La dystopie version glamour ?

J’ai un problème d’addiction… aux livres. Aller dans une librairie est toujours un grave danger pour mes finances, je ne me contrôle pas, je dépense, dépense, dépense. Et je furète, beaucoup. Le week-end dernier, je erre donc dans les rayons d’un Cultura et je découvre un rayon dystopie. Extatique, je m’y précipite et que vois-je ? Ils ont confondu avec les Harlequin ou quoi ? Non, bienvenue dans la dystopie version glamour.

dystopie version glamour

Réflexe n°1 : non mais vous êtes sérieux ? La dystopie, c’est un sujet grave, politique, l’auteur dénonce les dérives de notre monde actuel en grossissant les traits les plus préoccupants pour en faire les règles générales d’un monde où il ne fait plus bon vivre. C’est 1984, c’est Farenheit 451, c’est Le meilleur des mondes, c’est Barjavel, Metropolis ou Terminator ou Mad Max. C’est censé délivrer un avertissement, nous faire réfléchir… Pas faire soupirer les jeunes adolescentes en fleur le soir dans leur lit.

adolescente amoureuse

Mais j’ai un peu poussé la réflexion. Je n’ai pas vu Hunger Games et j’ai juste vu les deux premiers épisodes de Divergente, dystopie que je trouve assez navrante dans son traitement alors que je trouvais le principe de départ de leur société très intéressant mais je n’ai pas lu les bouquins donc bon… Je ne les ai pas tous vus, donc, mais je sais néanmoins une chose : les deux héroïnes sont ultra badass. Elles sont puissantes, sans peur, elles se battent et provoquent une révolution. Alors oui, ok, elles tombent amoureuses maiiiiiiiiiiis elles ne deviennent plus dès lors le simple love interest du héros principal, elle garde leur force et leur indépendance. Et je pourrais même rajouter que dans Divergente, on est clairement dans un univers de femme puisque le leader de ce monde là est clairement une leadeuse en la personne de Kate Winslet.

Kate Winslet dans Divergente

Et du coup, je nuance mon jugement. Parce que ouais, ces couvertures me font mal aux yeux et je ne parviens pas à y projeter quoi que ce soit de dystopique mais si ça peut apprendre aux jeunes filles à pas se laisser faire et se battre pour leurs idéaux plutôt que de s’aplatir devant un pervers narcissique qui prend un plaisir pervers à les piétiner “mais c’est pas sa faute, il a eu une enfance difficile” (oui ok mais rappel : t’es pas sa psy. Barre-toi de là). Si on peut les soustraire du traditionnel “rabaisse-toi parce que l’amour fait souffrir”, je ne peux finalement qu’applaudir la démarche.

Katniss dans Hunger Games

Et j’ai donc décidé de me lancer dans la lecture de l’un d’entre eux (mais j’ai pas choisi lequel). Je prends toutes les suggestions.

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Relisons les dystopies

Je lis. Beaucoup, souvent, partout. J’aime imprégner chacun de mes voyages d’un livre, me créer des lieux de lecture exceptionnels. Et en tant que bibliophage assumée, je ne suis guère difficile dans les genres : des grands classiques aux polars en passant par la fantasy, la science fiction ou le développement personnel… Je sors d’ici les essais que je lis plus par envie de savoir pour le coup. Pour ne pas m’enfermer dans un genre, je me suis créé une routine sur ma liseuse : un roman de saga (actuellement l’Epée de vérité), un Philip K. Dick, un classique de la littérature, un développement personnel et un polar (sur ma liseuse, je lis d’autres trucs à côté). Mais je me dis que dans ma jolie liste, il manque un genre que je vais devoir rajouter d’urgence : les dystopies.

Hunger games - Lire les dystopies

J’adore les dystopies, j’en écris d’ailleurs régulièrement. Enfin, j’en ai écrit une il y a quelques années, Technopolis, puis j’ai dû en débuter une demi-douzaine d’autres se déroulant dans un univers plus ou moins éloigné dans le temps parce que je trouve que c’est un formidable terrain de jeu. Déjà, comme je fus une tricheuse feignante, je trouvais plus simple d’aller installer mon histoire dans un univers alternatif comme ça, pas besoin de recherche… Non parce que là, pour mon roman de Maja, j’en suis à checker la topologie suédoise pour vérifier que ce que je raconte, ça marche un peu… Alors que bon soyons honnêtes, je doute que beaucoup de personnes susceptibles de lire un jour cette histoires connaissent vraiment Dyviksudd. Moi-même, avant de choisir un peu un endroit pour une partie de mon récit, je ne connaissais pas et autant vous dire que je n’y ai jamais mis les pieds (je me suis arrêtée à Göteborg)(faut vraiment que je me fasse un Scandinavian trip). Mais surtout, ça permet d’imaginer le pire… Et parfois, le pire, c’est pas si loin de la vérité.

