Range ton argument d’autorité

Longtemps, j’ai eu un énorme tort, un tort fortement répandu, d’ailleurs : j’en appelais à l’argument d’autorité. En gros, pour caricaturer à peine, je me targuais de mes diplômes qui étaient censés agir telle une massue pour faire taire à jamais mon contradicteur. Sauf qu’il va falloir nuancer très fortement.

Le diplôme comme argument d'autorité ?

Parfois, je débats. En ce moment pas trop… enfin si, je me débats mais avec mon burn out. Mais parfois, je vois des propos qui m’agacent ou me choquent et, dans un élan d’ennui, je me lance. Oui parce que pour me frotter à ça, il faut du temps. Balancer une punchline assassine à un crétin et s’en aller comme une princesse en refusant tout dialogue par la suite, ce n’est pas du débat. C’est soit du troll soit une volonté de faire comprendre au reac gogolito que non, son avis ne fait pas consensus. Et il m’arrive parfois aussi de signaler à quelqu’un que ce qu’’il dit n’a aucun sens car je ne peux m’empêcher de l’imaginer en train de taper doctement son texte,persuadé d’être le détenteur du savoir ultime… sans doute mais si tu oublies d’inviter la syntaxe et la grammaire, on va avoir du mal à être touché par tes révélations, hein… Et je vous vois venir, on en parlera une prochaine fois de la maîtrise de l’orthographe, grammaire et tout ça… (je l’ai déjà promis, je crois, en plus). Cependant, ici, le problème n’est pas tant un manque de maîtrise de la langue française mais plus une volonté d’utiliser un vocable compliqué pour… faire autorité. Mais comme dirait Boileau, ce qui se comprend clairement s’énonce aisément.

Jargon

Je suis hors sujet ? Pas tellement. Dans n’importe quel débat où vous rentrez ou bien que vous ne faites que suivre, il y aura souvent un (ou plusieurs) participant qui va arriver en brandissant son diplôme, sa culture (en utilisant un vocabulaire ronflant et souvent mal à propos mais peu importe) et son éducation (“ah, vous m’insultez, je gagne donc le débat”). Alors ok mais… Pour ma part, j’ai un bac+5 en journalisme après un bac+4 en histoire et un bac+4 en science politique. Diplômes qui ont entre 12 et 14 ans, déjà et qui peuvent me donner une certaine autorité dans un certain contexte précis, à savoir sur mes sujets de mémoire et encore… C’est à dire que j’ai étudié ces sujets y a plus d’une décennie et que j’en ai conservé un certain savoir MAIS… alors on va parler d’histoire précisément mais l’Histoire n’a jamais une seule lecture et il est possible que la grille de lecture que j’ai utilisée y a plus d’une décennie ait été remise en cause depuis. Ou que les faits ait évolués. Un pays peut avoir été un bel exemple de ci ou ça. Par exemple, le Brésil risque de se retrouver avec un second tour gauche-extrême droite donc si l’extrême droite passe, je sais pas si ce que je sais du Brésil d’aujourd’hui pourrait me donner une réelle autorité sur le Brésil de dans cinq ans par exemple, à moins évidemment de toujours étudier le sujet. Mais avoir su ne veut pas dire savoir.

Rio de Janeiro au Brésil

Il y a également la science, au sens très large du terme, où le moindre UE validé de médecine semble te placer au-dessus de la mêlée. Je ne rentre pas dans les débats sur la médecine car en guise de savoir, je n’ai guère que de certitudes et une petite culture grâce à mes parents mais effectivement, ce n’est pas moi qui vais vous expliquer comment marche un médicament, par exemple. Par contre, y a un truc que je comprends assez : c’est que la super dilution de certains principes actifs ne peut pas donner un médicament fiable. Et oui, nous rentrons sur le terrain joyeux de l’homéopathie sur lequel je vois de nombreux débats (enfin, moi, je ne vois que des gens qui défoncent l’homéopathie, j’avoue) et là, les arguments d’autorité fusent dans tous les sens, tout débat commence par l’annonce des années d’études “hé mais moi, j’ai étudié 10 ans l’homéopathie alors pouet pouet cacahuète”. Oui alors étudier pendant X années n’est pas forcément un argument. Moi, je suis sûre que j’aurais aucune difficulté à faire dix ans d’études en médecine… mais je ne garantis pas que j’arriverai en deuxième année. Voyez le truc ?

