Et voilà, on a atteint le point Sarko !

Je vous parlais il y a quelques temps du point Sarko, il est temps de vous en parler car hier, j’en ai vu tellement que ça m’a donné envie de hurler. En gros, tout comme le point Godwin ou Alonso, c’est le moment de la conversation où un être incapable de défendre une quelconque argumentation lance un « tout ça, c’est la faute à Sarko ». Sauf que des fois, ça tombe vraiment comme un cheveu sur la soupe.



Hier, un avion d’Air France a disparu, c’est dramatique. On pourrait disserter des heures sur ce qui a pu se passer, il n’en reste pas moins qu’on n’en sait rien alors nos théories, on peut se les mettre où je pense avant de s’indigner sur ça ou ça ou de dire que le gouvernement nous ment et que c’est un attentat. Oui parce qu’hier, j’ai encore cédé à mon vice le plus pervers : lire les commentaires de journaux en ligne. Il faut que j’arrête, c’est aussi nocif que Confessions intimes, ça me force à regarder les yeux dans les yeux la connerie humaine (du moins celle de ceux qui s’expriment) et ça me désespère. Parce que c’est fou comme tout le monde est soudain spécialiste en aéronautique et que tout le monde connaît la vérité. Et voilà qu’arrive notre ami le point Sarko : « de toute façon, c’est la faute de Sarko, ça l’arrange bien pour les européennes, gna gna gna ». Une dame a même dit : « Ce sont pas ces gens là qui auraient dû
être dans l’avion mais l’autre, là ». Il est vrai qu’il coûte plus cher de dire le nom de Sarkozy que de se taire, cf un « casse toi sale con » qui n’a abouti sur rien et un « Sarkozy je te vois » qui a coûté cher à son auteur, bien que personne n’ait encore compris pourquoi.



Alors voilà, maintenant, dans tout débat français, arrive toujours un point où c’est la faute à Sarko, même sur des points où il n’a rien à voir comme la météo ou un crash d’avion, au hasard. Comme je dis souvent : « la plus grande force de Sarkozy, ce sont ses détracteurs ». Parce que la plupart sont tellement cons que ça me donne envie de pleurer. Parce qu’on lui tape dessus tellement pour n’importe quoi qu’il joue sur du velours. D’abord, on ne peut s’empêcher d’ironiser sur sa petite taille. Mais quelle intelligence ! C’est sûr que le gars, il va avoir la contre argumentation facile : « Ma petite taille, c’est tout ce que vous avez à me reprocher ? ». Hé oui, taper sur le physique, c’est facile et ça laisse deviner qu’il n’y a aucun autre argument derrière. Donc si les anti Sarkozystes primaires étaient moins cons, ils chercheraient d’autres arguments et Dieu sait qu’il y en a. Je comprends parfaitement qu’on soit anti Sarkozyste, moi-même je dois l’être puisque je souhaite qu’il dégage en 2012 (mais je n’aime pas trop le « anti », un peu trop extrêmiste). Mais y a quand même bien d’autres choses à dire que de taper sur sa taille. Même sans se pencher sur sa politique, il n’y a qu’à taper sur son français alternatif ou sa didactique assez curieuse pour commencer. Comme disait le Petit journal, il passe son temps à se répéter ou à s’auto contredire, ce qui donne à peu près ceci « Mais aujourd’hui, le drame en France… le drame en France… ce sont tous ces gens qui ne travaillent pas. Oui… Non mais d’accord, on ne peut pas dire ça mais c’est quand même un problème grave… un problème grave. Quoi ? La crise ? Oui, il nous faut la surmonter en proposant des solutions au chômage… des solutions au chômage ». On peut à la limite taper sur son côté bling bling, sur la mise en scène ridicule de son couple (« à plus tard, chouchou ! ») mais bon sang, il y a suffisamment de quoi dire pour ne pas lui inventer des torts supplémentaires. Quand je lis que le crash d’un avion l’arrange ainsi que son gouvernement, là, je dis stop. Vous êtes cons ou quoi ? Quand on voit le nombre d’incidents/crashes que connaît Air France depuis quelques temps (Concorde en 2000, Toronto l’an dernier et le crash d’hier), sans parler de la remise en cause de l’Airbus A 330, Airbus qui est quand même LE moteur industriel de la région toulousaine, je ne vois vraiment pas en quoi ça l’arrange. Sans parler du drame humain qui toucherait pas moins de 25 pays, d’après ce qui a été annoncé. Ah ouais, trop bon pour son image, super.



Bref, ne pas aimer Sarkozy est un droit, je comprends parfaitement vu qu’il me donne parfois envie de pleurer. Mais ça ne nous autorise pas non plus à tomber dans le grand n’importe quoi voire carrément souhaiter sa mort, faut arrêter le délire et réfléchir un peu avant de parler. Parce qu’à force de s’acharner comme ça, à tort et à travers, ça va finir par le rendre sympathique, il va jouer la posture du « En France, le changement dérange mais je ne faiblirai pas malgré les critiques ». Allez, trouvez de vrais arguments (il y en a une foultitude, comme dirait Ségolène ou Chirac, les champions du néologisme), prouvez qu’on peut être intelligemment anti Sarkozyste. Je vous jure, c’est possible.

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