escalade à Dyviksudd

Le saviez-vous ? Dyviksudd est un très beau spot d’escalade

D’après ce que j’ai vu passer dans mon flux Twitter, les ventes de 1984 ont explosé depuis l’élection de Trump, surtout rapport à ses alternative facts. Si vous n’avez pas lu 1984, il faut le lire parce que… en fait, je vais vous dire, je vais vous parler de dystopies. Plein, tout le temps. J’en ai lu quelques uns, les classiques de type 1984, bien sûr, Farenheit 451, le meilleur des mondes, Ravage (j’ai toujours eu une grande affection pour Barjavel malgré son côté résolument réac) ou même Globalia de Ruffin. Et je parle de livres mais y a aussi beaucoup à dire sur certains films. J’ai caressé du doigt la partie dystopique de Cloud Atlas, y a Divergente aussi (méééé), le Labyrinthe (mééééééé mais en fait, ça dépend, rapport au twist final), Hunger games que j’ai pas vu… Puis les séries de type Dark Angel, Trepalium et si on abuse un peu The walking dead (mais à partir de la saison 5 selon moi puisque la dystopie décrit plus un système sociétal et politique qu’un monde qui survit à une catastrophe).

The walking dead, Rick et Michonne

La dystopie est un outil idéologique dans la mesure où un auteur va tisser un monde noir autour de dérives possibles et qu’il souhaite dénoncer. On y retrouve en général un totalitarisme, assumé ou subtil, passant généralement par un contrôle total de la culture et du divertissement, un leader réel ou fantasmé despotique, une réécriture des faits et de l’histoire. On peut considérer qu’elles ne sont que peu crédibles mais elle nous alertent sur les dérives possibles, presque naturelles, de toute société ivre de pouvoir. C’est ce dont je parlais dans Idiocracy : si je ne crois pas forcément en une bêtise crasse congénitale, force est de constater que notre système médiatique actuel ne nous pousse pas à nous élever, loiiiiiin de là. Parce qu’on nous fait croire que la détente, c’est surtout ne pas réfléchir. Parce qu’on nous répète souvent que les études littéraires, c’est de la merde, que ça nous apprend pas un vrai métier… Pourtant, connaître notre histoire serait la meilleure façon de se garantir du “plus jamais ça” qu’on brandit avec morve à chaque commémoration de la Libération mais dont on nie les avant-signes pourtant de plus en plus flagrants (point Godwin ? La meilleure arme de ceux qui préfèrent ne pas voir, peut-être…). La culture est dévaluée et si on n’en est pas encore à l’étape de brûler des livres, on commence à titiller sans même s’en cacher la…mmmm… réinterprétation de l’histoire.

Portrait géant de Mao Zedong

Certains les ont cru fous quand ils racontaient leur avenir sombre, peut-être avaient-ils juste anticipé, juste compris que l’ivresse du pouvoir et du contrôle pouvait entraîner le pire. Et je vous parlerai de temps en temps de ces grands romans, films, séries, BD ou même, pourquoi pas, jeu vidéo… car peu importe le format, pourvu qu’on ait la dystopie

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The Lego movie de Phil Lord et Christopher Miller

Le 1984 des jouets… ou presque.

Profitant de mon vol pour Dubaï (3 ans plus tard…), je me suis dit qu’il était temps de combler mon retard cinématographique. Voyons voir… oh super, The Lego movie ! Ce film m’avait légèrement intriguée à sa sortie, je me demandais de quoi ça pouvait ressembler. Et bien, à rien de ce que j’imaginais, en fait.
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Petit résumé : dans le monde merveilleux de Briqueburg, tout les monde est heureux car tout le monde suit le manuel de vie. Emmett est un joyeux bâtisseur, il empile des briques pour construire la ville, écoute la même chanson que tous ses camarades et adore l’émission « Où est mon pantalon ». Un brave petit soldat, en somme. Mais un soir, Emmett voit passer une étrange silhouette, une fille et en la suivant, il fait une chute absolument vertigineuse. A son réveil, il se retrouve avec un étrange objet collé sur le dos. Embarqué par la police, il découvre alors qu’il est totalement insignifiant pour ses collègues et ses voisins qui savent à peine qui il est. Mais la fille vient le chercher : il est l’Elu, celui qui doit empêcher le méchant Maire de la ville de figer Briqueburg à jamais pour forcer ses habitants à rester dans le rang et à ne faire preuve d’aucune créativité.

