Le monde ne t’attend pas

Mon cher moi d’avant,

Oui, je sais, tant de temps sans t’écrire, je suis un futur toi bien peu soucieux de t’apprendre la vie. Mais je me rattrape. Mon moi d’avant, tu as 25 ans au moment où je t’écris, tu viens d’arriver sur Paris. Ce billet pourrait presque être la conclusion de ce blog, un “qu’ai-je à en dire 8 ans plus tard” mais non, point de point final. Oui, ma chérie, dans 8 ans, tu blogueras encore. Différemment mais encore. Mais nous en reparlerons peut-être.

pourquoi-bloguer

L’autre jour, je discutais avec Bobby et nous parlions de nos premiers articles en ces lieux, ce qui m’a inspiré la prose suivante. Je me souviens quand j’ai débarqué à Paris, le 28 mars 2005 à 21h je sais plus combien. J’ai pris le métro puis le train, destination l’appartement de ma soeur qui m’hébergeait le temps que je récupère mon appartement. Le premier matin de mon stage parisien, je prenais le train puis le métro, me donnant un air d’importance car j’étais désormais un élément de la classe laborieuse parisienne. Même si je prenais le métro que pour une station de peur de me perdre. Même si j’étais que stagiaire payée en tickets resto et 50% de ma carte orange. Devenir parisienne était un signe de succès, j’allais pouvoir crâner devant mes anciens camarades restés dans ma province de bouseux… Enfin, par rapport à ma ville natale parce que bon, Toulouse, ça reste une grande ville. Je serai journaliste parisienne, tel était mon destin. Pensais-tu. Mais tu n’as juste pas compris quelque chose : personne ne t’attendait.

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Tu allais te confronter à la plus dure partie de ta vie : la recherche d’emploi. Non, ma chérie, un bac+5 n’est pas une clé magique qui ouvre toutes les portes, très loin de là. Comme dit précédemment, tu fais partie de la classe laborieuse. Un élément parmi des dizaines d’autres. Oh oui, tu t’enorgueillis de ton talent pour l’écriture et tu joues plutôt bien en entretien, les gens t’apprécient toujours immédiatement. Comme te dira un de tes supérieurs plus tard “tu as un relationnel incroyable : une personne vient nous voir, 5 minutes après, c’est ta nouvelle meilleure amie !”. Quoi sur le relationnel, tu tiens jamais bien la distance hormis ton noyau dur mais passons. Oui, tu as une jolie plume mais des gens talentueux au chômage, je t’en fais une liste de 32 étages. Non, tous les rédacteurs en chef du monde ne rêvent pas de bosser avec toi vu que… ils n’ont aucune idée de qui tu es. Les journaux tournent à grande vitesse avec toute une armée de pigistes ayant déjà faits leur preuve. Toi, tu as quoi ? Ah oui, un blog… Y en a qui ont réussi à en tirer quelque chose remarque mais toi, non. Même quand deux éditeurs t’ont proposé quelque chose mais c’était pas le bon moment, tu étais empêtrée entre tes “je suis la meilleure” et ta légère dépression de stagiaire de 26 ans qui n’arrive pas à décrocher le moindre minuscule CDD.

deprime

Si tu avais su, si tu avais su… Faut dire que t’as été un peu conne aussi d’avaler les belles paroles de ton directeur de master de journalisme, chantant la main sur le coeur que nous finirions peut-être dans les rues d’Atlanta, caméra au poing pour filmer un reportage pour CNN. Bon, ça, tu doutais dès le départ au vu de ton niveau d’anglais (pas si mauvais en fin de compte) mais que tu as été sotte de te croire au dessus du lot. Croire un mec qui serait un hybride parfait entre Tintin et Christophe Hondelatte, ce n’est pas sérieux ! Quoi qu’à ton époque, Christophe Hondelatte n’avait pas encore trop pété les plombs.

