Jour de manifestation

Ceci aurait pu être une lettre mais finalement, je choisis un autre format. La narration, le bon vieux journal extime du début. Parce que je suis toujours effarée par le décalage entre ce que je vis et ce que je peux voir sur les réseaux sociaux, les narrations médiatiques des manifestations qui ne se concentrent que sur la violence et les vitrines cassées. Et vos larmes sur ce verre brisé plutôt que sur ceux qui ont pris des coups de tonfa au mieux ou, à l’époque, avaient perdu un oeil me navre toujours autant. Parce que la manifestation, c’est un beau moment de partage, en vrai.

Manifestation du 5 mai 2018, la fête à Macron

Juste un point sur la violence avant de poursuivre : je trouve ça absolument navrant. Pas que je sois triste pour les vitrines, les assurances sont là pour gérer ça. Ca m’agace juste parce que c’est précisément ce qu’attendent les médias. Vous vous souvenez, le CPE en 2005 ? On filmait surtout les gamins de banlieue (ou supposés l’être) tabasser des manifestants pour les voler ou casser des vitrines. A présent que les banlieues restent de leur côté, il fallait un nouveau bouc émissaire et ça tombe bien, voici les black blocs. Alors je ne suis pas sans savoir qu’aucune révolte ou révolution ne s’est faite sans violence, ok, mais calmez-vous deux secondes : un McDo n’est pas la Bastille et surtout, ça me rend très en colère de vous voir foutre la merde et vous tirer rapidement de là car vous vous êtes entraînés pour ça et laisser ceux qui étaient juste venus manifester payer les pots cassés.

Manifestation du 5 mai 2018, la fête à Macron

Mais revenons à la manifestation. L’an dernier, premier mai, je défile avec Victor et sa soeur, nous sommes à la fin du cortège. On marche joyeusement de République à Bastille. Le ciel est bleu, il fait chaud, l’ambiance est festive. Des pancartes marrantes que l’on prend en photos, de la musique, des rires, une bonne humeur de malade. Arrivés à Bastille, on voit que tout est terminé, on rentre donc. Je m’étonne un peu car il me semblait qu’on devait aller jusqu’à Nation mais ok. On retourne à la maison de très belle humeur et là, sur Twitter, on découvre que c’est la guerre. Mais quoi ? Un peu comme quand on était allés en Grèce lors du référendum, que les médias français décrivaient un pays au bord de la guerre civile, et bien… absolument pas.

Manifestation du 05 mai 2018, la fête à Macron

J’ai manifesté samedi. Nous n’avions pas fait le 1er mai pour cause de week-end à Hambourg mais nos copains qui y sont allés ont juste expliqué qu’ils avaient fait demi-tour un peu rapidement, ce qui les saoulait, d’ailleurs. On était confiants : pas de débordement en vue. D’abord parce que ce n’était pas le sujet et surtout… j’ai découvert que j’avais quelques sympathisants du cortège de tête dans ma timeline Twitter et il suffit qu’on prononce “FI” ou “Mélenchon” près d’eux pour qu’ils vomissent de la purée de pois en proférant des insultes, un peu. Donc je ne voyais pas dans quel univers ils se mêleraient à une manif très proche de la FI même si, officiellement, c’était un peu apolitique. Et effectivement, c’était très bon enfant et venez pas chialer sur un pare-brise brisé, par pitié.

Manifestation du 05 mai 2018, la fête à Macron

Pourquoi j’aime les manifestations ? D’abord l’ambiance et la bonne humeur. Nous étions venus en petite délégation, une petite dizaine de personnes, nous avons fini à trois, finalement. On avait d’autres camarades quelque part mais vu le monde, on ne les a pas croisés. Tu as des fanfares, des banderoles et slogans qui font sourire voire rire. Il y a l’église de sainte consommation, des Macron animés, des chants, du rire. Beaucoup d’enfants aussi. Un peu de merguez aussi et des vendeurs d’eau à la sauvette qui avançaient par à coup, si bien qu’on en a croisé un quelques fois, ça avait comme un goût de bug dans la matrice. Et puis, il y a une certaine mixité sociale. Si les banlieues sont peu ou pas présentes (et c’est un vrai enjeu de militantisme, d’ailleurs), on croise des personnes de tout âge et d’un tissu social allant des plus précaires aux classes moyennes aisées. Pas mal de personnes âgées assez malicieuses, on a aussi croisé des gens en béquilles, déambulateurs, qui marchent malgré tout.

Manifestation du 05 mai 2018, la fête à Macron

Mais surtout, ce que j’aime le plus, c’est que la ville nous appartient. J’avais eu une belle expérience à Toulouse, en passant dans la rue d’Alsace-Lorraine (qui était dédiée aux voitures à l’époque, je crois que ce n’est plus le cas), passant par là avant le cortège. Voir la rue du milieu de la chaussée en prenant le temps de déambuler, c’est délicieux. Bon, en plus, comme un fait exprès, les manifs du samedi qu’on peut faire sont toujours sous un grand ciel bleu… Sortez la crème solaire le 26 mai ! Hier, je n’en ai pas mis, j’ai la lanière de mon sac tatouée à blanc sur ma peau rougie…

Manifestation du 05 mai 2018, la fête à Macron

Alors la prochaine fois, tentez l’expérience. Peut-être que vous verrez qu’une manifestation, c’est bien plus qu’une vitrine cassée mais un élan, un espoir que demain, on arrêtera le massacre. C’est pas la manifestation qui fera basculer les choses, sans doute. Mais ça rappelle que non, nous ne sommes pas seuls à croire en des lendemains meilleurs.