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Oh ouah, me dis-je, un film d’animation qui promeut la désobéissance civile et la remise en cause d’une normativité imposée par un dirigeant peu éclairé, je rêêêêve, c’est 1984 pour les petits. Ou Matrix avec des briques en plastique plutôt que du code binaire mais non, restons sur Orwell. La main sur le coeur et la larme à l’oeil, je me dis que tout n’est pas foutu et que la génération à venir sera plus éclairée que nous.
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Mais en continuant mon visionnage, je commence un peu à froncer les sourcils. Emmett et Cool-Tag (la fille croisée peu avant sa chute) naviguent à travers différents univers, du ranch au bateau pirate en passant par une sorte d’univers arc-en-ciel certainement conçu sous acides, ils récupèrent un vieux mage et Batman et ça commence à ressembler vaguement à une pub géante pour les différents univers Lego. Et j’ai pas tout à fait tort car…
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On quitte l’univers film d’animation pour revenir vers la vie réelle et là, on découvre que cette folle épopée sort tout droit de l’imagination d’un petit garçon au physique très « pub américaine » qui joue aux Legos de son papa qui utilise de la glue (l’arme terrible du méchant Maire) pour figer sa ville Lego dans le garage. C’est donc ça. Ce n’était pas un 1984 version jouet mais une ode gigantesque à l’imagination enfantine et comme Lego permet de la concrétiser. Oh merde… Et là, on a droit à un discours tellement lénifiant du petit garçon qui défend sa cause que j’ai envie de pleurer. Mon âme Orwellienne souffre. Cet enfant ne se bat pas pour sa liberté d’être comme il l’entend, il veut juste piquer les jouets de son Papa…
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Au-delà de ça, il n’en reste pas moins que le film est bien réalisé et certaines répliques plutôt sympa. En fait, j’aurais certainement plus apprécié ce film sans l’incursion dans le monde réel avec des acteurs au physique de pub Kinder (oui, le papa, c’est Will Ferrell mais il ferait pas tache dans une pub Kinder, hein, pardon). Parce qu’outre le fait que l’aspect totalement marketing du film devient tellement visible que ça en est gênant, ça plombe l’ambiance légère et un peu déjantée de la partie animée.
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Bref, un film qui vous occupera bien un dimanche après-midi. Et c’est pas si mal.

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Raconte-moi une histoire…

Par Lucas

Il est une famille de français moyens que toute la France connait pour l’avoir croisée au moins une fois depuis l’an 2000 (bientôt dix ans…). Laissez-moi vous présenter les deux principales figures. Et ne me dites pas que vous ne les reconnaissez pas…

 Cette famille,

elle n’a pas fait une émission de télé réalité,

elle n’a rien de spécial
elle n’a pas participé à un jeu à la con,
pas été éventrée par un pater familias pour faire les choux gras de la gutter press.


Elle est comme la mienne,
comme la votre,
comme tous les français
et on suit la vie de cette tribu comme un feuilleton.
En moyenne 170 épisodes par ans.

D’abord il y a les enfants,  Juliette et Thibaud.
Et puis leur grand-mère, qui se fout de la gueule de son gendre en permanence.
Lequel gendre s’appelle Philippe,
marié à Mathilde, une nana qui a un sacré caractère.
Sympa pour Philippe, après une journée de travail avec son collègue, Régis, qui a la voix de Homer Simpson : « j’te dérange paaaaas Philippe ? »

Pour les apatrides qui nous lisent,
pour les ermites et les associaux qui n’écoutent jamais la radio,
je vous parle d’une série de pubs pour les centres Leclerc crée en 2000 par l’agence Lollipop Music.

C’est tout un univers qui a été créé, une sorte de mini feuilleton pour chaque pub.
Un dialogue entre deux protagonistes qui échangent des infos sur un produit Leclerc après une intro funky qui « catche » l’oreille (voix nasillarde, ton surpris, etc).
Ils sont forts chez Leclerc.
Ils ont commencé en France avant tout le monde : ca s’appelle le story telling.

Pas moyen d’y échapper !
Mieux que les Feux de l’Amour !
Tous les pubeux surfent là-dessus en ce moment ! Regardez dans les magazines, on voit partout des images « Isabelle 12 ans, aime boucou ceci »
Entre autres…
Et pour revenir à Leclerc,

On a suivi l’accouchement de Mathilde sur RFM,
on a vu grandir Thibaud sur Nostalgie,
on a entendu Régis emmerder Philippe sur Oui FM (Philippe va-t-il un jour craquer ?),  etc. tout est interchamgeable : ils sont partout, on ne peut pas les louper, et c’est un vrai feuilleton
qui déclenche chez nous une empathie et une sympathie.
Parce qu’on a tous  en  nous quelque chose de Tennessee un peu de Mathilde et Philippe.
Sitcom.
Mine de rien, j’ai beau trouver ca niais, ça fait du bien dans le paysage pubeux d’entendre ces p’tits moments plus ou moins rigolos. Bon, bien sûr, ya toujours le message essentiel, avec les tickets Leclerc, les réductions, tout ça. Et puis la chute finale avec un peu d’humour.
Bingo…

Avec mon snobisme, hérité de mes parents, j’avoue que j’ai été longtemps fermé à ca.
Par exemple, j’ai envie de balancer ma radio par la baie vitrée chaque fois que j’entends l’équivalent de ce story telling chez Super U avec Daniel Prevost et sa voix à claque.
Mais pas avec Mathilde et Philippe.

