C’est quoi un bon roman ?

Depuis quelques semaines (enfin une puis j’étais en vacances), je vous parle d’un roman horrible mais si on peut tous définir un mauvais roman (le truc qui nous tombe des mains, qu’on oublie sur un coin de la table de nuit en privilégiant une bonne partie de candy crush plutôt qu’une séance lecture). Du coup, un bon roman, c’est quoi ?

Lire avant de dormir

Je vais passer sur les qualités littéraires de l’oeuvre. Je ne suis pas éditrice et je considère le style comme du sel : ça rajoute du goût au plat mais si c’est dégueu à la base, ça ne sauvera pas le tout. L’appréciation est toute personnelle et nous ne sommes pas sensibles aux mêmes choses donc je vais vous parler de ce qui, moi, me fait dire que ce roman, là, il est vraiment au-dessus de tout

Lire allongé

Je ne le lâche pas

Ca paraît évident mais il va quand même falloir un peu nuancer le propos. Il y a des romans que je dévore parce que je suis totalement prise dans l’intrigue, chaque milliseconde de libre dans mon emploi du temps va être consacré à dévorer ce roman. Il m’arrivait, quand j’étais plus jeune et surtout plus célibataire, de passer des nuits blanches sur un roman et j’adorais ça. Aujourd’hui, j’ai un peu moins de temps pour la lecture, essentiellement parce que je bosse huit bonnes heures par jour et que j’essaie d’écrire un peu aussi mais j’adore ces romans dans lesquels je me réfugie avec plaisir, que je trimballe partout en espérant pouvoir voler cinq minutes à ma vie pour grignoter une page ou deux. Oui, un bon roman me rend boulimique… Mais parfois un roman moyen voire pas terrible aussi. Pour filer la métaphore culinaire, parfois, on a faim pour un bon boeuf bourguignon et des fois, on a la dalle et on s’avale des cacahuètes ou un kinder Maxi. C’est pas délicieux mais ça remplit. Et puis surtout, il m’arrive de dévorer un roman moyen voire pas terrible juste pour voir si j’avais raison. Je déteste ne pas finir un bouquin parce que j’ai besoin d’avoir la fin qui peut, parfois, sauver les meubles ou, au contraire, finir de clouer le cercueil. Le pire étant quand la fin ne me surprend pas, quand j’ai deviné qui était le coupable ou comment ça allait se terminer, démontant les rebondissements avant qu’ils n’arrivent. Parfois, je ne le fais pas exprès comme dans le dernier Camilla Läckberg, Le dompteur de lions, où j’avais deviné quasi tout mais sur le dernier plot twist, alors qu’il me restait encore quelques pages, je me disais “ah ben moi, j’aurais fait plus comme ça, ça aurait été un vrai retournement et… ah bah c’est ça en fait.” Idem pour Disparue de Lisa Gardner où j’ai cru avoir deviné, je me suis ensuite dit “ah je me suis peut-être trompée mais du coup, ça me donne une bonne idée… Ah ben si, j’avais raison en fait”. Donc le fait que je le dévore n’est pas un indice infaillible donc quoi d’autre ?

Qui est le coupable

L’envie d’écrire

Ca, c’est déjà un meilleur indice mais ce n’est pas non plus absolu. Quand je lis un roman (ou vois une fiction, ça marche aussi) qui me touche d’une façon ou d’une autre, ça me donne une violente envie d’écrire. Une histoire dans le même univers, m’en inspirer, faire ma propre version. Par exemple, en ce moment, je lis Dracula de Bram Stoker et je me rends compte que ça me stimule pour écrire. Pas un roman de vampire, c’est pas un sujet qui me branche, mais ce côté journaux intimes et lettres pour tisser un récit, oui, j’aime bien. Pareil pour la série the Handmaid’s tale qui m’inspire un peu sur le côté dystopique, quelques épisodes de Black Mirror… même quand une série me déçoit, genre Lost, j’ai envie de prendre le sujet pour en faire ma version.

Lost : le casting

L’obsession

Et c’est là, je crois, qu’on touche au sublime : la trace que me laisse un roman. Vous savez, quand vous lisez un roman génial et que vous êtes partagés entre la hâte de terminer pour connaître la fin et la tristesse de le laisser sortir de votre vie. Bien sûr, on peut relire mais il n’y aura pas le plaisir de la découverte et, pour ma part, je ne relis quasi jamais un roman, essentiellement parce qu’il y a beaucoup trop d’ouvrages à lire pour ne pas enchaîner. Je respecte ceux qui relisent, bien entendu, c’est pas un débat. Mais parfois, il y a un livre qui laisse son empreinte, je le finis et… j’ai un peu de mal à enchaîner directement. Besoin de digérer, de réfléchir un peu, d’imaginer comment j’écrirais une histoire qui ressemblerait à ça… Parfois, je n’ai pas conscience de suite que je suis marquée. C’est comme Fahrenheit 451, je l’avais trouvé bizarre quand je l’avais lue ado (parce que j’avais pas tous les outils intellectuels, je ne connaissais même pas le nom “dystopie”) mais il a laissé une énorme trace dans mon imaginaire, il est plus ou moins celui qui m’a inspiré une partie de Technopolis (ça et une partie de Batman forever, l’esthétique de Gotham telle que je m’en souvenais car j’ai un jour revu le film et c’était absolument laid).

Gotham cit version Schumacher

J’aime bien l’idée des statues géantes, voilà

Du coup, c’est peut-être ça, la réussite d’un roman : devenir suffisamment viscéral pour ne pas s’arrêter à la dernière page.

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Mémé dans les orties d’Aurélie Vallognes

Ceci n’est pas le roman épouvantable dont je parlais quelques jours plus tôt mais un roman, Mémé dans les orties, que… ben j’ai pas aimé. Alors qu’il a bien fonctionné, que les gens en parlent en bien, un peu comme Le mec de la tombe d’à côté, Les gens heureux lisent et boivent du café, Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire… Il semblerait que je n’aime pas ,les romans dont le titre est une phrase.

