Quand ça veut pas…

Dimanche, dans le train, j’ai écrit 5 articles pour la semaine. Arrivée dimanche soir à la maison, le temps que je papote un peu avec Vicky, je ne les ai pas récupérés. Pas grave, Ella m’ayant envoyé deux articles, j’avais de la marge.

Hier soir, j’ai bien pensé à mettre les articles sur ma clé USB.

Ce matin, j’ai pris la clé USB dans les mains, je l’ai posée sur mon bureau le temps de récupérer un numéro de téléphone sur mon ordinateur. J’ai oublié la clé. Pas grave, il me reste un article d’Ella.

Sauf qu’entre hier et aujourd’hui, mon ordinateur a décidé que le PDF, il allait se contenter de l’afficher et que pour copier/coller le texte, je peux aller me brosser.

J’avais donc plusieurs solutions :

– ne pas écrire. Mouais non, j’ai envie de chouiner un peu.

– écrire un article tout neuf. Pas le temps

– retaper l’article d’Ella. Pas le temps.

– m’asseoir par terre et pleurer. Mais j’aime pas pleurer en public, surtout que ça va ruiner mon maquillage.

Donc à la place, vous avez le droit à cet article bâtard dans lequel il n’y a rien si ce n’est le fait que j’ai pas le temps, trop. Et puis, tiens, je vais vous parler de ma déprime de rentrée alors que normalement, la rentrée, c’est un moment où j’ai bouffé du lion et que j’ai envie de tout casser, dans le sens positif du terme. Mais là, il fait moche et mon chat déprime alors je
reviendrai la semaine prochaine tout casser, promis.

Au fait, si toi, derrière ton écran, tu as envie de m’apprendre le russe, je veux bien parce que les écoles, je vais pas m’en sortir. J’hésite à m’acheter une méthode assimil qui me permettrait certes d’en faire quand je veux mais je me connais, je vais pas le faire. Ou alors y a une prof qui a l’air sympa à Plume sur Berges, ça me coûterait 32 € dont la moitié déductible des impôts… Mais si je me mets à fond dans le sport plus le russe, force est de constater que je n’aurai plus une soirée de libre, déjà que… Ton avis lecteur ?

Tu vois, des fois, j’aime bien te parler comme ça, en freestyle, je raconte un peu tout et rien, je m’ouvre à toi, en tout bien tout honneur, bien sûr. Je pourrais presque imaginer que nous sommes seuls autour d’une table de resto, toi et moi, ambiance tamisée, nos chardonnay prennent une teinte dorée dans la lueur des bougies, je joue négligemment avec les miettes de la table. As-tu remarqué comme un éclairage réussi rend toujours les gens beaux ?  Des fois, j’ai envie de revenir à des articles plus toi et moi, chabadabada, t’en penses quoi ? Oh, je ne te raconterai pas
mes histoires de fesses ou mes projets les plus secrets mais en gros, ouvrir la page blanche et écrire, écrire, sans savoir où je vais et si je ne vais nulle part, ce n’est pas grave, comme une vraie conversation, quoi.

Allez, dès que mon chat arrêtera sa dépression (je culpabilise à mort), j’irai moi même mieux et je vais te la casser, la baraque. La saison 2009-2010 s’annonce sportive, équilibrée (au niveau alimentation), dynamique et sans doute coquine même si ma libido est assez fonction de la météo. Et en hiver, elle roupille un peu.

Bon, j’ai du boulot par dessus la tête, je cesse ici mes élucubrations.

J’te claque la bise !

La saleté

Par Gauthier
Minuit : bilan de la journée, levé à 14h, je traîne tout l’après midi en sous-vêtements, nourriture : nicotine et caféine. Je réponds à mes mails. Je passe sur les chats, je vérifie le blog. Je pars manger à l’extérieur. Des gens me regardent dans le métro, d’autres m’ignorent. Tout est normal, Paris est pleine de gens seuls qui ne communiquent qu’à travers des regards dans le métro. Merveilleuse avancée technologique que le portable, on peut parler, mais pas directement, pas avec les gens que l’on croise, uniquement avec ceux de notre cercle. Ces gens-là, assis en face de moi, ce sont les « autres », je ne les regarde que pour avoir matière à analyser, ou critiquer, ou montrer mon indignation. Ils sentent mauvais, ils ne sont pas beaux. Les « autres » c’est la saleté.
 
