Quand l’écriture redémarre

La semaine dernière, j’ai franchi un cap : 70 pages. Oui, j’ai dépassé les 70 pages tapées de mon roman de Maja (en tout, je dois frôler les 90 avec ce qu’il me reste à recopier). Une petite victoire, certes, mais un grand pas pour moi car je n’avais plus dépassé ce chiffre fatidique depuis Technopolis II, abandonné quelque part à l’orée de ma vie professionnelle. C’est officiel, mon écriture redémarre.

Ecriture et stylo encre

J’ai eu de nombreuses tentatives, certes, mais in fine, je n’ai jamais dépassé la page 44 pour “la fille aux bulles” (une bluette que j’avais recommencé à écrire avant de m’arrêter page 4), 42 pour Epserah (un roman médiévo-politique, recommencé et arrêté à la page 2), 25 pour “pas de titre mais ça se passe à Rome et l’héroïne est violoncelliste et s’appelle Cecilia” (hommage à Jorane et Moravia, hop), repris en Ofelia qui atteignait royalement les 8 pages. Et là, 70 pages (et encore, j’écris ça dimanche, imaginez où je pourrais en être au moment où vous lisez ces pages !) et justement, j’y pensais l’autre jour : pourquoi cette fois-ci, ça marche ? J’ai isolé pour vous quelques petites hypothèses :

Idées, hypothèses et théories

1 – Parce que c’est un jeu

J’avoue que ça marche toujours bien avec moi, ça, la gamification, tout ça. Dans ma vie en général, dès que je veux réussir quelque chose, je dois tourner ça en jeu, en défi. Là, c’est simple : je m’assois dans le métro, j’écris. Basique. Et ça marche tellement bien que je sors parfois la plume dans d’autres situations d’attente. En fait, le seul point noir de la méthode, ce sont les quelques minutes d’attente sur le quai du métro car écrire debout, ça le fait pas.

Clavier imitation machine à écrire

 

2 – Parce que j’ai la motivation

Parce que je vois des gens qui réussissent et je veux essayer aussi.

 

3 – Parce que j’ai du temps

Oui, moi, Nina, j’ai un peu de temps, étrange, non ? Moi qui me plains toujours d’en manquer…Mais je suis en train de trouver une bonne routine grâce notamment au Morning miracle dont je parlerai sur mon blog Nina feels good auquel je ne consacre pas une minute, par contre. En fait, je me fais des fenêtres de travail : recopiage le matin de 6h45 à 7h15 puis de 13h30 à 14h. Et j’écris donc le soir en rentrant. Et comme j’ai là, j’ai décidé de faire des rigoureux 9h30-18h30, je rentrerai plus tôt chez moi, aussi…

The morning miracle : se lever tôt pour vivre mieux

4- Parce que la nostalgie du désir

Le truc dont je vous parlais hier (incroyable comme tout est calculé, vous avez vu ?), ce petit nappage gourmand de la conquête amoureuse. Pour rappel, je suis impliquée dans une relation de type monogame et fidèle avec mon Doux. Mais il peut arriver que parfois, un bellâtre croisé dans l’ascenseur du bureau me titille un peu le bas des reins. Comme je suis une fille polie, je ne les bloque pas dans un coin de l’ascenseur pour assouvir mon envie, pas de propositions indécentes ni rien. Par contre, je stoque tout dans ma bibliothèque mentale en attendant que ça ressorte. Comme ça, je ne mets pas en péril mon couple et j’ai de la tension sexuelle à injecter dans mon récit… même si j’écris pas vraiment d’histoires d’amour…

Ecrire une histoire d'amour

5- Parce que j’ai plus la télé

Comme je n’ai plus d’écran pour me distraire quand j’écris, ça marche de suite mieux…

écriture redémarre

Mais en fait, je crois que c’est un tout. J’ai gagné du temps parce que je n’ai plus qu’un homme dans ma vie et on vit ensemble, en plus, que j’ai arrêté mes week-ends télé – jeux en ligne (escape games ou Yahoo! Jeux) donc je peux écrire, que ça m’émoustille un peu d’écrire des histoires de séduction même si dans le roman de Maja, y en a pas tant que ça. Ou alors c’est peut-être que je suis juste bien dans ma vie.

