Apprendre, c’est tellement cool !

Mon cher moi d’avant

Tu dois te demander pourquoi j’écris alors que j’ai même pas fini mes articles sur le Canada, que j’ai même pas encore lancé officiellement ma série sur les plans cul et que l’actualité est tellement brûlante que j’aurais dû écrire 38 articles dessus ? Alors de 1, je manque de temps (et ça me frustre) et de 2, tu sais rien de la vie, viens pas me donner de leçon. D’ailleurs, c’est aujourd’hui en tant que version de toi pleine de sagesse que je viens te parler de la magie de l’étude et du savoir. Et ne lève pas les yeux au ciel, je te vois! *

etudier

Tu es une chanceuse : ta mémoire d’éléphant et on esprit logique te permettent de récolter de bonnes notes sans bosser. Les devoirs ? On fera ça en 2/2 avant le cours parce que le soir, y a Beverly Hills et Melrose Place, c’est bien plus cool que des exos de maths ou revoir sa leçon d’allemand… Ouais, sans doute mais… Tu es en train de passer à côté du truc le plus cool du monde : apprendre.

apprendre

Je n’ai jamais trop aimé la contrainte. Faire mes devoirs me plongeait dans un ennui abyssal, je ne lisais que peu les livres qu’on nous demandait de lire en français (alors qu’évidemment, 20 ans plus tard, je lis du Stendhal en me disant qu’à 16 ans, j’étais vraiment une dinde) et puis après 8h de cours, mon cerveau criait grâce. Alors sur ce point, je vais avoir du mal à contre-argumenter : récemment, j’ai suivi une formation excel -et je me suis éclatée- mais au bout de 7h de cours, j’étais totalement épuisée. Ce qui donne un bon indice de mon implication intellectuelle dans le travail, tiens… Bref, je m’égare mais apprendre, c’est ultra cool.

math-lego-01

Tu en as déjà un peu l’intuition. Dès qu’un sujet te plaît, tu es capable de lire tout ce qui te tombe sous la main sur le sujet. Genre le théâtre romantique où tu as lu les plus connus au lieu de te contenter de Lorenzaccio que ta prof de français avait choisi, tu avais lu pas mal de profils aussi et de livres qui t’avaient permis de pas mal maîtriser le sujet. Sujet qui tomba d’ailleurs au bac… Mais pour les sections ES et S car les L, nous, nous avions droit à une dissert sur Malraux. Tiens, faudra que je re teste Malraux à l’occase, peut-être que ça passera mieux, qui sait ? Bref, quand un sujet te plaît, tu ne comptes plus les heures passées dessus à te documenter, à écrire. Mais pour le reste….

e crire

Et c’est un tort. Reprenons l’allemand parce que figure-toi que tu vas développer un traumatisme par rapport à ça. Oui un traumatisme, je pèse mes mots. Au bac, ta note relativement basse (11, ce qui me paraît pas mal pour une langue que je n’ai au final jamais comprise et surtout pas maîtrisée) te convaincra de ne plus jamais y toucher. A la fac, ce sera anglais, anglais, anglais… Enfin, QCM en première année, questions sur texte et version avec dictionnaire autorisée en deuxième année puis plus rien. C’est quelque part un peu étonnant que j’ai réussi à garder un certain niveau en anglais juste en lisant quelques livres d’histoire (l’avantage de choisir des sujets de maîtrise sur des pays anglophones) et en matant distraitement des films et séries en VO, sans faire l’effort de comprendre ce qu’il se dit. Ceci étant, sans vouloir me défendre, j’aurais aussi parfois de sous-titres sur des séries/films français car dès que ça n’articule pas, je ne comprends plus rien du tout. Bref allemand remisé au placard et inconscient qui vient me titiller régulièrement avec ce cauchemar “tu passes le bac allemand et tu as tout oublié”.

Portrait of a young German football / soccer fan, with the German Flag on his face.

Portrait of a young German football / soccer fan, with the German Flag on his face.

