La rééducation, c’est canon

L’être humain est une machine imparfaite. Laissez une voiture à l’arrêt trois semaines, si la batterie ne lâche pas, elle roulera sans problème. Laissez un humain alité une semaine, faut lui faire des piqûres pour lui éviter une phlébite (putain de piqûres) et surtout le rééduquer vite pour pas que ses muscles fondent. Pauvres petites choses que nous sommes.

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Donc une semaine après mon opération, me voilà chez le kiné. Un gars très sympa dans un cabinet où le plus âgé des kinés doit culminer à 35 ans. Dès le premier jour, je refais ma légende, je deviens la fille tombée du bar, une nana qui écoute la conversation est morte de rire. Ouéhohein…  Au début, la rééducation, c’est tranquille : je me fais masser le genou par mon kiné, pressothérapie et sport-elec. Bon, c’est pas vraiment du sport-elec mais c’est un peu le même principe. La pressothérapie pour ceux qui ne connaissent pas, je vous explique, j’adore ça. Je mets ma jambe cassée dans un plastique puis le tout dans une espèce de grosse chaussette qui me monte jusqu’à la hanche (en vrai, je suppose que ça doit monter à la cuisse mais je suis petite) et ça fait gonfler les parois de la chaussette pour presser le membre dedans, ça masse. J’adooooooooore. Mais j’en fais plus trop maintenant, grumpf. Et le massage au talc aussi, je suis absolument fan.

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Ce que j’aime dans la rééducation, c’est la sensation de progresser. Au début, je ne faisais rien puis petit à petit, les exercices sont venus : écraser la main du kiné avec ma cuisse, m’asseoir sur un ballon ovale et faire bouger mon pied sur un skate (pour plier déplier le genou), lever ma jambe avec un poids à la cheville. Puis marcher. Depuis le 11 juillet (2 jours après le mariage de ma soeur bien sûr), mon pied gauche a enfin retrouvé le sol. Saviez-vous que quand vous posez pas votre pied au sol pendant 3 semaines, quand vous le refaites, ça fait comme de l’électricité. Petit à petit, je rajoute du poids d’appui, j’en suis déjà à 30 kg ! La guérison me paraît proche. Puis la semaine dernière, j’ai pu faire du vélo (ouiiiiiiiii!) et à partir de cette semaine, une séance par semaine de balnéothérapie (re-ouiiiiiiiiii!). Non parce que plus je végète dans mon lit/sur le canapé/sur un siège quelconque, plus j’ai envie d’aller marcher longtemps, sur mes deux
jambes, d’aller nager à la piscine, de m’inscrire à tous les voyages UCPA. D’ailleurs, petit conseil hors sujet : n’allez jamais errer sur le site UCPA sauf si vous avez 10 semaines de congés par an et que vous gagnez pas loin de 100 k€/an sinon ça frustre. Non mais le voyage aux Philippines et à Hawaï, ils m’ont trop démoralisée… Donc bref, tout ce qui ressemble de près ou de loin à une activité physique me rend ivre de joie.

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En plus, le kiné, il a un pouvoir magique. D’abord, il a des mains super douces et ça fait du bien à ma jambe. Mais surtout, il fait un truc de fou pour qui me connaît : il me touche le pied sans que je vire hystérique. Non parce que je suis hypersensible de la voûte plantaire. Par exemple, la veille de l’opération, quand l’infirmière est venue me badigeonner la jambe et le pied de bétadine, j’en pleurais (de rire). Là, lui, il me touche le pied, ça me fait rien. Je sais ce que c’est son superpouvoir mais je suis fascinée.

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Bref, dans mon été no life, j’attends mes heures de rééducation avec impatience parce que c’est à peu près la seule chose qui me sort de mon traintrain, qui me fait voir des gens n’ayant aucun gêne en commun avec moi et même un mec pas trop mal qui s’inquiétait que je fasse du vélo pied nu. Oui, j’ai tendance à virer mes chaussures et mon attelle en arrivant et je ne les remets plus. Ne t’inquiète pas petit, mes pieds sont dans un tel état que j’ai une semelle intégrée… En fait, la rééducation, c’est un peu LE point positif de la convalescence, je mate discrètement toutes ces machines de sport que j’ai envie d’utiliser pour avoir un corps parfaitement sculpté. Sauf que là, j’ai juste envie de tous ses appareils précisément parce que je ne peux pas m’en servir… Mais dès que j’ai l’autorisation de refaire du sport, je vous jure que ça va faire mal (à mon compte en banque). Ca me rappellera le kiné. Sauf que dans les salles, y a personne pour vous masser
avec du talc. Pffff.

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Je ne serai jamais gogo danseuse

C’est pas vraiment que j’y comptais mais là, c’est officiel.

Samedi 18 juin, j’ai donc mon niveau 2 malgré une grosse baisse de forme mais une bonne sieste m’a permis de récupérer, je ne récolte que compliments sur ma combishort bleu électrique (normal, elle est canon), je bois un peu et commence à aimer tout le monde. Ce qui donne à peu près « haaaaaaaaaan, cââââââlin » à toute personne s’approchant de moi. Enfin ceux que j’aime bien, faut pas déconner non plus. Je suis bien, j’aime la vie et les gens, on invente une chorégraphie avec les filles de mon groupe à base de signes de plongée, la soirée est divine.