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La fille du train de Paula Hawkins

Et non de Frank Thilliez comme j’ai cru au départ, j’ai dû mélanger deux affiches. Comme je l’annonçais il y a quelques temps, je voulais à tout prix lire La fille du train de Paula Hawkins, donc, avant la sortie du film avec Emily Blunt, histoire de savoir si j’allais dépenser 10 € pour le voir au cinéma ou non.

Couverture la fille du train de Paula Hawkins

L’histoire : Rachel est une pauvre fille : alcoolique invétérée, elle prend tous les jours le train pour Londres pour faire semblant d’aller travailler puisqu’elle n’a pas osé dire à sa coloc qu’elle avait été virée. Tous les jours, elle passe devant la maison d’un couple qu’elle ne connaît pas mais sur qui elle projette un vécu, maison mitoyenne de celle de Tom et Anna… à savoir son ancien mari et sa nouvelle compagne. Mais un jour, la femme du couple qu’elle observe à travers la fenêtre du train disparaît et Rachel croit savoir quelque chose…

selfie dans la vitre du train avec vue sur Paris et la Tour Eiffel

Oui, je voulais faire une photo du paysage, ça donne un autoportrait chelou (mais qui va bien pour l’article du coup)

Ce roman parle à trois voix, féminines : Rachel, donc, Anna, la nouvelle compagne de son mari et Megan, la femme qui disparaît. On navigue un peu dans le temps, on apprend l’histoire par bribes. Rachel, alcoolique dernier stade, sait qu’elle était sur place le soir de la disparition de Megan, elle sait qu’elle a vu quelque chose mais aucun souvenirs. On suit donc Rachel en quête de sa mémoire et qui part peu à peu sur le chemin de la rédemption, les aventures de Megan un an avant et les pensées de la desperate housewife en chef, Anna, qui n’est qu’amour pour son mari et donc haine pour l’ex femme alcoolique qui vient souvent les emmerder quand même.

intersections, rails qui se croisent, chemins de fer

Alors est-ce que j’ai aimé ce roman ? Oui, carrément. Paula Hawkins réussit un tour de force : elle me rend Rachel presque sympathique alors que je n’aime pas les héros faibles qui retombent dans leurs travers. Je veux dire, je supporte pas trop le côté “youpi, aujourd’hui, nouvelle vie, je fais des efforts, je me sors de mon alcoolisme (ou Dieu seul sait quoi) et… oh non, il pleut, je replonge, adieux !”. C’est sans doute parce que j’ai mes propres travers et que j’ai parfois du mal à être rigoureuse sur certains trucs (coucou les régimes) mais ça me saoule de lire ça, en fait. Là, pour le coup, l’alcoolisme de Rachel est un ressort narratif mais un ressort plutôt malin finalement, ça justifie pas mal de rebondissements mais la ficelle n’est pas trop épaisse même si je mentirai en disant que je suis tombée de ma chaise à l’heure des révélations…

Tag sur un vieux train "orgasme rarement simulé", street art

J’aime la plume de Paula Hawkins qui n’en fait pas trop. C’est peut-être parce que, moi-même, j’aime les trains et j’adore broder des histoires avec quelques fils attrapés à droite à gauche. J’aurais pu tout à fait être Rachel, la fille qui, chaque jour, essaie d’apercevoir ce couple inconnu dans une maison du bord de la voie pour m’inventer une histoire sur eux, collecter précieusement les pièces du puzzle de leur vie. Enfin, je pourrais être Rachel sans la canette de gin tonic (j’aime bien le gin tonic mais en canette, brrrr). Le seul reproche que je pourrais faire sur ce roman, c’est le parti-pris assez évident de l’autrice pour Rachel (même si elle est décrite comme quelqu’un d’assez destructeur) et, en contre-champ, une Anna hautaine et parfaitement détestable. Oui, ce personnage est le seul point raté du roman… et ça tombe bien, il n’est pas le plus important.

