Le not all men ou pourquoi vous pouvez pas juste vous taire

J’enchaîne sur mon article sur le #metoo et #balancetonporc par un corollaire que je voulais aborder depuis longtemps mais je n’avais jamais pris le temps.Mais vu comme les hommes sont en forme en ce moment en nous expliquant que oui, oh, tous les hommes ne sont pas comme ça dès qu’on ouvre la bouche sur nos oppressions, voici un modeste texte sur le not all men. Sous titre : mais fermez-là, putain.

Un homme joue de la cornemuse

Voilà à peu près ce à quoi j’associe le not all men (et la version où c’est Ross qui joue, un déchirement pour les oreilles)

Ca arrive à chaque fois. CHAQUE FOIS. Dès qu’on ouvre la bouche sur le harcèlement dont on est victimes, dès qu’on a le malheur de parler de nos oppressions (nombreuses) en disant “les hommes”, vas-y que Jean Michel “pas de généralisation” vient t’expliquer que quand même, pas tous les hommes, tu exagères. Je vais prendre un exemple réel pour vous illustrer le décalage entre ce que tu dis et l’indignation de Jean-Mi. Il y a quelques mois, je partage une new à propos de Babylone 2.0, en m’indignant sur la violence des hommes contre nous, un mec m’a tenu la jambe 3h en mode “mais attends, tu peux pas dire tous les hommes”. Je partage une nouvelle qui parle d’une page où 52 000 membres peuvent mater des femmes prises en photo nues ou presque sans leur consentement et le mec réagit sur mes propos… Ca va, Jean-Mi, tu la trouves bien placée, ton indignation ?

Homme en colère - Not all men

Alors plusieurs choses. Quand on parle des “hommes”, on parle d’un groupe oppresseur vs un groupe oppressé, en l’occurence, les femmes. Une petite vidéo qui explique bien. Je ne suis pas en train de dire “toi, Thomas, toi, Luc, toi, Samir et toi, Jacques”, je ne parle pas individuellement. Ce que je ne comprends pas, c’est ce besoin de venir s’indigner là dessus ? Par exemple, l’autre jour, une femme noire dénonçait un discours raciste en terminant son tweet par “ah, les blancs!”. Qu’est-ce que j’ai fait ?J’ai retweeté. Parce que ce que l’exemple qu’elle donnait était hilarant et que je ne me suis sentie ni visée ni vexée en tant que blanche. Ah et pour les petis malins qui iraient faire un parallèle avec le « mais c’est comme dire que tous les Musulmans sont terroristes », relis bien la première phrase de ce paragraphe : je parle de système d’oppression et malgré les délires sur le grand remplacement, les Musulmans sont très loin de constituer un groupe oppressif en France, aujourd’hui.

Femme dubitative

Parce que ça aussi, c’est problématique. Quand on parle des hommes et qu’on a Jean-Michel “je suis pas comme ça” qui vient plaider sa cause. Ecoute, Jean-Mi, je suis ravie pour toi que tu ne sois pas un connard sexiste, que tu n’as jamais agressé une femme… mais pourquoi tu viens me le signaler en fait ? Tu veux une médaille parce que tu es un être humain décent ? Le fait même que tu réagisses sur mon propos et pas ce que je suis en train de dénoncer me fait déjà douter de ça, vois-tu ? Personne ne t’a accusé, pourquoi tu viens jouer les avocats de la défense ? Tu crois vraiment que la cause masculine a besoin d’être défendue quand on parle de nos oppressions ? Tu crois que le fait que je dise “les hommes” est plus grave que l’intimité violée de jeunes femmes ? Tu as à ce point un sens des priorités foireux ?

Oppression masculine

Et puis, quand tu viens plaider ta cause, es-tu si sûr de ton fait ? Si je reprends mon exemple sur “les blancs”, cité si haut. D’abord, je n’ai pas besoin de prendre la parole pour dire que, moi, personnellement, en tant que blanche, je suis pas comme ça. D’abord parce qu’on s’en fout mais surtout, en suis-je si sûre ? Si je ne suis pas consciemment raciste, ne le suis-je pas inconsciemment ? J’ai entamé un travail de déconstruction sur mes à priori racistes mais il en reste encore certainement. Je ne suis pas allée tenir des propos racistes, insulter une personne racisée mais suis-je exempte de tout reproche pour autant ? Parce que les not all men, ils ont beau nous expliquer que eux, ils n’ont pas fait ça, en sont-il si sûrs ? Ont-ils toujours respecté le consentement de leur compagne ? N’ont-ils jamais mis de femmes mal à l’aise par leur propos ou comportements ? Mais surtout, ont-ils éduqué leur pote lourd ? Ont-ils dit à leur pote Marc Peloteur qu’un corps de femme ne se touche pas sans autorisation, même si c’est juste pour saisir un bras ? Ont-ils dit à Louis Dragueur compulsif d’arrêter de parler fort d’une femme proche pour lui faire comprendre qu’il la trouvait fort à son goût ? A-t-il ouvert sa gueule quand un manager a dépassé les limites avec une collaboratrice ou baissé les yeux et fait mine de ne pas entendre ? Parce que c’est pas parce que toi, perso, t’es jamais allé tâter les fesses d’une femme pas consentante ou que tu n’en as jamais sifflé une que tu as le cul propre. Tout simplement parce que c’est pas comme ça qu’on vous élève, vous les hommes. On vous apprend que les femmes, quand elles disent non, en vrai, elles veulent dire oui et autres conneries du genre.

