe que vous vous rend forcément dépravé, inconséquent, sans la moindre petite capote ? Pensez-vous réellement qu’être homo signifie forcément infidélité et baise à tout va ? Je vous présenterais bien des couples gays stables et fidèles mais quelque part, j’aurais l’impression de devoir justifier mon discours alors qu’il tombe juste sous le sens.


Finalement, il y a au moins un avantage à cette décision surréaliste : ça montre que malgré les discours de tolérance bienveillante, on est très très loin du compte. Les homos restent victimes de discrimination, c’est un fait. Finalement, on aime critiquer les Etats-Unis (enfin, plus maintenant, ils ont un président noir alors c’est wonderland) mais quand je vois les droits qu’ont les homos dans certains Etats, je me dis qu’on ferait bien d’en prendre de la graine.

EDIT du 23 février : A lire : Le don du sang, une urgence mais pas pour les homos