Mémé dans les orties d'Aurélie Valognes

Alors plutôt que de vous raconter l’histoire (celle d’un vieux ronchon, j’aime pas les histoires de vieux non plus manifestement), je vais essayer d’analyser un peu ce qui m’a déplu même si j’avoue que c’est absolument personnel. Mais dans ma démarche de “retiens ce que tu n’aimes pas pour ne pas reproduire », ça me paraît essentiel. Cependant, ce roman, il est pas désagréable en soi à lire, je l’ai trouvé peu utile mais je comprends qu’il puisse plaire, je ne le déconseille pas absolument. Et je reconnais à Aurélie Valognes une très jolie plume tout en admettant qu’il est possible que je sois partie avec un mauvais à priori à cause du vieux qui voulait pas fêter son anniversaire (mais ma maman n’a pas aimé non plus, on est trop pareilles sur nos lectures).

Mariage de vieux

J’identifie trois problèmes majeurs dans ce roman :

– Les personnages pour lesquels je n’ai aucune empathie. Aurélie Vallognes a voulu peindre des personnages hauts en couleur et pour le coup, c’est réussi. Mais j’ai globalement envie de les baffer notamment le héros principal, une petite fille extrêmement mal élevée (et écrite par une personne qui ne fréquente pas d’enfants, vous savez, ce genre d’enfants insupportable qui parlent comme des adultes, même qu’on leur dit toujours qu’ils sont très mûrs pour leur âge. Non, des enfants sont des enfants, si vous voulez qu’ils agissent en adultes miniatures, réécrivez votre personnage en adulte) et la “méchante” de l’histoire mais là, c’est plutôt une bonne nouvelle. Mais du coup, quoi qu’il arrive aux personnages, je m’en fous assez vu que je n’éprouve pas d’empathie pour eux.

Enfant surdoué

– Les rebondissements absolument forcés : ou comment certains personnages changent de personnalité en deux pages pour les besoins de l’intrigue.

Double face Batman

– La beaucoup trop happy end. Je n’ai rien contre les happy ends en soit même si j’aime moyen ça mais pourquoi pas. Sauf que là, c’était toooooo much genre vraiment vraiment trop. Ca m’a rappelé ma prof de français de 4e qui nous avait demandé de faire une rédaction “écrire la suite de Malataverne”, un roman que je n’ai pas du tout aimé à cette époque là (mais j’avais 13-14 ans et j’en ai un souvenir brumeux). Je m’étais ramassé un 9 parce que j’avais tué tout le monde, tranquille. Un autre élève avait également eu une note similaire car pour le coup, il avait ressuscité un mort peperlito en nous expliquant qu’on pouvait défoncer le crâne de quelqu’un sans que ce soit mortel parce que le truc blanc qui en sort, c’est peut-être de la lymphe… La prof ne nous avait pas mis la moyenne car on était tous les deux “trop”, trop blanc ou trop noir, ce qui rendait le récit peu crédible. Faudra que je vous fasse un article sur cette prof, d’ailleurs. Mais là, voilà, c’est trop guimauve, ça donne un peu envie de vomir.

Candy Bar

Après, l’avantage, c’est qu’il est court, je l’ai lu en quelques jours à peine, il sera parfait pour votre prochain trajet en train. Et je serais très intéressée par vos avis car j’ai dû manquer un truc (ou j’étais trop fatiguée, ça me semble un peu crédible en ce moment)

 

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Au fond de l’eau de Paula Hawkins, le bon polar de vacances

(Pour ceux qui ne partent que maintenant). Je suis une fille rarement à la page, je ne me précipite pas sur les nouveautés littéraires à quelques exceptions près mais pour une fois, j’ai lu un livre à sa sortie… parce que je l’ai piqué à ma maman lors de mon dernier passage en province. Donc Au fond de l’eau de Paula Hawkins, autrice de La Fille du train

Au fond de l'eau de Paula Hawkins

L’histoire : Jules reçoit un matin la visite de la police l’informant du décès par suicide de sa soeur, Nell, qu’elle ne fréquentait plus depuis des années. Jules va donc devoir partir à Beckford où vivait sa soeur, dans la maison que sa famille louait quand elles étaient enfants, pour s’occuper de sa nièce Lena, ado de 15 ans qu’elle n’a jamais vue. Alors que Jules doit faire face à des souvenirs enfouis très désagréables, les habitants de Beckford cachent tous soigneusement leurs secrets tandis que Nickie, vieille excentrique voyante, va essayer de partager ce qu’elle sait sur la mort de Nell mais aussi sur celles de ces femmes qui se sont suicidées au même endroit… Car Nell était fascinée par ce lieu et ses histoires et les nombreuses questions qu’elle posait lui attirait l’inimitié de certains. Suicide ou assassinat ?

La baie du naufrage, Grèce

Alors que retenir de ce roman ? Comme la fille du train, on est très loin des super héros omnipotents et omniscients, Jules, Lena et l’ensemble des personnages ont des failles et composent plus ou moins avec. L’histoire avance et l’on découvre des éléments au fur et à mesure, ça se lit facilement, je l’ai lu en à peine dix jours (ce qui est plutôt remarquable en temps normal vu que je ne lis guère un livre papier qu’une vingtaine de minutes par jour). Je le conseille pour la plage, un voyage en train car il se dévore l’air de rien, mais…

Lire à la plage

Je ne le trouve pas indispensable non plus. Déjà, un gros souci par rapport à la Fille du train : la multiplication des personnages et points de vue. Dans la Fille du Train, qui doit faire peu ou prou le même nombre de pages, on ne suivait le point de vue que de trois personnages : l’héroïne principale, la fille qu’elle observe du train et la nouvelle compagne de l’ex de la fille du train (dont j’ai oubliée le prénom et j’ai la flemme de chercher, je confesse) et on suit surtout la fameuse fille du train donc on s’attache quand même à elle, on s’inquiète pour elle, on ressent ce qu’elle ressent. Là, pas tellement. Déjà, au fond de l’eau fait référence à Nell, celle morte dès le début du roman mais surtout, la multiplication des points de vue rend le récit très confus surtout au départ où on suit des tas de gens dont on ne sait rien et tout le monde est ravi que Nell soit morte ou à peu près. Du coup, en suivant les pensées de gens qui se détestent tous entre eux ou à peu près, difficile d’avoir de l’empathie pour qui que ce soit.