 

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Manifester, c’est anti démocratique

Aaaaaaaaah, je suis bien en ce moment, je suis bien… bien remontée. Ah, faut dire que les gens, ils me cherchent aussi genre à nous expliquer que descendre dans la rue parce que Macron fait de la merde, ce serait nul parce que Macron, c’est le choix des Français. Alors d’abord, vous allez me regarder cette vidéo de Data gueule et ensuite, revenez m’expliquer pourquoi manifester, c’est anti démocratique.

Manifester

Sur ces simples élections, nous avons un Macron passé au second tour grâce à ces 24% de votes au premier tour. Est-ce que ça veut dire que 24% des citoyens au vote exprimé sont pour ce fantastique détricotage de notre modèle social ? Non, 41% de cet électorat là l’a fait par défaut et non par conviction (et on remercie les sondages qui ont bien fait peur avec Marine, Fillon et tout ça histoire que les gens votent utile pour le moins dangereux… sur le papier). Donc 59% de 24%, ça nous fait 14% des votes exprimés. Soit en reconvertissant en terme de voix 5 millions de Français convaincus par un projet… soit environ 5 millions sur 47 millions d’électeurs ou 52 millions de Français de plus de 18 ans (ouais, j’ai enlevé les mineurs, je trouvais pas leur présence très pertinente dans mon analyse). Et comme depuis Chirac, celui qui remporte les élections présidentielles a un fauteuil pour les législatives, Macron obtient une confortable majorité… bien que plus de la moitié des citoyens n’aient pas fait le déplacement mais apparemment, ça marche quand même. Je remets le lien vers Data Gueule, des fois que…

Sondage présidentielle janvier 2017

Mais admettons. Voyez, moi, en 2012, j’ai voté Hollande parce que j’ai été tellement la reine des connes, bordel. Je ne croyais pas qu’il allait faire des miracles (ma propre connerie a des limites), je souhaitais juste de l’apaisement après Sarko. Et bah j’ai pas été déçue du voyage, la vache ! Et c’est précisément là où je veux en venir. Pour qui vote-t-on ou pour quoi vote-t-on ? Je suppose que c’est personnel et que ça dépend de son degré d’intérêt pour la politique, je vote personnellement pour une vision d’avenir. Parce que 5 ans, c’est court et long à la fois. Je vote pour un projet (projeeeeeet)… des promesses car je n’ai que ça. “Han mais genre, les politiciens, ils tiennent leurs promesses, LOL”. C’est bien tout le problème, Bobby, c’est bien tout le problème. Quand je mets un bulletin dans ma petite enveloppe, je n’ai pour faire mon choix que deux outils : mon adhésion à un projet et ma confiance en la personne ou le parti. Il y a une part de naïveté dans le vote, une part de résignation aussi. Je vais prendre lui ou elle parce que je pense qu’il me ment pas, parce que je veux croire qu’il me ment pas… ou au pire, ce sera lui ou elle le/la moins catastrophique. Je suppose que certains se demanderont alors pourquoi je continue de voter, je leur répondrai que… je sais pas vraiment, un peu par réflexe, un peu par espoir, quand même.

voter aux élections françaises

Cependant si les promesses ne sont pas tenues (et Dieu sait qu’elles ne le sont jamais), on fait quoi ? Voter n’est pas remettre un chèque en blanc à une personne ou un parti pendant 5 ans. On a signé un deal, monsieur madame, si vous ne le respectez pas, je pense avoir légèrement le droit d’ouvrir ma gueule. Et même si je n’ai pas voté pour le vainqueur, je dois laisser détricoter nos acquis sociaux parce que j’ai pas mis le bon bulletin dans l’urne ? Sérieusement ?

Manifestation anti loi Baillon en Espagne

Je sais que les manifestations ont mauvaise presse, je fus de celles qui soupiraient à l’époque en mode “mais ils ont rien d’autres à faire ?”. Aujourd’hui, j’ai complètement fait évoluer mon discours parce que j’ai compris qu’il fallait parfois entrer dans le rapport de force pour arracher quelque chose. Non parce que la prise de la Bastille, que nous célébrons à grand coup de feux d’artifice chaque année, vous croyez que ça s’est passé avec des bisous et de la barbe à papa ? Honnêtement, je suis toujours un peu saoulée de voir des abribus et vitrines pétées parce que je sais que les médias ne relaieront que ça (et je ne suis jamais déçue) mais je le suis encore plus quand je vois les gens chialer plus pour ces bouts de verre que sur les manifestants blessés… Et me racontez pas qu’ils l’ont cherché ou que c’était accidentel, on a eu lors de la manif du 1er mai à Paris pas moins de 11 blessures au crâne par matraque au bouclier dont 7 plaies ouvertes . Vous allez me faire croire qu’il n’y avait aucune volonté de faire mal. Mais non, les vitrines valent plus que l’intégrité physique de ceux qui exercent leur droit de manifester. Intéressant.

Manifestant blessé, violences policières

Mais le pire, c’est qu’on entre dans une ère où on est contraints de manifester non pas pour acquérir de nouveaux droits mais pour protéger nos acquis salement menacés… Vu qu’on se ramasse dans les dents en 3 mois de Macronie, je n’ose imaginer l’état de nos droits en 5 ans. Et j’en connais qui seront bien contents que certains soient aller manifester pour eux tout en s’indignant sur les abribus cassés. Le sens des priorités. Donc désolée mais peu importe le résultat d’une élection, manifester est un droit…et si ça continue, ça va limite devenir un devoir (en attendant de terminer en garde à vue parce qu’on n’a pas réussi à quitter la nasse à temps).

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