Relisons les dystopies

Je lis. Beaucoup, souvent, partout. J’aime imprégner chacun de mes voyages d’un livre, me créer des lieux de lecture exceptionnels. Et en tant que bibliophage assumée, je ne suis guère difficile dans les genres : des grands classiques aux polars en passant par la fantasy, la science fiction ou le développement personnel… Je sors d’ici les essais que je lis plus par envie de savoir pour le coup. Pour ne pas m’enfermer dans un genre, je me suis créé une routine sur ma liseuse : un roman de saga (actuellement l’Epée de vérité), un Philip K. Dick, un classique de la littérature, un développement personnel et un polar (sur ma liseuse, je lis d’autres trucs à côté). Mais je me dis que dans ma jolie liste, il manque un genre que je vais devoir rajouter d’urgence : les dystopies.

Hunger games - Lire les dystopies

J’adore les dystopies, j’en écris d’ailleurs régulièrement. Enfin, j’en ai écrit une il y a quelques années, Technopolis, puis j’ai dû en débuter une demi-douzaine d’autres se déroulant dans un univers plus ou moins éloigné dans le temps parce que je trouve que c’est un formidable terrain de jeu. Déjà, comme je fus une tricheuse feignante, je trouvais plus simple d’aller installer mon histoire dans un univers alternatif comme ça, pas besoin de recherche… Non parce que là, pour mon roman de Maja, j’en suis à checker la topologie suédoise pour vérifier que ce que je raconte, ça marche un peu… Alors que bon soyons honnêtes, je doute que beaucoup de personnes susceptibles de lire un jour cette histoires connaissent vraiment Dyviksudd. Moi-même, avant de choisir un peu un endroit pour une partie de mon récit, je ne connaissais pas et autant vous dire que je n’y ai jamais mis les pieds (je me suis arrêtée à Göteborg)(faut vraiment que je me fasse un Scandinavian trip). Mais surtout, ça permet d’imaginer le pire… Et parfois, le pire, c’est pas si loin de la vérité.

escalade à Dyviksudd

Le saviez-vous ? Dyviksudd est un très beau spot d’escalade

D’après ce que j’ai vu passer dans mon flux Twitter, les ventes de 1984 ont explosé depuis l’élection de Trump, surtout rapport à ses alternative facts. Si vous n’avez pas lu 1984, il faut le lire parce que… en fait, je vais vous dire, je vais vous parler de dystopies. Plein, tout le temps. J’en ai lu quelques uns, les classiques de type 1984, bien sûr, Farenheit 451, le meilleur des mondes, Ravage (j’ai toujours eu une grande affection pour Barjavel malgré son côté résolument réac) ou même Globalia de Ruffin. Et je parle de livres mais y a aussi beaucoup à dire sur certains films. J’ai caressé du doigt la partie dystopique de Cloud Atlas, y a Divergente aussi (méééé), le Labyrinthe (mééééééé mais en fait, ça dépend, rapport au twist final), Hunger games que j’ai pas vu… Puis les séries de type Dark Angel, Trepalium et si on abuse un peu The walking dead (mais à partir de la saison 5 selon moi puisque la dystopie décrit plus un système sociétal et politique qu’un monde qui survit à une catastrophe).

The walking dead, Rick et Michonne

La dystopie est un outil idéologique dans la mesure où un auteur va tisser un monde noir autour de dérives possibles et qu’il souhaite dénoncer. On y retrouve en général un totalitarisme, assumé ou subtil, passant généralement par un contrôle total de la culture et du divertissement, un leader réel ou fantasmé despotique, une réécriture des faits et de l’histoire. On peut considérer qu’elles ne sont que peu crédibles mais elle nous alertent sur les dérives possibles, presque naturelles, de toute société ivre de pouvoir. C’est ce dont je parlais dans Idiocracy : si je ne crois pas forcément en une bêtise crasse congénitale, force est de constater que notre système médiatique actuel ne nous pousse pas à nous élever, loiiiiiin de là. Parce qu’on nous fait croire que la détente, c’est surtout ne pas réfléchir. Parce qu’on nous répète souvent que les études littéraires, c’est de la merde, que ça nous apprend pas un vrai métier… Pourtant, connaître notre histoire serait la meilleure façon de se garantir du “plus jamais ça” qu’on brandit avec morve à chaque commémoration de la Libération mais dont on nie les avant-signes pourtant de plus en plus flagrants (point Godwin ? La meilleure arme de ceux qui préfèrent ne pas voir, peut-être…). La culture est dévaluée et si on n’en est pas encore à l’étape de brûler des livres, on commence à titiller sans même s’en cacher la…mmmm… réinterprétation de l’histoire.