Et puis en 2015, une pote, Zénobie, te parle d’un site pour réviser son anglais : Duolingo. Tu te lances d’abord sur l’anglais et l’espagnol (langue que tu n’as jamais apprise à part trois mots enseignés par un papa catalan français mais bilingue, pour le coup) puis voilà l’allemand qui apparaît. Alors tu te lances et tu te rends compte qu’en fait, l’allemand est une langue géniale car on dit TOUTES les lettres. Une fois que t’as compris que “ch” s’écrit “sch” et que tu reconnais les sons avec ou sans umlaut, cette langue est facile : il y a des règles, il suffit de les connaître pour les suivre. Excitée, tu te lanceras par la suite à la découverte du russe et du suédois (sur la version anglaise du site, noeud au cerveau)… mais on va en rester au suédois pour l’instant.

apprendre_suedois

Apprendre est si excitant. Ca ouvre tellement de possibilités. Il n’est pas dit qu’apprendre le suédois me fera partir vivre en Suède ou que ça m’ouvrira un poste quelconque mais c’est juste un savoir, une ouverture sur une culture. Et je parle des langues mais en ce moment, je me prends de réelle passion pour les statistiques et ce que ça peut ouvrir comme perspective. En ligne de mire : l’économétrie. Je coche les MOOCs qui me tentent, j’essaie de voir comment devenir cette économètre en me demandant comment j’ai pas compris plus tôt que j’étais faite pour ça. Déjà, dès que je peux jouer un peu avec les datas au boulot, je suis ravie, j’essaie de croiser les données dans tous les sens pour en tirer une histoire valable. Je sais maintenant comment trier intelligemment mes données grâce à des formules excel apprises à ma formation et la gestion de tableaux croisés dynamiques. Prochaine étape : maîtriser R, le logiciel de statistiques.

RStudio1

Alors tu vois, mon moi d’avant, tu chies un peu dans la colle. Ta paresse n’a jamais été un réel handicap mais quand j’y repense, notamment à cette mémoire incroyable, en bossant un minimum, ta moyenne de langue aurait dû être 14-15 facile au lieu du paresseux 11… Ce qui n’aurait peut-être pas changé grand chose à part un élément : cette mythologie que tu t’es construite en te disant que tu n’étais pas douée pour les langues. Si, tu l’es… c’est juste que le poil dans la main que tu as longtemps eu t’as empêché de le remarquer. Et je peux te le dire : à 36 ans (enfin quasi), je m’éclate enfin à apprendre l’espagnol, l’allemand et le suédois. Jag är Nina et… oh ben faut un début à tout !

* Je vire complètement schizo

Rendez-vous sur Hellocoton !

Opportunisme sportif

Il y a des fois où le comportement de mes congénères m’échappe un peu. Un exemple au hasard : hier soir, coupe du monde de football, finale au sommet entre l’Espagne et les Pays-Bas. Comme nous étions dans la voiture avec Vicky et que nous étions épuisées par 3h de bouchon, nous avons décidé d’écouter la finale à la radio, pour voir. Premier essai, Europe 1 avec un commentateur hystéro, ça donnait à peu près ça :

« Radio : Ahlalalala, Villaaaaaaaaa, Villaaaaaaaaa, Puyoooooooooool, raaaaaaaaaaaah !

– Heu, il a marqué tu crois ?

– Je sais pas, on dirait non ?

– Passe rrrrrrrratée de Villa surrrrr Puyol, la RRRRRRRRoRRRRRa est très offensive

– Ah non. »


Kirk_commentateur315.jpg

Donc comme on en avait marre de ne rien comprendre aux cris fous furieux du commentateur, nous sommes passées sur RTL pour suivre cette finale et en fin de compte et là, nous avons pris parti pour l’Espagne car ils se prenaient des coups de karaté et que c’était trop injuste. Oui, nous avons des raisons très réfléchies de choisir un chouchou.

foot-kung-fu.jpg

Sauf que voilà, au moment du but espagnol, nous étions au pied de son immeuble. Celui-ci s’est littéralement embrasé, on a entendu des cris de joie. Ah tiens, l’Espagne a dû marquer. Un coup d’oeil au report live de 20 mn (qui était quand même pas mal drôle) me confirme la nouvelle. Ouais ok. Là, ça devient de la pure folie, des gamins sortent dans la rue pour gueuler leur joie, on croise des voitures qui klaxonnent. La nuit, alors que j’essaie de dormir malgré la chaleur et deux chats qui foutent le souk (je garde celle de Vicky), j’entends des gens se mettre à gueuler dans la rue des « olé », « viva España » et autres conneries. A 2h30 du matin, je ne suis pas très motivée à l’idée de partager leur enthousiasme, étrange, hein ? Surtout que je commence un peu ma nouvelle vie aujourd’hui, j’ai besoin de dormir, merci. « Heureusement », il s’agissait des trois saoulards restés jusqu’à la fermeture du bar en face, celui là même où
quand les gens ont trop bu, ils chantent les Beatles. J’ai parfois la sensation que ma vie n’est pas réelle.

