L’école de la vanne

Sous titre : ris d’être rabaissée sinon tu n’as pas d’humour.

L’humour, ah, l’humour ! Qu’il est bon de rire, ça fait tout un tas de choses à ton corps : ça te détend, ça fait brûler des calories, ça rallonge ta vie, ça crée de la cohésion et encore plein de choses, je suppose. Et j’avoue que j’aime rire, je suis d’ailleurs très bon public, j’explose facilement de rire devant la série abrégée des Chevaliers du Zodiaque (je rebalance le lien), les délires de Natoo ou Andy, le coeur a ses raisons, le dézapping du Before… Ouais, j’ai un humour Canal, apparemment. Mais y a un truc qui commence à me fatiguer. Faaaatiguer : l’humour de la vanne.

Dès le départ, ça situe le niveau

Dès le départ, ça situe le niveau

 

Ca fuse. Vite, trouver une vanne sur la dernière phrase de Clarisse, sur le pull d’Antoine, sur l’épi chelou de Marwa “et vazy, tu t’es crue dans Mary à tout prix, mouahahahah !” Tout le monde se marre. Et Marwa ? Bah, si elle est bien lunée, elle partagera l’hilarité générale, sinon… ben tant pis pour elle. Sauf que j’avoue que je suis plus que lassée par cet humour de la vanne, que j’en sois la cible ou non.

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D’abord, il faut bien choisir sa “victime”. Il y a des gens dont tu accepteras d’autant mieux les vannes car ils sont tes amis et tu sais qu’il n’y a pas de volonté de blesser derrière (en tout cas, qu’ils seraient désolés que ça arrive). Il faut également être attentif au sujet de la pique, on a tous certaines blessure où il n’est pas bon foutre un bon coup de hâche, même s’il est donné avec humour. On va éviter de répéter à une personne ayant pris du poids et ne le vivant pas très bien qu’elle risque pas de se noyer avec sa bouée, ahah ! Ou ironiser sur les difficultés d’une personne dans un domaine précis alors que celle-ci galère pour s’en sortir “Ahah, Jean-Claude, ça fait combien 2+2 ? Ah mais oui, c’est vrai, tu es nul en maths, mouahahahah ! Allez, fais pas la gueule Champion”. Vous saisissez l’idée.

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Le bashing est pour moi l’un des avatars les plus malsains de l’humour oppressif. Rire de soi, ok, je pense que ça peut être sain et dédramatiser. Seulement, il y a un fossé énorme entre “je ris de mes défauts pour les dédramatiser” et “je ris des défauts des autres pour passer pour le petit comique de service au détriment de quelqu’un”. Evidemment, le bashing permet de s’adonner à de bons mots, à se faire applaudir sur sa réactivité et son sens de l’à propos et il est si bon de rire des autres ! Au moins, ça ne nous tombe pas dessus.  Mais franchement, à quoi ça sert ? Se lier les uns en descendant les autres, mettre quelqu’un en faiblesse pour se mettre en position de force à l’inverse. Parce qu’on a beau avoir de l’humour, quand tu entends toute la journée que tu es moche, gros, bête, nul en ci ou en ça, tu finis quand même par intégrer un peu.

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Alors je dis stop. Je m’énerve, je peste, je ferme les portes de l’humour autour de moi. Je ne suis pas drôle ? Parce que tu crois que tu étais drôle quand tu m’as agressée un peu gratos juste pour faire marrer ta petite cour ? Tu n’as pas la sensation que je ne suis pas d’humeur ou que tu as tapé pile où il ne fallait pas ? Et t’excuser au lieu d’en plus attaquer mon humour non ? Bah non, c’est moi qui ne suis pas drôle. Parce qu’on est dans la culture de la vanne, du clash et du bashing, du “on peut rire de tout mais pas avec tout le monde”, cette phrase prononcée généralement par ceux qui n’en comprennent pas le sens. Et bien pardon mais perso, j’en ai marre. Je ne suis pas contre l’humour vache, trash, si celui-ci sert à dénoncer, à s’engager. Qu’on se moque de Hollande ou Sarko parce que leur politique est bancale, parce qu’ils se posent en personnes qu’ils ne sont pas (genre quand Sarko “lit” Victor Hugo). Qu’on les rabroue sur leur tour de taille ou leur taille, j’ai déjà dit à quel point c’était inutile et même franchement débile. Mais bon, peut-être attends-je peut-être trop de finesse de la part de mes congénères, moi aussi.

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Tellement…

 

Pourtant les vannes de cul, ça marche bien pour faire marrer, éventuellement (quoi qu’on flirte toujours un peu avec le sexisme…)

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Demain, je vous parlerai d’une vanne trèèèèèèès populaire sur les Internets que je ne supporte plus.

 

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Pas un phare

Par Diane

Nina, lecteurs, lectrices, jeunes et vieux, grabataires et prépubères, public chéri mon amour.

