On s’était dit rendez-vous dans 17 ans

Il y a quasi 17 ans, je me précipitais, la peur au ventre, sur un panneau pour déchiffrer des noms imprimés finement sur du papier merdique. Nom que je connais pas, nom que je connais pas, nom que je connais… AH LA, c’est ma classe, je dois être là, je me vois pas, je vais m’évanouir, aaah : Oh putain, Bartoldi, je suis là ! Je suis reçue ! Et mention bien en plus. Hiiiii !! Deux mois plus tard, je quittais ma moyenne ville de province pour débuter ma vie toulousaine, un des segments les plus heureux de ma vie (est-ce Toulouse, est-ce ma passion pour les études ? On sait pas). 7 ans plus tard, je m’envolais pour Paris, le coeur gros.
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Nous voici donc 10 ans après le début de ma vie parisienne et donc quasi 17 ans après les résultats de mon bac (vlan dans la gueule). Un soir, je traîne sur Facebook et je vois que d’anciens camarades de mon lycée s’agitent : et si on faisait un repas de retrouvailles. Le premier tombe un week-end où je suis à Paris donc je passe mon tour mais le 2e opus tombe pile pendant un week-end de trois jours, celui que j’avais choisi pour descendre voir la nouvelle fille d’Anne (oui, elle vient d’avoir un 2e enfant pour ceux qui ont lu sa prose il y a quasi 10 ans). Venir à un repas du lycée 17 ans après ? J’arrive !

Sauras-tu me retrouver sur cette photo ?
Sauras-tu me retrouver sur cette photo ?

Quelques jours avant, je me pensais un OVNI : quasi 35 ans, célibataire sans enfants mais avec un poste qui sonne bien et qui vit dans la capitaaaale (accent snob), je suis un peu Carrie Bradshaw (mais toujours sans les talons de 12).
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Et bien figurez-vous que pas du tout. Si je suis bien celle qui a bien réussi sa vie en partant à Paris et en faisant un boulot qui ramène des sous (une autre venait d’Italie sinon les autres sont toujours dans le département), niveau célibataires, ça pullulait. Il y avait la version célibataire avec enfants (soit mères célibataires qui avaient eu un rejeton assez jeunes soit divorcées), la version célibataire sans enfants et qui commençaient limite à virer désespérée. Et, croyez le ou non, les célibataires, c’étaient les beaux gosses et belles gosses de l’époque. Qui le sont toujours relativement sauf un que j’avais même pas reconnu (mais qui est marié). D’ailleurs, j’ai eu la chance de m’asseoir à côté de l’un des beaux gosses de mon adolescence (qui a perdu le cheveux qu’il avait sur la langue), une sorte de sosie de Marc Lavoine avec un menton plus joli. Un autre ex beau gosse de service qui avait un an de moins que nous et qui était dans le même resto que nous par hasard m’a aussi un peu collée physiquement pour regarder un de nos almanachs scolaires mais le mec, même s’il reste bien joli à regarder, c’est une épave totale, un poivrot au discours incohérent. Comme quoi, le physique, ça fait pas tout, on ne le dira jamais assez.
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Je ne pourrais pas vous raconter sa soirée dans le détail mais voici quelques éléments pour que vous puissiez revivre avec moi cette grande soirée de retrouvailles :
– Il y a des gens qui ne changent pas en 17 ans, dont moi apparemment, malgré mes lunettes et mes cheveux foncés (et mon 38 alors que j’ai oscillé entre le 40 et le 44 durant mon adolescence, je tenais à le souligner). Et il y a donc des gens avec qui tu devises naturellement alors que tu ne les as pas vus depuis au moins 10 ans…
– Il y en a d’autres, par contre, qui ont pris un petit coup et que tu n’aurais pas reconnu de prime abord dans la rue comme cette fille qui était un peu « miss aérobic » dans ma prime jeunesse et qui ressemblent désormais à Véronique Genest qui aurait volé le cul de Nicki Minaj. A l’inverse, d’autres ont perdu du poids comme ce mec un peu bouboule ayant acquis une silhouette normale durant ces 17 ans ou cette fille surexcitée et un peu alcoolique qui est passée d’un petit 38- grand 36 à un 34 à vue de nez.
– Le dealer de service, celui qui vendait son shit au « fumoir » de mon lycée était là. Il bosse dans un collège (agent d’entretien). Le Facepalm fut total.
– Sans que je comprenne bien le pourquoi du comment, beaucoup sont partis dans le sanitaire et social, on avait une palanquée d’infirmiers et infirmières, assistantes sociales, éducatrices… Sachant qu’on était tous en majorité en L et ES, je m’explique pas bien ce virage.
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Et c’est ce point qui m’a un peu étonnée, en fait. Je viens d’un lycée privé où nous étions tous destinés à de grandes études vu que nous étions plus ou moins des fils ou filles d’eux et que ça coûtait quand même du blé de nous mettre là dedans. Sur les 23 présents (!), je crois que nous avons été 3 ou 4 à dépasser le niveau licence. En fait, c’est marrant de voir que le lycée peut amener à des carrières aussi diverses que variées.

