Politique

Une fois n’est pas coutume, aujourd’hui, je vais parler politique mais rassurez-vous, je vais pas vous faire un petit exposé sur mes idées politiques ni rien. Non, nous sommes dimanche, c’est l’article léger, c’est pour rigoler ! Je ne parlerai pas non plus du livre ayant le même titre, y a bien que Beigbeder pour s’extasier dessus mais forcément, y a des scènes
de sodomie et de fist fucking. Comme quoi, le sexe ne fait pas nécessairement un bon livre. Donc voici le récit de mon incursion au sein d’un parti politique.

Depuis que je vis sur Paris, j’aime faire de nouvelles expériences. Lundi soir, je me rends chez Gauthier pour une soirée télé-DVD. On discute et il m’explique qu’il s’est inscrit au PS par Internet et qu’il y a une conférence mercredi. « Super, je peux venir avec toi ?
– Heu…oui, ça tombe bien, je voulais pas y aller tout seul ! »
Youpi ! Oui, moi, je suis une fille qui aime aller dans des trucs de ce genre, histoire de voir comment ça se passe. Que les choses soient claires : je ne pense pas devenir militante. D’une part, je n’ai pas toujours voté PS aux élections et je veux pouvoir voter ce que je veux sans avoir l’impression que je trahis l’intérêt du parti. Il est vrai que c’est le parti dont je me
rapproche le plus au niveau des idées mais des fois… D’un autre côté, je ne pense pas que militer au sein d’un parti, même non extrémiste, soit une bonne idée pour ma carrière. Bien évidemment, je ne le mentionnerai pas sur mon CV mais on ne sait jamais…

Une assistante bigarrée
Donc, mercredi, je rejoins Gauthier et nous voilà partis à la recherche du lieu de réunion. On arrive et on voit une église genre « secte » appelée l’église du bonheur ou je sais plus quoi, ça commence bien. Dehors, des militants fument, certains portent l’écharpe rouge, la même que Mitterrand. On s’en crame une aussi puis on rentre dans le bâtiment, on trouve enfin la salle (après avoir demandé, quand même).

Dedans, on s’assoit dans un coin et je commence à détailler les gens en notant les personnages typiques. Il faut savoir que j’ai été élevée dans un milieu de droite donc des clichés sur les socialistes, j’en ai à la pelle et pas que l’écharpe rouge. Nous avons, par exemple, le cliché de « l’instituteur socialiste » comme dit mon père, un monsieur avec une barbe en collier (celui-là, en plus, il a des sourcils impressionnants). Enfin, j’ai aussi des clichés sur les militants de droite, j’en ai subi un en 1ère année de fac et j’en avais interviewé un autre lors de mon stage dans une radio nationale. Le gars, militant jeune de l’UMP, il arrive… et là, on se dit qu’il aurait tatoué « jeunesse UMP » sur la tronche que ce serait pareil : petits
mocassins, pantalon à pince, pull col en v d’où sort une chemise à carreau. Et que dire de l’énorme montre à son poignet ? Bref. La foule est assez disparate : des jeunes, des moins jeunes, des plus jeunes du tout, des hommes, des femmes… Des écharpes rouges un peu partout. Evidemment, la réunion commence en retard mais en même temps, les gens tardent à arriver. Sur l’estrade, le chef de section et les intervenants discutent en regardant les gens arriver, la salle se remplit peu à peu. Y a du monde quand même.

Alors qu’on discute de tout et de rien avec Gauthier, un homme en noir s’approche et nous serre la main, nous expliquant qu’il est responsable du recrutement et il nous demande notre nom. Gauthier répond, je lui explique pour ma part que je suis là en touriste (de toute façon, si je devais adhérer, je dépendrais pas de cette section). On récupère des documents et c’est parti pour la réunion. Bon, ici, on se tutoie et on s’appelle camarade, ce qui nous étonne un peu : on croyait que c’était typiquement communiste mais apparemment, nous avons tort. Maintenant, je me demande s’ils utilisent « camarades » à l’UMP, aussi. Le chef de section remercie les militants de l’avoir reconduit à ce poste puis il demande aux nouveaux adhérents de se présenter, Gauthier ouvre le bal. A chaque fin de présentation, on applaudit. Comme il me dit ensuite : « on se croirait aux alcooliques anonymes ». Donc plein de gens se présentent, des
étudiants dont un Italien, des gens qui ont déménagé et qui rejoignent la section, des sympathisants qui franchissent le pas du militantisme « en ces heures sombres », une dame blonde tout de rose vêtue qui pourrait être la mère de Barbie. Et on applaudit Paul, on applaudit Janine, on applaudit Paolo, on applaudit Vincent… Le chef de section est ravi de toutes ces nouvelles têtes et nous explique que les inscriptions ont dû être bloquées juste avant le congrès, « c’est pour ça qu’il y a tant de nouveaux aujourd’hui ». Aurais-je senti une pointe d’amertume ?
Suite à ces émouvantes présentations dont je me suis dispensée (oui, je ne suis pas de cette section, moi !). A ce moment-là, je remarque une femme au gilet couleur framboise écrasée (j’adore cette dénomination de couleur) qui erre dans la salle, se pose à côté de quelqu’un en discutant d’un air revêche puis elle vient par s’installer pas loin de nous. Une dame vient sur l’estrade nous parler d’un problème de quartier dont Gauthier et moi ne connaissons ni les tenants ni les aboutissants, la dame fustige « les communistes et le verts ». Je me retourne vers Gauthier et lui glisse un : « c’est quoi déjà la gauche plurielle ? ». La dame n’est pas contente, certains la fustigent un peu, notamment un mec à costard et la femme avec son gilet framboise qui soupire bruyamment en faisant la gueule. Ils sont agités, quand même, les gens. Après, ils nous expliquent qu’ils ont sorti un livre d’images sur l’histoire du PS pour le centenaire du parti et il est question d’un DVD, je crois (on sent la fille attentive). Quoi qu’il en soit, les militants sont invités à participer en prêtant les photos de leur engagement.

