Je suis le meilleur des plongeurs

Article inspiré de celui-ci : le plongeur qui se la pète

Qu’on se le dise : la plongée n’est PAS un sport. D’ailleurs, la preuve, y a même pas de championnats. Faut dire que le but, c’est de bouger le moins possible pour pas consommer son air. Au départ, je pensais que les gens plongeaient pour le plaisir de la balade mais en fait, plus je plonge, plus je découvre un étrange esprit de compétition sur les Zodiac. Qui sera le meilleur plongeur ?
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Qu’est-ce que le meilleur plongeur ? J’en sais fichtre rien à dire vrai. Je sais juste ce qu’est un bon plongeur : c’est quelqu’un qui respecte l’environnement, attentif à ses camarades de palanquée, qui ne met personne en danger et qui sait rester calme parce que c’est agaçant sinon. Bref, si un plongeur sait réagir en cas de danger et ne transforme pas en incident en accident, qu’il évite de labourer le fond (j’en ai vus, mon Dieu, de vraies tondeuses à gazon), je le considère bon. S’il peut en plus me montrer des trucs et surtout, surtout, s’il est bon en orientation, plus jamais je le quitte. Le reste n’est que littérature. Mais voilà, faut quand même que certains viennent un peu jouer des mécaniques, t’expliquer que ahah, ils sont meilleurs que toi. Oui bah si tu veux, hein, je te laisse la médaille en chocolat. Surtout que j’ai repris du flan à la châtaigne, ça m’aidera à continuer à rentrer dans ma combi.
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A quoi ressemble un plongeur plus fort que les autres ? Petit portrait :
“Combien il te reste dans ta bouteille ?”. Une plongée, c’est une bouteille de 12 à 15 litres avec 200 bars d’air compressé en moyenne. La consommation varie énormément selon les plongeurs et les plongées : tu consommeras plus en fonction de la profondeur, du froid, du stress éventuel (j’ai avalé plein d’air quand j’ai croisé une raie manta en Thaïlande par exemple)… Le but du jeu, c’est de remonter avec 50 bars dans la bouteille (ce qui constitue la réserve). Dans notre palanquée en Corse, on a fait des plongées de 45 à 50 minutes en général, on nous imposait de stopper à 50 minutes de toute façon. Alors oui, deux d’entre nous étaient pile à 50 mais et alors ? Moi, je sortais de l’eau avec 100 bars en moyenne, j’en aurais rien fait de plus. Mais quand même “ah mais t’as consommé combien toiiiiii ?”. D’ailleurs, j’avoue avoir été mesquinement contente quand la fille de notre groupe qui se la racontait pas mal (mais ne semblait s’intéresser à rien sous l’eau, j’ai pas compris) a sorti un “ah ben moi, il me reste 100 bars et toi ?” [je vérifie mon manomètre] “110”.Pif ta gueule.
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“Je viens m’occuper car t’es pas capable de te gérer”. En plongée, j’avoue être parfois un peu autiste mais si y a un truc que j’aime pas, c’est qu’on vienne me gérer quand je ne demande rien et que je ne fais pas de conneries. Genre quand on te tire vers le bas au moment du palier car on croit que tu es en train de ne pas le respecter alors que j’étais en train de tranquillement m’installer. Au risque de juste un peu me péter les oreilles. Laisse moi me poser tranquillement et souffler pour me stabiliser tranquillement aux 3 mètres. Je sais me gérer, je suis toute calme, lâââââche moi. Par contre, je dis rien quand on me toque sur la tête parce que je suis censée m’arrêter à 20 mètres et que je suis en train de regarder un petit ver à 20,7 mètres. Perso, si personne ne me communique qu’il a besoin de moi et que je vois que son regard est serein, je lui fous la paix. Surtout à 3 mètres, je risque pas trop d’être en narcose.
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“J’ai tout vu et toi, non”. La remontée sur le Zodiac vire souvent à la revue de ce qu’on a vus. Normal, c’est sympa de partager. Mais y a partage et “nananana, je suis le meilleur, j’ai tout vu et toi pas, grosse nullasse”. Bon, avant, j’avais pas un masque à ma vue donc je me sentais pas trop concernée par ce concours de bite. Maintenant, je vois plein de trucs et je suis comme une gosse à Disney “ouiiiiii, une flabelline, ouiiiiiiii, un doris dalmatien, ouiiiiii, une langouste…”. Mais après, je m’en fous d’en avoir plus ou moins que les autres. Et je m’en fous d’être celle qui a vu le truc avant les autres surtout que je suis en fin de palanquée à prendre des photos donc c’est rare que je vois des trucs que personne n’a vus (si, j’ai une nouvelle spécialité : les murènes. Pourtant, elles étaient colossales).
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Narcosé ? Moi, jamais !” Pour les non initiés, la narcose est une sorte d’ivresse des profondeurs qui vous saisit vers les 40 mètres et vous rend un peu étourdi. Normalement, plus tu descends, moins t’y es sensible mais certains en sont toujours victimes. Dans mon ancien club, un encadrant (donc pas trop un débutant) avai des narcoses très sympas du genre un jour, il plongeait et aux alentours des 50, il s’est mis en tête qu’il allait mourir dans les prochaines minutes et se laissait donc un peu aller. Une fois remonté un peu vers la surface, il se dit que finalement, non, il n’allait pas mourir et continua sa petite plongée tranquille. Je n’ai pas eu de grands épisodes de narcose de ce type et je pourrais prétendre que la narcose n’est pas passée par moi. Je reste consciente à 40m, prête à remonter mes petits camarades en difficulté, je l’ai même fait à 41m50 alors hein… Sauf que force est de constater que parfois, je suis un peu moins là. Qu’à 36m dans le froid marseillais, je me suis emmêlée les doigts en voulant indiquer ma consommation à mon encadrante et qu’au lieu de lui dire “il me reste 100 + 60 (j’ai que 10 doigts et on parle pas sous l’eau), je lui ai dit “il me reste 100+50 et on remonte !”. Oui, il faut savoir qu’en plongée, pour dire un, tu utilises ton index et pas ton pouce car le pouce en l’air, en plongée, ça ne veut pas dire “un” ou que tu likes, ça veut dire que tu veux remonter. Bon, ça va, elle a compris. Idem en Corse, sur une plongée profonde où nous cherchions une arche que nous ne trouvâmes jamais, j’ai un peu pensé n’importe quoi et j’en ai pris conscience. Donc ne pas s’être senti narcosé, ça veut pas dire qu’on l’a pas été !
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En fait, le plongeur champion n’est pas là pour partager son expérience mais pour te faire la leçon, sur tout, tout le temps. Parce qu’il est meilleur que toi en descente/montée/lancer de parachute (bon j’avoue avoir foiré le mien)/consommation/biologie/navigation/gestion du matériel/ce que tu veux, il viendra toujours te faire la leçon, se tenir prêt à te sauter à la gorge si tu dis la moindre connerie histoire d’étaler sa science. Le bon plongeur partage son expérience, le mauvais plongeur t’impose sa “science”, tu vois la différence ? Seule réponse à apporter ? Soulève un sourcil et prends un air blasé. Mec, tu seras un meilleur plongeur le jour où tu comprendras qu’il n’y a pas de champion, juste des gens qui ont envie de passer un moment magique sous l’eau.

