Cette salope de Blanche Neige

 Par Lucas

Tu te rappelles lectrice, tu te rappelles lecteur ?
Petite fille ou petit garçon avant l’ère de la Game Boy,
Quand le soir venu un membre de ta famille te racontait une histoire…
Et qu’il fallait te la répéter 15 fois par an…
Raconte-moi Cendrillooooooon…
Ou Blanche Neige.
Avec un nom pareil, était-elle vraiment aussi pure ?

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Mine de rien, Blanche Neige, c’est un peu l’école de la vie.
Le Prince Charmant c’est un peu le mari idéal qui arrive avec sa Jaguar et sa Breitling.
La Reine Mère c’est un peu la méchante patronne qui veut niquer le prolétariat des mineurs et  des femmes de ménage sans voir leurs qualités cachées (Blanche Neige, le livre de chevet d’Arlette Laguiller)
Mais je vais trop vite. Revenons à Bogossito.

Le Prince Charmant c’est le mec qui a fait l’école du Louvre ou un 3eme cycle de malade ou une école d’ingénieux (classée « X », c’est le top) ou une Business Cool à Joy in Josas et qui a trouvé un taff de winner et une raison, certes oppressante, mais trrrrès bien payée de se lever le matin.

C’est aussi un type qui a signé pour vivre plein d’aventures avec des tas de méchants ou avec les entreprises concurrentes de sa boite. Il va surmonter des taaaaas d’épreuves : doper les ventes d’un produit, zigouiller le vilain pas beau,  auditer une boite, tuer un dragon, lancer un nouveau produit, passer au dessus d’un précipice, améliorer les marges, sauver la gentille des griffes du méchant qui de toute façon comme tout méchant va crever à la fin, etc…

Seulement voila le CPB ou PCJ (charming prince beginner ou Junior) n’a pas le temps de trouver chausson de vair à son pied. Bah oui, il est tellement pris, qu’il risque bien de jamais le trouver le chausson en rentrant du taff, comme à l’accoutumée, après minuit. Du coup, le BPC il est sur Meetic mais ça les frères Grimm ils se sont bien gardés de le dire. Ils ont préféré nous faire croire que pour chopper des meufs, le BPC il faisait des promenades. Bah ouhai c’est la drague des boulevards tchip tchip tchip, tchip tchio deu houa. D’toute façon, même s’il  trouve la nana,  il ne va pas la garder longtemps. Eh ouhai, mon p’tit prince : les nanas faut être présentes pour elles. C’est elles les stars. Si t’es pas assez attentionné, pas assez à l’écoute, elles vont ailleurs chercher  meilleure chaussure à leur pied. Allez retourne donc voir Bianca…

Et tu sais quoi, Raoul (oui, Raoul le Prince Charmant, c’est trop glamour) tu peux chanter la chanson qu’on trouve à la fin du CD Emilie jolie, version de 1979. Attend je te donne le premier vers et je te fais une version New Wave, rien que pour toi,

Je ne suis qu’un prince charmant, un prince débutant,
Avec  ma carte bleue mon épée et mon Aston Martin fidèle canasson
Pour chopper une meuf qui ne pense qu’au pognon
Laquelle va exiger de se marier
Sous le régime de la communauté
Pour divorcer deux ans plus tard
Et me piquer la moitié de mes avoirs…

Quelle salope cette Blanche Neige…
Je comprends mieux pourquoi on a jamais eu de Blanche Neige II, le Retour.

Et justement, Blanche Neige, pendant que le BPC trottine,  elle fait quoi ?
Eh bah elle fait sa pretty woman ! En esperant trouver un mec blindé, c’est à dire en faisant un peu de ménage chez les riches propriétaires de mine de diamants (hé, pas conne Bianca…).
Elle virevolte entre les 7 péchés capitaux pour donner une image glamour de sa personne.  Elle veut être parfaite alors pour cela elle conchie Atchoum, Dormeur, Prof, Simplet, Grincheux, Timide et  Joyeux,

car Bianca Snow, elle renie le fait d’être
Versatile, Paresseux, Suffisant, Bête, Acariâtre, Lâche et trop Optimiste.