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Dernier point, je me suis fait des copines. 2. La première, nous ne nous étions jamais parlé à l’époque car elle avait un an de plus que moi (la magie des amitiés circonstantielles). La seconde, c’était l’une de mes meilleures amies au collège qui m’a offert une de ces revanches de la vie dont je suis friande. En fait, en 6e et 5e, j’avais sympathisé avec cette fille, Annabelle, et sa super copine Anne-Marie. On était souvent toutes les 3 ensemble mais vers la fin 5e, j’ai senti que j’étais un peu de trop dans leur trio et comme je ne suis pas maso, j’avais fini par mettre les bouts pour me faire d’autres copines. J’avais été invitée à ce moment là à passer un mercredi après-midi et une nuit chez Annabelle avec ma soeur et celle-ci, connaissant mes déboires, avait demandé à Annabelle pourquoi elle ne voulait plus être ma copine, ce à quoi, elle avait répondu « c’est pas moi, c’est Anne-Marie ». Notre amitié en restait cependant là puisqu’en 4e, nous n’étions plus dans la même classe.
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Or Annabelle me proposant gentiment de me véhiculer, elle me raconta en rentrant qu’elle avait souffert de son amitié durant son adolescence avec Anne-Marie parce que « non mais personne ne l’aimait et elle me collait tout le temps et moi, j’osais rien dire car elle me faisait peur ». Après s’être promis de se revoir à mon prochain passage dans le coin, je souris : finalement, cette petite cicatrice d’adolescence (que j’avais certes oubliée) s’effaçait tranquillement.
pansements
Et finalement, je me rendais compte que je faisais partie des gens dont on se souvient. J’ai plutôt un souvenir agréable du lycée (un peu moins du collège), je ne me souviens pas avoir eu de période ingrate, d’avoir été rejetée. Sans faire partie de la caste des populaires, ceux qui nous refaisaient Beverly Hills tous les jours car bidule a plaqué machin pour sortir avec Chouette mais Machin va aller se consoler avec Truc, je faisais partie de cette espèce de ventre mou de lycéens qu’on apprécie, avec qui on discute parfois mais qui ne sera pas un souffre-douleur. Un jour, pour vous situer, je passais devant un banc où les garçons s’amusaient à noter les filles qui passaient (oui, à 17 ans, on est cons) et j’avais hérité d’un 13. Cette note résume bien l’image que j’avais un lycée, une « assez bien ». Et pourtant, même si je n’étais pas leader, même si je n’en ai pas vus certains depuis 17 ans, beaucoup me remettaient encore.

Juste pour le plaisir...
Juste pour le plaisir…

Moralité de tout ça : elle est bien, ma vie.

