Une bonne gauche est-elle une gauche d’opposition ?

Hier, des gens dont je ne fais finalement pas partie ont désigné le candidat PS aux élections présidentielles. Comme j’écris cet article le samedi, je n’ai aucune idée de l’heureux élu, Hamon était certes en tête au dernier virage mais on n’est jamais à l’abri de magouilles tricheries mauvaises surprises quoi… Oui, je déteste Valls du plus profond de mon âme et je pense qu’il faut manquer particulièrement de jugeotte pour élire comme champion le mec à la tête du gouvernement le plus impopulaire de la Ve République, qui s’est bien torché le cul avec la notion de démocratie grâce au 49-3… mais bon, quand j’entends que des gens veulent voter Macron, j’ai quand même l’impression que le peuple souffre d’un syndrome de Stockholm très poussé (ou de masochisme, je sais pas… mais si vous pouviez le garder dans le secret de votre intimité, ça nous arrangerait). Bref, je digresse mais voilà la question clé : une bonne gauche peut-elle gouverner ou est-elle condamnée à l’opposition ?

Assemblée Nationale France - Qu'est-ce que la bonne gauche ?

Ma réflexion va partir de là :

Alors je vais pas disséquer très longtemps cette pensée parce que “OUI”. je dirais presque “oui, putain, oui”, d’ailleurs mais je trouve que je suis trop vulgaire parfois. Ce qui m’intéresse dans ce laïus, c’est le paragraphe “si le PS avait été dans l’opposition…” parce que, très clairement, c’est le malaise que j’ai depuis 5 ans. Je n’attendais pas de Hollande une révolution, entendons-nous bien. Le mariage pour tous, la belle arnaque narrative du quinquennat, ok, c’est bien mais après ? Comment se fait-ce qu’un homme qui s’opposait à un autre sur les plateaux télé y a 5 ans poursuive une politique identique en allant même plus loin ? Parce qu’une loi travail proposée par un parti de droite, le pays aurait été (encore plus) à feu et à sang. Quand la droite a voulu instaurer plus de précarité (coucou le CPE), elle a dû reculer face à l’ire populaire. Et là ? Des yeux crevés par ci, un coma par là, une violence policière qui atteint des niveaux plus que préoccupants mais le storytelling médiatique fait passer ça crème. J’en pouvais plus de l’intolérance et du racisme d’Etat de droite, on a eu encore pire avec la gauche… Recul des droits les plus fondamentaux, précarité accrue, citoyens dévalorisés, accusés, acculés. C’est ça ma gauche ?

Manuel Valls et Emmanuel Macron

Alors ok, vous allez me dire que le PS, c’est pas la gauche, je vais avoir du mal à vous contredire. Mais si on peut légitimement se demander pourquoi cette politique des 5 dernières années à été appelée de “gauche” (Hell, no !), revenons sur la posture du parti. Quand celui-ci est dans l’opposition, il se targue de défendre les plus démunis, les minorités… et c’est toujours ça de pris. Vous me voyez donc venir : je vote quoi en mai ? Alors il existe des alternatives à gauche de type Mélenchon ou Jadot ou même l’extrême gauche. Mais imaginons que Mélenchon ou Jadot soient élus, est-ce qu’ils pourraient réellement faire une politique de gauche ? Est-ce qu’il n’y a pas un peu une fatalité du pouvoir ? Pour quelques concessions à la marge (ex le mariage pour tous), est-ce qu’on ne se retrouve pas condamnés à revivre sempiternellement la même histoire avec juste un casting différent. Si je regarde Tsipras, si je regarde Podemos, j’ai l’impression que les espoirs ont été sacrifiés sur l’autel d’un certain réalisme (discutable néanmoins), que finalement, après l’envie de changement, on repart au classique. Un peu comme un retour à la routine grise après des vacances magnifiques. Du coup, pour limiter les dégâts, ne vaut-il mieux pas laisser la gauche dans l’opposition ?