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Toujours plus loin, plus haut, plus vite

Je me définis parfois comme une chochotte, une trouillarde. Au bord du bassin de la vie, j’effleure la surface de l’eau du bout de l’orteil, hésitant à me lancer. Mais une fois au pied du mur, je pousse un cri et je saute à pieds joints. Tout ça pour dire que ce week-end, je suis partie plonger au Frioul et j’ai connu quelques premières qui me faisaient peur.

Petit point : ce week-end, c’etait plongée technique donc on est loin de la petite balade de santé. Pour vous situer un peu le truc, l’eau était à 13•. J’ai bien vu un 15• en surface un jour mais le principe de la plongée, c’est… De plonger donc. Donc me voici engoncée dans mes deux combinaisons (oui deux) et la stab XS (le gilet su’on gonfle et dégonfle pour monter ou descendre et sur lequel on équipe la bouteille) parce que y avait plus de S. Y a eu du progrès hein, au tout début, j’avais un gilet enfant… Pour ceux qui ne me connaissent pas, je fais un 95 c… Bon ok… Bon faut admettre qu’avec ma double combi, je dois redescendre à un 90 B mais quand même ! Bref, j’ai pas le choix, jouons donc avec une stab XS dans laquelle tu peux mettre peu d’air, follement pratique pour les remontées assistées. Pour ceux qui ne connaissent pas, quand tu as ton niveau 2, tu dois pouvoir remonter un plongeur qui ne va pas bien. En gros, tu l’attrapes, tu gonfles les gilets et on part (pas trop vite !) vers la surface. Avec un gilet XS, prie pour pas remonter un costaud gaillard, ça va être long sinon. Faisable mais moins facile. Mais partons sur mes expériences inédites voulez-vous.

