Existe-t-il de mauvais romans ?

La semaine dernière, j’étais donc en masterclass avec Bernard Werber qui, entre autres conseils, nous enjoignait à lire des livres, les bons comme les mauvais. Ca tombait bien, j’étais en train de lire un livre épouvantable que j’ai détesté dans à peu près tous ses aspects, de la forme au fond. Et depuis, je me questionne : existe-t-il de mauvais romans ?

Mauvais romans pilonnés

Balayons tout d’abord un poncif : oui, la perception d’une oeuvre est subjective et si je m’en réfère aux avis Amazon collés à ce livre honni, il est plutôt apprécié (mais c’est une auto édition Amazon alors je suis pas sûre…) même si j’ai vu quelques commentaires de type “mais c’est complètement nul, je comprends pas les avis positifs”. J’y reviendrai une autre fois sur le livre en lui-même, je voulais pas trop le charger cause auto édition, ne pas tirer sur l’ambulance mais puisqu’il est bien noté sur Amazon, après tout… Mais ok, j’ai détesté ce livre mais est-il objectivement mauvais ? Ca implique de fait une autre question : c’est quoi un mauvais roman ?

Le grumphy cat

Je serais du même avis que Karim Debbache qui, lui, traite de films : un mauvais film est un film qui naît d’une mauvaise intention. Et on peut apprendre d’une mauvaise oeuvre autant que d’une bonne. Précisément le point de Werber : lire un livre qui nous déplaît nous force à réfléchir à comment nous aurions fait, nous, pour faire mieux. Alors attention, je parle ici d’une démarche humble : repérer ce qui nous dérange et voir comment on aurait pu faire pour que ça ne nous dérange pas. Ca ne veut pas dire que vous ferez forcément mieux mais que vous avez identifié un problème que vous essaierez de ne pas reproduire dans vos écrits.

Corriger un texte

En fait, je me demande dans quelle mesure un mauvais livre n’est pas plus stimulant pour l’écriture qu’un bon. Par exemple, quand je lis un bon roman, ça a tendance un peu à m’inhiber, je me dis que je ne pourrai jamais faire aussi bien. Alors qu’un mauvais, pour peu qu’il réveille une frustration, une envie de mieux faire, ça te booste dans tes projets littéraires.

Ecrire

Mais du coup, revenons en à l’histoire de l’intention. Quand j’ai lu ce roman en me disant que c’était de l’essence pure de merde, j’ai hésité à en parler comme je disais plus haut car il ne me semble pas que l’autrice avait de mauvaises intentions en publiant ce roman. Elle a écrit une histoire qui aurait pu être intéressante mais avec des défauts d’écriture et de construction de l’histoire réellement gênants. Mais quel était son but au fond ? Se faire plaisir à elle en se donnant un rôle à la fois central et complètement ridicule mais il n’y a pas d’intentions mauvaises de type écrire un roman hyper formaté juste pour se faire de la tune en oubliant la personne essentielle dans l’histoire : le lecteur. Du coup, peut-on réellement lui reprocher ce roman alors qu’elle a respecté la règle n°1 de l’écriture : se faire plaisir ? Même si moi, je n’en ai eu aucun en la lisant. Ecrit-on pour soi ou pour ceux qui pourraient nous lire ? Si elle a choisi l’auto édition, c’était bien pour être lue…

Ecrire pour être lue

L’ÉCRITURE DE PRESSE Écrire pour être lu

Du coup, faut-il remercier les mauvais auteurs ? Heu ben si on considère que j’ai perdu une semaine à le lire au lieu de passer au roman de ma pile à lire suivant, je doute…

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On est meilleur quand on est mort

Ce matin (ahem) en surfant sur le web, je tombe sur une news « Heath Ledger gagnera-t-il un oscar posthume ? ». Et allez, c’est reparti pour un tour, on va avoir droit à la minute poignante de la cérémonie où la personne qui ouvrira l’enveloppe dira d’une voix tremblante, au bord des larmes : « Heath Ledger ». Sauf qu’à force d’y avoir droit à chaque remise de prix, l’émotion est légèrement émoussée.


