Intolérants et fiers de l’être !

Il y a parfois certaines logiques qui m’échappent un peu. Il y a un an et demi, j’avais lu avec grande peine « No kids » de Corrine Meier, un livre que j’espérais drôle mais qui n’était qu’agressif et qui développait une argumentation plus que bancale. Le pire étant le parallèle fait entre le clonage et la masturbation « dès qu’un truc peut être fait sans l’aide de personne, il est condamné ». Je sais pas ce qu’ils prennent comme drogue chez EDF mais c’est puissant !


Au détour d’une page, je découvre l’existence aux Etats-Unis de résidences interdites aux moins de 13 ans. En gros les enfantophobes se regroupent dans des bunkers interdits à toute morve pré pubère. Hein ? J’ai beau ne pas raffoler des gosses, je ne comprends pas bien la démarche. C’est quoi le message ? « Puisque vous n’acceptez pas notre droit à ne pas vouloir d’enfants, nous aussi, on vous exclut ! ». Répondre à l’intolérance par l’intolérance ? Mon Dieu…

De la même façon, en ce moment, la grande mode dans les gens que je rencontre est de mépriser ceux qui n’ont pas les mêmes croyances que nous. J’avais parlé de celui qui m’avait répondu « obscurantisme ! » quand j’avais parlé du ramadan. Heureusement que je ne suis pas musulmane, j’aurais pu vraiment mal le prendre. Dimanche, re belote, je tombe sur un petit rigolo qui m’explique que les religions, il ne supporte pas ça et que pour faire chier ses potes juifs, il allait tous les appeler le lendemain, jour du Yom Kippour : « ahah, je suis sûr qu’il y en a plein qui ne vont pas l’éteindre ! ». Parce que normalement, le jour du Yom Kippour, les pratiquants ne doivent pas utiliser la technologie, en gros. Je le regarde, toute pleine d’incompréhension : pourquoi ? Pourquoi faire son petit con juste pour le plaisir ? Mais ce n’est qu’un geste de rébellion : « tu comprends, moi, mon athéisme, personne ne le respecte, je suis obligé de ne pas bosser le 25 décembre parce que ce serait la naissance de Jésus, c’est pas normal ! ». Ouais et alors ? Parce que tu sens qu’on ne tolère pas ton athéisme, tu ne tolères pas la religiosité de tes camarades ? Brillant comme réaction, y a pas à dire.




Du coup, il paraît que je suis un chantre de la tolérance. Ah ? Mais même pas. Je ne me sens pas tolérante vis-à-vis des croyances et du respect des dogmes des autres, c’est juste que dans les faits, je m’en fous de qui fait quoi. A partir du moment que la personne ne me force pas à faire comme elle, qu’est-ce que ça peut me faire, franchement ? Si j’ai fait une journée de ramadan cette année, ça n’a pas été à la demande de Iasmina qui était ravie de m’accueillir chez elle pour rompre le jeûne même si je n’avais pas joué le jeu, c’est moi qui me le suis imposé. Que Iasmina ait fait le ramadan, que deux de mes collègues aient fait le Yom Kippour, franchement, pourquoi j’irais les emmerder sur ce point ? Ca me dépasse, en fait. Je comprends qu’on puisse trouver certaines dogmes dépassés mais si les autres le respectent, en quoi c’est mon problème, franchement ? Evidemment que les dérives obscurantistes sont à bannir. Evidemment que le pape qui dit que la capote encourage la propagation du SIDA, ça me fait hurler. Mais franchement, la plupart des croyants ne sont pas des extrémistes fous furieux. Qu’y suis-je pour expliquer à quelqu’un que sa religion, ce n’est que de la connerie ? Bien qu’il faille distinguer dogme et croyance, attaquer les convictions de quelqu’un, c’est quand même couillu et plutôt agressif comme attitude. Je ne crois pas, ok. Je peux expliquer pourquoi je n’arrive pas à croire avec mes petites théories scientifiques (surtout moi qui suis littéraire) mais je ne peux pas convaincre un croyant que ses convictions ne sont que pures conneries (à moins que cette personne n’ait aucune personnalité, bien sûr). De la même façon, je ne supporterais pas qu’un mec vienne m’évangéliser, je ne vois pas ce qui m’autorise à en faire autant.

Bref, quelque part, le militantisme athée à mauvais escient me paraît une belle perte d’énergie. Qu’on se batte pour le respect de la laïcité de l’Etat, ça, je comprends tout à fait et je l’encourage,  même, mais qu’on aille emmerder les individus pour… pour quoi d’ailleurs ? Ca fait un peu provoc à deux balles d’un mec qui ne sait pas quoi faire pour exister. Je crois sincèrement que chacun fait ce qu’il veut chez lui, ça ne me concerne pas. Et ça ferait de moi quelqu’un d’ultra tolérant ? Quelle blague !