Beau coucher de soleil un peu nuageux sur des fils électriques dans une gare

Du coup, va falloir que j’aille au cinéma, moi…

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Carlos Ruiz Zafon : les romans fantastiques espagnols parfaits pour l’été

L’été dernier, je glande sur une chaise longue dans le jardin parental quand ma mère décide que c’est l’heure de me dealer sa came. “Tiens, Nina, tu devrais lire ces romans, c’est du fantastique, ça va te plaire à toi”. Je jette un oeil et découvre quatre romans de Carlos Ruiz Zafon aux résumés appétissants. Je repars donc avec trois des romans sur quatre dans ma valise (le 4e ne rentrait pas, en fait). Et une fois de plus, ma maman a vu juste

Carlos Luis Zafon en interview à la FNAC

J’ai donc lu très rapidement l’intégralité du cycle de la brume (Le prince de la brume, le palais de minuit, les lumières de septembre) ainsi que Marina. Alors avant de poursuivre, même si les trois romans du cycle de la brume sont regroupés, il s’agit d’histoires indépendantes. Mais on retrouve globalement un schéma global : de jeunes ados sont confrontés à des phénomènes surnaturels qui les dépassent. Poupées incarnées, illusions, démons, ils vont devoir lutter pour sauver leur vie. La notion de fratrie est également très forte. Car ces romans sont classés dans la rubrique “jeunesse” mais honnêtement, ça se lit à tout âge sans problème.

Le palais des brumes de Carlos Ruiz Zafon

J’avais commencé par le Prince de la Brume qui a dû me tenir deux jours, à peu près, j’enchaînais avec Marina qui n’avait rien à voir avec le cycle de la brume mais que j’ai apprécié, essentiellement parce que ça se passait à Barcelone et que j’y retrouvais l’ambiance particulière de la ville. Je reprends le cycle de la brume et… ah mais ça n’a rien à voir en fait, ce ne sont pas du tout les mêmes personnages. Je me disais que le Prince de la brume n’appelait pas forcément une suite, justement…

Marina de Carlos Ruiz Zafon

Mais du coup, j’en pense quoi. J’aime beaucoup les ambiances, la plume, l’esthétique générale. J’aime l’idée des automates et autres poupées, le fantastique, la relation entre les personnages même si l’amour est très vite fort et passionné (mais bon, ce sont des ados donc forcément…). Mais. Oui, il y a un petit mais : il y a quand même énormément de ressemblance entre les romans. C’est agréable à lire, j’aime mais après en avoir lu 4, je me sens pas impatiente d’avoir un cinquième roman à me mettre sous la dent, je me sens moins surprise.

Le musée des automates

C’est quand même bien flippant…

Finalement, je ressens pour Zafon la même chose que pour Victoria Hislop : une lecture très agréable, parfaite pour les vacances, par exemple, mais un petit arrière-goût un peu agaçant : oui, c’est top mais ça, tu l’as déjà écrit… Ca n’en reste pas moins un auteur que je vous conseille mais attention : comme c’est quand même bien écrit, ça se lit très vite, pensez à prendre une bonne réserve de bouquins, je vous parie que ça ne vous tiendra pas plus de 2 jours.

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Écrire pour soi

Je fais une erreur tactique. Quand j’ai décidé de me remettre à l’écriture, je me suis mis pour objectif de tenter l’aventure éditoriale. Cool mais… Je me suis cassé la motivation aussi sec parce que je me suis demandé si ce que je pouvais écrire intéresserait les gens et… On s’en bat les steaks en fait. Et si au lieu d’écrire pour d’hypothétiques lecteurs, je tentais une nouvelle philosophie : écrire pour soi.

ecrire

Comme je le disais dans un précédent article, j’écrivais beaucoup étant plus jeune. Question de temps libre certes mais aussi parce que j’adorais écrire des histoires que j’aurais adoré lire. Comme dirait la grande philosophe Natacha St Pier à propos d’un album « j’ai chanté des chansons que j’aimerais écouter ». Voilà, moi, je veux écrire des histoires que j’aimerais lire.

