Le mariage pour tous ou la grande arnaque narrative du PS

Lundi, j’évoquais rapidement le mariage pour tous en disant que j’étais ravie que tout le monde puisse désormais se marier s’il en a envie. C’est ainsi que, si tout va bien, en 2018, j’irai au mariage de Isa et Joy (mes copines d’Irlande puis Canada). Une belle avancée oui, il était temps que la France franchisse le pas, une belle victoire de François Hollande et de son gouvernement avec en tête, la pasionaria Christiane Taubira.

Christiane Taubira, Minsitre de la justice des gouvernements Ayrault puis Valls

On en a entendu des horreurs pendant les débats sur cette loi… Il ne faisait pas bon être homosexuel-le dans ses moments là. Non parce que t’as beau avoir le cuir épais, entendre à longueur de journée que tu es une anomalie de la nature, un malade, un déviant ou en version soft que tu n’as aucune raison de vouloir te marier et que tu ne seras jamais capable d’élever un enfant, à un moment, ça finit par être *légèrement* agaçant. Personnellement, j’ai été assez choquée que tant de gens aillent manifester contre une loi qui ne leur nuisait en aucun cas et qui, de tout façon, ne les concernait même pas. J’ai eu mal à ma France, j’ai eu honte, j’ai eu envie de clamer à tous ses connards que ce n’était que l’ordre logique des choses et que leur avis, on s’en battait gentiment les steaks.

La vie est si simple quand on raisonne en binaire... je suppose

La vie est si simple quand on raisonne en binaire… je suppose

Et puis, il y a eu la digne Christiane, ennemie numéro 1 de la droite et extrême droite parce que le mariage pour tous,  parce qu’elle vidait les prisons, parce qu’en plus, elle était Noire. On s’est tous unis derrière Christiane, on a crié dès que quelqu’un lui manquait de respect, on s’est émerveillés de sa culture, de son intelligence, les journaux dressaient d’elle un portrait séduisant. Ouais, elle était grave hypée Christiane et son aplomb face à ses contradicteurs, surtout les plus cons (et y avait du level) rajoutait encore à l’admiration que nous avions pour elle et son noble combat pour l’égalité.

Christiane Taubira à l'assemblée nationale

Sauf que y a arnaque. Déjà, malgré toute ma réelle sympathie pour Christiane, elle ne s’était pas opposée à l’incarcération de huit syndicalistes de Goodyear ni à l’amende que dut payer un professeur à Avignon pour avoir fait une vanne sur Valls. Certes, la justice est indépendant mais les plaintes dans le cas de Goodyear avaient été retirées… On reste à se poser des questions. On veut bien donner quelques droits aux gays mais on va pas trop aller sur la gauche non plus, hein…

affiche du frond de gauche, statut de la bastille et usine

Mais le foutage de gueule n’est pas que là, reprenons une autre loi qui a suscité (et suscite encore) colère, rage, manifestations massives : la loi travail. Alors que les débats à l’assemblée s’annonçaient compliqués, Valls n’a pas tortillé : 49.3.  Trois putain de fois. Alors que pour le mariage pour tous, on a bien laissé le débat traîner en longueur, les amendements les plus farfelues être débattus au coeur de la nuit, Christiane exhibée à toutes les sauces pour bien nous montrer que notre gouvernement est bien de gauche et qu’il se bât pour les minorités opprimées. Ils ont laissé la situation se tendre pour prendre la place de héraut (et non Ayrault) de la cause, tant pis si les fachos décidaient que les “LGBT” étaient désormais la nouvelle cible, tant pis si quelques gays se faisaient péter la gueule gratos au passage. Regardez comme elle est courageuse Christiane, regardez comme on tient nos promesses malgré l’adversité.

mariage pour tous, manifestation à la Bastille, rainbow flag

Alors vous allez me dire que la différence entre le mariage pour tous et la loi travail, c’est qu’on n’avait pas le même Premier Ministre et que Valls, ce n’est pas Ayrault et donc qu’on ne peut pas comparer la situation. Certes mais vous ne m’enlèverez pas de l’idée que la lutte présentée comme courageuse de Christiane sur une loi qui devait arriver car ce n’est qu’une évolution logique de la société, c’était juste un argument marketing du gouvernement pour faire croire qu’il avait quelques valeurs de gauche. Ce même gouvernement qui emprisonne les syndicalistes et enlève toujours plus de droits aux salariés… On a volontiers sur-médiatisé les opposants au mariage pour tous, on leur a donné une visibilité hors norme (bien plus qu’aux manifestants à la loi travail qu’on présentait surtout comme des sauvageons violents qui ont blessé un flic, une fois, brûlé une Porsche et cassé trois vitrines), on nous a fait croire que le Moyen Âge était de retour… Et on a réussi à donner vigueur et légitimité aux fachos qui ont trouvé une victime toute désignée (Taubira) et une cause un peu fantoche derrière laquelle se réunir.