Il est arrivé récemment une drôle d’aventure qui m’a donné à réfléchir. Et quand je dis « drôle », ce n’est pas tant de par la vertu comique -loin de là- qui se dégagerait de l’événement, mais plutôt parce que celui-ci, bien qu’il ne soit pas extraordinaire en soi,  m’a laissé sur le coeur et la conscience comme un arrière goût d’incompréhension et d’amertume persistante.

Je suis allée il y a quelques semaines de cela dîner un vendredi soir avec des collègues et amis du côté des Halles.

En fin de soirée, nous nous dirigeons vers le RER quand une de mes collègues à l’oeil perçant remarque une jeune fille la main dans le sac d’une autre de nos collègues. Cette dernière vérifie, le sac ouvert, le portable envolé. La tentative très pacifique de récupérer le portable échoue, la vile voleuse ayant une armada de copines pour la pousser vers le RER. Nous restons là, pantelants et, disons le, comme des cons, les regardant s’éloigner. 

A ce moment là, plusieurs choses viennent à l’esprit: énervement, hébétude, colère, dépit, et surtout, hésitation devant la marche à suivre.

Une de mes collègues particulièrement réactive est allée directement au guichet, a brièvement expliqué la situation au monsieur RATP et voilà t’y pas qu’en un dixième de seconde une dizaine d’agents de la sécurité RATP débarquent et fondent sur les auteures du rapt portabilique. 

S’ensuit une série de hauts cris à tendance hystérique et un portable récupéré (déja sans puce….).  Tandis que justice se faisait, mon petit groupe de collègues et moi étions au milieu de tout cela. Et les secondes passant, nous commençâmes à observer que petit à petit des groupes de jeunes gens à l’air pas tellement avenant se formaient autour de nous. Grossissant avec les secondes, tandis que les cris persistaient du côté des donzelles interpellées. Les essaims qui s’étaient formés autour de nous commencèrent à sortir leurs portables,
et à nous prendre en photo. J’ai beau être une bonne banlieusarde ayant pas mal fréquenté les mauvais quartiers, je sentais petit à petit la tension monter au rythme des essaims qui croissaient toujours autour de nous et, pareille à ces inculpés que l’on voit aux flash infos, j’eus le réflexe de leur tourner le dos pour ne pas montrer mon visage (étrange retournement de situation qui me fait prendre victime une attitude de coupable…).

Les donzelles en cause ont été embarquées. Et là, d’un coup, le plan initial de prendre le RER pour rentrer chez moi ne m’est soudainement plus apparu comme une option possible, les regards des groupes alentours toujours fixés sur nous.

Heureusement, les agents de la sécurité nous ont proposé de nous escorter jusqu’au commissariat où des proches pourraient venir nous chercher. Fin de l’histoire.

Et après coup, je me demande: si une situation du même genre se présentait, prendrais-je le risque de me défendre?

Sur le coup, avec 8 agents de sécurité et une bonne trentaine de jeunes gens moyennement friendly autour, je vous avoue que j’ai sérieusement eu les miquettes, et que du coup on en vient même à regretter de ne pas s’être laissé faire.

On se dit que bon, il vaudrait ptêtre mieux se laisser piquer son portable et rentrer chez soi en paix.

Mais d’un autre côté, si tout le monde se dit cela, il reste tout de même un très gênant et agaçant sentiment d’impunité, de leur donner exactement ce qu’ils veulent, de se laisser terroriser. Quelque part, ce soir là, après avoir piqué peut-être 154 portables, eh bien justice à été faite. C’était une récidive, il y aura des suites.

Etant professeur, quand j’étais au milieu de l’essaim, plus tellement rassurée que ça par les agents de sécurité d’un nombre bien inférieur à l’essaim en question, je me suis dit que c’était cela que devaient ressentir les élèves victimes de racket qui ont dénoncé leur tortionnaire et qui ont peur des représailles. Que les agents RATP, c’était nous les profs qui rassurons les élèves en leur disant que tout ira bien. Mais nous ne sommes pas en permanence derrière eux, nous ne sommes pas là quand ils franchissent la porte du collège la peur au ventre pour parcourir le plus rapidement possible la distance qui les sépare de chez eux.

Et puis je pense au groupe de jeunes filles en question dont les journées consistent à errer dans les alentours des halles en gueulant le plus fort possible (il faut bien exister…) et de gérer leur petit trafic de vol de portables ou que sais-je encore.

Elles nous regardaient avec une telle haine et une telle colère pendant l’interpellation que j’avais l’impression que c’était nous qui étions en faute. Que se défendre, c’était presque les insulter.

Puis-je vraiment leur en vouloir? Qu' »est ce que c’est, leur vie à elles? Qu’est ce qu’elles ont eu comme choix dans la vie?

Alors oui je sais faut redescendre sur terre, c’est pas nouveau tout ça, c’est ça la vie etc… Cela n’a rien d’extraordinaire. Et pourtant.