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Evidemment, il y a une grande différence entre écrire et lire un roman. Quand je lis, je monte dans le canot sans savoir où les flots m’emporteront, prenant le risque d’être déçue par la chute (et Dieu sait que certains livres ont vraiment ébranlé ma foi en la bonne fiction). Je peux être surprise par certains rebondissements, admirer de belles phrases, me dire que je suis une grosse merde à côté (typiquement à chaque lecture d’un Moravia)… M’accrocher à un livre, grignoter une page ou deux à la moindre occasion parce que je ne peux plus quitter le récit. Tout ça, je ne le ressens pas quand je suis de l’autre côté de la plume même si, quand j’écris, je n’ai que la structure principale et certaines idées me viennent en cours. Parfois, je ponds une phrase dont je suis fière, d’autres fois, je suis déçue par ma propre platitude et mes propres clichés. Mais il y a un effet que je n’ai qu’avec l’écriture : la violence symbolique de la fin. Quand tu donnes vie à des personnages, que tu les amènes à travers différentes épreuves et aventures et qu’arrive l’heure de mettre un point final… Le déchirement.

(c) Martin Cauchon (clic sur l'image)

(c) Martin Cauchon (clic sur l’image)

C’est peut-être pour ça que les auteurs ont tendance à écrire des séries, de plus en plus longues… Ou alors la solution est-elle de devenir scénariste de sitcom ? Au moins, quand tu tues Brad, il te reste Cricket et Jack. Je m’égare mais je dois vraiment placer l’écriture au même niveau que la lecture : un loisir avant tout. C’est comme ça que le plaisir reviendra, j’en suis sûre.

Ecrire pour soi

Par contre vous comprendrez que je vais écrire sur un ordinateur…

Pages écrites : Non mais ça suffit les questions gênantes, maintenant !

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Les mauvaises excuses

J’ai tendance à croire que le plus dur dans la vie, c’est le premier pas. Je ne parle pas forcément de séduction mais de cette impulsion initiale : se lever le matin, aller au sport, écrire. Ce qui coûte le plus, ce n’est pas l’effort en tant que tel mais de se lancer. Typiquement pour le sport, parfois, j’ai pas envie d’y aller, je me force un peu et après, je suis ravie de m’être bougée le cul. Mais y a toujours de mauvaises excuses.

C'est marrant, moi, quand je fais du sport, je suis rouge et décoiffée

C’est marrant, moi, quand je fais du sport, je suis rouge et décoiffée

On en a toujours une pelletée. En matière d’écriture, les miennes sont légion :

– je suis fatiguée, je vais écrire de la merde. Alors oui, c’est fort possible mais qui dit écriture dit relecture et correction : avance, tu reviendras plus tard que ce chapitre, c’est pas grave.

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– je dois me coucher tôt : bien belle excuse sauf que je sais parfaitement que commencer un coucher à 23h ne veut pas dire que je vais éteindre avant 1 ou 2h du matin, le temps que je consulte Twitter, Facebook, Instagram, re Twitter, que je joue un peu (trop) à 94%, que je lise… Voilà, là, j’aurais pu écrire mes 3 pages.

les mauvaises excuses pour ne pas écrire

– j’ai autre chose à faire… Mais 9 chances sur 10 que je le fasse pas car j’aurai fait des escape rooms à la place.

– je passe la soirée en amoureux : oui parfois, on se mate un film et ça fait du bien de se consacrer du temps mais vu qu’être avec Victor ne m’empêche pas de jouer à Zelda, bon…

Ya ! Ah !

Ya ! Ah !

– j’ai pas l’inspiration. Ça, c’est plus problématique mais vu que je suis censée avoir plusieurs projets sur la table, étonnant qu’aucun d’entre eux ne me donne envie…

– J’ai pas le temps. Ok, c’est pas faux avec mes longues journées de taf mais je peux quand même trouver une heure. Organisation !

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Bref, je vous passe les « mais je suis mal installée » et autres très mauvaises excuses, on va finir par me croire de mauvaise foi…

Et c’est pas tout à fait faux. Par exemple, là, j’écris ces lignes sur mon iPhone, juchée sur le vélo de la salle de sport. Paie ton confort d’écriture ! Donc pourquoi c’est si dur ? Deux ennemis potentiels : la motivation et la peur de la réalité. Le premier, je me sens pas concernée, j’ai réellement envie d’écrire mais… J’ai peur.

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Quand j’avais 8 ans et qu’on le demandait ce que je voulais faire plus tard, je répondais crânement écrivaine. Et j’ai beaucoup écrit mais c’était facile car… Y avait pas d’enjeu. J’écrivais par plaisir, pour moi. Là, j’ai 35 ans et je veux me lancer mais… Et si j’echouais ? J’ai confiance en ma plume mais mes histoires sont peut-être très mauvaises, je ne sais pas. Si on me dit non, c’est mon rêve de gosse que je vais assassiner.