Portrait géant de Mao Zedong

Certains les ont cru fous quand ils racontaient leur avenir sombre, peut-être avaient-ils juste anticipé, juste compris que l’ivresse du pouvoir et du contrôle pouvait entraîner le pire. Et je vous parlerai de temps en temps de ces grands romans, films, séries, BD ou même, pourquoi pas, jeu vidéo… car peu importe le format, pourvu qu’on ait la dystopie

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Les sites de rencontre nous pervertissent

Il y a 10 jours, petite pause dans l’hystérie de ma semaine, je jette un œil sur Twitter et voit quelqu’un ricaner sur un article des Inrocks évoquant la culture du plan cul qui prend ses aises en France. Heu… Je voudrais pas vous choquer les gars mais le plan cul, c’est pas nouveau nouveau comme concept. Je pense que dans les années 80, déjà, VSD et autres titres putassiers devaient déjà réaliser des enquêtes sur ce nouveau phénomène qu’est le plan cul. Phénomène qui n’avait lui-même rien de nouveau à l’époque non plus. Pour moi,la réelle évolution n’est pas dans une certaine libération des mœurs mais plus dans la prise de parole autour de ça. C’est mieux assumé, moins amoral même si de grands intellos masculinistes considèrent qu’une femme qui se donne sans Amour et sans espoir d’être fécondée par ledit monsieur sont de grosses putes vérolées. J’y reviendrai tiens.

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Cet article, outre qu’il doit bien avoir 40 ans de retard, se permet en plus de distribuer les responsabilités, nous rappelant insidieusement que baiser sans Amour, c’est mal. Premier coupable de notre récente  (hmmm) perversion : les sites de rencontre ! Mais oui, à peine est on inscrits dessus qu’on se transforme automatiquement en prédateurs sexuels en recherche perpétuelle de chair fraîche. Ouiiiiiiiii ? Alors qu’avant, tu comprends, les gens ne cherchaient que l’amour parce qu’ils n’avaient pas le choix (c’est vrai, le Minitel ou les petites annonces, sans parler des différents bals et orgies n’ont jamais existé, c’est faaaaaaaaux !) mais depuis que l’on a désormais autant de choix, on se sent obligé de tout goûter. Noir ou blanc, petit ou grand, sec ou rond, jeune ou vieux, homme ou femme. Venez tester, venez vous amuser ! Qu’est-ce que ce sera pour vous ce soir, madame ? Ce délicieux monsieur aux couleur caramel ou un petit trio pour entamer la semaine sur une note d’audace ?

le-cuisinier

Oui… Mais non. La quête d’un partenaire varie déjà d’une personne à une autre. Quand je me suis inscrite sur un site de rencontre la première fois (et les fois suivantes), c’était avant tout pour tromper mon ennui. Avoir de nombreuses conquêtes m’a permis de prendre confiance en moi, multiplier les expériences, rencontrer des personnes intéressantes (aussi). Certes, le rythme s’intensifiait dans les périodes où je n’allais pas très bien et que j’avais besoin de ne pas penser. Je pense que je n’ai jamais autant baisé que durant mon chômage et quand je bossais chez Pubilon. Ca, c’est mon cas. A côté, j’ai des ami-e-s qui cherchent un partenaire de vie et ce très sérieusement. Après tout, les sites de rencontre comme les bals populaires d’antan sont avant tout un carrefour où se rencontrent les âmes esseulées. Il peut en naître de l’amour, du sexe, de l’amitié… ou éventuellement un moment gênant.