Bon, sinon, changement brutal de sujet pour finir par 2 brèves infoservice :

– Les filles qui veulent tenter de partir à Marseille avec moi et d’autres blogueuses, vous avez
jusqu’à demain pour envoyer votre article à Vicky de Buzz Paradise, ne ratez pas le coche

– Mais surtout, la bonne nouvelle du jour : on a atteint les 45 000 commentaires ! J’avais promis une bouteille de rhum agricole made in Martinique au gagnant, mais quel est-il ? La réponse en image :




Hé oui, F est l’heureux gagnant ! Ca me fait plaisir que ce soit un lecteur fidèle du blog. Envoie-moi un mail pour voir comment on se débrouille pour la bouteille.

J’ai expérimenté le ramadan

Tout a commencé par une semi blague. La semaine dernière, je demandais à ma collègue Iasmina si j’avais bien entendu qu’elle voulait nous inviter à rompre le jeûne avec elle. J’avais mal entendu m ais j’étais la bienvenue chez elle pour le faire. Alors que j’acceptais avec plaisir, mon autre collègue Isadora (qui n’est pas musulmane, je sais pas s’il est utile de le préciser) me dit « ah mais si tu va rompre le jeûne, tu le fais pour de vrai alors ! ». Moi, faut pas me lancer des défis comme ça.

Mardi, hier donc, j’ai fait ma journée de jeûne. Je m’étais préparée comme à un marathon. La veille, j’avais prévu de manger lourd et tard pour tenir. Après une engueulade sur MSN avec un gros con intolérant qui m’expliquait que la religion (en particulier musulmane) n’était qu’obscurantisme et le ramadan de la merde (depuis, il a dégagé de mes contacts). Sauf que quand je m’énerve avec quelqu’un, surtout via web, ça me coupe l’appétit donc à 0h, je finis par me décider à faire mes pâtes (alors que j’étais occupée à papoter avec
Tatiana et Vicky). Un gros bol de coquillettes bolognaise et deux banoffees plus tard ainsi qu’une bonne recharge en eau, je me dis que j’ai trop mangé et bu et que je vais mal dormir. Surtout que j’ai pas bu non plus des litres d’eau car ma vessie, elle a du mal avec le concept de ramadan.

Mardi, jour J. Je suis résolue à tenir et à ne pas trop me plaindre (sauf sur twitter). Parce que bon, les Musulmans, il font ça tous les jours pendant 28 jours donc la princesse pourrie gâtée, elle vit son jeûne en silence, merci. Alors j’en profite, justement pour expliquer le pourquoi de la motivation profonde du truc. J’ai appris relativement récemment que le ramadan servait en fait à plonger le croyant dans un état de pauvreté et d’humilité. Parce que bon, je pense que si je ne crois pas en ce Dieu catholique dont on m’a narré la
parole pendant 15 ans, je vais pas croire en Allah que je ne connais pas des masses parce qu’à l’arrivée, c’est quand même le même. Donc hier, dès que j’avais une envie de manger, boire ou fumer, je pensais à cet acte de pauvreté même si, en fait, je n’ai pas tant souffert de la faim que ça. Même la clope, j’en avais pas envie vu qu’à partir d’un certain moment, je planais un peu et que
l’idée de fumer me donnait la nausée. Par contre, la soif, c’est plus éprouvant, physiquement. Parce qu’à la fin de journée, j’avais quand même mal à la tête et du sable dans les yeux de déshydratation. Et je planais, oui. Mais j’ai pas craqué, même pas tellement eu envie en fait.

Et puis le soir, je suis donc allée manger chez Iasmina et j’ai ainsi fait la connaissance de son mari et de son fils. Il faudra un jour m’expliquer pourquoi tant d’hommes de moins de 6 ans tombent instantanément amoureux de moi et qu’après 20 ans, ils ont juste envie de me sauter. Bref, je joue un peu avec le petit qui me montre ses voitures, ses chaussures et tout puis arrive la rupture du jeûne avec l’appel à la radio (j’avoue honteusement ne pas connaître le nom). Là, c’est parti pour le repas : du lait fermenté avec des dattes,
une soupe avec du frik dedans, de la viande de mouton, de la coriandre et des légumes accompagnée d’un brik garni de pommes de terre, œuf, crème, herbe, fromage, de l’agneau aux petits pois avec des artichauts farcis et enfin le sucré avec un mélange de pruneau-abricots secs et amandes et des pâtisseries, le tout accompagné d’un vrai thé à la menthe. Evidemment, après la soupe et le
brick, je n’avais plus faim mais le mari de Iasmina m’avait prévenue de ne pas manger trop vite. Raté.

Après, Iasmina m’a montré les photos de son mariage en m’expliquant les différentes tenues, les rites… Et comme il était tard et que j’avais le ventre bien plein, son mari m’a ramenée et dodo.

Le bilan est donc plus que positif. D’abord, j’ai appris des choses sur le ramadan, sur les réactions de mon corps face au jeûne et en plus, j’ai pu rencontrer la famille de Iasmina et son gamin est juste génial (imaginez, c’est moi qui dit ça !). A un moment, par exemple, il dit « moi, je veux pas manger de ça » donc son père lui demande pourquoi et tout naturellement, le petit répond : « hé ! Parce que j’en ai pas envie ! ». Ah bah dit comme ça… J’ai vraiment passé un bon moment et j’ai appris des trucs, que demander de plus ? Par contre, soyons honnêtes : mon café, ce matin, je l’ai aimé d’amour !