En fait avec Daniel, j’ai le sentiment aigu que je suis pris pour un con.
Qu’on fait semblant de me raconter une histoire tout en glissant la promo du jour.
Avec Philippe et Mathilde vous allez me dir que c’est pareil mais je le ressens moins.
Je suis moins là à chercher quel produit ils vont défendre. Ya quelques chose en plus sympa, même si ça n’enlève pas mon sentiment de malaise, à chaque fois…
Idem pour les pubs EDF GDF dans les magazines. Avant on avait parfois des personnalités ou des sportifs soutenus par EDF. Là  on nous présente la photo d’une nana. Inconnue. A qui on doit s’attacher car cette personne c’est moi, c’est toi : elle est censée résonner en chacun d’entre nous.

Ca m’agace qu’on utilise de tels ressorts et qu’on me prenne ouvertement pour un abruti… Qu’on me scande à tout va que la Carte Leclerc c’est super. Mais d’un autre coté je me dis que ces pubs doivent resonnner dans plein de foyers. C’est vrai qu’elles sont loin des pubs de mon enfance à la télé où une nana se faisait alapaguer par un vendeur ds un rayon pour tester un produit « ah mais c’est vrai qu’il est bon ». Triple orgasme, double salto arrière.
Connaaaaaaaaasse.

Mais il y a pire…
Au delà du story telling,
je fais un aparté…
Car ça me démange.
Car j’ai envie d’empaler un rédac chef chaque fois que je vois qu’on nous prend pour des cons avec un publi-redac dans les magazines, là où les pubeux nous présentent des produits  sous la forme d’un article. Avec un titre et un agencement comparable à la maquette du journal et la complicité de la revue.
Gniiiiiiiii !!!

Et je suis perplexe.
Est-ce que ça vous donne plus envie de consommer, vous ?
Est-ce que le message passe mieux s’il est moins sur un schéma connu ?
Moi j’avoue que les produits me passent au dessus du nez.
En même temps je ne suis pas allé dans un Leclerc depuis des lustres. Je pense que je serai toujours éberlué devant un linéaire de 3 mètres sur 2 avec 150 références de chips différentes (ici mes potes marketeux ressortent de leur tiroir la poupée vaudou à mon effigie)

Le pire c’est que cette logique prise par les publicitaires s’inscrit dans la nature humaine. On aime bien se faire raconter des histoires, on aime bien être emporté hors de notre monde, quelques minutes. Les spécialistes des campagnes politiques pensent que la raison pour laquelle Kerry n’a pas été élu face à Bush c’est qu’il n’avait pas LA bonne histoire pour rallier à lui tous les zelecteurs… Faire rêver, faire associer. Permettre aux gens en face de se retrouver : dans la pub il s’agit toujours plus ou moins de rassurer. Rappeler vous « Travailler plus pour… gagner plus ». Moi ca m’inquiète un peu ces stratagèmes.
.
Je me dis que si ca se trouve on va arriver à un monde où tout sera story tellin’. Des histoires racontées par des pontifes et en face de ça des opposants pour rappeler la vérité. Relisez La Ferme des animaux et 1984, relisez le Meilleur des Mondes : c’est un peu boucou ça… Tiens une citation de Mister Orwell qui s’applique autant à la politique qu’à la pub,

«Le langage politique est destiné à rendre vraisemblables les mensonges, respectables les meurtres, et à donner l’apparence de la solidité à ce qui n’est que vent.»

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Imagination

Pour ceux qui ne vivent pas en France et qui n’ont ni télé, ni radio, qui vivent dans une grotte… Bref, pour toi lecteur, je vais livrer un scoop : le Da Vinci Code vient de sortir au cinéma. Le but de cet article n’est pas parler du film (que j’ai pas vu) ou du livre (que j’ai lu) mais ça va me servir d’exemple pour m’énerver un peu. Avant la sortie du film, je mate « dossier d’actualités » sur M6. Ouais le dimanche, j’aime bien regarder soit ça, soit « faites entrer l’accusé », histoire de (re)faire ma culture criminelle. Donc je tombe là-dessus et c’était une émission spéciale « Da Vinci Code », qu’ils nous avaient sortis pour la sortie du livre y a un an et demi, je crois.