J’ai un mauvais goût dans l’âme. Une sensation de lâcheté de ma part (si ma collègue n’était pas allé prévenir la RATP, l’aurais-je fait?), d’incertitude (si la situation se représente, le ferais-je? toute ma raison et ma « conscience citoyenne » me disent que oui, le désagréable souvenir de cet événement me le permettra t-il?). Un peu de honte, un peu de compassion triste aussi. Je pense à certains de mes élèves, gentils au début, qui flanchent petit à petit parce qu’ils ne sont pas adaptés au système scolaire français et qu’ils en ont
légitimement marre d’enchainer les 2/20 et qu’on les oblige à rester cloués sur une chaise 8h par jour jusqu’à leurs 16 ans. Alors ils n’essayent plus. Ils cherchent, et trouvent bien vite une autre façon d’exister.

Menfin. Sur ce, et pour finir sur le sujet, j’en profite pour une nouvelle fois vous refiler du Hugo à cogiter. Un extrait d’un très joli poème qui a d’ailleurs été cité il n’y a pas longtemps dans un téléfilm sur l’école  justement. Hugo s’adresse ici aux dirigeants politiques, mais cela s’adapte très bien aux professeurs et éducateurs de tous poils. 

Sic transit gloria mundi,

Pfiouuu…

 

 [… ]Je défends l’égaré, le faible, et cette foule

Qui, n’ayant jamais eu de point d’appui, s’écroule

Et tombe folle au fond des noirs événements ;

Etant les ignorants, ils sont les incléments ;

Hélas ! combien de temps faudra-t-il vous redire

À vous tous, que c’était à vous de les conduire,

Qu’il fallait leur donner leur part de la cité,

Que votre aveuglement produit leur cécité ;

D’une tutelle avare on recueille les suites,

Et le mal qu’ils vous font, c’est vous qui le leur fîtes.

Vous ne les avez pas guidés, pris par la main,

Et renseignés sur l’ombre et sur le vrai chemin ;

Vous les avez laissés en proie au labyrinthe.

Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte ;

C’est qu’ils n’ont pas senti votre fraternité.

Ils errent ; l’instinct bon se nourrit de clarté ;

Ils n’ont rien dont leur âme obscure se repaisse ;

Ils cherchent des lueurs dans la nuit, plus épaisse

Et plus morne là-haut que les branches des bois ;

Pas un phare. A tâtons, en détresse, aux abois,

Comment peut-il penser celui qui ne peut vivre ? [….]


Hugo, à ceux qu’on foule aux pieds

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Ô temps suspends ton vol bordel!

Par Diane

Vingtenaires, Vingtenairettes, jeunes, vieux, lecteurs chéris mon amour

Aujourd’hui, sujet vaste et anxiogène s’il en est, puisqu’il me vient l’envie de vous parler du temps qui passe.

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Vous savez, cette espèce d’entité informe et insaisissable dont nous avons l’impression d’être le jouet favori, qui a cette caractéristique tellement singulière d’être à la fois extrêmement stable et sans surprise (une minute fera toujours 60 secondes, et cette minute durera tout autant à un bout ou à un autre du globe), et pourtant également tellement poreuse, perméable, étirable…. Cela me fait penser à ces sortes de machines à guimauve que l’on voit dans les fêtes foraines vous savez, qui étirent et malaxent sans fin une grosse pâte rose… Eh bien cette pâte c’est ma vie, c’est la vôtre. Parfois elle est courte, elle forme une petite boule confortable et moelleuse: au chaud sous la couette les matins de grasse matinée, au fond du hamac dans le jardin de ses grands-parents, à savourer les dernières lignes d’Orgueil et Préjugés…; et puis parfois, la pâte s’étire, s’étire à n’en plus finir, au point que l’on a peur qu’elle se déchire: un cours de phonétique historique,une lettre qui n’arrive pas ou une attente dans un couloir d’hôpital blanc et froid…

Si vous avez été comme moi un(e) adolescent(e) dans les années 90, vous avez dû voir 457 fois le cercle des poètes disparus où John Kitting et tous ses jeunes sbires nous serinent comme une litanie maudite le fameux « carpe diem » d’Horace…souvenez-vous le petit poème introducteur des séances des poètes disparus au fond de la grotte obscure: « je partis dans les bois parce que je voulais vivre sans me hâter. Vivre intensément et sucer tout la moelle secrète de la  vie. Je voulais chasser tout ce qui dénaturait la vie pour ne pas, au soir de la vieillesse, découvrir que je n’avais pas vécu » (pfiouuu par coeur, j’ai vraiment dû le voir 457 fois ce film…). 

Alors bien sûr, petite adolescente naïve et avide de beaux sentiments, je trouvais ça tellement beau: allez, Diane, profite du jour présent, vivez si m’en croyez, n’attendez à demain, cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie!

Tempus fugit hein, alors c’est pas tout ça mais il va falloir cueillir le jour vite fait.

Certes messieurs, mais qu’est-on censé faire? C’est quoi « profiter du jour présent »? J’ai eu l’occasion dans ma vie de rencontrer une ou deux personnes dont c’était le credo absolu, et qui m’expliquaient  qu’ils ne voulaient pas gâcher leur vie, qu’on en n’avait qu’une etc etc… En gros, ça se manifestait de deux façons différentes. L’une avait pour principe de vie de tester des trucs différents tout le temps: jamais les cheveux de la même couleur, elle faisait un jour du skate board, un autre du parachutisme, le troisième jour elle fit du macramé, et le septième jour….elle ne se reposa point, parce qu’il ne fallait pas gâcher du temps à profiter. L’autre personne avait comme conviction personnelle que pour profiter de sa vie il fallait traverser le globe en long, en large et en travers, rencontrer touuuuutes les personnes de la terre, et se prendre en photo dans tous les pays du monde.