Nous avons tous des secrets

Autre point qui me dérange un peu : on a tendance à deviner les rebondissements un peu à l’avance ce qui ne me dérange pas, en soi. Ca arrive qu’on devine l’assassin, ça fait chier mais on poursuit la lecture pour valider notre scénario. Mais là, pour nous perdre, Hawkins multiplie les tours de passe-passe qui n’ont in fine pas de réel intérêt dans le récit à auquel on n’apportera aucune explication, c’était juste un panneau “hé regardez là !” pour un peu complexifier le jeu… Et c’est un peu de la triche. Je trouve que l’écriture d’un polar est assez difficile, je ne m’y suis jamais vraiment risqué car je trouve justement difficile de mener l’histoire à bien sans que l’on devine trop tôt qui est le meurtrier. Je m’étais dit que, effectivement, la fausse piste pouvait être une façon facile de ménager le suspense. Sauf qu’à lire, ça peut être légèrement agaçant. On n’est pas des lapereaux !

Lapereau

Dernier point enfin : c’est bien de faire parler différents personnages pour tisser un récit, pourquoi pas, mais qui pense à ses secrets en mode « si jamais quelqu’un découvrait que… non, personne ne doit le savoir ». Quand je pense à mon secret, je le visualise, j’y mets malgré moi des formes et des mots, tu peux pas faire parler des gens qui ont une myriade de secrets et faire en sorte qu’ils n’y pensent pas des fois que… je sais pas, on lise dans leur esprit ? Dans ce cas là, ne les mets pas en scène… Dans La fille du train, sur les potentiels suspects, aucun ne racontait l’histoire, c’était plus simple… et ça faisait moins truc en toc pour perdre le lecteur, j’avoue.

Paranoia

Donc est-ce qu’on lit Au fond de l’eau ? Oui, sur la plage, en train ou en avion, c’est pas désagréable… mais pas immanquable.

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Trepalium : bienvenue dans la société Travail

Je vous avais promis de vous parler de Trepalium la semaine dernière et vu que nos députés sont en plein “débat” sur le projet loi Travail, le sujet tombe à pic.  Mesdames et messieurs, aujourd’hui, c’est dystopie à base d’ascenseur social complètement ravagé, de société où 20% des plus riches s’en sortent tandis que les 80% les plus pauvres et sans emploi sont relégués de l’autre côté du mur. Oui, les dystopies, c’est pas censé être gai.

Trepalium série Arte

Donc dans un futur peu riant, la société est divisée en deux : d’un côté, les ingénieurs fortunés d’Aquaville et de l’autre, les miséreux sans emploi. On pourrait retrouver le système méritocratique de 3% dont je parlais semaine dernière mais pas tellement : il y a une certaine reproduction sociale même si ceux qui vivent dans la ville peuvent dégringoler le lendemain s’ils perdent leur travail, par exemple. A l’inverse, la seule chance qu’ont les pauvres de rentrer dans la ville, c’est de gagner à la loterie, autant dire que c’est maigre. Du côté des pauvres, c’est donc la survie sans espoir jusqu’au jour où le gouvernement décide que 100 d’entre eux seront pris en emploi solidaire à Aquaville. On fait pour l’occasion connaissance avec Izia qui vit seule avec son fils dans la zone pauvre. Ils obtiennent tous les deux un emploi de solidaires, pas forcément de façon loyale pour Izia mais peu importe. On va donc les suivre du côté des riches.

Trepalium, Izia et Noah

Izia est balancée chez des nantis où, hasard extraordinaire, la mère est son formidable sosie. Cette dernière, Thaïs a une liaison avec un collègue qui se trouve être un membre de la résistance contre le système, il lui fait miroiter une mutation dans une autre ville où ils vivront à deux si elles volent des données à son beau-père, un gros entrepreneur d’Aquaville. Ca échoue et suite à quelques péripéties, Thaïs atterrit dans la zone, prisonnière et Izia doit donc la remplacer auprès du père, Ruben, car on est dans le paraître ici. En effet, l’ex boss de Ruben est mort (épuisement ou suicide, pas clair) et il convoite sa place donc il doit venir avec sa femme. C’est donc pour nous l’occasion de découvrir la vie des nantis à travers les yeux d’Izia.

Aquaville dans Trepalium

Ca donne envie…

Bref, on en revient à ce type de dystopie sociale avec les riches d’un côté, les pauvres de l’autre, avec la question du travail et de la réussite au centre, des questionnements sur la médiocratie. Ici, il est question de reproduction sociale, les “enfants de” ont beaucoup plus de chance de rester du bon côté du mur même si le déclassement reste une menace. Mais curieusement, même dans la bouche des pauvres, Aquaville n’est jamais l’eldorado, les pauvres ne rêvent que de mettre de l’argent de côté pour “partir dans le sud”. Concernant le travail en lui-même, les fonctions des uns et des autres restent assez opaques, on est là pour “faire des affaires”, on est ivres de performance alors que le travail de Thaïs/Izia consiste à retaper des lignes de couleurs, un boulot que pourrait assumer sans soucis mon neveu de 4 ans, quoi. Dans cette société de la performance, nulle place pour les sentiments : Thaïs est totalement détachée de sa fille mutique qu’elle considère déjà comme perdue alors que son père la pousse à étudier pour ne pas se retrouver dans la zone. Miroir intéressant avec Izia qui élève seule son enfant dans la zone. Ah et comme 99% des enfants (bon là, un ado mais pareil) dans les fictions, l’enfant d’Izia, t’as juste envie qu’il parte dans le sud au plus vite.