Aurora et Mariano dans Teresa

Après, il faut arrêter de confondre culture et intelligence. Tu es cultivé ? C’est bien. Faudra un jour qu’on discute de la culture acceptée voire sacrée versus une culture plus populaire. Tu as fait des études et t’as même des diplômes ? Cool, super. On parlera une autre fois de la valeur d’un diplôme. Tu vois par exemple, moi, j’ai jamais été une grosse bûcheuse (enfin, à la fac si mais parce que j’aimais ça de ouf) mais j’ai une bonne mémoire. Recracher correctement un savoir, ce qui satisfait certains profs, ne fait pas de moi quelqu’un d’intelligent. Bref, le fait d’être plus diplômé.e, cultivé.e ou poli.e que votre contradicteur ne vous donnera pas la victoire. Présenter vos arguments sans enrubanner ça d’un jargon peu compréhensible voire pas compréhensible du tout, par contre…  

Rendez-vous sur Hellocoton !

J’ai 25 ans

Depuis le début de ma nouvelle vie (aka mon nouveau boulot), je vis une étrange expérience que nous appellerons “non mais tu ne fais trop pas ton âge!”. Hé oui, si ma carte d’identité indique que je vais bientôt avoir 31 ans, mon corps, lui, s’en fout bien et ne suit pas. 25 ans quand je suis maquillée. Je suis descendue à 20 cet été dans le train post-vacances suite à non maquillage d’une dizaine de jours consécutifs.

se_demaquiller.jpg

J’aime bien cette idée. Si je me penche un peu sur ma vie, mon parcours, mes envies, ouais, j’ai pas 31 ans, j’en ai 25. J’ai 4 ans d’expérience professionnelle mais j’ai l’impression que je viens à peine de finir mes études et je dois tout apprendre. En fait, plus j’avance dans ma carrière professionnelle et plus je me frotte à un univers que je n’ai pas eu l’occasion d’appréhender lors de mes études : le marketing. C’est assez amusant de discuter avec mes collègues qui ont tous fait écoles de commerce, master en marketing et communication. Et moi “oh non, moi, j’ai étudié l’Histoire, les sciences politiques et le journalisme”. Ouais, je suis ce qu’on peut appeler un ovni. Plus vieille que les autres, un parcours qui n’a rien à voir, une confession “tu sais, avant de commencer le boulot y a 4 ans, je n’avais jamais fait de powerpoint”. A l’arrivée, ça ne me rend pas moins compétente, l’école du terrain reste la meilleure. Mais force est de constater qu’avec mes collègues de 25-27 ans, je me sens dans mon élément. Alors je décide de redescendre à 25 ans.


25-ans-anniversaire.jpg

Après tout, c’est cohérent. On ne sait jamais laquelle de ma soeur ou de moi est la plus âgée (officiellement moi mais elle, elle se marie, va faire un gosse alors que j’arrive à peine à régler ma peur de l’engagement), mon corps rajeunit de jour en jour grâce à un traitement à base de crèmes hydratantes et de sport (après, faudra que j’arrête le tabac). Alors pourquoi ne pas tricher ? Pourquoi ne pas se dire que hop, coup de baguette magique, je gagne 6 ans. Evidemment, mes mécaniques internes ne vont pas rajeunir, elles, mais j’aime cette idée. A y penser, 6 ans de gagné, ça donne le vertige. Y a 6 ans, pile aujourd’hui, j’arrivais sur Paris. Depuis j’ai vécu des milliards de choses, rencontré des tas de gens, accumulé les boulots, eu de bons moments, de très très bons moments mais aussi des plus difficiles, très difficiles.

oscillation.png

A 25 ans, j’avais quand même de sacrés avantages : outre la carte sncf 12-25 (que je ne pourrai jamais récupérer, ma trombine de jeune fille ne marche pas, il faut leur filer la carte d’identité), je pouvais faire la fête toute la nuit sans mettre trois jours à m’en remettre, ne pas m’entendre dire que mon prochain mec devrait quand même être le bon parce
que bon, tu comprends, si tu veux faire un bébé, faudrait voir à trouver le père maintenant… Et ne dis pas que tu n’en veux pas, tu n’en sais rien, c’est viscéral, fillette. A 25 ans, tu commences la vie, tu vis tout les yeux grands ouverts, tu respires à plein poumons.