beatles.jpg

Là, j’ai un peu froncé les sourcils. C’est quoi ce bordel ? Je suis un peu contente que l’Espagne ait gagné mais au fond, je m’en fiche quand même pas mal. Certes, je n’ai aucune origine espagnole (enfin, mon père est Catalan mais Catalan français et je ne parle pas un mot de la langue de Calderòn) mais quand même, d’où vient cette ferveur qui va jusqu’à provoquer des incidents ? En 98, j’ai pu comprendre l’euphorie générale et pour être tout à fait honnête avec vous, j’étais pas mal emmerdée d’avoir passé le 12 juillet 98 chez Rachel qui n’a pas voulu voir le match, dans le fin fond de la campagne où, j’en suis sûre, la 3g ne passe toujours pas. Mais là, faut pas déconner, y a pas tant d’Espagnols que ça en France. Si ? Moi, je vois dans cette légère hystérie collective un opportunisme sportif, ni plus, ni moins. Puisque notre équipe a perdu (lamentablement et on ne sait toujours pas qui est la taupe, d’autant qu’il semble y en
avoir plusieurs, huhu, on se marre), il nous en a fallu une de substitution. Pas l’Italie, nos ennemis jurés en foot et de toute façon, ils n’ont pas passé le premier tour. Dans mon univers où je n’aime pas que ce soit toujours les mêmes qui gagnent, voir le champion du monde et le vice champion en titre se faire dégager au premier tour m’a méchamment fait plaisir, au passage. Bon, alors le Brésil (les censément plus forts) ? L’Argentine (pour Maradona ? Mais je l’aime pas, Maradona) ? L’Angleterre ? Ah non, eux, on ne les aime pas non plus. Enfin, moi si, de façon générale, surtout Colin Firth qui me fait frémir la culotte. L’Allemagne, les autres plus forts ? Ou alors les Espagnols, tiens, nos voisins qui ont aussi un tempérament latin. J’étais en vacances donc j’ai pas lu les médias pendant quasi 15 jours mais j’avais la sensation que les Pays-Bas n’avaient pas trop la côte en France. Bref, on change de favori au fur et à mesure des éliminations et des prévisions de Paul le Poulpe et là, enfin, on a choisi la bonne équipe. Bon, on avait qu’une chance sur deux de se planter. Du coup, après un mondial frustrant à voir notre équipe boire la tasse, perdre ses paris sportifs, enfin, oui, enfin, on a fait le bon choix donc on se lève et on va crier notre joie.

Colin-Firth.jpg

Après tout, pourquoi pas, allez-vous me dire, y a pas de mal à être joyeux, surtout avec la sinistrose ambiante, bla blabla. Oui, pourquoi pas mais bon, déjà, j’aimerais assez qu’on programme les finales de coupe du monde les samedis soirs pour qu’on puisse dormir le dimanche matin et ne pas pester contre des cris à 2h30 du mat. Mais surtout, je ne peux m’empêcher de m’interroger sur notre santé. Non mais c’est vrai, quand on en vient à profiter de la moindre occasion pour faire une fête et se mettre minable (comme les mecs du bar en face), c’est qu’on n’a pas trop le moral. Faut dire que quand j’ouvre le journal le matin, j’ai plus envie d’aller me jeter sous le métro que de danser la vie. Entre la crise, l’affaire Woerth-Bettencourt (qui pourrait être assez drôle ceci étant dit), les faits divers meurtriers qu’on nous relate à longueur de journée, les milliers de produits qu’on ne devrait même plus regarder tellement ils sont mauvais pour nous, le fait qu’on va tous mourir bientôt (selon un scientifique spécialisé dans l’évolution des espèces, dans un siècle, l’être humain n’existera plus. You-pi)… Bref, y a pas besoin d’être fin psychologue pour se dire que c’est pas la joie. Alors oui, je trouve les réactions de joie hier assez disproportionnées vi qu’aux dernières nouvelles, nous ne vivons pas en Espagne et que même si on les aime bien, nos voisins ibères, y a peut-être pas de quoi se rouler par terre de joie, boire jusqu’à fermeture du bar et se la jouer Gipsy King sur mon trottoir. A moins qu’on aille vraiment très mal…

clown-triste.jpg

Ou alors juste parce qu’on a la fête dans le sang et que la moindre occasion fait le larron.

Rendez-vous sur Hellocoton !

