Le quota de sexe dans le contrat amoureux

On dirait presque un titre de maîtrise, dis donc. La semaine dernière, nous avons eu droit à une énième polémique nauséabonde sur le consentement, cette fois au sein du couple. Est-il légitime de baiser sa copine pendant qu’elle dort ? Non. Sauf cas particulier où elle vous aurait donné son consentement avant. Le corps de l’autre ne vous appartient pas. Pour appuyer le propos, plusieurs femmes racontent leur calvaire, leur “je sentais bien que quelque chose n’allait pas mais nous étions en couple, je m’en voulais de ne pas avoir envie…” Ah, parce que y a un quota de sexe en couple ?

Quota de sexe dans le couple ?

Pour ma part, mes appétits sexuels sont souvent liés à mon humeur, un peu comme tous mes appétits, d’ailleurs. Je ne pense pas être exceptionnelle là-dessus. Donc y a des fois, je suis trèèèèèèès motivée pour câliner et d’autres, je suis très motivée à enserrer mon oreiller et ma couette et sombrer jusqu’au lendemain matin où chaque minute consacrée à la paresse sera chérie. Il y a quelques années, Sophie Fontanel avait sorti un livre où elle confessait son faible appétit sexuel et expliquait qu’elle avait feint pendant des années avoir les mêmes envies que ses copines. Enfin, à peu près, je n’ai pas lu ce livre. Mais les quelques papiers que j’avais vu sur ce roman m’avaient un peu interpellée : dans cette société où la performance est survalorisée en permanence, le sexe pourrait-il échapper à cette tendance de fond ? Après tout, en tant que fille des années 80s, j’ai grandi avec Madonna dans sa période sulfureuse, les fameux films Hollywood Night, Basic Instinct ou encore le sacro saint Sex and the city. J’ai atteint ma maturité sexuelle avant la tempête de ces romans érotico-malsains à base d’hommes abusifs et de femmes qui s’excusent d’avoir agacé leur mec…

Un couple sous tension

Donc on nous martèle qu’avoir une sexualité épanouie, c’est normal. Dans l’absolu, pourquoi pas, je suis la première à clamer que chacun fait ce qu’il veut de son cul, tant que tout se passe entre adultes consentants. Cependant, admettre que ce n’est pas toujours la fête du slip me paraît aussi un préalable indispensable. En fait, il me semble que la définition même d’une sexualité épanouie, c’est vraiment vivre ses envies… et ses non envies. Existe-t-il un autre domaine où l’on encourage la consommation quasi à outrance, au-delà parfois de ses envies ? Imaginez, remplacez sexe par alcool ou fromage à raclette. Boiriez-vous ce verre ou avaleriez-vous ce fromage fondu alors que vous n’en avez pas envie ? Bah non. Même si, ok, pour l’alcool, quand vous ne buvez pas, y a toujours un ou deux relous qui vient vous tenir la jambe “mais alleeeeeeeeeez, un petit verre, rooooooh”. Bref, une sexualité épanouie me paraît être une sexualité où on ne se force pas, on fait comme et quand on en a envie.

Du fromage à raclette

Sauf que la société, elle ne nous apprend pas ça. On doit pratiquer à minima deux ou trois fois par semaine et surtout ne jamais dire non à son conjoint sous peine qu’il aille voir ailleurs. Sur ce point, je vous donne mon avis que vous n’avez pas demandé : si votre mec trouve ce prétexte moisi pour aller voir ailleurs, ce sera pas une perte de vous débarrasser de lui (vous pouvez discuter d’une liberté dans votre couple si vous voulez mais c’est pas le sujet). En fait, le souci est là : on a la pression. On doit combler les envies de notre mec quoi qu’il arrive. Le devoir conjugal, version repimpée. Parce que dans tous les témoignages que j’ai lus, il y a souvent ce chantage affectif de “mais moi, j’ai envie”, “alleeeeeeeeeez”. Et on cède parce que bon, “les hommes ont plus envie que nous”, “si tu lui dis non trop souvent, il ira voir ailleurs”, “l’appétit vient en mangeant”, etc. On nous apprend que quand on aime, on aime sans concession, sans fatigue, sans “non, pas ce soir”. On nous apprend que si on n’a pas envie, il est mieux de mentir, de prétexter avoir ses règles, mal à la tête ou je ne sais quoi plutôt que de dire non. On en fait même des blagues parce que c’est rigolo, hein, la migraine, tout ça. Parce que souvent, dire non, c’est entrer dans une négociation sans fin donc on a plus vite fait de dire oui ou de trouver une bonne raison pour couper court. On nous apprend aussi qu’un homme a toujours plus envie que la femme, ce qui est relativement faux, ce qui en plus nous rajoute une surcouche de culpabilité dès qu’on a grand appétit.