Han Solo et Leia

Et enfin, surtout… on n’en a rien à foutre de vous. On ne parle pas de toi ou de toi, on parle de choses qui nous font souffrir, nous menacent. Comment vous oser monopoliser la parole en la ramenant encore et toujours à vous, à nous confisquer encore et toujours la parole en prenant de la place, en posant les mauvaises questions, en faisant les mauvais procès. Tu n’es pas un salopard ? Alors pourquoi tu viens me faire ressentir que ta blessure d’ego est plus grave que la violence que je dénonce ? Tous les mecs ne sont pas des pourris… mais toi, par contre, désolée, mais t’es du mauvais côté de la barrière. Respecte nos maux et nos douleurs et rends-nous service : lis et tais-toi.

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La France moins rance ?

L’autre jour, je parlais rapidement de l’influence des réseaux sociaux sur les médias et, donc, sur l’opinion, un gros serpent qui se mord la queue et qui est bien difficile de disséquer en un seul article (ça mériterait une thèse, facile). Mais du coup, la France, elle pense quoi en vrai ? Alors que j’ai envie de hurler de rage dès qu’un shitstorm de commentaires violemment racistes et haineux viennent envahir les discussions sous un article. Mais si finalement, la fachosphère est extrêmement active et monopolise la parole, ça veut dire que la France est moins rance que ce que je pense ?

 

Je n’arrive plus à démêler l’histoire, qui de l’oeuf ou la poule. C’est vrai, on cherche toujours à distribuer les mauvais points, qui a permis au FN de faire les scores qu’ils font toujours au 1er tour, qui a permis à *spoiler* Marine Le Pen d’arriver au second tour des Présidentielles ? Tous ceux qui n’ont pas mis le bulletin honni dans l’urne vont montrer du doigt avec colère : ce sont les médias, non, ce sont les réseaux sociaux !! Un peu comme pour l’élection de Trump, voyez. Alors que bon, la réponse est facile : ceux qui poussent Le Pen là où elle est, ce sont ceux qui ont voté pour elle.

 

Mais justement, pourquoi ? Déjà, la première erreur est de considérer que le vote FN est un vote monolithe, il n’y a pas une seule explication. Pour reprendre le vote Trump, par exemple, beaucoup y ont vu le vote d’une Amérique raciste mais pas tant que ça, finalement, il y a surtout eu un vote de l’Amérique déclassée, celle qui survit avec des petits boulots merdiques et cherchent un responsable à ce marasme. Je n’ai pas étudié le sujet mais je pense qu’on peut très facilement corréler vote pour l’extrême droite et crise économique (du coup, est-ce que le vote extrême gauche est corrélé à une période de faste économique ? Intéressant comme sujet, tiens). On choisit le candidat qui changera sans doute les choses en foutant un bon coup de pied à la fourmillière : au point où on en est, y a plus grand chose à perdre. D’où d’ailleurs la campagne “je suis le candidat anti système” (lolilol) qu’ils nous préparent tous.

 

Alors du coup, malgré la pléthore de commentaires racistes dégueulasses que je vois bien trop souvent et l’envolée de Mme Le Pen dans les sondages, suis-je victime d’un effet trompe l’oeil de ceux qui se sentent pousser des ailes et estiment leur parole raciste légitimée ? Ou est-ce juste que les commentaires crados autrefois limités au comptoir crasseux d’un vieux bar qui pue la clope froide sont parvenus à mes oreilles. Il est vrai qu’en tant que bobo gauchiasse, mon entourage immédiat est plutôt du genre cosmopolite et tolérant. On fréquente des gens de différentes origines et on n’en retire aucune gloire particulière vu qu’on ne choisit pas nos potes de par leur couleur de peau mais juste parce qu’on les trouve sympas, drôles et intéressants. Bien sûr, il reste toujours des relents de racisme ordinaire, ces petites vannes bien nases qu’on fait sur les Asiats, Noirs ou Arabes sans se rendre compte que c’est de l’humour oppressif mais globalement, personne dans mon entourage ne veut pendre haut et court les Arabes (c’est surtout eux qui prennent mais avec l’arrivée de Trump, on devrait pas tarder à se prendre un remake du péril jaune). Du coup, d’où ça sort, ces conneries de rémigration, grand remplacement, de “collabo islamiste”, d’associer systématiquement migrants à violeur… Pourquoi, quand tu appelles à la tolérance ou que tu te moques de ces conneries, on te traite de collabo islamo gauchiste alors que toi, l’Islam, tu t’en fous franchement. Vrai phénomène de fond ou gesticulation de quelques énergumènes très énevés ?

 

Parce que les réseaux sociaux sont quand même un effet très grossissant, j’ai envie de continuer à croire que la France reste un pays ouvert et tolérant, malgré la fièvre islamophobe qui se rapproche de plus en plus de mon entourage. On est loin des délires du grand remplacement mais quelques remarques qui me font voir rouge à chaque fois que je les entends, surtout quand ça vire à l’acharnement. Ici, tout n’est pas noir ou blanc, évidemment, le vivre ensemble se construit à tous et dans l’Islam comme dans toute autre communauté, y a des cons qui jouent pas le jeu. Mais la question reste : est-ce que le bruit de fond généré par tous les excités de la France rance ne finit-il pas par contaminer l’opinion ? Est-ce que je me leurre en pensant que tout ceci n’est que le fait de trois acharnés mais que globalement, en France, on reste super ouvert au cosmopolisme ? Et s’il n’est pas possible de répondre définitivement à la question, n’ai-je finalement pas le droit de choisir le camp de l’optimisme, être un Bisounours qui ignore les haineux parce qu’au fond, ils ne sont pas très nombreux ?

 

Mais d’un autre côté, n’est-ce pas un peu lâche de faire comme si ça n’existait pas et leur laisser tout un espace de parole, quitte à laisser une certaine contamination se faire ?

 

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