Les surprises de la réécriture

19h30, je me jette sur un siège, je dégaine mon carnet désormais jaune citron (merci Snapchat), mon stylo et c’est parti pour continuer à narrer les aventures de Maja, Luka, Svea et leurs amis à Stockholm. Couvrir les pages blanches, tisser la suite dans ma tête pendant que je marche, rentrer et recopier. En profiter pour faire un peu de réécriture, lâcher ses notes et taper une phrase… pour constater que c’est exactement ce que j’avais déjà écrit.

Carnet d'écriture

Quand j’ai décidé de me lancer dans ce processus d’écriture manuscrite pour retaper ensuite, c’était pour m’offrir une relecture immédiate et donc une éventuelle réécriture pour rendre le récit plus dynamique et les phrases plus mélodiques, plus travaillées. Parfois, je reste accrochée à mon cahier, machinalement, je retape sans y penser. Mais d’autres, je me sens pousser des ailes, je commence à taper ce qui me vient. Puis je relis… et je constate que c’est exactement ce que j’avais déjà écrit. Mince alors ! Etais-je déjà à mon optimum dès la première tentative ?

Ecriture

Il y a sans doute une question de délais. Il y a 10 ans (wow !), j’avais réécrit Technopolis que j’avais écrit en 2000, 2001 de mémoire, soit 5 ans de décalage et en effet, j’avais pas mal retapé des phrases qui me paraissaient faiblardes ou bancales. Parce que la Nina de 2005 n’était plus la Nina de 2006 : j’avais mûri, beaucoup lu entre temps et écrit à peu près quotidiennement… Oui, sur ce blog, on est très loin d’une écriture romanesque mais quand même, l’idée est là. Alors que quelle est la différence entre Nina 9 mars 2017 à 19h43 et Nina 10 mars 2017 à 06h47 ? Une nuit, certes, et nous savons tous que la nuit porte conseil mais après ? Donc forcément, je réécris la même chose… sauf qu’il se passe un étrange phénomène… J’ai parfois l’impression que ce n’est pas tout à fait moi qui ai écrit ces lignes.

Machine à écrire Shining

Ouais, c’est comme si la Nina du 09 mars 2017 lançait un cri et que la Nina du 10 mars 2017 y répondait. Je suis parfois surprise de voir ce que j’ai écrit. Pas le fond, je connais mon histoire mais la forme. Il y a une scène en particulier… Dans le roman de Maja, il y a un professeur qui est un peu un agitateur (enfin, un peu…) et qui, à un moment, fait un discours pour appeler à la désobéissance civile. Je me souviens l’avoir écrit avec frénésie, limite à m’en faire mal à la main. Quand je l’ai retapé, genre un mois plus tard (j’ai eu beaucoup de retard à un moment), j’étais limite à me lever de mon fauteuil en brandissant mon poing vers le ciel “OUI, OUI ! Mec, tu m’as conquise”. Alors que bon, c’est légèrement moi qui ai écrit ça en fait, à la base. Et sur ce passage, pardon mais je manque totalement de modestie, tellement que j’ai hésité à en faire un article ici, copié/collé (mais c’est un peu long).

Tatouage lion sur le doigt

Et je me pose une question : les mots nous appartiennent-t-ils toujours une fois sortis de nous ? Ca peut me le faire parfois, quand je relis des anciens articles oubliés en mode “tiens, j’ai écrit ça, moi ?”. Un peu comme une graine semée par le vent, une fois partie de moi, elle vit sa vie et je la retrouve parfois avec étonnement…

Réécriture

Mais surtout la réécriture, c’est aussi se rendre compte qu’on a pris la mauvaise piste… On voit ça ensemble une prochaine fois.

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Quand l’écriture redémarre

La semaine dernière, j’ai franchi un cap : 70 pages. Oui, j’ai dépassé les 70 pages tapées de mon roman de Maja (en tout, je dois frôler les 90 avec ce qu’il me reste à recopier). Une petite victoire, certes, mais un grand pas pour moi car je n’avais plus dépassé ce chiffre fatidique depuis Technopolis II, abandonné quelque part à l’orée de ma vie professionnelle. C’est officiel, mon écriture redémarre.