Izia ou Thaïs dans Trepalium

On a aussi des intrigues politiques mais surtout : on en pense quoi de Trepalium ? Alors j’ai trouvé l’initiative cool, c’est bien qu’une fiction de genre émerge un peu en France où l’on méprise tout ce qui est science fiction, anticipation et, donc, dystopie. Le style rétrofuturiste me parlait forcément et je trouvais amusant de reconnaître des endroits de Paris dans les différentes tribulations des personnages tout en m’étonnant que certains lieux ultra bétonnés n’aient pas été utilisés. Mais l’histoire… erf.

La famille de Nadia, Trepalium

En fait, le concept de base est hyper intéressant et pas tellement délirant en soi, on n’a aucun mal à entrer dedans mais… mais on s’en prend trop dans la tête en 6 épisodes, pas mal de choses sont assez inutiles (en particulier les histoires politiques), les personnages ne sont pas attachants, on s’en fout de ce qu’il leur arrive, les hasards sont un peu trop “ohlala, c’est trop incroyable”. Genre la ressemblance entre Izia et Thaïs (et autres rebondissements que je ne dévoilerai pas ici mais que vous verrez forcément venir). Bref, une écriture un peu faible qui nuit au propos. J’ai lu que les réalisateurs avaient prévu de réaliser plusieurs séries de ce genre pour nous donner des clés de réflexion sur le monde qui nous attend. Cool. En espérant que la prochaine mouture soit un peu plus mature et un peu plus solide dans son écriture.

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3%, la série dystopique made in Brésil

Malgré ma semaine de vacances en Grèce, qui recèle en son sein des merveilles architecturales des temps anciens, j’ai pas trop lâché ma passion pour les dystopies et cette semaine, tournons-nous vers le Brésil et sa série 3%, réalisée pour Netflix (du coup, doit-on encore dire “série télé” ? Parce que moi, Netflix, je le regarde que sur ordinateur. Un grand débat sémantique).

3%, la série dystopique made in Brésil

Le pitch : dans un futur peur rose, le Brésil est plongé dans la misère, seuls 3% vivent dans l’opulence quelque part en Haute Mer. L’année de leurs 20 ans, tous les Brésiliens sont invités à passer des tests, seuls 3% seront autorisés à passer du côté des Riches. Mais ce système purement méritocratique ne fait pas l’unanimité et des résistants commencent à se faire entendre et commettent des exactions sous le nom de “La Cause”. On suit donc quelques prétendants dont Michele, Fernando, Joana, Rafaele, Marco, à travers les différentes épreuves qui font appel à la logique et à la solidarité en priorité. On suit également l’histoire d’Ezequiel, supervisant les épreuves et Aline, qui surveille Ezequiel pour le conseil. Bref, on n’a beau avoir que 8 épisodes, on a notre dose d’arcs narratifs.

3%, Ezequiel face aux candidats

Donc nous avons d’un côté des intrigues de palais qui mettent en scène les vices de l’utopie de la Haute Mer et surtout de l’autre la vie des prétendants qui sont prêts à abandonner leur ancienne vie et famille pour tenter d’approcher ce pays magnifique où vivent les 3% (et dont on ne sait rien, finalement). La série nous questionne sur la méritocratie et sur les moyens à mettre en place pour réussir. Certains trichent, d’autres se montrent violents, beaucoup mentent. Chaque personnage a ses failles, son histoire, certains s’entraident, d’autres s’écrasent… Quel prix sont-ils prêts à payer pour vivre une utopie dont ils ne savent in fine rien ? En temps de Macronie et de Start-up nation, la question est fascinante.

Michele et Ezequiel dans 3%

Au-delà de l’histoire, la série, on en pense quoi ? Le scénario est plutôt bien foutu même si certains rebondissements sont visibles à des kilomètres. Les épreuves choisies sont intéressantes, les sentiments des personnages à peu près cohérents (sauf à la toute fin, notamment un, j’ai eu du mal à suivre son délire). Niveau images, par contre, c’est hyper aléatoire : il y a d’un côté des plans hyper inspirés et de l’autre des vieux plans pourris qui te perdent presque.

3% Netflix

Autre point que je trouve très positif : le métissage et l’apparition d’un personnage non valide. Alors je ne connais pas bien le Brésil (pas du tout) donc sur le métissage, c’est peut-être juste le reflet de la société, je ne m’étendrai pas trop là-dessus. Par contre, je brode quelques instants sur le personnage de Fernando qui est en fauteuil roulant, point vu comme quasi éliminatoire par les autres candidats mais c’est une particularité qui n’est pas tant mise en avant : elle sert à quelques ressorts narratifs mais Fernando n’est pas traité différemment des autres personnages et a une love affair avec l’héroïne sans que la question d’une relation valide- non valide soit posée. Ils se plaisent, ils se font plaisir, merci, au revoir. Fernando n’est jamais vu comme faible ou dépendant. Et ça, j’avoue que ça fait du bien.

3%, série Netflix, Fernando et Michele

Mais alors globalement, on regarde ou pas ? Oui parce que 8 épisodes, ça vous prend pas tant de temps que ça et que quand même, la série a quelques partis pris intéressants. J’ai plusieurs fois pensé à Trepalium, la série diffusée sur Arte avec cette même fracture sociale, mais je l’ai trouvé meilleure, essentiellement parce que dans Trepalium, j’ai trouvé les personnages agaçants… Et d’ailleurs, tiens, je vous en parle semaine prochaine (si j’oublie pas !). En attendant, j’espère que Netflix nous réserve d’autres séries « locales » de ce type, j’aime bien mater des séries un peu différentes (en espérant cependant que ce soit de meilleure qualité que Marseille).