Et là, ça m’agace mais à un point. Pour ceux qui ont le livre chez eux, ouvrez à la première page. Qui y a-t-il décrit juste sous le titre du livre ? « Roman ». Bon, alors, un peu de culture. Un roman est considéré comme une œuvre de fiction. En aucun cas, M. Brown n’a écrit un essai sur le Graal, il a livré une libre interprétation de la légende du Graal. Que les gens aient pris pour argent comptant ce qu’il a pu raconté dans son roman, ça me dépasse. Qu’on essaie d’expliquer en quoi il a eu tort ou raison m’horripile. Ce qui est fantastique dans la fiction, c’est qu’on peut réécrire des événements. Perso, je peux à la limite comprendre que les théologues extrémistes soient choqués qu’on ose dire que Jésus était marié. Et pourtant, selon mon prof de philo classique, Jésus ne pouvait être que marié. En effet, à l’époque, la norme n’était pas au célibat et s’il l’avait été, ça aurait été signalé. Ca ne veut pas dire qu’il était le compagnon de Marie-Madeleine, juste qu’il devait bien y avoir une madame Jésus. Bon, après, le coup de la fille du conservateur du Louvre qui est la descendante de Jésus, c’est clair que c’est super capillotracté mais qu’est-ce qu’on s’en fout ? C’est un roman, point.

 De la même façon, je suis en train de lire « Le grand secret », de Barjavel, qui mêle fiction et histoire puisqu’il implique des hommes politiques dans son grand secret. Et alors ? Ok, dire que Kennedy a bu une potion censée le rendre immortel et que c’est pour ça qu’il a été abattu, c’est tordu. Mais on s’en fout, le roman est bien écrit, on se laisse prendre à l’histoire. Et c’est justement ça qui est magique avec un roman, c’est qu’on peut tout inventer.
 

Il y a quelques temps, j’ai commencé à publier Technopolis sur ce blog. Premières réactions : « mais non mais tu peux pas écrire ça, l’Inde et la Chine ne se feront jamais la guerre ! ». Bon, outre le fait que je connais bien ma géopolitique et que je sais que ces deux pays ne sont pas amis du tout, l’important n’est pas là. J’écrivais une histoire qui débutait au moins dix ans plus tard. En dix ans, il peut s’en passer des choses. Si on regarde 10 ans en arrière : les téléphones portables n’existaient pas, Internet en était à ses balbutiements, Friends venait à peine de commencer, la Star Ac n’avait pas encore été inventée, les Etats-Unis ne faisaient la guerre à personne, on ne savait pas qui était Ben Laden, Fernando Alonso n’avait pas le permis, on ne tremblait pas en entendant « grippe aviaire » ou même « vache folle », j’étais vierge… Comme quoi, il peut s’en passer des choses en dix ans. L’avenir, c’est l’inconnu. Doit-on jeter par la fenêtre le « 1984 » d’Orwell, considérant qu’il s’est planté et qu’en 84, Big Brother ne nous watchait pas ? (je sais, c’est un odieux anglicisme). Ecrire un roman n’est-il pas, finalement, écrire une version alternative de la réalité ? N’ai-je pas
droit de créer un univers particulier en changeant ou inventant des événements ?

La question est la suivante : la créativité doit-elle avoir pour limite la crédibilité ? La réalité n’est-elle pas pour l’écrivain qu’une pâte qu’on doit modeler à notre guise ? J’ai tué les trois quart de l’humanité dans Technopolis et au fur et à mesure du roman, j’en tue d’autres. Dans le prochain que j’écrirai, je vais encore créer une guerre parce que le thème de la résistance, moi, ça m’inspire toujours autant.

Après, ce n’est pas pour autant qu’il faut faire n’importe quoi, il faut que l’intrigue se tienne. Je n’aime pas trop les enquêtes policières avec le « lapin qui sort du chapeau ». C’est-à-dire pendant tout un roman, on suit les policiers, on soupçonne le mari, les enfants et l’amant de la victime, par exemple, on essaie de recouper les indices et là, à la
fin du roman, on apprend que, tatan, le meurtrier est le voisin pris d’une pulsion meurtrière. Le voisin, dans le roman, on le voit juste quand les policiers arrivent, il fait partie des badauds. Donc, forcément, on pouvait pas deviner qui était le coupable, on savait même pas qu’il existait ! Avec ce genre de procédé, c’est facile de faire des romans policiers surprenants. De la même façon, certaines facilités m’agacent. Exemple : le film Gothika. Je te préviens, lecteur, dans la phrase suivante, je raconte la fin donc si tu n’as pas vu le film et que tu veux le voir, passe direct au paragraphe suivant. Donc Gothika, on apprend que le mari d’Halle Berry qu’elle a tué était un sale pervers qui violait des filles et tout et on apprend qu’il a un complice. Fin du film : tatan, le complice, c’est le shérif qui explique : « en tant que shérif, c’était facile pour moi d’aller et venir dans la prison ». Sauf qu’Halle et ses amies n’ont jamais été dans une prison mais dans une clinique psychiatrique privée où un shérif n’a rien à faire. Donc c’est pas crédible.