En fait, j’étais peut-être pas si insignifiante

Aujourd’hui, j’avais en réserve un article bilan 2008 dépressif à souhait mais comme je vous ai promis de finir mon histoire de train lundi et que je ne l’ai pas fait hier pour cause de forte fièvre à tendance délirante, je bouleverse mon programme. Je mettrai mon article dépressif peut-être demain, quand personne ne viendra le lire.

Revenons donc dans le train à côté de l’ex gendarme ex contrôleur raciste et impoli qui considère que le fait que je lise ou écrive n’est pas une raison suffisante pour me lâcher les baskets. A un moment, il me propose d’aller avec lui au wagon restaurant, je lui réponds que j’ai une amie dans le train donc non. Et c’est vrai, dans le wagon suivant, il y avait Blanche, la copine de Yohann. A peine le relou est-il parti que Blanche arrive, je lui explique ma situation et lui dit que je souhaiterais manger plus tard. Manque de bol, elle s’est endormie et j’ai donc dû aller manger seule, autant de gagné.


En revenant du wagon restaurant, je croise un mec qui me dit vaguement quelque chose. Mmmm, soit. Je retourne à ma place et pendant un des multiples aller-retour pipi de mon voisin de train (mais quel boulet, quand j’y repense, surtout qu’à chaque fois, je devais prendre la panière de Kenya car « il ne pouvait pas passer »), le gars qui me dit vaguement quelque chose repasse et me fixe. Mais oui, je le reconnais ! C’était le beau gosse du lycée. Et là, il se penche vers moi : « hé mais on se connaît, non, tu étais au lycée de la prairie, non ? ». Oh mon dieu, le beau gosse du lycée m’a reconnue, moi… LE BEAU GOSSE DU LYCEE M’A RECONNUE ! IL faut savoir qu’au lycée, je me définirais comme globalement inexistante. J’étais pas populaire mais pas assez moche pour qu’on me remarque. En fait, avec le recul et les vielles photos, je me rends compte que j’étais choupinette comme une matrioshka mais avec un look sac à patate des moins flatteurs. J’avais parfaitement intégré le look over size dix ans avant que ça ne soit à la mode. Avec lui, une fille que j’avais pas reconnue sur le coup avec qui j’avais pourtant pas mal discuté dans ma prime jeunesse (alors que le beau gosse, non). « Aaah, Alice, mais bien sûr ! Mais oui, tu as été mannequin au Japon et puis y avait une histoire de resto et tu as joué dans Le groupe ! ». Curieusement, elle n’a pas été super ravie que je me souvienne de ça. Et dire que j’ai jamais vu l’épisode dans lequel elle jouait mais faut dire que la série est vraiment trop nase, un copier/coller d’Hélène et les garçons en plus cheap, imaginez le truc.

On se sépare en se promettant de se boire en verre, tous copains sur Facebook, youpi ! A la sortie du train, on se retrouve à nouveau et comme Alice veut aussi prendre un taxi, on décide d’attendre ensemble, le beau gosse du lycée nous proposant de nous aider à porter nos affaires. Oh mon Dieu, le beau gosse du lycée m’a proposé de me porter ma valise, hiiiiii ! Et là, paf, on tombe sur une 4e du lycée et c’est assez énorme : « Nina, oui, je te reconnais ! Vous deux, par contre… ». Mon Dieu, elle m’a reconnue, moi, et même pas le beau gosse du lycée. Ni la belle gosse du lycée puisque je rappelle qu’Alice a une courte carrière de mannequin.



Donc on s’est promis d’aller se boire un verre après les fêtes. Mais je me rends compte en grandissant que j’avais beau être insignifiante au lycée, énormément de gens se souviennent de moi, y compris ceux à qui je ne parlais pas. Ca fait un peu peur, limite…

En attendant, je m’en fous, le beau gosse du lycée m’a reconnue, je me sens un peu la star de mon bahut… 10 ans après l’avoir quitté.