Conférence… sans doute passionnante
Arrive le moment de la conférence en elle-même (soit une heure après le début de la réunion), deux personnes de haut rang viennent parler de ce que l’on doit faire pour lutter contre la politique sécuritaire de la droite. Je vous avoue que je ne sais absolument pas ce que les gens ont proposé puisque j’ai passé l’heure suivante à lutter contre le sommeil. Assise sur ma chaise, ma tête ne cessait de tomber vers l’avant, me vrillant les cervicales à chaque fois. Changement d’intervenant, j’applaudis le monsieur moustachu que je n’ai pas écouté et une jeune demoiselle prend la parole à son tour, je recommence à me rendormir et à lutter en faisant attention à ne pas martyriser mes cervicales. Les militants sont assez dissipés, ça papote, ça rigole, ça va aux toilettes… A un moment, la dame au gilet framboise décide qu’elle en a marre et le signifie ostensiblement en soupirant bruyamment puis en adressant un geste « temps mort » au chef de section pour dire que la demoiselle qui parle est trop longue. La pauvre fille doit s’en rendre compte, elle conclut un peu abruptement. Le chef de section la remercie et demande si quelqu’un veut dire quelque chose. Là, une forêt de bras se lève, notre dame au gilet framboise est assises sur un quart de tiers de fesses, le corps tendu en avant, prête à bondir sur l’estrade mais le chef de section donne la parole au monsieur en costard de tout à l’heure. Et tandis que le mec s’avance, personne ne baisse les bras ! Et pendant que le gars commence son intervention, ils sont tous le bras levés, lançant des regards complices au chef de section pour le prier de leur donner la parole de suite après, la dame au gilet framboise est particulièrement motivée, apparemment. Là, le gars se met à parler et dit : « Moi, quand j’étais à Toulouse… ». Vu son accent, c’était pas la peine de préciser, je savais qu’il était de chez nous ! Mais bon, Gauthier et moi avons faim, nous quittons la salle. En partant, je vois sur un siège au fond, à droite, un mec affalé sur sa chaise, la tête en arrière, la bouche grande ouverte, se payant un merveilleux roupillon. Bien, ça me rassure, j’ai trouvé pire que moi.

Etre militante ?
En cheminant loin de ce lieu, Gauthier me fait part de sa déception, « je n’imaginais pas ça comme ça ». Moi non plus… mais à quoi m’attendais-je ? Je me dis que, quelque part, les militants ont un rôle à jouer dans la politique française, on ne les voit pas, on ne les entend que peu mais ils sont là, ils décident de ce qui est le mieux pour leur parti, ils s’investissent… et ce sont de véritables gamins. Mais ce n’est pas lié au PS, je suppose que c’est dans tous les partis pareil. Mais ai-je l’âme militante ? Je ne sais pas, je ne crois pas. Surtout qu’il y a très vite des rivalités, des velléités de pouvoir, des clans… Et ça, je n’en ai pas envie. Je me souviens, en 1ère année de fac, je « subissais » la présence d’un gars, membre
hyperactif du RPR jeune (hé oui, ça remonte). En 1998, les piquets de grèves sont dressés à la fac et notre ami y voit un merveilleux moyen de plaider sa cause : devenir le chef du RPR jeune de notre département. Donc le voilà qui m’explique qu’il va monter un contre-mouvement pour riposter aux grévistes… le tout chapeauté par le RPR jeune de Toulouse. D’ailleurs, je me souviens, un jour, pendant une AG, il me parle d’un étudiant qui se prononce contre la grève : « ce serait bien qu’il fasse partie de mon groupe, même s’il est de gauche. » Bon, finalement, la grève se termine et le voilà qui râle car il n’a pas eu le temps de mettre son plan à exécution. Je suis édifiée par ce que j’entends : quel est le plus important ? Défendre ses idées ou bien se faire voir ? Il voulait que la grève se termine, c’est arrivé, que demander de plus ? Si les ambitions doivent passer avant les idées, je crois que la politique ne sera jamais pour moi.

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