Enfin elle en donne surtout l’impression mais si on analyse les sous entendus certains esprits affutés vont nous dire qu’en fait c’était une grosse chaudasse…
Ils étaient forts ces Frères Grimm tout de même…

Et puis n’oubions pas que Bianca, elle va faire preuve d’humanité et d’audace en goutant la pomme empoisonnée c’est à dire aux fruits défendus. Comme quoi il faut toujours oser braver les interdits et se lancer : la chance sourit aux audacieux.

Et pendant ce temps là je ne vous parle pas de la Reine Mère !!
Celle-là même qui cherche à se convaincre qu’elle est biotifoule alors que c’est une vieille peau, moche et acariâtre, une femme  que son mari trompe surement avec les servantes qui passent.
Une vioque qui se fait câliner par son miroir, symbole même du gigolo.

Chuis blasé : on n’a pas assez étudié la Reine Mère dans une logique freudienne…

Et même si elle est self centered, égoïste en son miroir, sclérosée sur elle-même et complètement aigrie, c’est surtout une mal baisée complètement dèg de voir sa belle-fille chopper le premier beau gosse qui passe par là. Jane Austen, sors de cet artiiiiiicle !!
Et on oublie l’absence du père !!
C’est peut-être ça aussi qui a poussé Blanche à s’amouracher du premier beau gosse venu. Pas de père, donc pas d’Œdipe au pays de Bianca.

Voila, c’était plus une ébauche d’étude qu’une réelle philosophie.
Dans le cadre scolaire de ma bizness cool, j’avais un cours de Micro-Economie où le Partiel comptait 50% et l’autre moitié était une note donnée sur un dossier à rendre, sujet au choix.
J’avais choisi la « Microéconomie de la Chope », sport élémentaire à Sup de Co.

« Marie-Raoulette veut optimiser sa fonction de séduction et utilise du maquillage et de la course à pied pour en produire sur un marché saturé en offres concurrentielles… »

C’était une étude très serieuse. Le prof s’était pissé dessus… D’ailleurs, je me demande s’il ne serait pas intéressant de faire une étude sociologique, psychologique et politique des schtroumpfs. Je donne des idées aux étudiant(e)s en psycho qui nous lisent. Ne me remerciez pas, tout le plaisir est évidemment pour moi !

Tu m’écoutes ? Non j’t’audite…

Par Lucas

Sujet : Dans une étude argumentée et construite, vous analyserez l’annonce d’emploi  suivante reçue sur la boite mail de votre école de commerce…

 

Titre : Futurs diplômés, rejoignez CSP Plus Plus, l’un des leaders mondiaux du conseil.

 

Un début qui donne le ton : une accroche musclée grâce à un déséquilibre travaillé. Une incantation mise en apposition (« Futurs Diplômés« ) qui nous fait chuter vers l’inconnu en trébuchant sur la virgule. Heureusement, voila la proposition relative « rejoignez CSP Plus Plus » qui nous offre un parachute doré (36K€) et nous fait retomber sur nos pattes. CSP Plus Plus nous offre donc une proposition à forte valeur trouducutoire  ajoutée grâce à un pluriel sibyllin : « leaders mondiaux du conseil« . Il convient de dénoncer cette incohérence odieuse et cette malhonnêteté intellectuelle. Par définition, « le leader » est unique. Il  assurer un leadership donne une direction au travers d’une image
de chef.  En outre, l’incohérence totale saute immediatement aux yeux du passant honnête : comment un jeune diplômé fraichement émoulu de son école et qui n’a que deux trois expériences à son actif, comment donc ce jeune là peut-il être de bon conseil ? Parce qu’il est intelligent ? Parce qu’il a fait Sup de Co Reims et qu’il a donc un niveau intellectuel nécessairement supérieur
à un mec qui a fait Sup de Co Vesoul ?

Dès son introduction, notre interlocuteur se pose donc en faux et démontre à quel point son boulot est insignifiant. « Mais tu comprends l’audit ça fait joli sur un CV alors je pense que je vais postuler quand mê… »

Aujourd’hui, vous le savez, les technologies de l’information se placent au cœur des enjeux stratégiques de l’entreprise, en transformant leurs activités et en accélérant leur développement.