Quelques-verres-de-vins
Et puis, pardon mais ça veut dire quoi cet article ? Savais-tu, cher journaliste réac, qu’on pouvait tout à fait trouver l’amour sur un site de rencontre même si on ne dit pas non à quelques jeux sexuels de temps en temps. Sais-tu qu’on peut aimer le sexe, avoir envie de s’amuser mais, si on rencontre une personne qui nous intéresse, on a aussi la possibilité de cesser tout jeu de séduction avec les premiers venus pour tenter l’aventure avec celui ou celle qui nous fait battre le coeur ? Est-il impossible de trouver l’amour si on le cherche ? Une fois que l’on s’est adonné au plan cul, sommes-nous condamnés à ne plus être “dignes” d’amour ? Non. Peut-on réellement affliger ce type de raisonnement digne d’une adolescente de 15 ans dans un soap en 2015 ? Non mais pitié…

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Massacre musical

Je suis ce genre de filles qui n’écoute que peu la radio même si un petit France Inter pour se lever, ça le fait. J’écoutais RFI avant mais j’ai perdu la fréquence. Une histoire passionnante… Et pourquoi je voue un culte à la radio publique, outre le fait que ça rentabilise ma redevance ? Parce qu’il y a peu de musique et que le peu qu’il y a respecte mes oreilles.


Été 2011, une partie de mon plateau tibial a tenté de se faire la malle mais un gentil chirurgien l’a revissé à sa place. Et c’est parti pour 4 mois de rééducation dont 2 avec une séance de kiné quotidienne. C’était pas mal en soi la rééducation mais y avait un truc terrible, un truc qui fait PEUR et qui fait saigner les tympans. Une radio réglé sur NRJ.


Ce qui est fascinant avec les radios commerciales, ce sont leur playlists incroyablement pauvres. En gros, peu importait l’heure de mon rendez-vous, je me tapais toujours Bruno Mars, Britney Spears et des affreux tubes de l’été dont j’ai occulté le nom, sans doute par traumatisme. Or si Britney a toujours une digne place sur ma pouffe liste, c’est comme Madonna, c’est la Britney d’avant. Celle qui n’usait et n’abusait pas de l’autotunes. Car il faut le dire : l’autotunes est le cancer de la musicalité.


Été 2012. Anais et moi sommes posées sur le rameur à potiner en toute sérénité façon Hélène et les garçons. Sauf que nous, on ne contente pas de poser notre cul sur l’appareil pour commenter la dernière infidélité de José ou la toxicomanie de Christian, nous, on rame en même temps (mais on parle cocufiage et toxicomanie quand même, ma vie est une sitcom). Et l’autre jour, un flux sonore bien frapper mon oreille « Nanana TACATA nana nana TACATA ! ». Le dernier dégueulis musical à la mode qui me donne envie de plonger sans équilibrer mes oreilles histoire de pulvériser mes tympans. MAIS NON PUTAIN ! Comme l’an dernier chez le kiné, je ne peux fuir (essayez de fuir en béquilles, c’est pas très rapide). Je me sens salie, souillée par cet immondice mêlant rythme obsédant et autotunes. Mais qui peut écouter, ça ? Sérieux ?


Vous allez me dire que je me la joue un peu connasse snob réac alors que ma playlist chouchoute est discutable vu que j’y ai du Britney, du Lady Gaga, du Madonna (version eighties et nineties, j’insiste), du Dr Alban (sing alleluyah !), du Rihanna, du Army of lovers, du Beyonce… Et que j’ai même l’outrecuidance d’y mêler du Bach, du Beethoven, du Gabriel Faure (je suis accro à Pavane et à sa Sicilienne), du Prokofiev, du Krieg, le tout saupoudré de Gainsbourg et de Rolling Stones. Beau gloubiboulga musical qui devrait m’interdire de juger ce qui est bon et ce qui ne l’est pas.


