Ex Machina d’Alex Garland

Depuis que j’ai plus la télé et que je traîne beaucoup sur YouTube, j’entends parler de tas de films qui me font bien envie. Du coup, après The lobster, magistralement vendu par In the panda, voici Ex machina, film très bien chroniqué par le fossoyeur.

Ex machina affiche

Un huis clos dans les montagnes, un robot si humain qu’il quitte la vallée dérangeante, un génie un peu fou, un jeune homme très intelligent mais un peu perdu, une magistrale partie d’échec entre les protagonistes, qui manipule qui ? C’est tout ça, Ex Machina. Caleb, jeune programmateur d’une big society, gagne le droit de passer une semaine dans le chalet de son PDG, dans les montagnes. Une semaine au frais ? Pas tout à fait : en guise de chalet, Caleb se retrouve dans une sorte de prison, dans une chambre sans fenêtre, et va participer à un test de Turing. Un test de Turing ? C’est un test qui détermine si un ordinateur qui simule des conversations humaines peut être suffisamment convaincant pour que l’humain en face soit incapable de savoir qu’il parle à une machine ou à un autre être humain.

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Ici, Caleb ne va pas parler à un ordinateur mais à un robot au visage humain, Ava, créée par Nathan le PDG. Petit à petit, les deux vont se rapprocher, laissant s’instaurer une certaine intimité, frôlant le sentiment amoureux. Mais Nathan qui interroge souvent Caleb pour étudier son ressenti vis à vis de sa création, insinue le doute : Ava est-elle sincère ou ne répond-elle que parce qu’elle a été programmée ainsi ?

Ex Machina

L’ambiance est lourde. Malgré les très beaux paysages montagnards qu’on ne voit finalement que peu, l’essentiel de l’histoire se passe au coeur du clair obscur du chalet, Nathan est un putain de connard pervers narcissique, sa compagne Kyoko assez flippante de servilité, Caleb ne comprends pas tout ce qu’il se passe (et nous donc) et Ava semble la seule personne normale de ce quatuor. C’est prenant, troublant et la dernière partie est juste géniale. Le film a beau durer presque 2h, il passe comme dans un souffle, on n’a pas le temps de s’ennuyer mais les pauses dans l’intrigue sont suffisamment bien aménagées pour qu’on ait le temps de se demander qui manipule qui et si Nathan est vraiment la pire enflure du monde.

Ex machina face à face

Ce film a été co-écrit et réalisé par Alex Garland, scénariste (et auteur du roman, surtout) de 28 jours plus tard que j’avais vraiment bien aimé (alors qu’à la base, les zombies, ça ne me parle pas du tout), qui était bien haletant, également, malgré quelques scènes de respiration. Ici, on retrouve ce rythme parfaitement équilibré entre avancement de l’intrigue et pause pour digérer ce que l’on vient de voir et d’apprendre.

28_jours_plus_tard

Je ne peux que conseiller ce film avec force. D’abord parce que c’est de la très bonne came, entre science fiction et thriller psychologique mais surtout pour une fois qu’on a un (très) bon film sur l’intelligence artificielle, ce serait vraiment dommage de faire l’impasse. Et il a 92% sur Rotten tomatoes, la preuve ultime !

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Ni la nuit ni le jour

Ce devait être un été à Décathlon. Un été à 35 heures au lieu des 18 habituelles. Tout ça pour rattraper les « semaines à 0 », octroyées par mon boss pendant les partiels en Janvier et Juin. Un été à Paris sur la moquette, sous les néons.


« Bonjour Madame. Non Madame, je ne suis pas un vendeur, en fait j’ai piqué le gilet et je fais l’espion dans le magasin. Mais chut hein… Ca reste entre nous. »
« Bonjour Madame. Pardon ? Ah! Nooon! Non, voyez vous, si je suis vendeur tennis c’est justement parce que je n’y connais rien du tout : c’est plus sympa! Par contre si vous voulez un conseil en bilboquet… »

Ce genre de phrase, bien sûr, personne ne les dira jamais.