Samantha, sex and the city

Mais le sexe ne fait pas partie du contrat de base. Vous avez le droit de ne pas avoir envie. Vous avez le droit de ne pas vous forcer. Si votre moitié ne le comprend pas, posez-vous la question : est-ce que cette personne vous mérite vraiment (NON) ?

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La psychologie masculine, cette inconnue

Il est 1h34, je suis saoule et je tente une expérience : écrire un article. Alors qu’un homme (que j’ai brouetté dans le temps) m’annonce qu’il vient de jouir en se branlant pendant qu’il parlait sur MSN (où j’avais mis une photo de Kenya, c’est ignoble !), je vais tenter une incursion dans la psychologie masculine. Heu non, je vais plutôt expliquer comment et pourquoi les femmes tentent de saisir la psychologie masculine. En général, elles échouent.
 
Mercredi soir, dans un bar parisien, je rejoins une copine, Tatiana. Cette fille n’a pas de veine, elle attire les cas en ce moment : entre celui qui n’arrive pas à oublier son ex femme et celui qui n’arrive pas à plaquer sa copine, elle est un peu mal… Donc ce fut une soirée sur le thème : « les mecs sont incompréhensibles ». Le meilleur, quand même, c’est le mec en couple. Ils sortent ensemble un soir, il insiste pour aller chez elle, bisous mouillés et là, il arrête tout : « Non mais je suis sorti avec toi pour pas que tu crois que tu me plaisais pas. » Et pourquoi n’a-t-il pas dit : « je te trouve jolie mais je suis en couple » ? Ça suffisait amplement, quand même ! Les hommes ont-ils peur de nous au point de ne pas nous dire non ? Ça se saurait ça, quand même ! Je me suis pris suffisamment de râteaux pour savoir que c’est pas le cas.
 
Alors quoi ? Opération brainstorming, essayons de pénétrer la psychologie de Nikos. Comme des détectives, on dresse la liste des hypothèses mais à l’arrivée, on n’a pas tranché. Pareil, à chaque fois, les mecs qui nous larguent nous disent souvent (tout le temps ?) : « tu m’en veux pas, hein ? ». Veulent-ils se rassurer sur notre état ou sur l’image qu’on a d’eux ? Faut-il comprendre dans cette phrase : « Ok, tu pleures mais rassure-moi, tu crois pas que je suis un connard,
hein ? ». Bon, ils ne sont pas tous comme ça mais ces deux-là, on dirait. Surtout que le Nikos, il est parti en courant le jeudi pour mieux reprendre son jeu de drague le lendemain ! Ben, si, on t’en veut mais qu’est-ce que ça peut faire ? Peu de filles seront suffisamment garces pour appeler madame Nikos et lui avouer la vérité. Tatiana ne le fera pas, en tout cas. De toute façon, s’ils se conduisent en gentlemen, y a pas de raison de leur en vouloir, nous ne sommes pas des harpies (enfin, pas toutes). Nous avons aussi droit au : « tu mérites mieux que moi », quelle modestie ! Ah oui, ça, ça me console. D’ailleurs, il a intérêt à sortir avec un vilain boudin débile après moi : puisqu’il ne me mérite pas, il ne mérite pas mieux que moi ! De toute façon, qu’est-ce qu’il en sait que je mérite mieux que lui ? Il croit que je suis trop conne pour prendre moi-même ce genre de décision ? Je sais ce qui est bien pour moi et ce qui ne l’est pas, qu’il ne me sorte pas cette excuse pour se débarrasser de moi. En plus, je n’aime pas quand mon ex sort avec une fille moche : oui, il a trouvé une fille « qui le mérite » mais c’est quand même vexant pour moi. Certes, M. Bidochon fantasme aussi sur Monica Belluci alors qu’il honore sa vilaine épouse le samedi soir à 21h39 parce qu’après, y a Téléfoot mais quand même… Cette excuse, y a que moi qui ait le droit de la sortir : « tu ne me mérites pas ! » mais pas l’inverse ! La phrase « tu mérites mieux que moi » ne peut être sortie que quand monsieur se rend compte à quel point il a de la chance de nous avoir et que nous lui répondons rassurante : « mais non, ne dis pas ça, tu es parfait pour moi. »
 
Pareil, en journée, j’ai la même conversation avec Zoé : « pourquoi est-ce qu’il fait ça ? Tu crois qu’il pense ça ? Pourquoi il a dit ça comme ça ? » Liste des hypothèses mais aucune affirmation. Je suis journaliste, moi, pas psychologue et je suis aussi désemparée face aux mâles de ma vie, je me tourne vers Gauthier : « et pourquoi il fait ça ? » Même réponse : « je sais pas, peut-être que… ». Remarquez, c’est mieux que Laurent : quand je lui parle comportement masculin, il me répond : « je pense à tes seins » (véridique). Bon, si même les hommes se comprennent pas entre eux, autant lâcher l’affaire…
 