Mais l’autotunes m’ecorche les oreilles salement, autant que des ongles sur le tableau. Tu sais pas chanter ? Alors laisse tomber. C’est un peu comme tous ces « photographes » qui usent et abusent de filtres divers et variés pour faire croire que leur photo n’est pas mauvaise. Je parle pas d’instagram, ça, c’est un gadget pour rendre ses photos iPhone moins pourries (l’iPhone n’est pas un appareil photo) mais bien de photos tellement photoshopées qu’elles en deviennent laides.


Mais ce phénomène musical me dépasse. Qui peut décemment acheter ça ? Est-ce que tac a tac peut avoir une vie sur nos platines hors boîtes et clubs ? Si quelqu’un peut m’expliquer…

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Les polémistes sont-ils des génies ?

 Semaine dernière, je tombe sur Pif-Paf, l’émission sur la télé de Paris Première présenté par Philippe Vandel avec, entre autre Isabelle Morin-Dubosc que j’aime bien. Le
dossier de la semaine portait sur les polémistes et, évidemment, sur le plateau, il y avait Eric Zemmour pour qui j’ai toujours eu beaucoup de mépris. Mais finalement, en l’écoutant parler, je me suis demandée si, quelque part, c’était pas un génie. Continuez l’article avant de me taper, hein. Parce que moi-même, de dire ça, j’ai envie d’aller me mettre la tête dans les toilettes et de tirer la chasse mais vous allez voir.
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Qu’est-ce qu’un polémiste ? C’est un mec qui squatte un plateau télé et qui n’est jamais d’accord. Parce que ça fait de la bagarre, des cris, parfois même des invités qui quittent le plateau et après, on passe au zapping, huhuhu. Par exemple, chez Ruquier, on a (ou avait, j’ai pas regardé depuis plus d’un an) Zemmour, donc, à côté de Michel Polac, ce qui fait que parfois, l’invité ne peut même plus parler tant les deux rhétorisent joyeusement sur le sujet. Les polémistes aiment astiquer les inviter, les pousser dans leurs derniers retranchements. Par exemple, dans Pif Paf, ils montrent une passe d’arme entre Romane Bohringer venue défendre le DAL (droit au logement) et le fameux Zemmour qui part sur le « non mais le DAL, ils font venir des gens, c’est du faux ! ». Et Romane de s’énerver et comme elle n’arrivait pas à argumenter, de se lever en secouant les bras. Retour sur le plateau de Pif Paf, Zemmour s’explique : « ce que je veux, c’est qu’elle m’explique pourquoi elle défend cette cause et comme elle n’y arrive pas, elle fait son actrice. » Et là, pour la première fois de ma vie, je me dis que, merde, il a raison. Bien sûr, sur le fond, même si les SDF du DAL n’en sont pas vraiment, j’ai tendance à dire que ce n’est pas le problème. Les SDF, ça existe hors caméra, j’en croise (hélas) tous les jours et je peux comprendre qu’ils aient pas envie d’être exhibés devant les caméras. Mais là, Romane a été incapable de rétorquer quoi que ce soit, de sortir du discours appris par cœur. Bien sûr que la cause du DAL est noble et personne ne peut décemment dire « s’ils n’ont plus de logement, c’est leur faute, au fond, laissons les crever ! ». Justement, défendre une cause entendue veut-il dire qu’on ne doit pas réellement la défendre ? Chaque people a sa noble cause. Après tout, avec toute la tune qu’ils touchent, qu’ils en rendent à ceux qui en ont besoin, c’est limite la moindre des choses. Nos stars défendent tous un truc, chantent tous aux restos du cœur mais parfois, on peut se demander les réelles motivations. Les enfoirés, par exemple, on leur reproche souvent d’en profiter pour faire un peu de promo pour leur dernier album, se faire une image de people soucieux de son prochain et généreux. Ok mais au fond, on peut aider les restos du cœur autrement qu’en achetant leurs CDs.