La gauche en Europe : Alexis Tsipras et Pablo Iglesias

Du coup, on fait quoi ? Pour moi, 2017 se résume à un vote Jadot au 1er tour et très certainement blanc au second (même si y a la mère Le Pen dans le lot, oui). Mais du coup, si je suis la logique de mon paragraphe précédent, je devrais m’assurer que la gauche se retrouvera dans l’opposition… et donc voter à droite ? Et c’est là qu’on touche (enfin) du doigt là où je voulais en venir : voter, c’est quoi au fond ? En presque 19 ans de citoyenneté (argh), j’ai eu différents types de votes : le vote utile, le vote de peur (2002), le vote de contestation, le vote du moins pire (ou le fameux vote “contre” que je finis par ne plus voir en peinture tellement ma citoyenneté me semble réduite à tenter de mettre des gens dehors) jusqu’au vote d’abandon, le vote blanc. Au fond, ça sert à quoi de voter ? A éviter le pire ou envoyer un message ? Finalement, est-ce que je n’ai pas été un peu trop victime des discours alarmistes pendant des années en votant systématiquement pour un candidat donné juste pour éliminer “la menace” ? Ai-je été trop naïve (oui) ? Du coup, ne dois-je pas redonner à mon vote sa réelle valeur, à savoir une occasion de dire ce que je veux, le modèle de société auquel j’aspire, même s’il n’a aucune chance de gagner, même si un modèle de société que j’exècre risque de repasser ? Je ne crois pas en une victoire du FN, très sincèrement, et finalement, quand les Républicains sont au pouvoir, malgré leur conservatisme dégueulasse sur pas mal de sujets, c’est finalement pas pire que le PS. En gros, je pense que quel que soit le gagnant des prochaines élections présidentielles ET législatives, ça ne changera rien. Alors aujourd’hui, je voterai en quoi je crois… quitte à voter blanc si rien ne me convient. Même si c’est un message que peu écoutent, au moins, je l’aurai envoyé… car aujourd’hui, je pense sincèrement que ce n’est plus en votant qu’on changera les choses. 

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Paillettes et politique

Pour ceux qui sortiraient de leur grotte et tomberaient direct sur ce blog ou pour ceux qui ne vivent pas en France et ne suivent pas l’actu de l’hexagone, j’ai un scoop : dans 8 mois, on va élire un nouveau Président. Chirac ne se représentant sans doute pas (sauf surprise mais j’y crois pas du tout), le prochain président (ou la prochaine présidente) sera donc le 6e de la 5e République. Alors que la campagne n’a pas encore commencé, le show, lui, est déjà parti.

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Pour l’heure, la liste des candidats est longue, comme d’habitude mais il semble à peu près sûr que le prochain président sera issu soit de l’UMP, soit du PS. Oui, en France, on a pas de bipartisme officiellement mais officieusement… L’UDF, les verts et le PC ont encore quelques députés à l’Assemblée mais grâce (ou à cause, je vais pas lancer le débat) de notre système électoral particulier à deux tours, les petits partis sont souvent éliminés au premier tour. Et donc nos prétendants au trône partent dans une entreprise de séduction qui me dépasse parfois. A droite, Sarkozy. Bon, MAM a dit qu’elle n’excluait pas de se présenter mais je pense que ça tient plus de l’effet d’annonce qu’une réelle volonté. A gauche Ségolène Royal, Dominique Strauss Kahn, Laurent Fabius, Lionel Jospin et même Hollande n’a pas exclu de se présenter. Tout ce petit monde a profité du grand moment que sont les universités d’été qui marquent en général la rentrée politique. Ce qui me sidère d’ailleurs au sujet de ces universités, c’est qu’elles sont organisées par les jeunes militants et qu’on ne parle pas d’eux. J’ai fait les revues de presse sur les sujets et les journalistes semblent oublier ces jeunes militants grâce à qui ont lieu ces universités.

 