C’est le genre de phrase qui fait sourire alors qu’on boit son café, tout seul, en salle de pause.
Or, si une demoiselle rentre dans la pièce à ce moment là et voit un damoiseau, tout seul, de dos, en train de mimer une réponse crétine à une cliente imaginaire, eh bien là, on bascule, sans bruit, dans ce qu’on appelle un grand moment de solitude.

Pourtant, ce ridicule partagé, c’est aussi un premier élément de connivence : le mec pris sur le fait, la nana rigolarde, cette complicité… Certains esprits futés auront déjà compris où je veux les emmener ; ils diront sûrement, sarcastiques : « Eh oui Lucas, c’est de ce ciment là dont on fait les plus jolis murs… »

Mais n’anticipons pas.

Gaëlle était futée et des le premier regard elle a lu en moi. Les filles ont cette décence infinie qui leur permet, quand elles le veulent, de rester stoïques, de ne pas s’offusquer ou de ne pas sourire quand elles lisent le désir dans les yeux d’un homme. Pour autant, à cet instant précis c’était plutôt une fascination. Vous savez… un je ne sais quoi, une présence ; quelque chose d’attirant qui n’a rien à voir avec la plastique, la beauté ou le charme.

Notre petite discussion fut courte. Un intérêt pour la personne en face, une exigence envers l’autre dans l’échange, des références communes : le temps de fumer sa clope, nous savions déjà que nous allions être proche. Le temps de fumer sa clope, nous avions déjà les cendres de notre relation.

Je crois que c’est elle qui l’a compris la première car elle a fait un sourire contrit avant de clôturer la pause en m’expliquant sa presence : étudiante en beaux arts à Rennes, venue travailler à Paris le temps d’un été pour gagner peu et voir beaucoup : musées, expos, architectures, attitudes, amospheres… Tout ça avant de partir, deux ans, à Buenos Aires.

Deux ans…

Pendant deux mois,
Nous avons discuté, beaucoup. Joué sur les mots, un peu. Echangé, plein de choses ; sûrement trop.
Nous avons partagé,
Des promenades, des avis, des rires; de cruelles moqueries sur des inconnus, des rues traversées en courant parce que le petit bonhomme était rouge ; de belles émotions, à Beaubourg ou aux concerts du Parc Floral, allongés dans l’herbe.  Nous avons eu de ces moments magiques. Mais oui , vous savez… Quand on dit que « les grands esprits se rencontrent » en réprimant un sourire, tout étonnés et ravis de se découvrir une tournure d’esprit identique et…
Bref, nous étions bien ensemble.
Mais aucun des deux n’était dupe.

Nous avons chacun laissé monter en nous ce sentiment amoureux, naissant. Nous n’avons rien dit mais tout était clair. Dans nos regards, nos silences, les sourires amusés des gens qui nous observaient. Oui, le mur approchait mais nous n’y pensions pas. Où plutôt, je crois que nous ne voulions pas y penser. Que peut-on faire quand au matin, au réveil,  l’une des premières images qui vient en tête c’est une jeune femme cachée derrière son carton à dessin ???

Je l’ai ramené maintes fois chez elle en voiture. A chaque fois, je prenais les devants, la quittant comme un eunuque, sans lui laisser le temps de proposer un dernier verre chez elle. Et elle en souriait. Elle savait, elle aussi, que dans certaines nuits câlines la tendresse partagée est un catalyseur de sentiments plus forts, un accélérateur de sentiments. Nous roulions déjà tellement vite.

C’est elle qui a craqué le dernier jour sur le quai du RER. Elle était assise en tailleur sur son siège RATP, le regard flou. Elle m’a souri, s’est levé et elle m’a demandé : « tu crois qu’on a eu tort ? »

Je n’ai pas répondu, j’ai souri, je me suis mordu la lèvre. Et puis je l’ai serré très fort dans mes bras, en pleurant.

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