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Mais si je réussissais ?

Pages écrites : c’est aussi vexant comme question que de me demander mon poids post fête de Noël

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La vague

Je reprends la plume quelques instants avant de la redéposer, manque de temps.

Je suis sur la vague. Hésitante, incertaine. Un moindre faux pas et c’est la chute. Parviendrai-je à maintenir le cap, glisser avec aise et élégance jusqu’au sommet ou serai-je happée par les flots et rejetée tel un déchet sur la plage, les poumons pleins d’eau salée ? Je suis à la croisée de chemins, comme souvent dans la vie. Parfois, j’ai la sensation de vivre dans un sitcom écrit par des scénaristes sous crack.
Corse 2013 050
Je n’ai pas le temps de faire mieux par ici. Je suis cramée, je suis en burn out, mon corps me lâche petit à petit. Plus que 4 jours puis une semaine de vacances. Je ne réalise pas vraiment mais celle-ci, je l’aurai pas volée. Une semaine loin du tumulte. Une semaine pour me remettre de cette vie trop trépidante où je ne peux plus vraiment me reposer, trop de choses, trop de choses…
pays-basque
Vivement que la vague passe. En espérant que je puisse la dompter.
biarritz
PS : en gros, je reviendrai écrire ici quand j’aurai récupéré parce que moi y en a plus arriver à réfléchir ou à pondre quelque chose d’à peu près correct.

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C’est le point Desproges

Ce que j’aime sur Internet, c’est que tu peux trouver de nouveaux points tous les jours, à l’instar du Point Godwin. Sur ce blog, nous avions déjà identifié

– le point Alonso : à un moment du débat, quand ton contradicteur ne sait plus quoi dire, il attaquera la qualité de ta vie sexuelle (forcément insatisfaisante).
– le point Sarkozy/Hollande : ce moment du débat (ça peut être d’entrée de jeu) où quelqu’un énonce très sincèrement que tout ce qui se passe, c’est la faute du Président. Même les crashes d’avion et la pluie.
– le point “valeurs judéo chrétiennes” : ce moment du débat où l’un des participants estime que tu peux pas le comprendre car tu es corrompu par les valeurs judéo chrétiennes.
– le point “tupperware” : ce moment du débat où l’un des 2 participants, réalisant qu’il ne pourra pas convaincre l’autre, décrète qu’il est juste trop stupide pour comprendre (car lui seul a la vérité).
Aujourd’hui, parlons donc du point Desproges.

desproges

Desproges a dit “On peut rire de tout mais pas avec tout le monde”. Moi, à la base, je l’aime plutôt bien Desproges, sa verve et sa plume virevoltent avec un talent particulièrement rare. Rare. Copions ici la définition du Larousse : “Qui se rencontre peu souvent, qui n’est pas commun”. J’insiste un peu dessus, vous verrez pourquoi. Donc Desproges a dit ça et pour le coup, je lui en veux un peu même si, bon, à l’époque, Internet n’existait pas et il ne se rendait pas compte qu’il venait d’ouvrir la boîte de Pandore *tadaaaaaaam*. Quoi qu’encore, je parle d’Internet mais ça marche aussi sur la presse, nous allons voir ça tout à l’heure dans 30 secondes. Quel est donc ce point Desproges ? C’est quand tu trouves un contenu quand même pas mal sexiste/homophobe/raciste (choisis ton camp) et qu’on te répond que c’est de l’humour, du second degré. Quand tu insistes pour dire que ça reste déplacé et que l’humour ne justifie pas tout (surtout quand on manque de talent), tu finis toujours par te prendre un “tu captes pas le second degré, pffff ! Décidément, on peut rire de tout mais pas avec tout le monde”. Et c’est le point Desproges !

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Prenons 3 cas récents
– 1 : Guillaume Pley qui impose des baisers à des filles non consentantes. Bon là, on a eu un festival avec le point Alonso au milieu (oui, trouver pas super cool d’embrasser des filles contre leur gré signifie forcément qu’on est mal baisés, oui, oui). Non mais humour, second degré, si tu comprends pas, c’est que tu es abrutiiiiiiiiii (et mal baisé donc). Non mais c’est vrai, le coup des trois questions pourries, je me suis pissée dessus de rire, je me le suis repassé en boucle pour me faire les abdos sans efforts, ohlala huhu, trop drôle ! Bref.