Revenons au Da Vinci Code, qui prend donc de grandes libertés avec la réalité historique. Mais au fond, le roman est logique, il sème tout du long des pistes nous permettant d’aboutir à la conclusion logique. Sophie est donc une descendante de Jésus ? Ben, en lisant le roman, ça ne fait pas lapin qui sort du chapeau, là, c’était préparé comme révélation.

Dans la même veine, Marie-Antoinette, le film. Oui, ok, ça ressemble un peu à l’article de Gauthier () mais bon. Donc pour le ciné, c’est comme pour un roman, ce sont des œuvres de fiction donc bon… Marie-Antoinette n’a jamais été présenté comme un film historique donc à partir de là, on peut s’autoriser quelques fantaisies même si j’ai toujours peur que les gens ne connaissant rien à l’histoire de France prennent ce genre de film pour argent comptant. Déjà Marie-Antoinette, elle était beaucoup plus potelée que Kirsten Dunst ! Elle est jolie, Kirsten, mais elle est quand même maigrichonne. Donc le film n’a rien d’historique, on nous présente une Marie-Antoinette amoureuse et bienveillante avec son époux (mouais…), amoureuse un temps du comte de Fersen mais elle l’oublie bien vite… Moi, le comte de Fersen, je le laisserais bien visiter mon trianon, aussi (ça, c’est ma nouvelle expression). Finalement, ce que je reproche au film, c’est pas les largesses prises avec l’histoire mais la fin terriblement bâclée. En gros, on a la sensation qu’on manquait de pellicule sur la fin donc les événements se succèdent sans qu’on comprenne trop ce qu’il se passe et paf, c’est fini. Autre truc qui m’a turlupiné : on a vu le film en VO avec Gaugau et dans le film, il y avait quelques phrases en français… Hein ? Tant qu’à faire, autant tout faire en anglais.

Bref, l’imagination est quelque chose de fantastique et qui permet de travestir la réalité. Si j’ai envie de raconter que le monde est dirigé par un consortium d’éminences grises qui orchestrent les conflits selon leurs intérêts propres et que les dirigeants des pays ne sont que des pantins, pourquoi pas ? (tiens, ce serait une idée). Tant que l’intrigue est crédible, après… Alors, arrêtons de faire des procès aux écrivains. Ecrire un roman, ce n’est pas écrire un essai, notre matière première, c’est l’imagination, pas des documents historiques.

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Nina prend le taxi

Il était une fois une jeune fille de 25 ans, pleine d’espoir en la vie et belle comme le jour… Non, je plaisante ! Il était donc une fois moi, une fille de 25 ans qui avait la lose, mais à un point inimaginable. En fait, cette fille alterne chance et malchance à une vitesse incroyable, si bien qu’une belle histoire peut se transformer en catastrophe.
 
Dimanche soir, je me couche, totalement enrhumée. Je pleure du nez, j’ai chaud, ça ne va pas du tout. Lundi, pareil, mardi, pas mieux. Mercredi matin, je me sens un peu mieux. 11 h, téléphone : je suis réveillée mais je paresse au lit. Au bout du fil, Bouc et Moustache : « je te réveille ? ». Bon, on discute un peu puis il m’annonce : « pour le boulot, tu vas être convoquée bientôt, tiens toi prête ! ». Oui car Bouki quitte son poste et à qui il a pensé pour lui succéder ? A moi, of course (bon, il a aussi pensé à Helmut Perchu, un de ses fans assidus et néanmoins ami) ! Mercredi soir, alors que j’écris des articles pour un webzine (même pas pour mon blog !), téléphone à nouveau, je reconnais le numéro de Bouki.
« Tu fais quoi, ce soir ? me demande-t-il.
Rien de spécial, j’ai des articles à écrire.
Bon et tu fais quoi demain ? Ça te dit une brouette ? [non, je plaisante, il n’a pas dit la dernière phrase]
Heu rien.
Bon, à 17h15, tu es attendue à la mairie de Ste Agathe des Chemins pour ton entretien. »
Oh, Seigneur ! Je raccroche et prudente, je cherche comment me rendre à la mairie de Ste Agathe des Chemins [ça n’existe pas en vrai, ne cherchez pas !]. Et là, le cauchemar : la RATP ne connaît pas cette ville et refuse de me dire comment m’y rendre. Je passe donc deux heures à trouver un trajet, secondé par mon adorable Guillaume qui sentait que je commençais à paniquer. Bon, je finis par trouver un trajet : train n°1, train n°2, bus. 1h20 de transports, tout va bien, je gère. Le souci majeur, c’est que je ne me sens pas au top de ma forme avec mon foutu rhume, j’ai peur que ça me desserve un peu. Surtout que Bouki m’a honnêtement précisé que je serai en concurrence avec Helmut Perchu dont je ne connais absolument pas le parcours mais, curieusement, de savoir que nous ne sommes que deux sur le poste, ça me fout un stress terrible surtout que je te rappelle, lecteur, que je n’ai jamais eu d’expérience en tant que salariée.
 