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Dernier train pour Busan : les zombies version coréenne

Après notre cycle Wes Anderson, on se cherchait une petite idée de cycle à se faire et on s’est dit : pourquoi pas le cinéma coréen ? Après avoir bâti une liste de un nom, nous voici donc posés au calme devant Dernier train pour Busan de Yeon Sang-Ho. Bon, en vrai, on aimerait se faire un cycle coréen mais on s’est pas penchés sur la question et comme on avait beaucoup entendu parler de Dernier train pour Busan, on s’est lancés.

Affiche Dernier train pour Busan de Sang-Ho Yeon

Alors si vous avez les mêmes références que moi, quand on vous parle de train, vous imaginez un road trip initiatique du type A bord du Darjeeling Limited de toujours Wes Anderson… Et bien pas du tout ! On est ici bien plus proche d’un 28 jours plus tard ou The Walking dead, voyez. Oui, c’est un film de zombies. Je vous raconte un peu quand même : c’est l’histoire du père busy busy qui s’occupe de sa fille Soo-Ahn quand il arrive à raccrocher son téléphone, à peu près. Tous deux doivent prendre le train pour Busan où vit la mère de Soo-Ahn. Ils montent donc dans le train non sans avoir croisé une pelletée de pompiers et policiers, un incendie fait rage au loin. Alors que le train va partir, une jeune fille parvient à sauter dedans sans se faire remarquer. Les portes se ferment, le train se met en branle… Et Soo-Ahn a juste le temps de voir des gens sauter sur le chef de quai sans comprendre. Le voyage commence paisiblement jusqu’à ce que la jeune fille qui a sauté au dernier moment et qui semble blessée meure… et revient à la vie, s’attaquant à l’hôtesse de bord. La contamination commence.

Attaque de zombie dans dernier train pour Busan

Ce film est hyper prenant, on ne va pas se mentir. D’autant que même si les trains coréens ont la télé à bord (hé ouais), la situation est confuse, on ne sait pas ce qu’il se passe, s’il reste des gens non contaminés, des infrastructures. On a quelques news de l’extérieur via le conducteur du train qui parle avec les gares… Jusqu’à ce que plus personne ne lui réponde. Le papa est aussi en contact avec un de ses collaborateurs qui lui fait de temps en temps un point sur la situation. La grande force de ce film est son rythme : on alterne les phases de calme et les phases de panique totale. C’est vraiment grosse tension – asseyez vous pour respirer – on repart, de vraies montagnes russes bien dosées. Ce rythme est bien facilitée par l’ignorance des personnages. Un peu comme dans 28 jours plus tard et The walking dead, quand Jim/Rick sort du coma et part errer dans la ville sans avoir conscience du danger. Et tout à coup, ça tombe. Ici, c’est pareil : dans le train, quand l’attaque commence, beaucoup de passagers ne sont pas au courant et ceux qui fuient arrivent à semer les zombies, trop occupés à grignoter ceux restés à l’arrière. Idem quand ils s’arrêtent en gare, ils ne savent pas du tout ce qu’ils se passent, ils sont seuls et aucune menace ne semble planer…

Dernier train pour Busan

J’ai également bien aimé la version très nerveuse de ces zombies. Contrairement à the Walking dead où ils se traînent (surtout maintenant qu’ils sont de plus en plus décomposés), ils courent très vite, semblent comme possédés avec des corps désarticulés et sont surtout extrêmement acharnés. Par contre, je ne comprends pas ce qu’ils veulent. Dans The walking dead et 28 jours plus tard, ils se nourrissent de leurs proies, là…ils mordent la personne et se barrent. Woké…

Les zombies dans Dernier train pour Busan

Mais ce film a quelques défauts structurels un peu gonflants. D’abord les transformations. Selon les personnages, ça peut durer cinq bonnes minutes (genre la fille au tout début même si, ok, elle s’était fait un garrot) et pour d’autres, ça se fait en à peine 10 secondes… Mais surtout, surtout, comme dans tous ces films : certains personnages sont super cons et tu te retrouves à gueuler sur ton canapé “mais putain pourquoi tu fais ça ?” ou pourquoi tu ne le fais pas ou pourquoi tu te laisses mourir alors que tu avais deux très larges minutes pour te mettre à l’abri ? La plus agaçante sur le sujet étant Soo-Ahn qui a un peu tendance à rester plantée là où elle est, y compris quand une horde de zombies lui fonce dessus. Je veux bien croire qu’elle soit sidérée mais à un moment, est-ce que ça existe vraiment des êtres humains qui n’ont pas le réflexe de se barrer quand un truc mortel leur fonce dessus ?

Soo-Ahn dans dernier train pour Busan

Oui, y a plein de gens qui courent autour de moi en hurlant mais je suis bien, là

Il faut aussi que je fasse deux spoilers donc ceux qui veulent voir le film sans tout savoir (et je conseille ce film), filez au paragraphe suivant. Deux points négatifs majeurs dans ce film, selon moi : en 1, le “méchant”. Ok, je comprends très bien le sous-texte sur la dénonciation du capitalisme dans le film, ok. Mais le mec, c’est le même que dans Avatar, il crève jamais, on a droit à plusieurs rebondissements sur ça et à la fin, t’as juste envie de dire “ok, il est pas mort, quelle surprise, ohlala”. Mais surtout, arrêtons nous sur les deux survivantes : une enfant et une femme enceinte, les plus faibles de la bande. Je me pose la question de la lecture de ça. Dans The walking dead, les plus faibles ont tendance à mourir, par exemple, plus dans la série que dans le comic d’ailleurs, mais parce que c’est devenu extrêmement dur de vivre dans ce monde là et les plus faibles (petite fille comme Sofia ou femme enceinte comme Lorie) n’y ont pas leur place. Mais peut-être que le sous-texte ici est que c’est grâce à la solidarité des forts et leur sacrifice que les plus faibles s’en sont sortis. Mais du coup, c’était presque attendu… On ne tue pas les enfants et les femmes enceintes (mais les autres, c’est bon).