Et moi et moi et moi…je m’interroge. Je me demande comment on peut profiter de sa vie. Si justement, le fait de se rendre à tel ou tel événement, dans tel ou tel pays, ou de pratiquer telle ou telle activité, et une fois là , de plisser les yeux fort en se disant « gniiiiii allez allezzzzz, profiiiiiiiiite! » n’est pas un peu vain et contraire au but qu’on se fixe. Si l’angoisse du temps qui passe ne finit pas par le gâcher, ce temps qui passe. Comme le dit mon pote Alphonse: 

« Aimons donc, aimons donc ! de l’heure fugitive,

Hâtons-nous, jouissons !

L’homme n’a point de port, le temps n’a point de rive ;

Il coule, et nous passons ! (…)

 

Mais je demande en vain quelques moments encore,

Le temps m’échappe et fuit ;

Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l’aurore

Va dissiper la nuit. »

 

Bref, aussi fort qu’on puisse frénétiquement ordonner « ô temps suspends ton vol », eh bien fi, il ne suspend rien du tout le bougre, et le temps de vouloir suspendre le temps, eh bien….le temps est passé. Il n’y a que le monde qui reste, il n’y a que le temps qui dure. Et en a t-on profité? Pensez à tous les touristes qui passent leurs temps de vacances suspendus à leur appareil photo: « clic clic clic clic » pouf!….a pu le paysage, il fait nuit. L’as tu seulement regardé?

Enfin bon, c’est bien joli tout ça, mais en pratique, un seul d’entre nous arrive t-il à ne pas craindre le temps qui passe? Qu’il est dur de ne pas regretter le passé et les douces heures de notre enfance moelleuse, de ne pas sentir l’anxiété du temps présent qui nous échappe dès qu’on le regarde, et de ne pas craindre le futur où jamais rien n’est
certain…

Si comme moi vous êtes sur le chemin de la trentaine, vous commencez à sentir que la jeunesse insouciante ne vous appartient plus, vous commencez à dire des choses comme « quand j’étais jeune, il n’y avait pas de portable, eh bien on survivait! » ou « ils ne font qu’être rivés à facebook toute la journée, ils pourraient sortir un peu quand même, ça leur ferait
pas de mal »;…vous commencez à regarder les vieux….oups, les personnes âgées (restons politiquement corrects) en vous disant que ahhhh vous voulez pas être vieuuux, ils peuvent même pas courir c’est nul. Et les petites vieilles ont toutes le même brushing bouffant innommable, je ne veux pas en arriver là. 

Mais cette pensée est absolument vaine, le temps passe et nous passons, alors je vais cesser là ces sombres paroles cathartiques, et je vais vous laisser avec mon ami Victor qui, lui, semble avoir construit une jolie passerelle entre jeunesse et vieillesse. Lisez donc le sublime sonnet suivant, adressé à l’actrice Judith Gauthier (fille de Théophile, soit
dit en passant) qui fut sa maîtresse. Quand il écrivit ce sonnet, Hugo avait 70 ans, Judith Gauthier en avait 20.

 

Ave, Dea ; MORITURUS TE SALUTAT

 

A Judith Gautier 

 

La mort et la beauté sont deux choses profondes 

Qui contiennent tant d’ombre et d’azur qu’on dirait 

Deux sœurs également terribles et fécondes 

Ayant la même énigme et le même secret ; 

 

O femmes, voix, regards, cheveux noirs, tresses blondes, 

Brillez, je meurs ! ayez l’éclat, l’amour, l’attrait, 

O perles que la mer mêle à ses grandes ondes, 

O lumineux oiseaux de la sombre forêt ! 

 

Judith, nos deux destins sont plus près l’un de l’autre 

Qu’on ne croirait, à voir mon visage et le vôtre ; 

Tout le divin abîme apparaît dans vos yeux, 

 

Et moi, je sens le gouffre étoilé dans mon âme ; 

Nous sommes tous les deux voisins du ciel, madame, 

Puisque vous êtes belle et puisque je suis vieux. 

