Le crachoir

Parfois, je suis énervée. Certains diront que je le suis souvent mais dans la vraie vie, comme on dit, je ne le suis pas tant que ça. Un jour, mon ex chef m’a dit “non mais t’es une bombe à retardement : tu dis rien, tu dis rien et tout à coup, tu m’exploses à la figure”. Et c’est vrai. Je pense d’ailleurs faire une section “gestion de la colère” ou une connerie du genre dans mon blog feel good. Mais un abcès se guérit mieux en le perçant alors je me demande… Et si je créais un blog “crachoir”.

Le crachoir

“Bonjour, je m’appelle Nina et j’ai une passion dans la vie : créer what milliards de blogs parce que je suis obsédée par l’écriture” (et si je pouvais gagner un peu d’argent pour passer au 4/5e voire carrément mi temps, ce serait si merveilleux…). L’autre jour, je prenais le RER pour aller travailler et suite à un combo grève + panne technique, j’ai pu observer la bêtise humaine et l’égoïsme ordinaire des passagers. Quelques jours avant, j’ai failli me faire toucher par un bagnolard… alors que j’étais tranquille sur le trottoir à attendre pour traverser mais cet enfoiré a décidé de doubler par la droite un véhicule trop lent à son goût, là où il n’y avait pas vraiment de voie de circulation. Des situations ordinaires, qui se répètent encore et encore et qui forment des phrases acérées dans ma tête, comme si mon agacement avait sa propre chambre dans mon cerveau avec sa machine à écrire. Alors naturellement, je pense en faire un article que je mettrai sur mon blog feel good… Ah non, attends, c’est trop vénère… Du coup, l’engagé ? Non c’est pas un engagement de dire que les gens dans le métro sont cons… Bien, il me faut un crachoir. Mais où ?

Ecriture énervée

La vérité, c’est que j’adore passer en mode “plume acérée”, c’est quelque chose qui m’amuse. Peste, moi ? Peut-être… Mais j’aime bien. Donc il me faut un crachoir mais attention, la discipline n’est pas si simple. Anéfé, des blogs ou livres vénères, ça existe déjà, j’ai pas la prétention d’inventer un truc là. Sauf que souvent, l’énervement est si exagéré, si “il fallait que j’écrive un article alors je vais torcher un truc mal branlé à propos des châtaignes qui peuvent nous tomber dessus à l’automne”. Oui qui tombent dans un truc carrément réac en mode “gna gna gna les jeunes” “gna gna gna les voisins” “gna gna gna les gens qui vivent dans un cercle de 500 mètres autour de moi”. S’énerver, c’est drôle, ça purge, mais faudrait arrêter de croire que notre énervement est suffisamment légitime pour le rendre public et donner peut-être de l’eau au moulin de tous les connards qui n’attendent que ça. Genre, si je me plains de l’odeur de curry de la cuisine des voisins, y a des fachos qui vont débarquer en mode “ah, ça les Arabes / Les Noirs / Les Indiens / Les pas Français de souche… “. Bon déjà, dans la vraie vie, j’ai pas de voisins qui cuisinent avec du curry, pour ce que j’ai pu en renifler, alors que moi, oui. Mais voilà, si y a bien un truc que j’ai appris des Internets,  c’est que les personas vénères tombent souvent du mauvais côté de la barrière, alors que ce n’était pas tant leur intention au départ.

Oups Docteur House

Mais un petit crachoir, ça pourrait être drôle quand même… J’hésite même à créer un nouveau pseudo sur le sujet, parce que j’ai une autre passion dans la vie que celle de créer des blogs : celle de créer des pseudos.

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Un après-midi au salon de thé

Avec Summer, on a un truc : les après-midi salon de thé. On ne choisit pas n’importe lesquels ! Quitte à se faire plaisir autant y aller franco et franchement, le macaron à la framboise des deux Magots, il déchire sa maman.