Couples gays et lesbiens sur les gâteaux de mariage

Et je sais déjà que quand la campagne va débuter (faut vraiment que je m’expatrie avant, ça me saoule déjà), ce sera brandi comme une victoire, ce mariage pour tous, un label “gauche et socialiste” alors que non. Je ne tomberai pas dans le piège. Jamais de la vie je vote PS en 2017, quel que soit le casting du second tour, c’est bon, j’ai déjà donné. Votre narration d’un gouvernement courageux face aux obscurantismes, je n’achète pas. Parce que j’ai compris que vous aviez allongé la sauce à l’infini pour constituer une belle histoire mais j’espère que les citoyens ne mordrons pas à cet hameçon. Ni à celui du sursaut républicain face à la menace bleue marine (qui sera très certainement au 2nd tour), car si elle est là aujourd’hui, c’est bien grâce à vous (droite comme gauche)

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Défendre ses convictions

Connectée, moi ? Oh si peu. Je suis le monde au travers des réseaux sociaux, prenant de face les humeurs et combats des uns et des autres. Ce qui me permet de toujours savoir où on en est de l’actu alors que je n’ai plus télé, radio et pas le temps de lire le journal. Mais du coup, dans les flux et reflux, je vois apparaître quelques pasionarias* de certaines causes.

La_Passionara

Rapide paysage : nous avons Philippe, l’anti nucléaire, Vincent, l’anti OGM, Celia, la féministe et Caroline la végétarienne. Je vais m’arrêter sur ces deux dernières car elles représentent deux aspects d’une indignation.

  • Celia, féministe engagée qui me permet de ne manquer aucun débat sur la question ou presque, vive, mordante, parfois agressive mais passionnée. Etant moi même féministe, je distribue des “j’aime” et quelques commentaires pour défendre, parfois, soutenir.
  • Caroline, végétarienne engagée, qui me permet de ne manquer aucun débat sur la question ou presque, vive,mordante, parfois agressive mais passionnée. Etant “flexitarienne”, je lève les yeux au ciel et me dis que quand même, des fois, faut arrêter d’exagérer.

boucher-vegetarien-france

Vous avez noté la *subtile* différence ? Pour l’une dont je partage le combat et les idées, j’applaudis son courage et prise de position quand, pour l’autre qui a un combat plus éloigné de moi, je me lasse de son unique prisme de lecture. Alors oui, il me semble que Caroline a moins de nuance que Celia dans son discours (cette dernière ne considère pas que tous les mecs sont des raclûres de bidet quand tu sens que l’autre trouve plus d’humanité dans les animaux que dans les hommes – ce qui n’est pas si faux pour certains – et t’interdit de t’indigner sur le festival Yulin parce que tu comprends, tu manges de la viande donc tu es hypocrite) mais au fond, pourquoi je suis agacée par son comportement que je peux adopter moi-même sur d’autres sujets ?

vegetarien-affiche

Bon, les végétariens sont souvent les victimes préférées de la police des réseaux sociaux qui adore les tacler. Oui, ok, associer le fait de manger de la viande aux heures les plus sombres de notre histoire manque cruellement de recul et de nuance, je me suis moi-même un peu agacée sur le sujet mais en dehors de ça, quel est le problème ? Je veux dire ça vous dérange les gens qui ne mangent pas de viande et qui ont envie de partager leur opinion sur le sujet ? C’est pas comme si, tous autant que nous sommes, passions nos journées à émettre des avis sur tout et n’importe quoi. Pour ma part, je vomis sur les machistes, racistes, homophobes et les débiles incultes d’extrême droite et je retweete et invective en ce sens. Je suppose que pour certains, je suis l’insupportable gauchiste qui casse les couilles alors que bon “ouais, de gauche alors qu’elle gagne sa vie et se paie des beaux voyages hin hin hin!”. Faudrait un jour que je me penche sur la question sur ce blog. Mais ce sont mes convictions et je vous emmerde, j’ai envie de dire. Et bien tout pareil pour les végétariens. Et vous savez quoi ? Mine de rien, je glisse peu à peu vers ce mode de vie, j’ai décidé de ne plus manger de viande que quand je suis invitée chez des gens qui m’en préparent, une sorte de flexitarisme poli. D’abord parce que je mangeais trop de viande et ensuite parce que mine de rien, y a quelque chose de pourri au royaume de l’élevage…

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Au fond, peu importe la cause, y a forcément des gens qui agacent parce qu’ils l’ouvrent. Mais vous savez quoi ? Si on arrêtait un peu de se la fermer par politesse, ça irait peut-être mieux. Car après tout, qui ne dit mot consent, non ? On en reparle demain (si j’ai le temps).

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Ah, si on pouvait passer autant de temps à faire ce genre de vannes sur les racistes/machistes/homophobes etc. Non ?