Mais revenons à nos polémistes. Il est des causes qu’on pense ne pas avoir besoin de défendre, tout comme des opinions dans certains milieux. Par exemple, dans une fac de sciences humaines, sortez un « Sarko est un enfoiré », on vous approuvera. Vous pouvez même le dire sans le penser ou sans savoir bien pourquoi, on vous demandera pas d’argumenter. Et ça m’énerve un peu. J’aime bien que les gens m’expliquent pourquoi ils pensent ceci ou cela. Je suis bien consciente qu’en matière de politique, l’opinion ne se forme finalement que sur une interprétation des faits mais ça n’empêche pas qu’on dépasse le slogan vide de sens pour expliquer un peu pourquoi on en vient à penser ça. Surtout que c’est pas les arguments et exemples qui manquent hein…Et ça marche pour les SDF. Evidemment qu’on veut les aider à avoir un logement décent mais c’est pas tout de le dire. Qu’as-tu à proposer ? As-tu autre chose à dire que c’est dramatique comme situation ? Parce que juste dire ça, c’est à la portée de n’importe quel abruti venu. Et là, je comprends le principe de Zemmour qui s’oppose toujours pour pousser l’artiste qui défend sa cause à dépasser la simple déclaration lénifiante.

Evidemment, pour Zemmour, ses positions anti conformistes et hyper réac font parler de lui. De ce point de vue là, il a tout compris au système. Ceci étant, deux questions se
posent à moi : est-il un hyper réac ou un opportuniste médiatique ? Mais surtout, peut-on soutenir n’importe quelle position juste par jeu polémique ou arrive un moment où notre volonté d’en découdre rentre en conflit avec nos opinions ? Parce que moi, j’aime bien polémiquer, pousser les gens à aller au-delà de la simple phrase choc finalement vide de sens mais je n’arrive pas à aller trop loin, défendre ce qui me paraît indéfendable juste par principe.

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C’’était mieux avant

Lundi, je lis le Figaro pour le boulot. Oui, je précise car j’avoue qu’avec le Figaro, j’ai du mal, je suis pas (encore ?) assez réac pour partager le point de vue d’un empaffé qui hurle au scandale car on utilise le mot « défenseure », une femme qui défend, donc, car c’est pas dans le dico. D’ailleurs dans le dico, il est aussi spécifié que le « mariage », c’était un contrat entre un homme et une femme donc le mariage homo est un non sens linguistique. Je sens que ce pauvre monsieur a bien dû pleurer quand il a appris que le Petit Robert avait intégré le mot « kiffer » dans ses colonnes. Mais là, n’est pas le sujet.
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Au milieu des articles réac qui donnent une image poussiéreuse de notre société, voilà une pépite. Un article sur Harry Roselmack rédigé par deux maîtres de conf’ de Sciences Po qui, au lieu de souligner la couleur de sa peau, soulignent son âge : 33 ans ! Bref, un petit jeunot. Et là, ils se demandent pourquoi les vieux ne laissent pas la place, donnant des
chiffres assez hallucinants : Chirac est entré dans un gouvernement la première fois en 67, PPDA a présenté son premier journal télé en 76 (même pas j’étais née…). Parce que les Français, ils aiment bien le bon vieux temps, la nostalgie et tout ça, ils ne sont pas super favorables au changement car on ne change pas une équipe qui gagne.

Vendredi soir, je discutais avec un charmant jeune homme sur MSN, on se remémorait la dépravation des années 80. Des seins partout, des bonnes femmes qui font des strip tease dans des émissions tout public… Benny Hills, le Collaroshow, les Nuls et tout, séquence nostalgie ! C’est fou comme on a toujours l’impression que c’était mieux avant. Avant, quand y avait pas le sida, où le sexe était facile et sans danger. L’époque où on pouvait dire « bite » à la télé, montrer un mec sauter à poil sur son lit. Tout ça, aujourd’hui, c’est fini. Ah, que c’était bien quand on était petits, la vie n’était pas si dure et tout ça.