Mélanine, t’es pas ma copine

Oyé, oyé ! En ce lundi 14 juillet ferié, je suppose que peu d’entre vous squattent leur écran et je dirais qu’ils ont bien raison. Moi-même, je suis sans doute ailleurs à l’heure qu’il est. Magie du net, quand on y pense, être là sans être là… Enfin, cet article léger de jour férié n’abordera pas cet aspect ésotérique de la blogosphère donc passons à l’essentiel : mon problème récurent avec le soleil.

C’est en juillet 79, sur le canapé de l’appart en bord de mer de la famille Bartoldi que je fus conçue. Je sais, c’est bizarre de savoir où on a été, à priori, conçu, surtout quand on vient de passer une semaine à poser ses fesses sur ledit canapé. Bref, au moment où la fusion entre le spermatozoïde et l’ovule s’est faite (selon une intervention divine bien sûr), le partage des gênes a eu lieu. Ca aurait pu donner à peu près ça :

« Bon alors, couleur des yeux, on a quoi ?

– Beaucoup de bleu, un peu de vert chez la mamie maternelle.

– Bon, on reste au bleu. Cheveux ?

– Châtain clair limite blond ou châtain clair plus foncé.

– Bon, on fait du châtain clair tout court, mettez une mèche blonde, tiens. Couleur de peau ?

– On a du blanc, peau très blanche du père ou peau moins blanche de la mère.

– Bof, on a déjà mis plein de couleur, on va en rester là, moi, j’en ai marre. »

Et voilà ! Depuis 28 ans, j’ai la mélanine flemmarde. Pourtant, j’ai un père catalan, une mère à moitié bretonne, j’ai une relation passionnelle avec l’eau mais non, ma peau déteste le soleil. Petite pourtant, je bronzais… Après être passée par l’étape coup de soleil qui fait mal bien sûr, mais quand même. En grandissant, ça vire au n’importe quoi. D’ailleurs, je n’avais pas réellement bronzée depuis 2004 à peu près. L’an dernier, en vacances de travailleuse (celles où j’ai légitimement le droit de ne rien faire), j’ai essayé de bronzer, je
m’étalais au soleil pour lire mais au bout de 3 jours, non seulement j’avais aucune trace du maillot (alors que je bronzais avec) mais en plus, j’avais une allergie au soleil avec de jolis plaques grattantes dans le dos.

Cette année, j’ai un bronzage qui ne ressemble à rien : blanc de blanc par endroits, rouge écarlate à d’autres avec option « je peux pas dormir dans certaines positions parce que ça fait très mal ». C’est pas comme si je me protégeais pas, en plus, mains indice 30, c’est pas encore suffisant, apparemment.  Je suis un peu déçue, quand même, moi qui me voyais déjà revenir sur Paris la mine splendide, avec cette douce couleur de caramel blond qui était la mienne quand j’étais enfant. Raté.

J’espère désormais qu’il pleuvra tout l’été comme ça, je serai pas la seule à être blanche. Je sais, c’est égoïste mais vous n’avez qu’à expliquer ça à mes foutus gênes.

Rendez-vous sur Hellocoton !

Clash familial

Ce week-end, je vais à une cousinade à Perpignan, voici le concept : une de mes lointaines cousines a fait un arbre généalogique et a contacté toutes les personnes vivantes qu’elle a retrouvé pour organiser une grande fête. La cousinade ou trobada, en catalan (oui, j’ai des origines bretonnes mais aussi catalanes, merci de ne pas dire : « Seigneur, quel mélange explosif », je le sais déjà). J’ai un peu hâte d’y être, d’autant que je suis le portrait craché de mon père et de mon grand-père paternel donc je trouverai peut-être des gens qui me ressembleront comme deux gouttes d’eau. Je me suis donc dit qu’il était temps de te parler de ma famille, d’autant qu’il y a eu un clash, récemment.

Ah la famille ! Comme dit Maxime Leforestier : « On choisit pas ses parents, on choisit pas sa famille. » Il est temps que je te parle de la petite tribu dont je fais partie, lecteur. Je suis un cas rare : mes parents ne sont pas divorcés. Sincèrement, depuis que je vis sur Paris, je ne rencontre quasiment que des enfants de divorcés. Chez moi, mes parents s’aiment comme au premier jour, ils se font des voyages en amoureux, tout va bien pour eux. J’ai aussi une petite sœur, Alice, 23 ans en novembre (encore une scorpionne !) avec qui je ne suis pas très proche. J’aime beaucoup ma famille mais ce que j’aime le plus, c’est qu’ils ne savent pas qui je suis. Ils me prennent pour une sage jeune fille de droite non tabagique. Bien, je suis tout le contraire. Il y a des fois où je me demande s’ils ne le font pas exprès de se rendre compte de rien ! Je confie mon chat « à un copain » quand je pars en province, j’ai voté plus qu’à gauche aux dernières présidentielles et je sens parfois le tabac. Même, aux dernières régionales, sans le faire exprès, je n’ai pris que des bulletins de gauche. Enfin, peu importe.