Dernier train pour Busan

Alors est-ce que je conseille ce film ? Oui… et j’avoue que je suis pas sûre de savoir pourquoi : il ne réinvente pas le genre zombie, il est souvent convenu et prévisible, il ne fait pas peur et Soo-Ahn est insupportable comme tous les enfants au cinéma. On ne ressent pas une pâte coréenne particulière, on voit in fine assez peu d’images du pays… Mais j’ai aimé quand  même. Peut-être le rythme, peut-être l’ambiance, peut-être la version désarticulée des zombies, peut-être le jeu d’actrice de Kim Soo-an (qui joue Soo-Ahn parce que oui, son personnage est chiant mais l’actrice est juste bluffante), peut-être le personnage de Sang-hwa que j’ai vraiment apprécié. Bref, je ne saurais pas vous dire pourquoi mais ce film, je m’y suis laissée prendre. Et vous ?

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La fille du train de Paula Hawkins

Et non de Frank Thilliez comme j’ai cru au départ, j’ai dû mélanger deux affiches. Comme je l’annonçais il y a quelques temps, je voulais à tout prix lire La fille du train de Paula Hawkins, donc, avant la sortie du film avec Emily Blunt, histoire de savoir si j’allais dépenser 10 € pour le voir au cinéma ou non.

Couverture la fille du train de Paula Hawkins

L’histoire : Rachel est une pauvre fille : alcoolique invétérée, elle prend tous les jours le train pour Londres pour faire semblant d’aller travailler puisqu’elle n’a pas osé dire à sa coloc qu’elle avait été virée. Tous les jours, elle passe devant la maison d’un couple qu’elle ne connaît pas mais sur qui elle projette un vécu, maison mitoyenne de celle de Tom et Anna… à savoir son ancien mari et sa nouvelle compagne. Mais un jour, la femme du couple qu’elle observe à travers la fenêtre du train disparaît et Rachel croit savoir quelque chose…

selfie dans la vitre du train avec vue sur Paris et la Tour Eiffel

Oui, je voulais faire une photo du paysage, ça donne un autoportrait chelou (mais qui va bien pour l’article du coup)

Ce roman parle à trois voix, féminines : Rachel, donc, Anna, la nouvelle compagne de son mari et Megan, la femme qui disparaît. On navigue un peu dans le temps, on apprend l’histoire par bribes. Rachel, alcoolique dernier stade, sait qu’elle était sur place le soir de la disparition de Megan, elle sait qu’elle a vu quelque chose mais aucun souvenirs. On suit donc Rachel en quête de sa mémoire et qui part peu à peu sur le chemin de la rédemption, les aventures de Megan un an avant et les pensées de la desperate housewife en chef, Anna, qui n’est qu’amour pour son mari et donc haine pour l’ex femme alcoolique qui vient souvent les emmerder quand même.

intersections, rails qui se croisent, chemins de fer

Alors est-ce que j’ai aimé ce roman ? Oui, carrément. Paula Hawkins réussit un tour de force : elle me rend Rachel presque sympathique alors que je n’aime pas les héros faibles qui retombent dans leurs travers. Je veux dire, je supporte pas trop le côté “youpi, aujourd’hui, nouvelle vie, je fais des efforts, je me sors de mon alcoolisme (ou Dieu seul sait quoi) et… oh non, il pleut, je replonge, adieux !”. C’est sans doute parce que j’ai mes propres travers et que j’ai parfois du mal à être rigoureuse sur certains trucs (coucou les régimes) mais ça me saoule de lire ça, en fait. Là, pour le coup, l’alcoolisme de Rachel est un ressort narratif mais un ressort plutôt malin finalement, ça justifie pas mal de rebondissements mais la ficelle n’est pas trop épaisse même si je mentirai en disant que je suis tombée de ma chaise à l’heure des révélations…

Tag sur un vieux train "orgasme rarement simulé", street art

J’aime la plume de Paula Hawkins qui n’en fait pas trop. C’est peut-être parce que, moi-même, j’aime les trains et j’adore broder des histoires avec quelques fils attrapés à droite à gauche. J’aurais pu tout à fait être Rachel, la fille qui, chaque jour, essaie d’apercevoir ce couple inconnu dans une maison du bord de la voie pour m’inventer une histoire sur eux, collecter précieusement les pièces du puzzle de leur vie. Enfin, je pourrais être Rachel sans la canette de gin tonic (j’aime bien le gin tonic mais en canette, brrrr). Le seul reproche que je pourrais faire sur ce roman, c’est le parti-pris assez évident de l’autrice pour Rachel (même si elle est décrite comme quelqu’un d’assez destructeur) et, en contre-champ, une Anna hautaine et parfaitement détestable. Oui, ce personnage est le seul point raté du roman… et ça tombe bien, il n’est pas le plus important.