Pourtant, quand on regarde en arrière, chaque période a ses crises. Quand je faisais ma maîtrise sur le Québec, en 2002, je travaillais sur des journaux de 1992 et qu’est-ce qui faisait les gros titres ? La guerre en Irak ! Aujourd’hui, on se désespère en lisant qu’une nouvelle guerre a éclaté au Liban mais ce n’est, hélas pas, un évènement inédit : en 75,
il y en avait déjà une, là-bas. Quand j’étais petite, je voulais vivre dans les années 70 parce que je croyais qu’à l’époque, y avait pas de guerre. Oui, quand on est petit, l’histoire, on la connaît pas sur le bout des doigts. Maintenant, quand je regarde en arrière, je me dis qu’aucune époque n’est mieux ou pire qu’une autre. Alors pourquoi on a toujours la nostalgie de cet « avant » ?

Lecteur, t’est-il déjà arrivé de retrouver un amour de jeunesse ou de retourner dans un lieu que tu aimais particulièrement ? Si oui, tu auras remarqué à quel point les souvenirs lissent les défauts et les rend toujours plus beaux. Par exemple, si je prends mon enfance, je peux dire aujourd’hui que c’était une période très heureuse de ma vie. Pourtant, tout ne fut pas toujours rose. Il est vrai qu’aujourd’hui, quand je repense à mes soucis de petite fille, je me dis que c’était le bon vieux temps et que tu étais simple mais à l’époque, ça me paraissait dramatique. Genre quand je me retrouvais les doigts plein d’encre parce que mon stylo encre coulait ou ce genre de petites choses. Ou comment dire au garçon qui me plaisait que je l’aimais, comme on peut aimer à 8 ans ? Avec le recul, aujourd’hui, tout me paraît simple, c’était le bon vieux temps. Même l’adolescence, qui ne fut pas précisément la meilleure partie de ma vie, ça me paraît une douce période avec le recul. C’est vrai, mon avenir était tracé : après la 6e, la 5e puis la 4e. De « grandes » décisions à
prendre : quelle langue étrangère choisir ? Dois-je partir en littéraire ou scientifique ? Oui bon vu mes notes, forcément, je pars en littéraire, c’est évident. Finalement, à l’époque, tout était si simple, j’avais tellement pas de problèmes.

C’est marrant comme en grandissant, on lisse notre passé, on oublie nos petits tracas, ce qui n’allait pas et nous rendait malheureux. A croire qu’on ne garde que le meilleur.

La société marche comme ça aussi. On a souvent tendance à chercher un Eldorado dans le passé, au moment où « tout allait bien ». Mais bon, si on regarde objectivement les données du passé, l’histoire, l’économie, les chiffres du chômage, le taux de suicide ou autre, il n’y a pas de période bénie, finalement ou alors, si, en comparaison de périodes plus sombres. Il est intéressant de constater qu’on a de la nostalgie pour le passé, de l’espoir pour des lendemains qui chantent mais comme on déteste toujours notre présent. Le présent, c’est toujours la partie
sombre de notre vie. Et la société, c’est pareil. Quand on regarde la télé ou qu’on lit le journal, il y a toujours une espèce de nostalgie, de ce « mieux avant ». La télé nous ressort de vieilles émissions ou nous fait de nouveaux programmes en recyclant de vieux concepts. A la radio, c’est pareil : vieux tubes ou chanteurs d’aujourd’hui reprenant de vieux standards. Au cinéma, on fait des remakes… Et en même temps, tout ce qui est prévisions aux infos, romans ou films d’anticipation, on adore. Mais la nouveauté, le truc qui arrive aujourd’hui, ça fout toujours
la trouille. Si on reste dans le domaine de la culture, qui prend aujourd’hui des risques ? Personne. Oui, on veut du changement mais on ne fait rien pour amorcer la pompe.

Aujourd’hui, on nous met un jeune homme noir à la tête du JT le plus populaire de France. Ok, c’est démago au possible mais au moins, pour une fois que quelqu’un prend un risque, autant applaudir, non ?

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