Cette saleté me poursuit, s’insinue partout en moi. Elle me dérange. Je dois encore mettre ma main sous mon nez pour respirer du parfum. Je dois détourner le regard, la saleté est visuelle : les SDF, les pauvres, les cons, tout sent mauvais, tout est saleté.
 
Je passe la soirée sur le net, je ne parle qu’aux gens qui m’intéressent, les gens beaux, les gens que je connais déjà, mes amis. Je zappe les autres, toujours ces autres, ils sont partout, la saleté est chez moi. Je me sens agressé, j’ai la nausée. Comment puis-je retrouver le sourire ? Comment pourrais-je avoir envie d’aller vers les autres ? C’est impossible. Je dois conserver ce que je suis, ceux que j’aime, je dois me protéger.
 
Je me sens seul. Personne ne me regarde chez moi, personne ne me parle, personne ne respire mon air, je me protège trop ? Non si j’ouvre la porte les autres vont entrer, et je serais sali.
 
Un homme veut venir se faire baiser. Encore un, c’est le quatrième ce soir qui me le propose. J’accepte, j’ai besoin d’un miroir dans lequel me trouver beau, me trouver important, même si ça ne dure qu’une heure. Je prends une douche, je dois me débarrasser de la saleté, des odeurs, des sensations, je dois être neuf, presque vierge, pour supporter que quelqu’un me touche, me sente, me baise… Je frotte, je commence déjà à me transformer, je le sens. Je suis beau, je suis désirable, je suis cet homme à qui j’aimerais tant faire l’amour, à qui j’aimerais tant donner, sans rien attendre en retour. Comment pourrait-il résister ? J’ai besoin d’être sûr qu’il soit séduit au premier regard, qu’il me déshabille avec ses yeux, qu’il me regarde avec ses mains.
 
La sonnette retentit, avant d’ouvrir la porte je regarde une dernière fois ce visage dans le miroir, j’aime ce reflet. Je mouille mes lèvres quand j’ouvre la porte. Mon cœur s’emballe quand je pose mes yeux sur lui. Il entre en me souriant, il me regarde, il a une lueur dans les yeux. Mais il ne me voit pas, il ne voit que cet homme que j’offre à tous ces amants de passage. Je suis devenu celui que j’aspire à rencontrer, celui que je ne suis pas. Il flatte un étranger, il lui dit les choses qu’il a besoin d’entendre pour se laisser aller. Je deviens complètement l’autre, je sais qu’il est à moi, je l’ai séduit, je le tiens. On s’étend, on se caresse. Nos transpirations se mélangent, nos râles se synchronisent. L’odeur de sa peau, l’odeur de son sexe, l’odeur de son excitation, l’odeur de son plaisir, tout m’envahit et me transporte. Je lui donne tout, je viens en lui, le voile se déchire et je retombe.
 
Je me retire, fébrile, et tel un puceau découvrant l’orgasme je m’effondre sur le lit, je ne le regarde pas, il me parle encore, il me flatte toujours. Je ne suis plus là, je ne veux plus être là. Je touche mon ventre, mon torse, mon sexe, tout est moite, tout est sali. La saleté, elle est encore là, elle vient de moi, elle vient de lui, elle vient de nous. Je ne la subis pas, je l’ai désiré, je la chéris. Pour la première fois de la journée je ressens et j’exalte, bref je vis.
 
Qui sont les autres ? Cet homme dans le métro qui me sourit, cette femme qui rajuste le blouson de son bambin dans la rue, ce SDF qui parle tout seul avec sa bouteille de vin à la main, cet homme que j’invite chez moi à 2h du matin, ce reflet dans le miroir de ma salle de bain ? La saleté c’est les autres, oui, mais c’est moi aussi, elle m’empêche de m’ouvrir, mais j’en ai besoin pour me sentir vivant. Je dois devenir ces « autres » pour la supporter.
 
La vie n’est-elle qu’un cercle où je suis en train de me perdre ?