– la bascule arrière du chalutier. Une façon courante de se mettre à l’eau est de s’asseoir sur le bord du bateau et se laisser partir en arrière. Facile d’un Zodiac. Moins d’un chalutier. C’est à dire que le premier jour, mon encadrant nous annonce : mise à l’eau par bascule arrière. Ok mais la surface de l’eau, elle est 2 mètres en dessous… Ah on le fait quand même ? Soit… Bon, lui l’a fait et est toujours en vie, rejoignons le. Hiiii, je tombe ! Merde c’est long… OH putain je suis dans l’eau, elle est froide !! Mais je suis toujours en vie et entière. Bascule à 2 m de la surface : validée.

– L’ivresse des profondeurs. En tant que niveau 2, j’ai le droit de descendre à 40m. Mon record perso était de 34. Plongée du dimanche dite « plongée de l’enfer » : un mistral avec des pointes à 100 km/h, une belle houle à notre point d’ancrage (enfin, ancrage, non, le bateau n’arrivait pas à s’amarrer donc c’est devenu « tu sautes en marche ». Une fois dans l’eau, on entame les exercices avec mon encadrante, on descend à 10 puis tête la première jusqu’à 40. On descend. On descend. À 30 mètres, on ne voit toujours pas le fond. À 38, elle me fait signe qu’elle va pas bien, je la remonte jusqu’à 20 et on repart à 40. Toujours que du bleu, toujours pas de fond. Elle m’avait expliqué qu’elle simulerait une narcose. La narcose, c’est une sorte d’ivresse des profondeurs où tu perds un peu pied avec la réalité. N’étant jamais descendu si bas, j’étais persuadée de m’en taper une. 36 m, elle commence à me faire des signes pour me dire qu’on va arrêter de descendre. 39m. 39.5 m. Je te vois venir toi, tu vas le faire la fille narcosée qui continue à descendre. 40 m, je lui tape sur l’épaule et lui fait signe de s’arrêter car on a atteint la profondeur maximale. Elle ne m’écoute pas donc je l’attrape et la remonte. Profondeur atteinte avant remontée : 41.7. Mon record et sans peur, sans narcose… Et sans voir le fond. Moi qui avait un peu peur de la profondeur, c’est passé tout seul.

– ma première autonome. Avec un niveau 2, je peux partir avec pour seule compagnie un camarade du même niveau que moi. Sans encadrants. JE FLIPPE PAS DU TOUT ! Notre directeur technique me demande si je veux la faire, je lui dis oui : faut se lancer ! Dieu merci, il me met en binôme avec une fille en qui j’ai toute confiance. Et ça s’est super bien passé, on a fait une petite balade tranquille, on a retrouvé le bateau, sereines.

– le mal de mer ne passera pas par moi. Le mal de mer est ma hantise, j’ai toujours du mer calme sur moi. Mer calme pas pris le premier jour alors qu’on se tapait des creux de 2-3 mètres. Même pas eu envie de vomir ! Par contre, petite anecdote qui ravira ceux qui ne m’aiment pas. Le dimanche, suite à la plongée des 41,7 mètres, nous ne sommes pas remontées sur le bon bateau avec mon encadrante (nous en avions 2), vu que le notre ramassait les plongeurs un peu partout. Pas grave, on rentre tous au même port. Je me deséquipe et vais m’installer tranquillement à l’avant du bateau. Je croise l’encadrant qui vomit tout le temps plié en 2 sur le rebord du bateau. Oh le pauvre ! On papote quand le capitaine nous annonce : « attention, on part, méfiez-vous des rafales ». Justement, sloush, en voilà une, je me prends de l’eau sur le visage. Hé cool, elle est chaude cette eau. Chaude ? Et là, je vous devant moi le mec qui vomit, la trajectoire du vent… OH… MON…DIEU ! Je me mets à crier sous le regard médusé des autres. J’ai du vomi qui n’est pas à moi sur le visage et je n’ai aucune de mes affaires sur ce bateau. Et oui, tout le monde était mort de rire mais une bonne âme m’a donné de sa bouteille d’eau pour me rincer. Moralité : ne jamais se mettre dans le sens du vent. JAMAIS.

– l’orientation : ah non, là, pas réussi du tout. Je me suis pas contentée de perdre le nord, j’ai carrément perdu la boussole (qui n ‘était pas à moi en plus).

Bilan : ce petit week-end technique m’a permis de repousser mes limites, je suis officiellement une bonne plongeuse puisque la présidente du club qui m’a encadrée le lundi matin m’a dit que j’avais le niveau pour passer mon niveau 3. Mais bon, j’ai pas l’expérience suffisante de mon point de vue donc non. J’ai le temps. Mais même en condition difficile, je reste calme et maîtrise ma plongée. Oui, y a pas à dire, je suis bonne.

Cet article est sponsorisé par le collectif « les fleurs sont pas chères ».

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