 

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Et là, tu le sens qu’un drame se noue. A un moment, Michel l’encadrant et Thibault, un nouveau N3 me font grimper sur le bar. Je proteste mais une fois dessus, je commence à danser. Tu le sens venir là ? Ben t’as raison. Un faux pas et je tombe à la renverse, près de 2 mètres plus bas. Tout le monde se précipite vers moi mais je les rassure : ça va, je vais juste rester assise 5 mn le temps de vérifier que tout est ok. Déjà, je me suis pas fracassé la tête, j’ai un peu mal au genou mais ça va passer. Un mec du club vient me tenir compagnie. A un moment, je décide de me lever et je hurle : genou gauche hors service, ça fait putain de mal. Là, je vous passe la parano à base de
« je me suis niqué le genou », « je me suis pétée les ligaments ». Quoi que non, le genou plie mais j’arrive pas à m’appuyer dessus pour marcher. J’essaie, je supporte pas, je suis vagale, mon compagnon de service pense que c’est le bon moment pour tenter une insertion digitale dans ma culotte. Heu non, mec, j’ai mal pour de vrai, là. Finalement, incapable de marcher, je me fais porter à mon lit par deux gars du club. Dormons, on verra demain.


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 Dimanche matin, je me réveille et j’ai maaaaaaaaaaal. Genou gauche toujours hors service et dos qui fait mal. Je vais à la salle de bain à cloche-pied mais c’est officiel : pas de plongée pour moi et je veux aller aux urgences pour savoir ce que j’ai. Comme nous n’avons aucun moyen de transport, je me fais donc trimballer par les pompiers qui pensent aux ligaments. Je continue à penser entorse mais la fille qui s’est tué le genou plus tôt dans la saison paraît très inquiète. Larguée aux urgences sur un fauteuil roulant (que je maîtrisais plutôt pas mal), je finis par voir un médecin libéral car comme dit l’infirmière des urgences « sinon, vous en avez pour 4h ». Oui mais non, je dois prendre un bus à 17h pour retourner prendre le train à Toulon alors je vais pas y passer la journée. Je rencontre donc le docteur qui est drôlement mignon, il me tripote la jambe « mmmm, je crois que vous vous êtes fracturé le tibia ». Non monsieur, c’est le genou qui me fait mal, pas la jambe. Allez, c’est parti, je roule jusqu’à la radio et là, verdict « ah oui, oui, vous vous êtes cassé le tibia, là ». Oh… « C’est une vilaine fracture ». Aaaaah… (en vrai, là, je commence à faire un malaise). « Bien, vous avez deux solutions, où je vous plâtre de la cheville à la cuisse et vous repartez à Paris vous faire hospitaliser soit vous restez ici et on vous opère ». M’opérer ? Pour un os cassé ? Quoi ? Bon, à Paris, je n’ai aucun moyen de transport, j’ai pas pensé à prendre de béquilles dans ma valise donc je choisis de rester là me faire opérer. Entre temps, je préviens mes parents et finalement, je vais me faire rapatrier chez eux.

 

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Sauf qu’à l’hôpital, j’ai vu du monde : pompiers, infirmiers et infirmières, docteur choupinou, radiesthésiste et son collègue au scanner (oui, j’ai aussi passé un scanner) et à chaque fois, le même dialogue :

« Mais comment vous vous êtes fait ça ?

– Je suis tombée.

 – Mais en faisant quoi ?

 – Et bé, je dansais sur un bar… »

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De là, un infirmier m’a fait « allez, on y va la gogo danseuse ! ». Le lendemain matin, alors que j’étais dans le gaz, une infirmière arrive : « alors, c’est vous qui êtes tombée du comptoir ? ». Rooooooh putain la honte. Par contre, docteur choupinou a cru que j’avais 22 ans et une infirmière m’a demandé comment ça se faisait que je passais pas le bac à cette période de l’année. J’ai gloussé en remerciant le ciel qu’elle ne me fasse aucune piqûre parce que m’enlever 13 ans en un claquement de doigt, ça me rassure pas trop sur sa vue quand même.

 

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Au final, j’ai été rapatriée et prise en charge par un super chirurgien qui a expliqué à mon père : « elle a eu du bol ta fille, à 3 cm près, elle s’arrachait aussi le péroné et les ligaments ». Et comme je mange beaucoup de yaourt, j’ai les os solides donc je n’ai eu que 2 vis au lieu d’une plaque.

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Maintenant ? 5 semaines d’arrêt maladie (mais j’ai suggéré un télétravail à mon boss), 2 mois de rééducation au moins, pas de sport d’ici avant 3-4 mois, vacances en Martinique annulées, une piqûre quotidienne dans le ventre pour éviter une phlébite pendant un mois, deux prises de sang par semaine, je sais même plus combien de médocs en tout genre, des bleus tout partout. Et une belle attelle qui va faire joli sur les photos du mariage de ma sœur. Mais positivons : vu la configuration du lieu où je suis tombée, j’aurais pu me faire beaucoup plus mal (mon dos n’est que râpé in fine) voire me rompre pour le cou au sens propre du terme. Alors ça fait chier, mon été va être entre parenthèse mais finalement, c’est dans la lignée de 2011. Puis je sais que la vie est taquine : si elle me pète le genou, c’est pour mieux me faire des bisous derrière.

On va dire ça comme ça.

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