Malgré des opinions politiques très divergentes, j’aime ma famille. Je suis un peu l’artiste du lot, la pseudo marginale qui a fait la fac et qui passe ses journées à écrire des trucs sur son ordinateur, celle qui a choisi la carrière casse-gueule de journaliste. A côté, Alice a fait deux écoles de commerce, fini majeur de sa promo à l’une d’entre elles et vient de faire son entrée dans la vie active. Ce week-end, pendant que je fais faire l’andouille à ma cousinade, elle, elle déménage, elle prend un appartement avec son copain, mariage prévu en 2008. A y réfléchir, je me demande ce que j’ai à voir avec cette famille monogame et engagée, moi, la fille indépendante des années 2000.

Le clash ne concerne pas ce petit foyer où les disputes existent, comme dans toute famille, mais en ce moment, ça va. Il faut dire que ma sœur et moi sommes parties en région parisienne depuis quelques temps donc les réunions familiales se font rares, ça limite les disputes.

Fin juin, ma sœur termine son stage et se retrouve avec deux mois de vacances avant de rentrer dans la vie active. Elle part en vacances à droite à gauche avec son Anthony puis les voilà de retour dans ma banlieue pour chercher un appart. La chance leur souriant, ils trouvent vite, à un kilomètre à tout casser de chez moi (avant ma sœur et moi habitions à 500 mètres à vol d’oiseau). C’est parti pour une nouvelle vie mais avant, ma sœur décide d’aller rendre une visite à ma grand-mère paternelle et c’est là que se situe le clash.

Comment vous décrire ma grand-mère ? Pour ceux qui ont lu « Hygiène de l’assassin », elle est la réplique parfaite du méchant écrivain obèse. D’ailleurs, mon pseudo « Nina » vient de ce roman, c’est le nom de l’héroïne journaliste qui parvient à rabaisser le caquet de cet odieux personnage. Pour ceux qui n’auraient pas lu ce roman (que je vous conseille), je qualifierais ma grand-mère de pédante et de méchante. Elle est née dans une famille de la haute-bourgeoisie du fin fond de la Dordogne, aînée donc victime (oui, c’est un raccourci étrange mais qui m’a servi à éviter certaines de ses foudres). Elle a fait ses études pendant la guerre (« moi, la guerre, je comprends pas pourquoi on en fait toute une montagne, je l’ai vécu et j’ai rien vu, moi, si ce n’est qu’on manquait de papier ». Oui, on s’appelle pas Lévy…) et est devenue laborantine, elle a épousé mon grand-père, un homme profondément bon que j’ai adoré le peu d’années où je l’ai connu. Des fois, j’aimerais vraiment qu’il soit là, près de moi, j’aurais aimé le connaître en tant qu’adulte, comprendre pourquoi il avait épousé ma grand-mère. Peut-être était-elle adorable, jeune, mais l’âge l’a aigrie, je sais pas. Donc elle se marie et fait un premier enfant, mon oncle, un deuxième, mon père, et un troisième qui est mort à la naissance. De ses deux fils, ma grand-mère n’en a toujours eu que pour mon oncle, elle se fout royalement de mon père, d’autant qu’il a eu la folle idée d’épouser une infirmière, il aurait pu trouver tellement mieux ! A côté, mon oncle épouse une pharmacienne, quelle classe ! Sauf qu’elle est totalement folle et qu’ils finiront par divorcer. Mon oncle a deux fils, mon père deux filles, donc, je suis l’aînée de cette nouvelle génération, « sa préférée », soit disant, mais j’ai dû perdre ce statut il y a pas mal de temps.