Jeudi matin, je me lève (et ne bouscule personne, comme d’habitude), je travaille sur mon press book en matant les maternelles, en attendant qu’on me livre mon bureau. Le bureau arrive, mon press book est prêt, je mets en page mes articles pour mon webzine. Je suis au point ! Je fouille sur le site de Plume sur Berges pour trouver les bulletins municipaux, je prends des notes : je suis parée ! Une petite douche, un peu de parfum et de maquillage, je suis au top !
 
15h43, je quitte mon appart : le train est à 15h48, tout va bien. Arrivée sur le quai à 15h45, mon sang se glace : j’ai oublié mon press book ! Je cours chez moi, je le récupère mais drame : quand je ressors, le train est déjà à quai. Même en courant, je ne l’aurai pas. Je fonce à la deuxième gare à pied, train n°2 est à 15h59, j’y arrive à 16h02… Bon, c’est la panique totale, le prochain train passe une demi heure plus tard. Il est hors de question d’arriver en retard donc aux grands mots, les grands remèdes, je décide de prendre un taxi. Oui, je suis fauchée mais c’est pas grave, je n’ai plus le choix.
 
Je trouve une station de taxi et monte dans le premier qui se présente. Je me pose et déjà, premier constat : ma ceinture ne marche pas.
« Vous pouvez me conduire à Ste Agathe des Chemins dans le ** ?
– C’est où ?
– Pas loin de Sainte-Hortense les Foins.
– Ah, d’accord ! ».
Bon, confiante, je m’enfonce dans le siège. Il est 16h10, une heure pour rejoindre la mairie, c’est jouable. Le mec démarre et là, je commence à douter : tandis qu’il conduit de la main gauche (menaçant les ailes de toutes les voitures à nos côtés), il fouille sur un plan de la droite. Finalement, au bout de dix minutes, il se gare et appelle un ami pour lui demander le chemin. Car évidemment, il n’a pas de GPS. Je sais pas pourquoi, je le sens mal.
 
On se retrouve sur une nationale, le temps défile et je commence à angoisser, dans ma tête, sublime dialogue :
« Pas de panique, ça va aller
– Non, tu n’y seras jamais, c’est pas possible ! »
Stressée, je décide de partager mon angoisse avec Guillaume (charmante que je suis). Le trafic est dense mais fluide, ça va aller, j’aurai même le temps de me fumer une cigarette avant l’entretien. 16h45… Le monsieur recommence à regarder son plan, c’est plutôt mauvais signe, il me semble… 16h55, je lui demande d’une voix tremblante : « on est bientôt arrivés ? Non parce que j’ai un rendez-vous très important à 17h15… » Bon, non, on n’y sera pas. J’appelle donc Bouki qui me demande où on est et quand je lui explique, il me fait : « mais comment t’as fait pour te retrouver là ?
– Ben j’ai pris le taxi.
– Mais en partant d’où ?
– De chez moi…
– Ah, intéressant ! ».
S’ensuit une belle balade en campagne, je suis désespérée : voilà, je suis en retard. Je harcèle le pauvre Guillaume de textos : « Le chauffeur de taxi est perdu, je vais me pendre », « comment perdre 100 euros et un boulot dans la même journée par Nina. J’ai envie de pleurer ». Parce que, franchement, j’ai très envie de pleurer : je suis tombé sur le seul chauffeur de taxi qui ne sait pas lire une carte ! Ça ne pouvait arriver qu’à moi, tiens ! Donc je prends une résolution : je vais à mon entretien et une fois rentrée chez moi, je pleure toutes les larmes de mon corps. Mais pas avant, ça ne le fait pas de se présenter avec du maquillage dégoulinant.
 