Lesdeuxmagots

Donc vendredi, nous voici installées aux Deux Magots, en train de refaire le monde ou à peu près, elle avec son thé et son opéra, moi avec mon macaron framboise et mon chocolat chaud (mais pour le chocolat, je préfère celui du Flore). Je lui montre mon appareil photo, on se raconte nos vies, nos recherches d’emploi, tout va bien dans le meilleur des mondes. Mais le drame est sous-jacent. A un moment, une des deux dames assises à notre droite se lève pour aller aux toilettes, abandonnant sa camarade. Celle-ci, décidant que rester toute seule, c’était pas drôle, décide de nous aborder : « mesdemoiselles, fermez vos sacs et faites attention, même ici, on peut vous voler ». Bon, ok, on s’est un peu étalées mais dans la mesure où on est assises côte à côte, nos sacs devant nous, faut être particulièrement habile pour piquer quoi que ce soit. Mais peu importe, c’est pas le sujet.

La dame décide donc de nous parler « oh, vous, les jeunes, vous êtes insouciants », blablabla. Là, elle nous demande ce qu’on fait dans la vie donc on lui répond, en précisant qu’on était au chômage. Là, elle nous regarde gravement et me fait : « vous, c’est pas facile » puis fait à Summer : « vous, ce sera plus facile… Maintenant, les gens de couleur n’ont plus de mal à trouver du boulot. » Zbaaaaaaaaam ! Alors, là, j’avoue que je l’avais pas vue venir celle-là ! Oui, il faut savoir que Summer, elle est pas aussi aryenne que moi mais j’avoue que j’ai jamais pensé à sa couleur de peau comme un atout ou un inconvénient pour son boulot. Là, je sens qu’on est en face d’un spécimen « je suis pas raciste mais… » et j’ai pas tort. Là, elle nous explique que, quand même, les Français de souche sont mieux élevés que les Français qui le sont pas (sous-entendu les immigrés). Ah, ça la fascine tout ça, elle demande à Summer ses origines, lui demande si elle a pas des gênes « négroïdes »… A la fin, elle nous avait fait de Summer une pub Benetton à elle toute seule. Là, elle commence à se poser des questions sur la génétique : « c’est marrant, hein, mais dans un couple où y a un Noir, l’enfant l’est aussi, c’est fou. C’est parce qu’ils ont la peau plus épaisse. C’est passionnant la génétique ! ».

Là, son amie revient enfin (elle était tombée dans le trou ou quoi ?) et je me dis qu’on en est débarrassée parce qu’avec Summer, on en peut plus, on arrête pas de se filer des coups de coude, je me suis jamais autant concentrée pour manger un macaron (ça m’évitait de rigoler, aussi). Pas de chance, notre amie nous présente sa cops et celle-ci me prend à parti tandis que la première repart sur Summer, j’ai entendu un « les deux fléaux de notre société, c’est les syndicats et la religion ! ». Ma nouvelle copine, qui a du rouge à lèvres sur les dents (c’est terrible comme quand je remarque un truc comme ça, je peux pas m’empêcher de le fixer) me parle très sérieusement du fait que les gens issus de la bourgeoisie lyonnaise sont des cons. Parce qu’elle, elle est partie en croisière en Turquie et elle partageait sa cabine avec une dame de Lyon et elle lui avait des mises en pli tous les jours et de l’eau de riz quand elle avait chopé la tourista. Non parce qu’en Turquie, faut rien boire, même pas du coca, c’est fait avec de l’eau de là-bas donc du coup, tout le monde chie mou. Et ben, figurez-vous que quand elles sont descendues de l’avion, la dame de Lyon lui a même pas dit au revoir ! Entre deux bouchées de macaron, je me sens un peu obligée de lui indiquer que je connais pas de Lyonnais. Enfin si mais pas issus de la bourgeoisie. De toute façon, ils sont gentils et je vois pas bien l’intérêt de la conversation.

Finalement, le serveur leur amène une glace et elles la mangent dans leur coin, ouf ! Mais bon, elles abordaient plein de gens dont un jeune couple arrivé avec un bébé épagneul ou cocker (jamais su la différence entre les eux) effectivement super mignon. Mais franchement, j’ai eu super peur qu’on s’en dépatouille pas. Or avec Summer, si on a voulu se voir vendredi, c’était pour papoter tranquille, pas pour se faire vampiriser par des gens.

En conclusion, je citerai notre amie qui disait que les Français étaient des cons car ils croyaient encore avoir des colonies et tout ça. « Non mais des cons, y en a partout mais si on trouve tout le monde con, c’est qu’on l’est soi même ». Belle perle, nan ? Elles étaient gentilles les mémés mais bon, c’est vrai que quand elle a commencé à parler de la couleur de peau de Summer, j’ai quand même eu très très peur.

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