Fuis (en avant) et ne te retourne pas

Mercredi soir, dîner entre Ploufs aux Bonnes Soeurs, resto que je recommande au passage. On reparle de la soirée apocalyptique où l’une d’entre nous (enfin, elle a pas été réinvitee depuis) avait claqué la porte car on ne lui donnait pas toute l’attention qu’elle estimait recevoir et, telle la St Bernard que je suis, je lui avais couru après pour tenter de calmer le jeu (échec total). Et Lena de me dire : »ça m’étonne pas que tu y sois allée, tu étais dans une fuite en avant ».


Ce que j’aime chez Lena (entre autre chose), c’est qu’elle sait mettre le doigt sur un truc que je n’avais pas vu. Comme ma propension à ne pas m’occuper de moi pour aller m’occuper d’autrui. Les nœuds des autres sont toujours plus faciles à défaire. Mon poste est fermé ? Tiens, je vais plutôt passer la soirée à consoler une amie qui se fait traiter comme la dernière des merdes par le connard qui lui sert de mec. Tiens, je suis au cœur d’une rupture pas cool ? Je vais aller consoler la fille qui fait une crise d’hystérie parce que son mec va peut-être la plaquer.


Dans ces moments-là, je suis une sorte de Bat-girl : je végète dans une cave humide et sombre qui pue le moisi mais plutôt que d’assainir la cave, j’en sors au moindre bat-signal, la main sur le coeur, l’énergie prête à être dépensée dans cette noble cause. Quel altruisme !


Sauf qu’effectivement, cet apparent altruisme est un égoïsme (truisme). En général, quel est le meilleur allié des déprimés ? Le temps. Tu perds ton job ? Le temps t’apporte de nouvelles opportunités (enfin, faut chercher, hein !). Ton cœur est tout brisé ? Le temps t’aidera à cicatriser. Le temps guérit tous les maux mais à son rythme et son rythme est LENT. Moi, je l’aime bien le temps, hein, en phase down, j’espère toujours que le lendemain, il m’apportera une belle surprise. Incurable optimiste. J’adore le futur mais le présent m’ennuie dans sa monotonie. Enfin, même quand je vais pas bien, je suis capable de savourer un moment présent délicieux. Donc en attendant que ça passe, je m’occupe l’esprit. Bagues en perle ou sauvetage d’un(e) ami(e) en détresse, même combat.


Or penser que le temps guérit seul est un leurre. Il est comme le sable, il ensevelit petit à petit mais si tu prends pas la peine de te soigner, ça va gangrener. S’occuper des autres plutôt que soi est confortable et quelque peu gratifiant mais ça ne m’aide pas forcément. Ruminer n’est certes pas très constructif comme démarche mais ignorer les problèmes ne les résout pas.

Tu penses être quelqu’un d’exceptionnel à voler au secours du moindre petit cœur brisé ? Non, il faut infiniment plus de courage pour admettre que, oui, j’ai un problème et je dois le résoudre plutôt que de m’occuper de ceux des autres. Même si ça fait peur.

Que faire de ses anciens collègues ?

Ces derniers temps, j’ai eu pas mal l’occasion de retrouver d’anciens collègues, que ce soit Claude de mon premier boulot ou les éternels Simon et Ioulia de TGGP. Parallèlement, dans ma boîte actuelle, on a eu un joli claquement de porte et un autre collègue qui nous expliquait qu’il ne gardait pas contact avec ses anciens collègues car il n’en voyait pas l’intérêt. C’est vrai, ça sert à quoi les anciens collègues ?

collegue.jpg

Depuis deux ans et demi que je suis solidement implantée dans le monde du travail, j’en ai croisé des gens. Des gens que j’ai appréciés, d’autre moins. Dès que j’ai oublié à peine la porte franchie pour la dernière fois, d’autres que je revois plus ou moins régulièrement avec plaisir. Par exemple, je déjeune régulièrement avec Simon et Ioulia (plus parfois d’autres de TGGP) même si la demoiselle vit désormais à Londres (oui, elle a réussi son évasion de TGGP) ce qui complique légèrement la tâche. On est toujours ravis de se revoir, partageant nos bons vieux souvenirs, nos rêves de retravailler tous ensemble (mais pas chez TGGP, paraît que c’est encore pire que quand je suis partie). Bref ces anciens collègues là sont devenus des amis. Et 9 mois après mon départ, le fait qu’on soit toujours en relation montre que nous sommes au-delà d’une relation professionnelle qui s’éteint à petit feu.

collegue-sexy.jpg

Oui mais en dehors de ça ? En général, je « collectionne » mes anciens collègues sur Viadeo et Linked In, histoire de faire grossir mon réseau, puisque c’est à ça que ça sert. J’en reste souvent à ce degré minimal de lien (voire une mise en contact sur Facebook) qui ne m’apporte pas grande information. Je peux à la limite voir qui part de la boîte mais j’ai souvent ces infos par d’autres biais (notamment ceux qui sont restés). Rester en contact, c’est juste pour alimenter la boîte à potins ? Tututut, c’est plus compliqué que ça.

messes-basses.jpg

Dans nos milieux, ça se croise. Et ça se croise beaucoup. Récemment, un copain m’a appelée pour me demander si je connaissais une dénommée Julie Boisvert que j’ai en relation sur viadeo. Il s’agit en fait d’une ancienne collègue de chez TGGP avec qui j’ai eu peu de relations et avec qui je n’ai jamais travaillé directement mais en tant que personne, j’en pensais du bien. Et oui, c’est le pouvoir de la recommandation. Imaginons que je cherche à recruter (huhuhu, j’aime me donner de l’importance), je vais donc sur viadeo ou linked in et je tape la fonction qui m’intéresse. Oh mais que vois-je ? Telle personne est en contact avec des gens que je connais déjà… Elle marque déjà des points.


viadeo.jpg


Evidemment pour un rapport plus proche qu’un simple lien sur Viadeo et consort, je dirais que là, faut pas se forcer non plus. Il y a des gens avec qui on a des affinités et d’autres non. Il y en a que je n’ai pas revus depuis mes démissions et j’avoue que ça ne me dérange pas trente secondes. Et quand je dis revu, j’étends ça à tous les moyens de communication existants. Parce que je n’ai pas des affinités avec tout le monde, il y en a même que je n’aime pas et l’idée de ne plus les revoir est plus un soulagement qu’autre chose.

soulagement.jpg

Mais je peux comprendre la réaction de mon collègue. Est-ce que trop fréquenter ses anciens collègues, c’est un peu refuser de tourner la page ? Je ne sais pas. J’ai une certaine affection pour ma première boîte, qui va actuellement très mal, et j’ai eu quelques attachements chez TGGP aussi même si leurs galères me fait doucement ricaner. Je suis une garce professionnelle, ouais mais quand je constate que mes recommandations faites alors n’ont pas du tout été suivies et qu’un an après, on essuie encore les mêmes critiques, oui, ça me fait rire. Et rien que pour ça, j’ai bien fait de garder contact avec mes anciens collègues (mais aussi parce qu’un jour, on fondera notre boîte et on dominera le monde, hin hin hin !)