Beau coucher de soleil un peu nuageux sur des fils électriques dans une gare

Du coup, va falloir que j’aille au cinéma, moi…

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Où la carte illimitée tue le cinéma

Car-ré-ment. Un soir d’hiver, Victor et moi regardons les cartes cinéma car nous planifions de voir je ne sais plus quel film. “Hé, achète notre carte illimitée ! Pour une vingtaine d’euros par mois, tu pourras voir tous les films que tu veux”. Oh, intéressant, c’est rentabilisé en 2 séances à peine ! Sauf que c’est pervers parce qu’avoir deux films bien à l’affiche par mois, c’est tendu… Alors pour pas perdre de l’argent, on ira voir n’importe quoi… et on va tuer le cinéma.

salle cinéma pleine

Je suis une spectatrice chiante. C’est à dire que sur le papier, il y a peu de films qui m’intéressent. Essentiellement parce que je déteste les récits manichéens où l’on sait dès le début du générique comment ça va finir (travers que je ne supporte pas en littérature non plus, ce qui me fait bannir dans les deux Arts les romances parce que 9 fois sur 10, le monsieur et la madame finissent ensemble dans un monde rose écoeurement sucré et furieusement hétérosexuel) ou parce que ce nouveau film trop tooooop ressemble aux 15 qui ont été faits avant lui sur le même modèle. Pour que j’accepte de sacrifier 2h de mon temps (car je  ne pourrai rien faire d’autre en même temps) et un billet, il va falloir sacrément me motiver.

déception à la caisse du cinéma

Car je ne vois pas dans le cinéma une activité pour passer le temps. Un peu comme la lecture : si je veux me faire un jacuzzi du cerveau, je vais lire Closer ou, pour en revenir au cinéma, regarder un téléfilm de merde à la télé (ou une série). Au cinéma, au vu de mon investissement personnel et financier, j’attends d’être amenée dans un spectacle haletant qui m’ébouriffe… Genre un blockbuster ? Non, dans 9 cas sur  10, ce genre de films semble n’être que l’exécution d’un recette sans saveur et surtout sans originalité. Si on en revient à Batman vs Superman, si on enlève quelques jolis plans, on a quoi ? Un film qui enfile clichés, punchlines, rebondissements incompréhensibles, et scènes vues 30 fois ailleurs. Bref, le taf est fait, le film rentrera dans ses frais car…

Batman vs Superman : l'aube de la justice

Les cartes illimitées. Parce qu’on doit aller régulièrement au cinéma pour entrer dans ses frais, on peut même s’instaurer un petit rituel “le dimanche, c’est ciné mcDo, hihi !”. Et j’ai remarqué, globalement, que quand tu vas au cinéma parce que faut rentabiliser la carte, le public va aller plutôt voir un truc “qui fait pas réfléchir” qu’un film un peu différent. N’y voyez pas ici un jugement de valeurs de ma part : quand je dis “public”, c’est parce que, moi, j’ai pas cette carte, et quand je suis dans un long courrier, je vais plus regarder Ant Man qu’un film français sur un drame familial à la con (même si j’avais vraiment aimé Respire de Mélanie Laurent maté dans un Séoul-Paris, je crois)(je me la pète un peu globe trotteuse, tavu ?) . Ou des films genre De rouille et d’os qui, je suis certaine, est très bien mais je suis rarement d’humeur à regarder des films tire larmes qu’elle que soit leur qualité. Mais pourtant, je reste à dire que les cartes illimitées tuent la création artistique au cinéma. Parce que mine de rien, vu qu’on va aller plus facilement voir ces films calibrés pour marcher, on ne va pas trop sortir des ornières vu qu’on sait que les gens sont “obligés” de consommer ce type de produits. Et on se retrouve avec une floppée de films nuls avec des critiques mauvaises mais qui restent rentables parce que quitte à se traîner au ciné un dimanche matin pour pas perdre de sous avec notre carte illimitée, on va aller voir le dernier film dont on a vu la bande-annonce absolument PARTOUT ces derniers jours. Même si, dans la bande-annonce, on te montre des scènes qui ne sont même pas dans le film (coucou Suicide Squad).

carte illimitée

Alors pour sauver le cinéma, on jette les cartes UGC ? Vous en pensez quoi ?

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Finir un livre

Au début, c’est grisant, voir le marque-page posé toujours plus loin entre les pages, voir le ratio pages lues/pages à lire s’inverser, doucement. Puis on voit le bout du chemin, les feuillets restants prennent de moins en moins de place entre nos doigts. Embarqués dans le sprint final pour la résolution de l’histoire, la chute, on ne veut plus le lâcher. Puis ne reste que quelques mots, histoire de terminer l’histoire, avec brio ou non. Finir un livre, c’est dire au revoir à des personnages, un adieu ou un à bientôt, s’il existe des suites. Qu’on ait aimé ou non, finir un livre, ce n’est jamais anodin.

Finir un livre

J’ai toujours un ou deux livres d’avance. Depuis que je dévore les bouquins, j’angoisse à l’idée de tomber en panne. Cette angoisse avait surtout lieu dans les transports : il me reste une vingtaine de pages, j’ai 30 mn de trajet, ça va pas suffire mais mon prochain livre est gros. Depuis, j’ai une liseuse et à part quelques pannes de batterie impromptues, je n’ai plus jamais eu de soucis de “oh non, je viens de finir mon livre et je  n’ai rien d’autre sous la main, me voici condamnée à contempler le dessin de la ligne de métro en attendant d’arriver à ma station”. Et j’ai un planning lecture très précis ! En ce moment, ça donne :

  • un roman de la saga l’épée de vérité de Terry Goodkin (j’en parlerai quand j’aurai fini, j’en suis à 3 lus sur 11… Bon, j’en parlerai si ce blog existe encore à ce moment là)
  • un Philip K. Dick (je viens de finir le génial “Le maître du Haut château”, je vais pouvoir mater la série maintenant)
  • un classique (là, j’en suis à “Un amour de Swann”, j’ai découvert avec surprise qu’à l’époque de Marcel Proust, on disait déjà d’une soirée réussie que c’était une “tuerie” et une jeune fille se déclare “refaite” à un moment aussi).
  • un polar (“Hostiles” de Frank Thilliez… pas commencé)
  • un bouquin de développement personnel (je sais pas lequel encore, j’en ai plein sur mon pc)

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Etc. Evidemment, je peux déroger à mes règles quand j’acquiers un roman que j’attends avec impatience genre un nouvel opus des aventures de Teodor Szacki (je vous en avais parlé sur Les impliqués, j’ai lu Un fond de vérité cet été, je vais vous en parler, je le note sur mon carnet imaginaire) ou le tome 7 de Game of Thrones, s’il sort un jour (en anglais, oui, je vais pas attendre la version française).