A Marseille, Sarko a fait son show, invitant à ses côtés Johnny Hallyday, un citoyen exemplaire puisqu’il voulait récupérer sa nationalité belge y a quelques temps, et Doc Gynéco. Limite, ça m’étonne qu’il ait pas invité Céline Dion ! Bon, remarquez, il a déjà fait le pantin aux côtés de Tom Cruise qui se fout royalement de la politique française, sauf peut-être de la loi anti-secte mais c’est un autre sujet. Donc voilà, pour qu’on vote pour lui, M. Sarkozy nous présente deux people tout acquis à sa cause, un vieux chanteur qui veut se casser du pays et un jeune rappeur un peu foncé de peau qui, rappelons-le, chantait autrefois au sein du Ministère Amer. Là, j’avoue que je n’ai pas du tout compris ce que Doc Gynéco foutait là, c’est une alliance bien improbable tout de même ! Je tape sur Sarko mais à gauche, c’est pas mieux. Dimanche dernier, je suis donc allée à la conférence de Jack Lang : officiellement, il s’exprimait sur l’avenir des jeunes, officieusement, il se vendait pour le scrutin au sein du PS. Ce genre d’happening est assez fascinant pour un observateur, genre la petite journaliste qui est là pour faire son travail. Je vous explique un peu le principe. Dans tout meeting politique, vous voyez des gens débordant d’enthousiasme brandissant des banderoles, applaudissant à tout rompre, limite en transe. Et bien sachez que quand vous vous pointez à un meeting, on vous propose de l’argent pour faire ça. Ca casse un mythe, hein ? Les partis sont plus ou moins généreux, je crois que ça tourne généralement autour de 75 euros. Dimanche, je ne sais pas si les gens ont été payés mais tout a été savamment orchestré. Avant que la conférence ne commence, un gars explique aux gens assis par terre sur la piste que quand Jack rentre, il faut se lever puis l’acclamer puis quand il termine son arrivée, on se rassoit pour recommencer la standing ovation à la fin du discours. Et oui, tout est calculé ! Et il avait même son people, Jack : Armande Altaï, la seule people que je croise dans Paris (ça fera que la 3e fois, je suis désespérée).

 

Il y a quelques années, Yohann, mon ex meilleur ami, était allé au meeting européen de Charles Pasqua et Philippe De Villiers (oui, il était de droite), il m’expliquait que ces meetings étaient tellement prenant que si tu devais voter juste après, tu votes forcément pour le candidat que tu viens de voir. Mais à l’arrivée, qu’il y a-t-il dans ces meetings ? Quelques idées mais surtout des belles phrases qui pourront être reprises par les journalistes (qui sont des gens feignants qui aiment bien qu’on leur mâche le travail). Et plus on attaque l’adversaire, mieux c’est. Je pense qu’à cet égard, le plus fort, c’est Jean-Marie Le Pen. Parce que si on regarde les apparitions de ce monsieur dans les médias, ce ne sont pas tant ses idées qu’on expose que ses attaques envers les adversaires, les « Chirac, c’est Jospin en pire » (ou vice et versa).

 

Et là, ça me saoule. Je ne veux pas voter pour un candidat qui aligne les formules creuses pour séduire mais qui ne propose rien derrière. Or j’ai l’impression qu’on glisse de plus en plus vers ça. Il y a quelques années, on se moquait de la gueule des Américains avec leur politique spectacle, les confettis qui tombent du plafond et les pom pom girls mais n’est-ce pas le concept de la paille dans l’œil du voisin et la poutre dans le sien. Parce que nous, on a peut-être pas les pom pom girls mais on n’en est vraiment pas loin. Les politiques sont des stars que l’on peut toucher, à qui on peut demander un autographe (ça, ça me dépasse complètement !), qui côtoie les people et dresse leur liste d’amis célèbres. La politique fait partie du show biz, au point qu’on se permet de demander aux artistes pour qui ils votent. Mais c’est quoi cette question ? Certains sont engagés donc eux, on connaît leurs opinions mais les autres. Je me souviens, y a 5 ans, VSD (grand journal hautement intellectuel) avait demandé aux peoples pour qui ils allaient voter. Et bien, moi, j’avoue que je m’en fous de savoir pour qui ils votent mais c’est symptomatique. Si on leur demande, c’est que leur opinion peut influencer, qu’ils sont une sorte de super citoyens qui guident les pauvres anonymes que nous sommes. Je veux pas être méchante mais je crois pas que Jenifer ou Loana puissent m’encourager à voter pour X ou Y, surtout que leurs justifications sont parfois affligeantes : « mon papa, il était ouvrier chez Renault alors moi, je vote Jospin ! ». Ah, putain, c’est beau la conscience politique ! Pourquoi se faire chier à lire les programmes alors que nous avons là la plus belle raison de voter Jospin ?

 

Alors quand je vois cette irruption de people dans la politique, le tout sous le sourire complice de nos hommes politiques, je me demande encore si les gens votent pour Sarko ou Johnny, pour le PS ou Renaud ? Parce que du coup, nos amis les journalistes se régalent de la présence de people. Mais du programme, on n’en parle point.

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