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Hugo m’a donné la foi…

Par Diane

Parce que de temps en temps il fait bon prêcher pour sa paroisse et se rappeler ce pourquoi et ce en quoi l’on croit.
J’ai acquis avec le temps une sorte de conviction qui me fait dire que l’homme ne peut pas vivre sans une sorte de croyance, sans avoir foi en  quelque chose. Sinon c’est juste trop dur, d’avancer sans savoir ou, ni pourquoi.
Pour beaucoup, ça va être la foi en un dieu. Soit. Personnellement, Dieu, je n’y crois pas. Et la meilleure « preuve » que je puisse trouver à mon sens à la non-existence de Dieu, bah c’est tout simplement que j’aimerais mieux y croire. Le sens de la vie, la vie après la mort….dieu donne un peu trop toutes les réponses à nos angoisses les plus profondes pour être crédible, à mon sens je le répète.
Pour ceux qui ne croient pas en dieu, il reste d’autres choses en quoi croire: certains vont croire en la raison, d’autres au hasard, d’autres encore aux mathématiques, et vont chercher là dedans les explications à leurs questions existentielles. Il y a des hommes capables d’expliquer tout l’univers avec une équation. En ce qui me concerne, je suis plutot du genre rationnel, et j’ai tendance à aller chercher les réponses à mes questions dans les livres. Quand je ressens un besoin particulier, je me dirige vers ma bibliothèque ou celle des autres et va y puiser de quoi le combler, ou du moins en partie.

Parfois, il m’arrive de ne pas comprendre un comportement humain. Le mien, celui d’un autre. Alors je me penche vers ceux qui ont passé du temps et de l’encre à tenter d’expliquer ce genre de choses. Psychologie, psychanalyse, neuro-biologie (vulgarisé, hein…)…chacun y va de sa petite théorie. Et que je crois en l’une ou en l’autre ou pas, ça donne toujours des clés d’explication.

Parfois, encore, quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle, on a envie d’y échapper quelques instants, et je me dirige alors vers Sherlock holmes, Philéas Fogg, M. Jourdain,  Rodrigue….rien que le fait de tourner les pages a quelque chose de confortant, chaque froissement de page tournée nous éloignant un peu plus du lourd fardeau du temps qui brise nos épaules et nous penche vers la terre.

Et puis parfois, toujours, souvent me vient l’envie de ce sentiment très étrange -que je ne me suis jamais parvenu à expliquer mais dont j’espère ardemment qu’il ne disparaitra jamais- que je ressens parfois, au fil de mes lectures. Je lis, mes yeux parcourent les lignes, et puis tout à coup, au détour d’un vers, d’une virgule, ou même sur le suspens d’un mot, je m’arrête, sans même m’en rendre compte, et je retiens mon souffle un moment, de peur de la voir s’échapper, cette petite émotion fugitive mais d’une densité émotionnelle et esthétique extraordinaire, que faute de mieux (et qu’on me pardonne  la banalité de l’expression) j’appellerai simplement la beauté du mot. Le mot qui dans un tout autre contexte n’est rien qu’un signe, un assemblage de lettres arbitraire à qui l’on a donné un sens, mais qui à cet endroit précis du texte s’auréole d’une sorte de magie fugace qui nous maintient en l’air quelques secondes, nous fait lever les yeux du texte et suspendre notre lecture un instant, en tentant de la retenir encore un peu.

Ces petits instants là sont rares et précieux dans une oeuvre. A mon sens, on reconnait un bon écrivain à ce qu’il est capable, ne serais-ce qu’une fois, d’engendrer de tels instants. Allez, je vous en donne un des miens, ne serais-ce que pour mon plaisir égoiste de le relire. (Par une sorte de superstition je pense, je ne relis pas trop souvent mes petits moments de beautés fugaces préférés, je crois que j’ai peur que si je les lis trop souvent, ils vont s’échapper)
Dans l’acte V scène 5 de Cyrano de Bergerac, à la toute fin, Christian est mort depuis longtemps, Cyrano n’a jamais avoué son amour à Roxanne, et continue tous les samedis à aller la voir au couvent où elle s’est recluse. Ce samedi ci, Cyrano a été victime d’une attaque, il arrive au couvent blessé (sans que Roxanne ne le voit, il dissimule sa blessure), et agit comme d’habitude, tout en sachant que la mort n’est pas loin. Le soir tombe, ils sont dehors, un soir d’automne, et regardent les feuilles mortes tomber.

ROXANE
A ce moment, un peu de brise fait tomber les feuilles.

CYRANO
Les feuilles !

ROXANE, levant la tête, et regardant au loin, dans les
allées

Elles sont d’un blond vénitien.
Regardez-les tomber.

CYRANO
Comme elles tombent bien !
Dans ce trajet si court de la branche à la terre,
Comme elles savent mettre une beauté dernière,
Et malgré leur terreur de pourrir sur le sol,
Veulent que cette chute ait la grâce d’un vol !

Voilà, juste quelques vers, et peut-être qu’à vous cela ne fait strictement rien, mais à moi cela me hérisse jusque les poils du nez.

Alors voilà pourquoi, voilà pourquoi à tous ceux qui me répètent et me répèteront que la littérature, ça ne sert à rien, que ce n’est pas « utile », que ce n’est pas ça qui va relancer l’économie, qu’il faut faire S si on a des bonnes notes en maths même si on n’a absolument aucun intérêt en la matière, à tous ceux là je leur répondrais que nous n’avons pas la même notion de l’ « utilité », voilà tout. Qu’il y en a qui n’ont pas pour but absolu dans la vie de faire plein de fric.
Notre président a répondu aux plaintes des enseignants sur les réformes de l’enseignement que ces réformes allaient permettre de les payer plus. Les enseignants lui ont répondu que l’argent ne faisait pas partie de leurs revendications, et  que ce qu’ils voulaient c’était des formations solides et des professeurs compétents dans leur matière. Mais peut-il simplement saisir cela? Que le progrès puisse consister en autre chose qu’avoir un plus haut salaire?
Je n’ai pas envie que cet article dérive en pamphlet politique, déja parce que je ne m’en sens pas capable, et ensuite parce que ça m’emmerderait profondément, mais il faut avouer que il y en a un qui a particulièrement le don de m’énerver, quand il s’y met.