Il y a quinze jours, ce fut le drame. Alice va donc chez notre mamie pour essayer de gratter quelques sous pour s’acheter un frigo puis pour la voir aussi, elle n’y était pas allée depuis janvier. Et ce fut un lynchage intégral, ma pauvre sœur est partie en larmes. D’abord, elle a eu droit à l’habituelle litanie : « Mais qu’est-ce que tu fais avec Anthony ? Ce n’est qu’un pompier, c’est pas un métier ! Quelle drôle de vocation ! » Puis attaque en règle de ma sœur : « Mais qu’est-ce que tu es allée faire cette école de commerce ? Tu vois, la copine de ton cousin, elle, elle fait vraiment du commerce, c’est mieux… » Lecteur, ma sœur a fait l’ESC (Ecole supérieure de commerce) de Toulouse, la copine de mon cousin un vulgaire BTS. Bref, on s’est fait traiter de tous les noms pendant deux heures, que le seul qui avait réussi, c’était mon cousin qui allait intégrer l’école des Mines. Après, elle lui a balancé qu’elle n’avait plus d’argent, qu’elle n’avait qu’à demander à mon père. Lecteur, ma grand-mère est tellement pétée de tunes qu’on ne sait même pas combien elle a. D’autant qu’elle a payé une voiture à mon cousin quand il a eu le permis… Ma sœur et moi n’avons rien eu de tel.
Et, là, l’estocade (comme si ça n’était pas suffisant). Pendant l’agonie, ma grand-mère fait à ma pauvre sœur : « Mais, tu as les yeux bleus ! D’où tu les sors ? » Ma sœur, atterrée : « Ben, papa et maman ont les yeux bleus, alors… ». « Mais non, ton père n’a jamais eu les yeux bleus ! ».

On pourrait croire que ma grand-mère perd la tête mais absolument pas : quand on lui emprunte de l’argent, elle s’en souvient toujours. Mais la couleur des yeux de son fils…

Ma pauvre sœur rentre donc en pleurant et, à ce moment-là, ma mère expulse 29 ans de rancœur envers sa belle-mère. C’est décidé, elle n’ira plus la voir. Elle se souvient de son attitude au mariage (elle n’a pas voulu faire la fête avec la famille de ma mère, des « ploucs »). De ce qu’elle m’avait balancé à la figure un jour que j’allais la voir à l’hôpital après son opération du sein (« tu joues du violoncelle ? Remarque, ça correspond tout à fait à ta morphologie ! »), de la haine qu’elle a toujours eu pour ma sœur… Là, je crois vraiment que nous avons atteint un point de non-retour.
Et moi ? Je n’ose pas aller la voir ni l’appeler, vu que je vais forcément me faire traiter de tous les noms. Je suis nulle, j’ai pas de boulot, je suis grosse, j’ai même pas de mec… En même temps, quand j’en avais un, elle ne me parlait que de lui, elle l’adorait sans le connaître. Il faut dire que mon ex ambitionnait d’être professeur, pas « un vulgaire pompier ». Puis quand elle aura fini de me descendre, elle fustigera ma sœur et son « pompier »  qui n’est pas si terrible que ça (même pas vrai, il est très mignon, Anthony), qu’elle fait un boulot de m… et qu’elle est trop jeune pour se mettre en ménage. Je sortirais de cet entretien épuisée, énervée, mais je ne pleurerais pas. Ce qu’elle peut dire sur moi ne me touche même plus, personne ne sera jamais assez bien pour elle, de toute façon. Qu’elle critique ma sœur me dérange plus, déjà, d’autant que ma sœur est, des quatre petits enfants, celle qui a le mien réussi, à mon avis. En fait, je crois que j’ai fait une croix sur ma grand-mère et ça ne me chagrine que pour deux raisons : ça fait de la peine à mon père et j’ai l’impression de trahir la mémoire de mon grand-père. Dieu Merci, elle n’a jamais critiqué ma mère devant moi car, là, je crois que je ne l’aurais pas supporté.

Peut-être que quand elle sera mal en point, j’y retournerai…et je sais que je m’en prendrai plein la tête. Quand on a appris qu’elle avait un cancer du sein, il y a deux ans, ma sœur et moi nous sommes précipités la voir car nous craignions qu’elle ne trépasse. Alice s’est ramassé un nombre d’amabilités à peine croyable pendant que nous y étions (tu es mal habillée, tu n’as pas de culture, mais corrige-moi cet accent !). Sans doute a-t-elle manqué d’amour pendant son enfance mais je ne comprendrai jamais comment un être aussi méchant a pu épouser mon grand-père et engendrer mon père, deux être profondément bons. Et je ne comprends pas non plus comment son frère que j’ai rencontré récemment est aussi gentil…
Enfin, pour le moment, je n’ai plus qu’une grand-mère.

Rendez-vous sur Hellocoton !