Ecriture et stylo encre

J’ai eu de nombreuses tentatives, certes, mais in fine, je n’ai jamais dépassé la page 44 pour “la fille aux bulles” (une bluette que j’avais recommencé à écrire avant de m’arrêter page 4), 42 pour Epserah (un roman médiévo-politique, recommencé et arrêté à la page 2), 25 pour “pas de titre mais ça se passe à Rome et l’héroïne est violoncelliste et s’appelle Cecilia” (hommage à Jorane et Moravia, hop), repris en Ofelia qui atteignait royalement les 8 pages. Et là, 70 pages (et encore, j’écris ça dimanche, imaginez où je pourrais en être au moment où vous lisez ces pages !) et justement, j’y pensais l’autre jour : pourquoi cette fois-ci, ça marche ? J’ai isolé pour vous quelques petites hypothèses :

Idées, hypothèses et théories

1 – Parce que c’est un jeu

J’avoue que ça marche toujours bien avec moi, ça, la gamification, tout ça. Dans ma vie en général, dès que je veux réussir quelque chose, je dois tourner ça en jeu, en défi. Là, c’est simple : je m’assois dans le métro, j’écris. Basique. Et ça marche tellement bien que je sors parfois la plume dans d’autres situations d’attente. En fait, le seul point noir de la méthode, ce sont les quelques minutes d’attente sur le quai du métro car écrire debout, ça le fait pas.

Clavier imitation machine à écrire

 

2 – Parce que j’ai la motivation

Parce que je vois des gens qui réussissent et je veux essayer aussi.

 

3 – Parce que j’ai du temps

Oui, moi, Nina, j’ai un peu de temps, étrange, non ? Moi qui me plains toujours d’en manquer…Mais je suis en train de trouver une bonne routine grâce notamment au Morning miracle dont je parlerai sur mon blog Nina feels good auquel je ne consacre pas une minute, par contre. En fait, je me fais des fenêtres de travail : recopiage le matin de 6h45 à 7h15 puis de 13h30 à 14h. Et j’écris donc le soir en rentrant. Et comme j’ai là, j’ai décidé de faire des rigoureux 9h30-18h30, je rentrerai plus tôt chez moi, aussi…

The morning miracle : se lever tôt pour vivre mieux

4- Parce que la nostalgie du désir

Le truc dont je vous parlais hier (incroyable comme tout est calculé, vous avez vu ?), ce petit nappage gourmand de la conquête amoureuse. Pour rappel, je suis impliquée dans une relation de type monogame et fidèle avec mon Doux. Mais il peut arriver que parfois, un bellâtre croisé dans l’ascenseur du bureau me titille un peu le bas des reins. Comme je suis une fille polie, je ne les bloque pas dans un coin de l’ascenseur pour assouvir mon envie, pas de propositions indécentes ni rien. Par contre, je stoque tout dans ma bibliothèque mentale en attendant que ça ressorte. Comme ça, je ne mets pas en péril mon couple et j’ai de la tension sexuelle à injecter dans mon récit… même si j’écris pas vraiment d’histoires d’amour…

Ecrire une histoire d'amour

5- Parce que j’ai plus la télé

Comme je n’ai plus d’écran pour me distraire quand j’écris, ça marche de suite mieux…

écriture redémarre

Mais en fait, je crois que c’est un tout. J’ai gagné du temps parce que je n’ai plus qu’un homme dans ma vie et on vit ensemble, en plus, que j’ai arrêté mes week-ends télé – jeux en ligne (escape games ou Yahoo! Jeux) donc je peux écrire, que ça m’émoustille un peu d’écrire des histoires de séduction même si dans le roman de Maja, y en a pas tant que ça. Ou alors c’est peut-être que je suis juste bien dans ma vie.