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A trop penser que tu brilles, tu as juste raté ton entrée en scène. Le talent, ça s’entretient pas dans le secret d’une chambre et vaguement sur un blog. Ca s’expose, ça se démontre. Oh, rassure-toi, tu vas finir par t’en sortir. Mais avec le recul, il t’a manqué une donnée essentielle pour réussir ta vie encore mieux : l’humilité. Peut-être serais-tu aujourd’hui une grande journaliste… Mais 8 ans après, je me demande… Est-ce que je ne préfère pas ma vie de petite marketeuse ?

Bien à toi mon moi d’avant

Ton toi de dans 8 ans (ouais, ouais, dans 8 ans, tu seras toujours à Paris)

Ciel, ma vie privée est exposée !

La semaine dernière, grosse panique comme quoi Facebook aurait publié nos messages persos, au secours ! Bon, pour ma part, j’ai eu le doute sur un seul message, je n’ai rien vu d’autre de suspect mais surtout, je n’ai rien vu sur le wall de mes correspondant, notamment mes ex plans culs. Du coup, j’ai un léger doute sur cette histoire mais peu importe.

Evidemment, lundi, j’ai un peu flippé sur le coup puis après, j’ai haussé les épaules : et alors ? Que trouverait-on dans mes messages privés Facebook ? Oui, certes, quelques messages olé olé mais ça intéresse qui de savoir avec qui je couchais en 2008 ? Sans parler du fait que j’assume parfaitement d’avoir une vie sexuelle, tu parles d’un truc incroyable… Et sur mes 400 amis Facebook, si la moitié a accès à mon wall, c’est bien le bout du monde.

Puis j’ai vu ça :

Pour ceux qui ont la flemme de regarder : un faux voyant devine des choses incroyables sur des gens mais en fait, il est relié à une régie qui lui donne des infos chipées sur les réseaux sociaux des personnes qui viennent consulter.

Et c’est reparti pour un tour sur le laïus sur la vie privée exposée, blablabla. Evidemment, il est toujours intéressant de faire de la prévention sur le danger de trop en dire sur les réseaux sociaux et le web mais au lieu de diaboliser Facebook, rappelons nous: qui a mis ces contenus en ligne ? Nous. Pourquoi ? Idéalement pour les partager avec nos amis, pour se la raconter un peu. Si tu as envie de cacher des choses… Ben fais le vraiment.

Par ailleurs, dans la vidéo, le mec se sert de photos trouvées sur les réseaux sociaux. Du coup, j’ai testé. Si tu tapes mon nom sur Facebook, tu peux savoir mon âge, mes photos de couverture Facebook, la boîte où je déclare avoir travaillé. Un map me situe en plein milieu de Paris, juste à côté de l’hôtel de ville. Oui bah non… En gros, avec mon Facebook, tu peux déduire que j’aime bien la mer et les ciels avec nuages et il est possible de reconnaître éventuellement Venise et Trouville. Ouah, tant d’infos sur moi me fait frémir.

J’élargis et je tape mon nom sur Google. 3 premiers liens : mes CV puis ensuite mes photos de profil Facebook, Linked In, Viadeo, Google+. Puis copains d’avant, 123 people, digikaa. Même pas mon Facebook, tiens.Des articles que j’ai écrit, des CV, des CV, des CV (va falloir que je nettoie un peu tout ça, y en a plein qui doivent être périmés et je suis pas sûre que ça donne une bonne image de moi tout ça…). Rien d’inavouable et de honteux en somme.

Parce que plutôt que de confier mes secrets les plus intimes à Facebook, Google+ ou Twitter, je les garde pour moi ou les stoque sur un site verrouillé (par exemple pour mes photos histoire d’éviter un crash de mon disque dur externe, mon pc… mais y a pas de photos de moi nues dans le lot, par exemple). Alors un magicien pourra me dire que je suis une travailleuse des médias sociaux, que j’aime la mer et les nuages, que je suis partie dans un endroit à l’eau transparente et que j’ai fait un tour en Sicile, ça me touchera pas beaucoup.

Bref, si tu veux pas partager ta vie privée avec la planète… Ben ne le fais pas. Facebook n’est pas là pour protéger notre vie privée, c’est à nous de le faire.