Donc je me permettrais juste de répondre aux propos de notre président dans un discours fait à Lyon en 2007:
« L’autre jour, je m’amusais, on s’amuse comme on peut, à regarder le programme du concours d’attaché d’administration. Un sadique ou un imbécile, choisissez, avait mis dans le programme d’interroger les concurrents sur La Princesse de Clèves. Je ne sais pas si cela vous est souvent arrivé de demander à la guichetière ce qu’elle pensait de la Princesse de Clèves… Imaginez un peu le spectacle ! »

Je ne sais pas vous, mais moi j’ai pas particulièrement envie de vivre dans un monde où les professeurs de français lisent la princesse de Clèves et la guichetière Biba. Et à mon humble avis cela relève d’un esprit aussi étriqué que stupide de penser qu’il faille un bac + 5 pour apprécier un livre, un film ou un tableau. L’art et la culture, c’est pour tous, et il revient à certains de les rendre abordables à d’autres, de les rendre compréhensibles.

Et pour conclure, je ne résiste pas à vous citer quelques passages de Victor Hugo à propos de Napoléon le Petit (Napoléon III) qui pourront vous sembler un brin familiers et qui parlent d’eux mêmes.

 » Que peut-il ? Tout. Qu’a-t-il fait ? Rien. Avec cette pleine puissance, en huit mois un homme de génie eût changé la face de la France, de l’Europe peut-être.  Seulement voilà, il a pris la France et n’en sait rien faire. Dieu sait pourtant que le Président se démène : il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ; ne pouvant créer, il décrète ; il cherche à donner le change sur sa nullité ; c’est le
mouvement perpétuel ; mais, hélas ! cette roue tourne à vide.  L’homme qui, après sa prise du pouvoir a épousé une princesse étrangère est un carriériste avantageux. Il aime la gloriole, les paillettes, les grands mots, ce qui sonne, ce qui brille, toutes les verroteries du pouvoir. Il a pour lui l’argent, l’agio, la banque, la Bourse, le coffre-fort.
Il a des caprices, il faut qu’il les satisfasse. Quand on mesure l’homme et qu’on le trouve si petit et qu’ensuite on mesure le succès et qu’on le trouve énorme, il est impossible que l’esprit n’éprouve pas quelque surprise. On y ajoutera le cynisme car, la France, il la foule aux pieds, lui rit au nez, la brave, la nie, l’insulte et la bafoue ! Triste spectacle que celui du galop, à travers l’absurde, d’un homme médiocre échappé. »

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Les nouvelles amazones, marronnier chouchou des médias

Pendant mes vacances automnales, je me suis beaucoup culturée en lisant des magazines tels que Voici, Gala ou VSD, que je ne lis jamais ailleurs que chez mes parents pour qu’ils gardent le goût des vacances. Or sur VSD, je tombe sur un dossier « les nouvelles amazones » ou quelque chose du genre et là, je soupire. Vous allez nous la faire encore longtemps ?


Je réfléchis à quand remonte ces amazones et je dirais facile aux années 70, avec le MLF, la libération de la femme et encore, entendons nous bien, je parle plus de libération de parole que de libération véritable des mœurs. Si je m’en réfère à la littérature, pas mal d’héroïnes sont infidèles et découvrent la sexualité passionnée auprès de leurs amants. Y a qu’à lire du Maupassant, du Flaubert, du Hugo… Bref, déjà à l’époque, ces femmes là avaient des fourmis dans les reins. Même la Reine Guenièvre était une coquinette. Si on découvre que la femme est sexuelle qu’au milieu des années 70, c’est essentiellement une question de prise de parole : avant, allez trouver des romans écrits par des femmes (déjà, on n’atteint pas des sommets) parlant de sexe (ouhlala), la liste n’est pas très longue. Mais depuis, les femmes assument leur sexualité qui ne s’expriment pas forcément dans l’adultère, d’ailleurs. On peut s’éclater sexuellement avec son légitime sans même aller dans des boîtes à partouze. Je vous renvoie vers le blog d’Evelyne Louvre-Blondeau, tiens, je trouve que ces dessins érotiques entre un mari et sa femme, l’amour qui les unit et leur sexualité épanouie est plus que rassurante à l’heure où on nous explique que la fidélité n’existe pas parce que l’homme a le gène de l’infidélité, blablabla.