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– 2 : Causette le mag et son hilarant “55 raisons de ne pas aller aux putes” qui t’explique tranquille que les putes, c’est toutes des étrangères ou presque, qu’il y en a même qui ont des bites et puis d’abord, si tu as envie de te taper une meuf qui n’a pas envie de toi, viole la, ça coûtera moins cher (oh mais on rigooooooooole). Evidemment, quand les gens s’indignent, ils font “non mais roh, vous n’avez pas compris, c’est de l’humour, de l’antiphrase, blablabla. Bon,ok, plus de la moitié de la rédaction voulait pas le publier mais franchement, faut rigoler quoi!”. Oui, le viol est un sujet vraiment fendard hihihi. Faudra juste m’expliquer à quel moment violer une fille est une bonne façon de dénoncer le fait que les prostituées n’ont pas forcément envie de coucher avec leur client et que non, non, l’arrêt de la prostitution ne fera pas augmenter le nombre de viol.

causette-appel-au-viol

– 3 : un détail pour le coup mais juste pour faire un exemple de plus. Cet semaine, je tombe sur un article navrant de Topito qui, sous prétexte de dénoncer les clichés contenus dans la scène post coïtale de Nico et José des Mystères de l’Amour (ouiiiiiiiii !) nous explique que si, si, on le savait bien qu’il était pédé, José, il jouait un instrument de pédé, le synthétiseur (comme Indochine… Pas vu le rapport non plus), il avait les cheveux longs et il se battait trop comme une fiotte. Et en plus, il se tapait la fille la plus moche (bim, un peu de sexisme au passage, jugeons le physique des filles qu’aucun hétéro ne voudrait se taper…). Y a même une vanne sur le jus de kiwi que j’ai pas comprise et une url à base de douleur anale de grande classe. Quand j’ai osé parlé de relents homophobes, je vous dis pas le seau d’insultes que je me suis prise sur la tête, que j’étais bien trop con et que j’étais bien la seule à pas comprendre et tiens, je te copie/colle la définition d’ironie parce que t’es vraiment trop stupide, trop premier degré… Bref.

humour-de-merce

Là où je veux en venir, c’est que ça commence à salement me déranger que, sous prétexte d’humour, de second degré, on sorte les plus belles vannes racistes, homophobes, putophobes… et qu’on va même t’encourager à embrasser des filles qui n’ont rien demandé voire carrément à les violer. Lolilol les enfants, qu’est-ce qu’on se marre ! Ah oui, la provoc, ça peut avoir du bon, oui, le politiquement correct, c’est chiant. Sauf que j’en reviens à Desproges : la fonction poil à gratter n’est pas si facile à tenir. Comme je disais plus haut en insistant, Desproges avait un talent rare, une capacité à provoquer, à flirter avec la limite sans la dépasser. Là, on est tellement dans la course au buzz (de merde), à la tentative de se faire (un peu) voir qu’on y va franco de porc. Avec la bonne ambiance qu’il y a en ce moment, est-ce qu’on a vraiment besoin d’en rajouter une couche ? Est-ce qu’on n’en a pas assez pris dans la gueule avec les “débats” dégueulasses du Mariage pour tous ? La vendetta contre les Roms ? On doit vraiment s’en remettre une lichette ?

homophobie

Non parce qu’à ce niveau là, on y va :
“On devrait foutre tous les Roms dans un bateau et le faire couler. Lol !” ou “On devrait foutre tous les Roms dans une pièce et y foutre le feu, ahahah!” ou tiens, “les pédés, ils devraient même pas avoir le droit de voter. Les mecs, ils achètent volontairement les CD de Mylène Farmer, ça vous montre à quel point ces mecs sont des malades !”. Et puis tiens, un peu de sexisme “Non mais on le sait quel est le meilleur atout des femmes pour avoir une augmente, hein, hein, HEIN !!”. Ah oui, y a pas à dire, on est bien, là. Vive l’humour, vive le second degré !

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