Le chauffeur de taxi, sentant mon angoisse, me fait poliment : « Ne vous inquiétez pas pour le prix, hein !
– C’est pas pour le prix que je m’inquiète mais pour le boulot que je viens de rater ! ». Bon, il m’a dit ça sans doute parce qu’il avait vu que j’avais recopié sa plaque sur un papier… Enfin, à 18h, on arrive sur place mais comme je suis très en retard, Helmut doit passer avant moi. Le monsieur du taxi me fait une ristourne de près de 25 euros (je paie quand même 70 euros), je cours à la mairie.Je fume une clope à une vitesse hallucinante et je monte à l’étage, m’installant dans les confortables sièges. Après avoir lu deux, trois articles pour mon webzine, je me plonge avec délectation dans la lecture de 1984 d’Orwell, en attendant.
 
Enfin, c’es mon tour, je discute deux minutes avec Helmut que je ne connaissais pas encore puis je rentre dans la petite salle, j’ai face à moi quatre personnes : deux personnes je me souviens plus qui c’est, le maire et Bouki, donc. C’est mon premier entretien pour un boulot et ça me rassure un peu d’avoir un ami dans le lot. Bon, je me vends comme je peux avec ma voix nasillarde, je démonte à peu près 800 fois mon stylo en un quart d’heure (oui, faut toujours que je tripote un truc, même quand je suis calme), je montre que j’ai bossé mon entretien en parlant du journal, je mets en avant mon expérience dans un journal local. A un moment, question qui tue : « quelle est votre principale qualité et votre principal défaut ? me demande le maire.
– Heu… Défaut : je suis impatiente ! Qualité…hum… je pense que je suis conciliante. Ah et je suis curieuse, c’est pour ça que j’ai voulu faire du journalisme » et me voilà partie sur un laïus sur ma vocation, l’envie de toujours apprendre, de faire des rencontres…
 
Fin de l’entretien, je sors discuter un peu avec Helmut et je lui montre mon press book puis Bouki arrive et nous traîne au bar. Là, je m’offre un Blue Lagoon parce que je l’ai vraiment mérité ! On discute, Bouki regarde un peu mon press book et découvre en avant-première mon interview de Nicolin pour Over Blog. Il me dit que je devrais faire attention à cacher un peu mes tremblements (oui, c’est naturel chez moi alors si on rajoute le facteur stress, ça fait limite Parkinson) et de pas jouer avec mon stylo quand je parle. On repart ensuite à la gare, Bouki me suit jusqu’à ma gare car il prépare un nouveau billet rose. En trajet, on discute un peu, je commence à lui raconter que je suis dégoûtée par cette histoire de taxi et par ma maladie qui fait que je n’ai pas été au top pour mon premier entretien. A un moment, il est un peu inquiet car mes yeux brillent et mes joues sont rouges mais je me sens pas particulièrement émue donc c’est soit l’alcool, soit un accès de fièvre (au choix).
 
On se quitte à la gare (hé oui, ce n’est pas moi le billet rose), je rentre tranquillement chez moi et là, la lose continue. Je prends mon courrier, j’enfonce la clé dans la serrure, je pousse et je ne peux ouvrir la porte que de quelques centimètres : que se passe-t-il ? Je regarde par terre, pensant que Kenya avait fait quelque chose et, là, sueur froide : cette andouille a réussi à bloquer la porte avec une tige en métal qui sert de verrou intérieur ! Oui, vous savez, les tiges en métal qui enserrent un clou et qui permettent d’ouvrir la porte de quelques centimètres sans que l’intrus puisse entrer… Ben ma chatte est super intelligente, elle a réussi à la mettre toute seule. Je m’escrime un peu, impossible d’ouvrir la porte. Je referme le battant et j’appelle Guillaume, totalement désemparée et au bord de la crise de larme. A peine a-t-il décroché que j’entend un grincement particulier : Kenya a enlevé la tige ! Non parce que ma dernière option était casser un carreau et passer par la fenêtre… Je rappelle à mon lectorat que nous sommes presque en hiver, il fait froid…
 
Et puis pour en rajouter encore un peu, hier soir, j’ouvre une lettre de mes parents qu’ils me disent qu’ils m’aiment et que je dois m’accrocher pour réaliser mon rêve. Ben, là non plus, j’ai pas pleuré mais c’était vraiment pas loin… Faut vraiment que j’apprenne à ouvrir les vannes quand c’est nécessaire…
 
Je finis donc la journée sur les rotules, j’en peux plus, j’ai évité trois crises de larmes in extremis… Tout ça pour quoi ? Ben, pour ne pas avoir le poste. Motifs invoqués : j’habite trop loin et Helmut a plus d’expérience que moi. L’histoire ne dira pas si la distance avait joué contre moi si j’étais arrivée à l’heure. Toujours est-il que je vois le positif de la situation : c’était mon premier entretien pour un boulot et c’est toujours ça de gagné. En plus, Bouki m’a dit ce que je devais améliorer, je vais en prendre note. En attendant, aujourd’hui, j’ai réaménage mon appart !
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