respirer.jpg

Mais voilà, même si mon visage me fait gagner 6 ans sans rien faire, même si ma maturité émotionnelle est plus en phase avec mes 25 ans qu’avec mes 31, c’est pas comme ça que ça marche. J’ai quasi 31 ans, c’est un fait. Mais en fait, ça ne veut strictement rien dire. Après tout, que suis-je censée avoir à 31 ans ? Quelle est la norme ? Celle de Paris ou
celle de province ? Au fond, tout ça ne veut rien dire. J’ai déjà vécu beaucoup de choses, j’ai eu plusieurs vies, quelques part. Et j’ai encore tout à tas de choses à vivre. Peu importe si je ne suis ni mère, ni épouse, ni proprio. Moi, j’ai envie de voyager et d’apprendre des milliers de choses. J’ai envie de continuer à vivre les yeux grands ouverts et respirer à plein poumons. Glousser quand on me dit que j’ai 25 ans. Je serai sage plus tard, quand j’aurai 40 ans. Ou 46, ça dépend si je m’en réfère à ma bouille ou à mon état civil.

Rendez-vous sur Hellocoton !

Bac+8 ? Oh on va te payer au smic

J’ai une copine qui a fait de looooongues études pour devenir docteur es histoire. On appelle ça communément une thèse. Mais ce n’est pas tout, elle est également normalienne et agrégée. En somme une fille qui entre dans la vie professionnelle avec une grosse valise Vuitton. Du moins le croit-on.

Valise-Vuitton-Pegase.JPG

Après avoir passé 2 ans à New-York pour sa thèse, il est temps de rentrer en France pour devenir professeur. Dans mon monde parfait, l’agrégation me paraissait être un sacré ticket pour enseigner à la fac mais en fait non, ça te garantit normalement de ne pas enseigner au collège. Donc notre amie thésarde regarde son affectation et après avoir hérité d’un lycée dans une ville réputée difficile, elle hérite finalement d’un poste moisi à mi-temps ou un truc du genre (je ne suis pas très au fait, je ne suis pas dans l’enseignement). Salaire mensuel ? 1100 €.

porte_monnaie.jpg

Je précise que la scène se passe en région parisienne, le pays où les studios se louent 600 à 700 €. Donc si on enlève le loyer, l’électricité et la bouffe plus un quelconque moyen de communication, la demoiselle devrait finir le mois avec à peu près – 300 € sur le compte. J’exagère ? Pas si sûr ! Oh, je sais, des gens au smic, au vrai, y en a plein alors je vais pas la jouer misérabiliste pour la petite prof de lycée. Certes. Sauf que là n’était pas tant mon propos.

la-prof-du-bahut.jpg

Je l’ai déjà dit plusieurs fois, en France, on a un vrai problème avec nos études. J’avais un jour lu un article passionnant expliquant qu’il y a 50 ans, la différence se faisait au brevet des collèges, y a 30 ans au bac (avant 68, seuls 20% des candidats avaient leur bac), aujourd’hui, c’est à bac+2. Ben oui, vu qu’on doit atteindre 80% des candidats ayant leur bac, c’est du bradé. Surtout qu’il faut s’aligner sur les moyennes nationales. Quand Lucie bossait dans les Antilles, elle avait eu des copies catastrophiques, elle les avait notées à leur juste valeur. Non, ça n’allait pas, les notes étaient trop basses. Du coup, les notes ont été relevées et des candidats qui ne méritaient sans doute pas leur bac l’ont finalement eu. Pour ce que ça sert le bac, de toute façon… Je me souviens il y a 12 ans (pan! dans ma gueule au passage), quand je passais le bac, mes parents m’avaient bien saoulée sur l’importance d’une mention. Ben là, avec le recul, ça me donne envie de m’en taper les cuisses de rire. Ma mention au bac, elle m’a servi à demi crâner en 1ère année de fac et sur mon CV pendant quelques années. Depuis, ma « formation » débute direct à la maîtrise d’histoire, j’ai plus la place de détailler ce qu’il s’est passé avant. Je digresse, pardon.

etudiante.jpg

Mais la réalité  est bien triste. Un bac+8, c’est quand même pas à la portée de tous et selon les disciplines, avec un tel niveau, tu te fais un joli petit salaire. Mérité, hein, tant d’abnégation, de volontarisme, ça doit se payer, c’est normal. Sauf qu’en France, je l’ai déjà dit mais j’adore me répéter, les filières littéraires, on s’en tamponne franchement le cocotier, surtout l’histoire géo, on sait bien que ça sert à rien. Je suis sans doute partiale dans cette histoire mais ça me fout vraiment en colère. A quoi ça sert de faire de longues (et brillantes) études si c’est pour se retrouver avec un salaire aussi bas ? La prime au mérite, ça ne vous dit rien ? Oui, c’est vrai, c’est son premier poste de titulaire alors on peut comprendre que le salaire ne soit pas à hauteur de 3000 € mais il ne me semble pas que médecins ou pharmaciens ou chercheurs en science débutent au smic.