Donc en 2008, on nous ressort le sempiternel « les femmes vivent leur sexualité ». Oh ouah, super, merci VSD, grâce à toi, je vais pouvoir baiser sans culpabilité. Ah, pardon, c’était déjà le cas. Au fond, ce qui me fait grincer des dents, c’est pas tellement qu’on nous ressorte des dossiers qui auraient pu être écrits dans les années 70, le sida et la capote en moins, c’est une espèce de normalisation d’une sexualité féminine qui se voudrait débridée. Chacun ses pratiques. Si les miennes pourraient paraître débridées (j’ai même des sextoys, imaginez comme je suis l’amazone ultime), de mon point de vue, elles ne le sont pas. Je vis ce que j’ai envie de vivre sans chercher à me taper le plus de mecs possibles. Déjà, quantité n’égale pas qualité, ensuite, je ne suis pas une journée portes ouvertes en permanence et enfin, j’ai envie de passer ma vie à autre chose que de courir après une nouvelle queue par semaine. Surtout que celle que j’ai à disposition me satisfait, merci. Et le mec qui va avec aussi, par la même occasion.


Du coup, on a une image faussée d’une femme surconsommatrice qui ne cherche que le cul, sans vouloir autre chose. Bien entendu, certaines sont comme ça et quelque part, heureusement car il faut de tout pour faire un monde et je nuancerais en faisant remarquer qu’une femme peut avoir dans sa vie des périodes wild sex et des périodes plus calmes. Mais je me demande si c’est pas un peu une porte ouverte à la goujaterie, une autorisation implicite à un « on baise, on se sépare, on se rappelle jamais ». Non mais on a aussi le droit de s’attacher, laissez nous le choix avant de disparaître, zut alors.


Au fond, les hommes et les femmes arriveraient presque sur un même pied d’égalité d’un point de vue des clichés : que du cul, pas de sentiments. Maintenant, les mecs vont pouvoir aussi dire « non mais toutes des garces, elles te sautent dessus, te baisent et hop, plus personne, envolée la meuf ! ». Mouais. Et si on admettait qu’il n’y a pas une sexualité normée pour une génération mais ce n’est qu’une question de personne, voire de période ? Qu’il existe des amazones comme il existe des femmes plus prudes qui aspirent à une vie de couple plutôt qu’à une vie de débauche ?

Et pourquoi les journalistes ne trouvent pas d’autres sujets d’articles ?

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Halte au terrorisme intellectuel

L’autre jour, en lisant mes blogs préférés, une discussion en comm m’interpelle. Dans sa planche, notre ami blogueur explique qu’il n’aime ni Céline ni Vian et en comm, ça ne rate pas : « mais comment tu peux dire ça ? ». Et oui, les goûts personnels n’ont pas leur place en culture, apparemment.
 

Bon, tu me connais lecteur, je ne supporte pas l’inculture. Ne pas savoir qui a écrit Le Rouge et le Noir, les Misérable, le Horla, les Yeux d’Elsa ou Voyage au bout de la nuit, ça me dépasse. Surtout que bon, suffit d’écouter ses cours de français pour le savoir. Alors quand je regarde des trucs du genre Qui veut gagner des millions ? (enfin, je regarde plus justement) et que le candidat sait pas répondre à des questions de ce genre, ça me fait frémir. Mais ce n’est pas parce que j’estime qu’il faut connaître ses classiques qu’on doit les apprécier. Honnêtement, jamais réussi à lire Le rouge et le noir ou Madame de Bovary (malgré plusieurs tentatives), j’ai sauté des paragraphes entiers des Misérables… Bref, je connais les auteurs de ces romans, je sais qu’ils existent, j’ai essayé de les lire mais je ne les ai pas appréciés. Même quand j’étais en histoire et que ces romans « sociaux » m’auraient été utiles pour illustrer mes dissertations. Et alors, je devrais m’en excuser ?

En maîtrise d’histoire, j’ai eu un cours sur « l’histoire du genre et de la sexualité » (avec une prof topissime) et, à un moment, la prof nous parle de Bourdieu. Alors, moi, Bourdieu, c’est un peu le sociologue qui me fait marrer : « il faut rendre la sociologie accessible à la plèbe mais je vais pas vulgariser ma prose, faut pas déconner non plus ». J’ai fait un exposé sur Bourdieu, plus tard, je vous jure que je devais lire chaque phrase plusieurs fois pour la comprendre. Dommage car Bourdieu, des fois, il a des observations très intéressantes. Notamment sur le bon goût et hop, je récupère le fil de mon article. Selon M. Bourdieu, donc, ce sont les valeurs bourgeoises qui définissent ce qui est de bon goût et ce qui ne l’est pas. En somme : il est de bon ton quand on a un certain statut social d’avoir lu ses classiques. Et il est bien vu de les avoir appréciés. Je me souviens, petite, ma grand-mère paternelle, pour qui le mot pédante a dû être inventé, m’expliquait toute fière : « tu vois, Nina, moi, j’ai des Proust dans ma bibliothèque, mais moi, au moins, je les ai lus, c’est pas comme beaucoup de gens ! ». Moi, je savais pas qui c’était Proust mais depuis, dès qu’on me parle de Proust, les premières choses qui me viennent à la tête, c’est « auteur chiant que personne ne lit mais tout le monde fait semblant ». Et après la chanson de Dave (« Et si on allait un tour du côté de chez Swan, lalalala ». Maudissez-moi, vous allez l’avoir dans la tête, maintenant) mais ça, je devrais pas le dire. Même les madeleines, ça arrive après.