L’auteur commence son propos d’un « Aujourd’hui » introductif afin de nous rappeler qu’il est un homme du présent, de l’action, de l’efficacité. Il recherche notre confiance en flattant notre égo d’un « vous le savez » car si on a fait Reims c’est automatiquement qu’on a une culture économique de ouf gueudin et qu’on sait tout sur tout. Il évoque les sibyllines « technologies de l’information« , un fourre-tout facile qui nous parle mais sans idées précises. C’est là un phénomène recherché, un flou artistique. L’auteur continue son propos pour mieux nous rassurer avec la tendresse du cœur… et les questions « stratégiques« . La stratégie : que voila un sujet passionnant pour le futur cadre, homme de responsabilités. Ainsi remis sur un terrain de confiance, nous pouvons être flatté dans le sens du poil avec les promesses d’un quotidien aussi intense qu’haletant. Ce n’est pas pour rien que l’auteur choisit les mots « activité » et « développement » et surtout les verbes « accélérer » et « transformer« . Enfin de l’action, que diable !

 Les consultants sont donc devenus indispensables. Mais les compétences sont rares et les besoins aujourd’hui bien supérieurs aux ressources disponibles.

Le lien logique avec le paragraphe précédent (« sont donc devenus« ) est aussi sibyllin qu’évanescent. Avec cette phrase qui se veut modestement dithyrambique, l’auteur fait une belle figure de style : une raffarinade. En outre, il tente de déguiser son angoisse. Celle de ne pas réussir à trouver des troupes, des jeunes à envoyer la fleur au fusil et le tableur Excel à la main chez le client. Il évoque des compétences mais ne développe pas dessus. Il reste évasif pour mieux attirer le chaland. Il sait bien que le turn over en audit est très fort du fait de la vacuité du boulot. Saluons donc son effort consistant à rendre son taff attractif en créant un phénomène d’attente.

Les stages de fin d’études chez CSP Plus Plus ? Transformés à 80 % en CDI ! Pour vous former aux métiers du conseil et construire votre avenir, CSP Plus Plus vous propose des stages de fin d’études au cœur des grands projets de nos clients, au sein de nos équipes Conseil & Solutions. A la clé pour 80 % des 200 stagiaires recrutés cette année ? Un CDI !

Avec cette affirmation qui se veut paternaliste, enjouée et qui déguise une jubilation intérieure, le recruteur travaille en cohérence avec ces compagnons DRH d’autres boites. Il cherche à donner une légitimité au stage de fin d’études qui est un concept répugnant. Ce stage n’est en fait rien d’autre qu’une première expérience avec, pour le stagiaire, les mêmes impératifs de réussite, les mêmes pressions pour les rendus, la même expérience glanée. Tout ça pour un salaire ridiculement bas et encore t’as de la chance nous on les paye les stagiaires (ramené au nombre d’heures travaillées, on est en juste au dessus du SMIC malgache). Heureusement qu’on va apprendre plein de trucs et qu’on aura le label « j’ai fait de l’audit » pour compenser. Ouhai
heureusement)

Un Master à Paris Dauphine pour devenir un expert ERP !
Vous êtes attiré par le métier de consultant ERP mais souhaitez perfectionner votre formation ? CSP Plus Plus vous invite à vous inscrire à la prochaine promotion de son Master Consulting & Systemes d’infos à l’Université de Paris XV Odéon Plage : un cursus d’un an en apprentissage, qui vous garantit une formation ciblée et un emploi de consultant ERP à la sortie. Les inscriptions seront ouvertes en mars 2008.

Enfin un point positif dans cet amalgame de suffisance et de non dits scabreux : une formation pour affiner les enseignements de Sup de Co. Pour autant, le propos est ici sibyllin et maquillé à grand renfort d’un vocabulaire à la con (« expert », « consulting »,) et de points d’exclamation hypocrites : toi aussi deviens un expert de l’expertise !

Là encore, on ne le dit pas les choses explicitement…

Le consulting est un art : celui d’observer pour déduire, de regarder pour mieux faire évoluer, d’écouter pour mieux proposer, d’observer la réalité pour la sublimer…
Rendons grâce à cette démarche : c’est bien la seule chose à retenir de cette annonce.

Néanmoins…
Vous connaissez le proverbe « Qui veut la fin veut les moyens« …  

 

Le consulting c’est exactement le contraire et on pourrait en faire une devise pour cette activité. Etant donné qu’avoir un « objectif » c’est ne pas tomber dans la « médiocrité », je me décharge de toute responsabilité quand aux jeux de mots et aux sens qu’on pourrait donner aux mots « fin » et « moyen »…

Consulting : quand le moyen devient une fin…