Sauf que c’est pas possible. Plus je me penche sur les relations amoureuses des autres, plus je constate que les femmes ont besoin de comprendre, un
besoin viscéral. On voudrait entrer dans la tête du vilain mâle qui nous fait de la peine, comprendre pourquoi il a signé « mille baisers » et pas « bisous ». Pourquoi il nous a pas rappelé le lendemain de notre folle nuit mais trois jours plus tard pour nous demander un DVD ? C’est le maître mot, ça, « pourquoi ? ». Ce phénomène est amplifié par le fait qu’on parle tout le temps des hommes. Quand je parle de mon chômage, ça dure… deux minutes. Et plus on en parle, plus on se noie dans les hypothèses. Si les hommes avaient leurs règles, ce serait plus simple : Pourquoi il m’a pas appelée ? Parce qu’il a ses règles. Pourquoi il m’a appelée par mon prénom et pas ma biquette d’amour (le premier mec qui m’appelle comme ça, je le plaque) ? Parce qu’il a ses règles ? Pourquoi il a couché avec une autre ? Parce que c’est un connard (oui, là, les règles, ça marche pas).
 
Le problème, c’est qu’on veut mais on ne peut pas savoir. L’autre jour, Zoé s’enflammait, m’expliquant par A+B que si M.Zoé agissait comme ça, c’était parce qu’il ressentait telles choses et telles choses. Non, là, on ne peut pas aller trop loin et je le lui explique : nous ne sommes pas lui, nous ne pouvons que supputer. La seule façon de savoir, c’est de demander. Et en demandant, on passe pour de sacrées casse-couilles. J’imagine les conversations de M.Zoé ou de Nikos en parlant de ces demoiselles : « mais qu’est-ce qu’elle est prise de tête, elle passe son temps à me harceler de questions pour savoir si le fait que je pose mon verre à gauche de mon assiette signifie que je veux l’épouser. ». J’exagère, mais à peine. Parce que les femmes aiment les longues conversations « explique-moi pourquoi ? » mais les mecs non… Enfin, en général. Ils nous répondent : « c’est comme ça » ou le pire « parce que ». Mais parce que quoi, tu crois qu’on va se contenter de ça ? Remontons à ta petite enfance pour comprendre…
 
Comprendre, c’est se rassurer, ne pas être surprise si monsieur n’agit pas selon le plan qu’on a établi pour notre relation. J’ai l’impression que la différence fondamentale entre les hommes entre les femmes en matière d’amour, c’est que les hommes prennent sans se poser de questions, les femmes se posent tellement de questions qu’elles oublient parfois de prendre. Est-ce typiquement féminin de manquer tellement de confiance en soi qu’on veut à tout prix comprendre le moindre geste de l’autre pour se rassurer ? Avons-nous une inclinaison naturelle pour la psychologie qui nous pousse à analyser tout et à voir un signe de rupture dans la façon dont il a fait ses lacets ? Sommes-nous masochistes au point de ne pas goûter au bonheur tout simplement ? Là, j’avoue que j’ai pas la réponse.
 
Bon, il est manifeste qu’on ne parviendra pas à comprendre les hommes entre nous. Alors on triche, on utilise les cartes, moyen pas très fiable mais ça détend au moins. Donc, mes cartes ont dit ce soir que Tatiana devait laisser tomber son Nikos car elle court tête baissée vers le mur et elle le sait. Mais bon, sans les cartes, j’aurais dit pareil. Enfin, c’est marrant, on veut tellement comprendre, on est prêtes à tout.
 
Seulement, il y a une erreur fondamentale, il me semble : on veut comprendre les mecs, on n’arrête pas de râler : « putain, les hommes, ils sont compliqués ! ». Certes mais pourquoi on s’entête, nous aussi, à mettre tous les hommes dans le même panier ? Si les hommes se comprennent pas entre eux, c’est qu’il y a bien une raison : ils sont différents les uns des autres. M.Zoé n’est pas Nikos ou Sagamore (oui, en ce moment, l’homme de ma vie, c’est Sagamore Stévenin, ça m’occupe). Après tout, nous, les femmes, sommes différentes les unes des autres, Dieu merci. Parce que, finalement, ce que l’on prend pour une incompatibilité entre les sexes n’est ni plus ni moins que deux personnalités différentes qui se rencontrent. Et nous, on veut à tout prix rentrer dans la tête de l’autre.
 
Maintenant, je vais me coucher. Seule mais moi, au moins, je me comprends.
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