Evidemment qu’il est triste que ce jeune homme soit mort et selon Simon qui s’y connaît plus en cinéma que moi (ce qui n’est pas dur non plus), l’oscar ne serait pas volé. Bon, très bien. Mais quand même, cette « émotion » télécommandée me fatigue un peu. Ca fait presque un an qu’il est décédé, la plupart des acteurs ou actrices qui donnent le prix ne l’ont jamais croisé donc bon, faudrait arrêter un peu les larmes de crocodile. Tout ça est bien triste mais des gens doués dans leur métier qui meurent prématurément, c’est tous les jours que ça arrive. Et comme on aime l’émotion dégoulinante, si Heath gagne (ce qui ne fait à peu près aucun doute pour moi), c’est sa fille Matilda qui viendra chercher la statuette. Ils font sponsoriser la soirée par Kleenex j’espère au moins. Et financeront aussi la psychothérapie dont aura certainement besoin la fillette dans quelques années.

Au-delà de ça, on est en plein dans le syndrome « on ne trouve que des qualités aux morts ». J’adore les nécrologies des journaux, de vraies hagiographies en bonne et due forme où l’on ne trouve que des qualités aux défunts. Parfois, on évoque quelques zones sombres de sa vie mais on passe rapidement dessus car on ne dit pas de mal des morts. Prenons Mitterrand par exemple : à sa mort, on a surtout parlé de son travail de président, des avancées qu’il a amenées dans la société française mais tout ce qui touche les zones troubles de la période Vichyste, on l’évoque en quelques mots, on ne s’appesantit pas. On peut me dire que c’est mal de tirer à boulets rouges sur un homme mort qui ne peut pas se défendre (on ne tire pas sur l’ambulance…ni sur le corbillard) mais quand même, ça a également fait partie de sa vie.  De la même façon, on oublie un peu souvent de rappeler qu’Heath n’a pas joué que dans des Brokeback Mountain ou The Dark Knight, il a aussi joué dans 10 bonnes raisons de te larguer. Un navet en règle.

 

Autre petit point qui m’interpelle un peu, c’est cette remise de trophées, quel qu’ils soient, à titre posthume. Si Heath Ledger n’était pas mort, aurait-il même été nominé ? Qui le sait, on pourrait en débattre des heures et des heures que nous n’aurions toujours aucune certitude sur la question. Mais y a toujours un truc qui me turlupine un peu dans cette histoire. Je parle de titre posthume, pas de Heath Ledger en particulier. Pour moi, un oscar est certes la consécration d’un travail mais ne doit pas être une fin en soi, c’est un encouragement à continuer. Donner ce prix (ou un autre) à un mort, ça me paraît aussi utile que péter au vent. Oui, il était bon mais techniquement, il n’est pas là pour prendre la mesure de l’hommage que lui rend la profession. Comme disait ma grand-mère : « Bof, tu sais, les fleurs que tu mets sur la tombe, là où est le mort, il s’en fiche bien ». Oui, je sais que je peux paraître totalement insensible dans cette affaire mais je trouve la démarche de prix posthume un peu vain, surtout qu’en face, se trouvent des nominés qui, eux, sont toujours là et ont une carrière à poursuivre, un oscar pourrait leur donner un bon coup de pouce. A eux évidemment de transformer l’essai, se reposer sur ses lauriers n’est utile pour personne.  J’imagine les pauvres co-nominés (en l’occurence Robert Downey Jr, Josh Brolin, Michael Shannon et Philip Seymour, je mets la liste car dans l’ensemble, on n’en parle même pas). Ce jour devrait être essentiel pour eux mais en l’occurrence, face à un mort, aussi talentueux soit-il, ils n’ont à peu près aucune chance.



J’imagine que si Amy Winehouse meurt demain, on saluera sa grande carrière de chanteuse à un seul album, on saluerait de la même façon la grande carrière de Pamela Anderson… On dit souvent qu’on est rarement reconnu de son vivant. Pour certains, le talent semble pousser après la mort. Mais quelque part, être reconnu le meilleur après sa mort, c’est d’une inutilité… La postérité, franchement, ça sert à quoi ?

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