94547-enseignement-superieur-enseign.jpg

Et quelque part, ça m’écoeure, j’ai la sensation d’un « tout ça pour ça ». On sait que certaines voies sont bouchées et que les choisir est synonyme de parcours du combattant.Quand, après mon bac avec mention, j’ai choisi la voie Histoire au lieu de tenter Science Po ou même droit, mes parents étaient un peu sceptiques. A tort ou à raison, mes fréquentations science-politologues m’ont un peu prouvé que Science Po (du moins Toulouse, je ne sais pas les autres), ça ne sert pas à grand chose avant le niveau master, ce n’est qu’une bonne
prépa pour les concours : tu apprends un peu de tout sans te spécialiser sur rien. Bien sûr, ça m’aurait plu vu que je suis une vraie pique-assiette de la connaissance et que j’ai toujours envie d’apprendre de nouveaux trucs. Mais bon, c’est un peu pareil, quelle que soit la filière choisie, sans master, tu peux pas faire grand chose à part passer des concours. Mais normalement, les longues études marchent par écrémage, un peu l’inverse du Cid « Nous partêmes 5000 mais par de vils partiels, nous nous vîmes 30 en arrivant en master » (ça ne rime pas mais oh, je suis pas dramaturge en alexandrin, moi, j’ai pas fait les études pour). Faire donc une thèse, quelle que soit la matière, ce n’est pas donné à tout le monde, faut être bosseur et super opiniâtre. Parfois, j’aime imaginer qu’un jour, je ferai une thèse parce que j’ai adoré faire de la recherche mais avant la retraite, reprendre des études, ça me paraît un peu mal barré. C’est con, j’ai 150 000 idées de sujets de mémoire. OU alors j’apprends à ne dormir que 3h par nuit sans être fatiguée et je demande à quelqu’un de me mettre un verrou parental sur yahoo! jeux. Bref donc une thésarde agrégée, ça ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval et je ne trouve pas ça normal de se retrouver dans une telle situation après de telles études, surtout dans la fonction
publique. 

fonctionnaire-belge.jpg

Parce qu’à l’arrivée, on se demande bien à quoi ça sert d’être un « cerveau » (le guillemet, c’est pour l’expression comme dans « fuite des cerveaux », je ne remets pas du tout en cause les capacités intellectuelles de ma copine). On n’arrête pas de pleurer sur la fameuse fuite des cerveaux, justement, mais on ne fait rien pour les retenir. Surtout les littéraires… Non parce que c’est quoi la morale de cette histoire ? Que t’aies un CAPES passé avec une licence (ce qui n’est plus possible aujourd’hui mais ça l’était jusqu’à peu) ou une agrégation avec une thèse, c’est la totale égalité des chances, prie pour que le hasard soit clément avec toi ? Mais merde, l’égalité des chances, c’est pas à ce niveau qu’elle intervient, bande de buses. Limite, ça donne l’impression d’une course de F1 où ma pote conduit une McLaren et qu’en face, y a des Lotus, tu fais ta course, tu surclasses la concurrence masi pas de bol, à la fin, y a un tirage au sort et c’est ce seul résultat qui compte. Alors, c’est quoi le message ? Ca ne sert à rien de faire des études ? Remarque c’est pas faux, vu comme l’intelligence et la culture me paraissent être limite une offense aujourd’hui, un défaut… Mais le souci, c’est que moins on fait d’études, plus vite on grossit les chiffres du chômage, c’est pas très bon non plus, ça.

chomage2.jpg

Bref, tout ça pour dire que je suis écoeurée, que ça m’énerve profondément et comme j’ai un peu arrêté de fumer, je suis un peu très tranchée surla question. Mais merde, dans une prochaine vie, je me contenterai d’un BEP. Je gagnerai pas plus mais je le gagnerai plus jeune.

Rendez-vous sur Hellocoton !