Alors, là, je prête fantastiquement le bâton pour me faire battre alors rien que pour vous emmerder, je désamorce de suite pour pas que vous puissiez le dire en comm. Alors : « Non mais toi, Nina, si méprisante envers les incultes, tu te foutrais pas un peu de notre gueule ? ». Pif paf, dans ma gueule, toute seule. Oui, c’est vrai, c’est curieux de réclamer le droit de ne pas aimer les classiques, de les trouver mauvais alors que je n’accepte pas que les gens ne connaissent pas les noms de ces auteurs. Sauf que je les ai lus, ou du moins, j’ai commencé, je ne les ai pas rejetés à priori en hurlant à la chiantise. Mais d’un autre côté, s’il me paraît normal d’avoir de la culture générale (il me semble quand même pas incroyable de savoir que Notre Dame de Paris est un livre de Victor Hugo avant d’être un film, un dessin animé ou une comédie musicale), je pense qu’il faut avoir l’honnêteté d’affirmer ses goûts plutôt que de suivre la foule et surtout la bienséance. Dire que Flaubert, c’est chiant, ça se fait pas. Alors que lui, je trouve vraiment qu’il a la palme. Et là, je parle de littérature mais on peut faire pareil pour le cinéma ou la musique. J’ai une culture cinématographique « impressionnante » sur papier, genre je connais le nom des grands films, des grands acteurs, l’histoire du cinéma en gros mais je n’ai vu aucun classique ou presque. Au moins, je connais le nom mais qu’on m’insulte pas si dans ma DVDthèque, je les ai pas (alors que c’est vrai que j’ai Cube). Je n’ai pas tellement le goût des vieux films, pour le moment. Mais même sans parler des classiques, il y a des films qu’il est bon ton d’aimer et d’autres qu’on regarde en cachette. Faites un test autour de vous, parlez cinéma. Et bien, tout le monde vous dira avoir vu et adoré des films classiques genre La Dolce Vità ou le Mépris ou ce que vous voulez et personne, oh non, n’est allé voir Brice de Nice ou les tribulations cinématographiques de Michaël Youn. C’est comme à la télé, personne ne regarde Julien Courbet mais il pète les scores d’audience. Franchement, des films de merde, j’en ai vu un beau paquet et je m’en cache pas. Oui, Scary Movie, c’est lourd et prévisible mais moi, ça me repose le cerveau et je l’ai vu ! Et même que j’ai rigolé. Et même que je suis pas la seule parce que y a toujours quelqu’un pour y faire référence à un moment (ou à American Pie, au choix). Bon, par contre, Michael Youn, je peux pas.

 Bon, je pourrais développer l’exemple pour la musique mais t’es pas idiot, t’as compris. Alors, moi, ça m’agace qu’on me demande : « mais comment tu oses aimer ça et ne pas aimer ça ? ». Mais je n’en sais rien comment j’ose, c’est comme ça et puis c’est tout. J’ai le goût des styles littéraires légers avec un vocabulaire riche mais précis. Le verbiage pompeux, ça me fatigue. J’aime Moravia qui est mon modèle absolu en la matière. J’aime bien le style d’Amélie Nothomb (même si je trouve qu’elle retombe toujours sur les mêmes thèmes), j’aime les intrigues de Barjavel, je suis incapable de lâcher un Van Cauwelaert une fois entamé. J’aime les films comme Cube, faits avec trois bouts de ficelle et qui reposent sur un scénario original, j’ai aimé Dark City et le principe de Matrix (le principe, pas le film, attention). J’aime les Tim Burton. Mais Lelouch m’a toujours fait chier, aujourd’hui comme hier. J’ai failli mourir d’ennui rien qu’en regardant la bande annonce de l’épisode 2 de sa trilogie parisienne. Le seul intérêt que j’ai trouvé dans « La belle histoire », c’est Gérard Lanvin en Jésus châtain aux yeux verts, jamais Jésus n’avait été aussi sexy. Je n’ai vu qu’un seul Woody Allen (« Tout le monde dit I love you ») et je m’en fous. Je ne vais pas m’excuser pour tous les classiques que je n’ai pas vus/lus/entendus. Je peux m’excuser de ne pas avoir essayé de le faire, ça, oui. Mais si j’accroche pas, je vais pas me forcer pour faire bien en société. Parce que Monsieur et Madame Pouet-Pouet-j’me-la-pète, s’il le faut, dans le secret de leur chambre, ils se fendent la poire devant Les Bronzés plutôt que de se pâmer sur le génie esthétique du Cuirassé Potemkine.
 
Moi, des fois, j’ai des goûts « de merde » et en plus, j’assume. Surtout qu’en général, quand je confesse regarder « Amour, gloire et beauté » ou « Sunset Beach », y a toujours quelqu’un pour s’esclaffer : « Ahah, moi aussi ! ».
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