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Le complexe de la nullité

On m’a toujours appris à être une bonne élève. Mes parents, bien qu’assez cools en soit, me répétaient qu’il était important d’avoir des bonnes notes, d’avoir une mention au bac… J’avoue que 8 ans après la fin de mes études (et bim !), ça me fait un peu sourire. Non parce que mon bac, mes 2 bac+4 et mon bac+5, ils me servent à rien. Même pas à décorer mes toilettes vu que mes deux derniers diplômes, je les ai jamais récupérés… Du coup, bonne élève oblige, j’ai développé une sorte de complexe de la nullité. Ou comment je n’ose pas me lancer dans certaines aventures de peur d’être nulle. Quoi que je fasse.

peur-echec

A présent que j’ai terminé mes études, l’apprentissage se fait par plaisir. Les activités ne sont pas anodines : la plongée, domaine où je m’en sors bien car j’ai toujours été aquatique et la chorale puisqu’on m’a toujours dit que je chantais bien. Mais y a d’autres activités qui pourraient me tenter mais où je n’ose me lancer. Outre le manque de temps car j’ai un travail qui me prend toute la journée, j’ai peur d’être nulle. Irrémédiablement nulle. C’est une possibilité, ne nous mentons pas. Oui, on peut bosser dur, il y a des domaines dans lesquels on ne sera jamais doués, c’est comme ça. Par exemple, j’ai des doutes sur mes capacités à faire un jour un dessin correct pour cause de mauvaise intelligence spatiale sans parler de mes mains fébriles.

gribouillis

Gribouillis by (c)moi

Mais… mais peut-être qu’en fait, je pourrais être douée, une fois passée l’étape de la prise de conscience et le lâcher prise. Non parce que c’est toujours ça le problème : on veut tellement bien faire qu’on s’applique trop à recopier, répéter ce que l’on voit ou entend et on ne se lâche pas. Les élèves appliqués sont rarement les meilleurs, admettons le. La question est ainsi la suivante : doit-on se lancer dans une activité dans laquelle on se sait quelques compétences ou se jeter là où on se sait nul et avoir, peut-être, une bonne surprise (tout en gardant en tête que rien n’est garanti). J’ai eu quelques jolies surprises sur mes compétences, des talents que je ne me savais pas forcément. Par exemple les langues. Je me suis toujours pensée un peu nulle (aujourd’hui encore…). Or je peux soutenir une conversation en anglais et en italien sans soucis. Bon, faudrait que je travaille ça un peu plus mais c’est super encourageant. De la même, pendant des années et des années, je me suis crue pas sportive pour un sou et pas douée dans le domaine. Aujourd’hui, je fais 5 à 7h de sport par semaine et je suis une bonne nageuse (enfin, tout dans les jambes, rien dans les bras, je nage plus vite le crawl sans eux, c’est un peu problématique).

ameliorer-sa-technique-crawl

En fait, ce complexe de la nullité n’est-il pas qu’un prétexte pour ne pas se mettre en danger ? Enfin, relativement, personne n’est mort d’avoir loupé un dessin…Se confronter à sa nullité, réelle ou supposée, c’est possiblement se rendre que… ben oui, on est vraiment pas bon. Et personne n’a envie de s’en rendre compte. Pourtant, il n’y a rien de grave. Je suis vraiment nulle en dessin ? Je comptais pas en faire mon métier. Je n’arriverai jamais à danser correctement malgré mon hyperlaxie ? Même remarque que précédemment et je ne suis pas allée en boîte depuis… septembre 2011. Parfois, c’est un peu frustrant car on aimerait s’en sortir, faire de beaux dessins ou des tableaux à offrir ou je ne sais quoi mais ça n’a rien de grave. Il faut savoir surmonter sa peur de la nullité pour se rendre compte de l’étendue de ses compétences. Même si savoir bien nager, coudre, jongler… ne me servira pas à priori, on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise. Je vous raconterai un jour l’histoire de mon ancien collègue magicien ou comment une marotte peut t’ouvrir de belles portes.

 

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