L’univers infini des possibles professionnels

Ma chère moi d’avant,

Mon article d’hier ayant des relents d’adolescence, j’ai eu envie de t’écrire . Pas de sexe, du coup, je ferais dans le redondant mais parlons plutôt avenir professionnel. Que je suis sérieuse tout à coup, je sais mais t’inquiète, je vais pas te faire la morale. Je ne devrais pas te dire ça mais ta manie de ne pas faire tes devoirs ne t’a pas nui. Mais peut-être qu’un peu plus de sérieux t’aurait permis de…  je sais pas.

martineenthese.jpg

Bref, parlons de ton avenir, fillette. Depuis tes 15 ans, tu as décidé, tu seras journaliste. Et bien sache que tu as relativement manqué ton objectif mais t’inquiète, hein, tu vas devenir community manager, un métier qui n’existe pas encore à l’âge des rêves de carrière mais pas de panique, ça ne fait pas mal. Mais ce qui est un peu triste à mon âge, c’est que mon univers des possibles s’est considérablement rétréci. Ben oui, au collège-lycée, les possibilités sont nombreuses. Avant de vouloir être journaliste, tu as pensé à être prof, archéologue, architecte, opticienne, coiffeuse, assistante sociale, photographe, écrivain… Bref, ça changeait un peu tous les jours mais tu avais le temps. Après, tu t’es rendue compte en grandissant que : tu étais atrocement nulle en géométrie et incapable de faire un rectangle parfait… TU te souviens, en CM2, toutes ces récréations que tu as passé à refaire ton rectangle car il faisait 9.8 cm de côté et pas 10 tout rond ? Ouais, j’avais une instit super pointilleuse. Même en seconde, en cours de dessin, quand tu as dû faire une nature morte, tu étais la seule à avoir un cadre totalement foiré (mais j’ai eu 12 malgré tout, j’étais pas si nulle). Donc l’architecture, c’était mort. Tu t’es aussi rendue compte que les sciences et toi, au-delà du niveau C’est pas sorcier, tu étais nulle (excepté pour les cours concernant la génétique et la reproduction, tiens). Et c’est après un terrible babysitting de 15 jours en Pays Basque que tu as
compris que tu n’aimais pas vraiment les enfants, sauf exceptions et que ta patience était somme toute très relative. Mais malgré ce manque de talents dans certaines filières, tu pouvais rêver.

reveuse.jpg

Aujourd’hui, j’ai 30 ans et l’univers des possibles est plus que limité. D’abord parce que j’ai fait des études : je suis partie en littéraire, j’ai eu une maîtrise d’histoire, de science politique puis un master professionnel de journalisme. A partir de là, ça paraît compliqué de devenir architecte (outre le fait que je ne sais pas faire des rectangles parfaits au millimètre). Pourtant, il m’arrive encore d’avoir des lubies professionnelles. Quand je vais dans une expo bien foutue, je me rêve scénographe. Quand je regarde les photos des magazines (pas celles de mode, celles qui illustrent des articles généraux), je rêve de faire de la photo kitsch. Ouais, je sais, ça peut paraître bizarre mais j’adorerais mettre en scène des photos illustrant un premier rendez-vous amoureux ou le stress au boulot, c’est limite de la BD. Sauf que je sais pas dessiner, malgré mon épique 12 en nature morte. Et puis des fois, je me dis que tiens, je pourrais devenir fleuriste (malgré mon allergie au pollen) ou scénariste. Sur ce dernier point, après tout, rien n’est perdu, ma carrière (enfin, au bout de 3 ans à temps plein, ça fait un peu prétentieux de parler de carrière) restant toujours connectée à l’écriture mais bon, je me connais. Ecrire des conneries, ça va m’éclater 5 mn, mettre en scène la perversion de personnages naturellement vicieux et mauvais mais au bout d’un moment, stop.

mr-gigard.jpg

Alors tu dois trouver ce que je te raconte bien triste mais ma fille, c’est la vie. Puis t’inquiète pas, tu vois, à 30 ans, j’ai encore des lubies professionnelles, comme toi. Juste qu’après, les lubies ne payant pas le loyer, j’ai un vrai métier qui me rapporte de vrais sous à la fin du mois. Et je vais te dire, je crois que pour certains jobs, vaut mieux que ça reste du domaine de l’imagination, la réalité est toujours beaucoup moins drôle.

secretaire.jpg

Bon, allez, c’est pas tout ça, file faire tes devoirs. On ne sait jamais, ça peut servir.

Rendez-vous sur Hellocoton !