* J’utilise aussi pasionarias pour les hommes autant que pour les femmes mais je parle pas espagnol donc je ne sais pas masculiniser/neutraliser le nom (pasionarios ?), je m’en excuse.

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T’as ton étiquette ?

Dimanche dernier, lors de mon voyage de 6h en train pour rejoindre Paris (tu doubles le temps de trajet et je te fais un Seoul-Paris… la relativité de la distance parcourue sur un temps donné selon le transport choisi, c’est fascinant), je traînasse sur Twitter quand je vois 2 Twittereuses* discuter d’un article des Inrocks sur les Flexitariens. Tiens, donc…

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Délicieuses gambas au gaspacho de mangue de chez Face B, faut goûter

Pour ceux qui ne connaissent pas, les flexitariens sont ces omnivores qui mangent de tout mais font attention à leur consommation de viande et, éventuellement, de poisson. Je suis, pour ma part, totalement flexitarienne puisque j’ai conscience que notre régime alimentaire est bien trop riche en protéines animales et j’essaie d’en consommer le moins possible, surtout de la viande rouge. En gros : surtout pas de viande ou poisson à tous les repas. Je suis donc flexitarienne… Sauf que non. Je le suis, oui, mais j’ai pas envie de coller une étiquette là dessus. Je ne revendique rien, je ne me singularise pas, c’est juste un choix dont je n’éprouve pas le besoin de parler.

Caibllaud à la purée de patate douce et d'autres choses délicieuses chez Roca

Caibllaud à la purée de patate douce et d’autres choses délicieuses chez Roca

Je suis fascinée par ce besoin permanent d’étiquettes. Il y a deux styles d’étiquettes : ceux que l’on se colle et ceux que l’on colle aux « autres ». J’ai souvent vu des étiquettes dans le domaine amoureux, ceux qui rejettent à corps et à cris la « monogamie hétéronormée » face à ceux qui ne leur demandaient rien. Pour avoir un peu fréquenté ce milieu, j’étais tour à tour amusée ou agacée par ce besoin de se nommer pour se dire différent des autres alors que, disons le franchement, ces mêmes autres n’en avaient rien à foutre. D’ailleurs, les réactions les plus hostiles que j’ai pu voir sur le polyamour ou le libertinage concernent l’étiquetage de ceux qui n’en sont pas, ceux qui n’ont rien compris, ceux qui sont enfermés dans leurs valeurs judéo-chrétiennes et tutti quanti. En gros, curieusement, les leviers de bouclier se faisaient non pas face à un témoignage mais face à un dénigrement « vous les monogames fidèles ». Si tu ne veux pas que l’on te juge, viens pas nous cracher ta condescendance à la gueule non plus, hein.

condescendance

J’ai réfléchi : ahah, je suis la fille sans étiquettes, hihi. Ah mais attends, non. Ok, d’un point de vue matrimonial, je ne me colle aucune étiquette parce que je m’en fous, je bâtis mon histoire en fonction des briques qui se présentent à moi, sans rien clamer. Je ne suis pas une pasionaria de l’anti mariage ou du no kids. J’ai pas envie de me marier ou de faire un enfant maintenant, je ne sais dans 10 ans et je ne revendique rien par rapport à ça, ce sont juste mes envies. Par contre, dans d’autres sphères, oui, je me clame des étiquettes : je suis une gauchisssse féministe, voilà. Je ne le dis pas par effet de style parce que Beyonce l’a dit, non. Je le dis car cela correspond à mes idéaux d’égalité au delà des sexes et des classes. Bon, dit comme ça, ça sonne plus creux qu’un niais « girl power » des Spice girls mais l’idée est que je ne cache pas mes convictions, quitte parfois à me clasher avec les gens jusque dans mon milieu professionnel (alors que j’ai eu droit à un « non mais je m’en fous, je suis pas féministe » quand j’ai dit « tu sais, il faut éduquer les jeunes filles dans le monde, car… ». Je savais pas que ne pas être féministe empêchait toute ouverture d’esprit). Je ne cherche pas à me singulariser mais bien à revendiquer. Mais ce qui est intéressant dans mes étiquettes, c’est que l’une est positive, l’autre est un détournement d’une étiquette négative (j’aime bien gauchiasse aussi).

Les-peluches-pipi-et-caca

Au fond, la vraie question reste : pourquoi se sent-on obligé de tout ranger par paquet ? Des étiquettes revendiquées à celles inventées par la presse pour se faciliter la vie (bobo, boho, hobo et je ne sais plus) ou détracteurs pour se mettre encore plus en relief, je suppose que ça rassure de mettre les gens dans des lots indifférenciés où chacun aurait le même comportement que son voisin. Mes seuls étiquettes revendiquées le sont car elles portent un combat. Pour le reste, qualifiez moi de bobo, monogame hétéronormée, libertine, carnivore ou flexitarienne, peut me chaut : je n’ai jamais revendiqué le contraire.

* Non, pas Twittas, c’est trop moche

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