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Mais pourquoi un programme aussi drastique ? Parce que finir un livre, c’est comme une petite mort. Pas la mienne (et je ne parle pas d’orgasme) mais celle des personnages du livre. Certains auront la chance de poursuivre leurs aventures dans une saga mais pour la majorité, le point final mettra fin à leur existence. Et vu mon rythme de lecture actuel (surtout pour les livres papier dont je lis 20 pages max par jour), je passe un peu de temps avec eux, je m’attache, je les aime bien, en général. Une fois le point final tombé, c’est fini, ils sortent de notre vie. Y a bien la relecture mais ce n’est pas pareil, ça a un petit goût de réchauffé… et de façon générale, je ne relis jamais un livre, il y en a trop à lire. Et là, pas de Facebook pour prolonger artificiellement le lien, l’adieu est définitif.

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La fin, c’est aussi renoncer à ce moment si agréable de lecture, ces mots si admirablement mariés les uns aux autres. C’est mettre fin à un voyage et vous savez que j’adore quand un roman m’amène ailleurs : en Ukraine, en Suède, en Grèce ou à Barcelone ou même à Giverny. C’est cesser d’apprendre éventuellement des tas de choses sur les us et coutumes de ces pays, d’un roman qui nous apprend des tas de choses et nous enrichit.

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Mais surtout, la fin d’un livre est le point d’orgue dans notre relation, ce qui peut la faire finir dans un feu d’artifice qui va m’empêcher pendant quelques jours d’enchaîner avec un autre livre… ou un vilain pétard mouillé. Car oui, si la fin a pu me faire aimer un roman que je trouvais passable jusque là (ex : L’invitée de Simone de Beauvoir mais que j’ai peut-être lu un peu jeune), d’autres vont me proposer un final tellement moyen que je vais ranger le livre dans un rayon de ma bibliothèque et l’y oublier à jamais. Pas plus tard que mercredi soir, j’ai terminé un roman qui avait le défaut majeur de ne jamais en finir, tel un amant poussif qui ne parvient pas à jouir alors que toi, tu commences à avoir mal tellement ça dure. Une avalanche de rebondissements dont on se fout assez, comme si l’auteur (ou l’autrice, je suis pas sûre) avait prévu foule d’explications aux mobiles des tueurs mais n’ayant pas eu le temps de les balancer pendant le roman, il te mettait tout ça à la fin et démerde toi.

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Alors désormais, pour ne plus regretter la fin d’un roman, j’ai ma stratégie : d’abord toujours prévoir le prochain livre à venir occuper ma table de chevet (en l’occurrence La fille du train de Paula Hawkins, des fois que j’aimerais bien histoire d’aller voir le film ensuite parce que j’aime bien Emily Blunt) et lire deux livres en même temps : un sur ma tablette et un papier. Le seul drame potentiel désormais : finir mes deux livres le même jour…

 

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Écrire pour soi

Je fais une erreur tactique. Quand j’ai décidé de me remettre à l’écriture, je me suis mis pour objectif de tenter l’aventure éditoriale. Cool mais… Je me suis cassé la motivation aussi sec parce que je me suis demandé si ce que je pouvais écrire intéresserait les gens et… On s’en bat les steaks en fait. Et si au lieu d’écrire pour d’hypothétiques lecteurs, je tentais une nouvelle philosophie : écrire pour soi.

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Comme je le disais dans un précédent article, j’écrivais beaucoup étant plus jeune. Question de temps libre certes mais aussi parce que j’adorais écrire des histoires que j’aurais adoré lire. Comme dirait la grande philosophe Natacha St Pier à propos d’un album « j’ai chanté des chansons que j’aimerais écouter ». Voilà, moi, je veux écrire des histoires que j’aimerais lire.

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Evidemment, il y a une grande différence entre écrire et lire un roman. Quand je lis, je monte dans le canot sans savoir où les flots m’emporteront, prenant le risque d’être déçue par la chute (et Dieu sait que certains livres ont vraiment ébranlé ma foi en la bonne fiction). Je peux être surprise par certains rebondissements, admirer de belles phrases, me dire que je suis une grosse merde à côté (typiquement à chaque lecture d’un Moravia)… M’accrocher à un livre, grignoter une page ou deux à la moindre occasion parce que je ne peux plus quitter le récit. Tout ça, je ne le ressens pas quand je suis de l’autre côté de la plume même si, quand j’écris, je n’ai que la structure principale et certaines idées me viennent en cours. Parfois, je ponds une phrase dont je suis fière, d’autres fois, je suis déçue par ma propre platitude et mes propres clichés. Mais il y a un effet que je n’ai qu’avec l’écriture : la violence symbolique de la fin. Quand tu donnes vie à des personnages, que tu les amènes à travers différentes épreuves et aventures et qu’arrive l’heure de mettre un point final… Le déchirement.

(c) Martin Cauchon (clic sur l'image)

(c) Martin Cauchon (clic sur l’image)

C’est peut-être pour ça que les auteurs ont tendance à écrire des séries, de plus en plus longues… Ou alors la solution est-elle de devenir scénariste de sitcom ? Au moins, quand tu tues Brad, il te reste Cricket et Jack. Je m’égare mais je dois vraiment placer l’écriture au même niveau que la lecture : un loisir avant tout. C’est comme ça que le plaisir reviendra, j’en suis sûre.

Ecrire pour soi

Par contre vous comprendrez que je vais écrire sur un ordinateur…

Pages écrites : Non mais ça suffit les questions gênantes, maintenant !

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